Évaluation du risque d’escarres : outils et prévention en EHPAD

Évaluation du risque d’escarres en EHPAD : découvrez les échelles Norton, Braden et Waterlow, protocoles de prévention efficaces et outils pour protéger vos résidents.

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Évaluation du risque d’escarres en établissement médico-social : outils, méthodes et prévention efficace

Dans les établissements accueillant des personnes à mobilité réduite, la prévention des escarres représente un enjeu majeur de santé publique. Ces lésions cutanées, fréquentes chez les résidents alités ou en fauteuil, génèrent souffrance physique, complications infectieuses et surcharge de travail pour les équipes soignantes. Face à cette problématique, plusieurs outils d’évaluation permettent d’identifier précocement les patients à risque et d’adapter les protocoles de soins. Parmi eux, l’échelle de Norton, développée dès les années 1960, demeure une référence largement utilisée dans les EHPAD et services hospitaliers.


L’échelle de Norton : un outil d’évaluation structuré et validé sur le terrain

L’échelle de Norton constitue l’un des premiers instruments de mesure standardisé du risque d’escarres. Son approche repose sur l’analyse de cinq dimensions cliniques qui influencent directement la survenue de ces lésions.

Les cinq critères d’évaluation

Chaque dimension est notée de 1 à 4 points, le score le plus bas signalant la situation la plus préoccupante :

  • État général : évalue la santé globale du résident (bon, moyen, médiocre, très mauvais)
  • État mental : mesure la lucidité et la capacité de compréhension
  • Activité physique : quantifie les déplacements quotidiens (marche normale, marche assistée, fauteuil roulant, alité)
  • Mobilité : apprécie la capacité à changer de position spontanément
  • Incontinence : identifie les problèmes de contrôle sphinctérien (aucun, occasionnel, urinaire, fécal ou double)

Le score total oscille entre 5 et 20 points. Un résultat inférieur à 14 points indique un risque élevé d’escarres, nécessitant la mise en œuvre immédiate de mesures préventives.

Application pratique dans un EHPAD de 80 lits

Au sein d’un établissement confronté à une augmentation des admissions de résidents polypatho­logiques, l’infirmière coordinatrice a généralisé l’utilisation de l’échelle de Norton lors de chaque admission. Sur une cohorte de 25 nouveaux résidents accueillis en trois mois, 12 ont obtenu un score inférieur à 14.

Pour ces personnes identifiées à risque, un protocole renforcé a été déployé :

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  • Changements de position toutes les deux heures (consigné dans le plan de soins)
  • Utilisation de supports de prévention (matelas à air alternés)
  • Surveillance quotidienne des points d’appui
  • Traçabilité rigoureuse dans le dossier de soins

Résultat tangible : après six mois, aucune escarre de stade 2 ou supérieur n’a été recensée parmi ce groupe, contre trois cas l’année précédente pour une population similaire.

Points de vigilance dans l’utilisation quotidienne

L’échelle de Norton présente une simplicité d’usage appréciée par les équipes de nuit comme de jour. Toutefois, sa sensibilité peut être améliorée en la combinant avec une observation clinique rigoureuse. Certains facteurs de risque émergents, comme la dénutrition sévère ou le diabète mal équilibré, ne sont pas directement intégrés dans la grille initiale.

Conseil opérationnel : intégrez l’évaluation Norton dans votre checklist d’admission, puis réévaluez systématiquement le score tous les mois ou lors de toute modification de l’état clinique du résident. Cette pratique permet d’ajuster en temps réel les interventions préventives.


Braden, Waterlow, Norton : comparer les échelles pour choisir le bon outil

Si l’échelle de Norton reste populaire, d’autres instruments coexistent dans les établissements de santé. Chacun présente des spécificités adaptées à des contextes ou des profils de patients différents.

Tableau comparatif des trois échelles principales

Critère Norton Braden Waterlow
Nombre de dimensions 5 6 10+
Score minimal 5 6 Variable
Seuil de risque élevé < 14 ≤ 12 ≥ 10
Facteurs nutritionnels Non Oui Oui
Facteurs environnementaux Non Oui (frottement, cisaillement) Oui (médication, neurologiques)
Temps de passation 2-3 min 3-5 min 5-7 min
Utilisation privilégiée EHPAD, soins de longue durée Soins aigus, réanimation Contextes chirurgicaux, gériatrie complexe

L’échelle de Braden : une évaluation étendue

Conçue en 1987, l’échelle de Braden intègre six dimensions : perception sensorielle, humidité de la peau, activité, mobilité, nutrition, et risques de frottement ou de cisaillement. Cette grille apporte une sensibilité accrue pour détecter les risques liés à la dénutrition ou à l’exposition prolongée à l’humidité.

Dans les services de soins intensifs, où les patients restent alités plusieurs jours sous sédation, Braden permet d’anticiper les risques liés à l’immobilité totale et aux dispositifs médicaux invasifs (sondes, cathéters). Une étude réalisée dans un CHU en 2024 a montré que l’utilisation systématique de Braden réduisait de 30 % l’incidence des escarres de stade 2 par rapport à une évaluation clinique non standardisée.

L’échelle de Waterlow : une approche multifactorielle

Plus complexe, l’échelle de Waterlow prend en compte une dizaine de paramètres, incluant l’âge, le poids, les pathologies associées (diabète, insuffisance cardiaque), les traitements en cours (corticoïdes, anti-inflammatoires), et les facteurs neurologiques. Cette exhaustivité en fait un outil particulièrement pertinent en gériatrie lourde ou en service de soins palliatifs.

Un EHPAD de 120 lits situé en région parisienne a adopté Waterlow pour les résidents présentant des comorbidités multiples. Lors d’un audit interne, cette échelle a permis d’identifier trois résidents à très haut risque (score > 20) qui n’auraient pas été détectés avec Norton seul. Des interventions spécifiques (matelas haute technologie, surveillance rapprochée) ont pu être déployées avant l’apparition de toute lésion.

Quelle échelle choisir selon votre contexte ?

  • EHPAD avec population stable : Norton, pour sa simplicité et sa rapidité
  • Unité de soins de suite et réadaptation : Braden, pour sa prise en compte des facteurs nutritionnels
  • Service de gériatrie aiguë : Waterlow, pour sa sensibilité aux comorbidités
  • Soins à domicile : Norton ou Braden, selon les compétences de l’évaluateur

Action immédiate : organisez une réunion pluridisciplinaire pour définir quelle échelle correspond le mieux à votre établissement. Formez ensuite l’ensemble des équipes à son utilisation standardisée, en intégrant des exercices pratiques lors des formations obligatoires en EHPAD.


Protocoles de prévention : de l’évaluation à l’action concrète au quotidien

Une fois le risque identifié via une échelle validée, la mise en place de mesures préventives structurées devient impérative. Ces interventions, lorsqu’elles sont appliquées avec rigueur, réduisent drastiquement l’incidence des escarres.

Les piliers de la prévention active

1. Gestion de la pression et de la mobilisation

  • Changements de position réguliers : toutes les deux à trois heures pour les personnes alitées, toutes les heures en fauteuil
  • Supports de prévention : matelas à air dynamique, coussins de positionnement, talonnières
  • Plans de mobilisation personnalisés : intégrer la kinésithérapie et l’ergothérapie dans le projet de soins

2. Surveillance cutanée quotidienne

Lors de la toilette évaluative en EHPAD, les soignants repèrent les premières manifestations (rougeurs persistantes, zones chaudes) avant qu’elles n’évoluent en lésions ouvertes.

  • Inspection systématique des zones à risque : sacrum, talons, ischions, trochanters
  • Utilisation d’une échelle de classification (stades 1 à 4)
  • Documentation photographique pour suivi objectif

3. Hydratation cutanée et hygiène adaptée

  • Application d’émollients après chaque toilette
  • Gestion de l’incontinence avec protections absorbantes de qualité, changées dès souillure
  • Éviter les massages appuyés sur les zones à risque (risque de lésion des tissus profonds)

4. Optimisation de l’état nutritionnel

La dénutrition constitue un facteur de risque majeur. Un résident carencé en protéines présente une peau fragile, cicatrisant difficilement.

  • Dépistage systématique via le score MNA (Mini Nutritional Assessment)
  • Enrichissement des repas en protéines (compléments nutritionnels oraux)
  • Collaboration avec la diététicienne pour des menus adaptés

Exemple de protocole intégré dans un établissement de 100 lits

Un EHPAD confronté à une pénurie de personnel soignant a dû réorganiser ses pratiques préventives. Voici les ajustements mis en œuvre :

En mode nominal :
– Évaluation Norton à l’admission et tous les mois
– Repositionnement toutes les deux heures pour les scores < 14
– Surveillance cutanée quotidienne par les aides-soignants

En mode dégradé (absence de plusieurs soignants) :
– Priorisation des résidents à score < 10 (très haut risque)
– Utilisation maximale des supports techniques (matelas dynamiques)
– Implication des familles dans la surveillance lors des visites
– Transmission renforcée entre équipes de jour et de nuit

Résultat après trois mois : malgré un contexte difficile, l’établissement a maintenu un taux d’incidence d’escarres inférieur à 2 %, contre 5 % constaté dans des structures similaires de la région.

Checklist de prévention à afficher en office de soins

  • [ ] Évaluation du risque effectuée (Norton, Braden ou Waterlow)
  • [ ] Score consigné dans le dossier de soins
  • [ ] Plan de positionnement défini et tracé
  • [ ] Support de prévention installé si score < 14
  • [ ] Surveillance cutanée quotidienne réalisée
  • [ ] État nutritionnel vérifié (poids, apports alimentaires)
  • [ ] Incontinence gérée avec protections adaptées
  • [ ] Formation continue du personnel planifiée

Conseil pratique : nommez un référent escarres dans chaque unité de soins. Cette personne assure la veille sur les bonnes pratiques, coordonne les formations et réalise des audits réguliers de conformité aux protocoles.


Formation des équipes et traçabilité : garantir la pérennité des pratiques

La prévention des escarres repose autant sur des outils d’évaluation que sur la compétence et l’engagement des professionnels. Sans formation continue, même les meilleurs protocoles perdent en efficacité.

Intégrer la prévention des escarres dans les formations obligatoires

Parmi les 15 formations obligatoires en EHPAD, plusieurs modules peuvent intégrer la thématique des escarres :

  • Hygiène et prévention des infections : techniques de toilette, gestion de l’incontinence
  • Bientraitance : respect du confort et de la dignité lors des mobilisations
  • Gestes et postures : techniques de retournement, transferts sécurisés
  • Nutrition : dépistage de la dénutrition, adaptation des textures

Ateliers pratiques : apprendre en situation réelle

Un EHPAD de 75 lits a organisé des sessions trimestrielles animées par l’infirmière coordinatrice et un kinésithérapeute. Au programme :

  1. Simulation d’évaluation : chaque participant évalue un résident fictif avec les trois échelles (Norton, Braden, Waterlow) et compare les résultats.
  2. Atelier de mobilisation : mise en pratique des techniques de retournement, installation en décubitus latéral à 30°.
  3. Étude de cas : analyse collective d’un résident ayant développé une escarre, identification des points de rupture dans le protocole.

Impact constaté : après six mois, 95 % des évaluations Norton étaient correctement renseignées dans les dossiers, contre 60 % avant la formation.

Traçabilité et pilotage de la démarche qualité

La certification des EHPAD exige une traçabilité rigoureuse des actions préventives. Les éléments à documenter incluent :

  • Date et résultat de chaque évaluation (score Norton, Braden ou Waterlow)
  • Mesures préventives mises en œuvre (type de support, fréquence de mobilisation)
  • Observations cutanées quotidiennes (absence ou présence de rougeur, stade de l’escarre)
  • Interventions correctives en cas d’apparition d’une lésion

L’utilisation d’un logiciel de soins facilite cette traçabilité. Certains outils intègrent des alertes automatiques lorsque le score d’un résident franchit un seuil critique, permettant une réactivité immédiate.

People Also Ask : questions fréquentes des professionnels

Quelle est la fréquence idéale de réévaluation du risque d’escarres ?
Réévaluez systématiquement à l’admission, puis au minimum une fois par mois. En cas de modification de l’état clinique (chute, hospitalisation, perte de poids), procédez à une nouvelle évaluation dans les 48 heures.

Peut-on utiliser plusieurs échelles simultanément ?
Oui, certaines structures combinent Norton (simple, rapide) pour le dépistage initial et Braden ou Waterlow pour affiner l’évaluation des résidents à risque. Cette double approche augmente la sensibilité du repérage.

Comment impliquer les familles dans la prévention ?
Informez-les dès l’admission sur les facteurs de risque et les mesures préventives. Encouragez-les à signaler toute rougeur ou inconfort exprimé par leur proche. Remettez-leur une fiche explicative illustrée lors de l’entrée en institution.

Indicateurs de suivi à monitorer chaque trimestre

Indicateur Objectif Seuil d’alerte
Taux d’évaluation Norton à l’admission 100 % < 95 %
Taux de réévaluation mensuelle 100 % < 90 %
Incidence des escarres stade 2+ < 2 % > 3 %
Conformité des supports de prévention > 90 % < 80 %
Participation aux formations escarres 100 % du personnel < 90 %

Action immédiate : mettez en place un tableau de bord simple, actualisé chaque mois, accessible à l’ensemble de l’équipe. Organisez une réunion trimestrielle pour analyser les résultats et ajuster les protocoles si nécessaire.


Vers une culture de la prévention ancrée dans les pratiques quotidiennes

La prévention des escarres ne se résume pas à cocher des cases dans une grille d’évaluation. Elle exige une culture collective de vigilance, portée par l’ensemble des acteurs de l’établissement, du directeur à l’agent hôtelier.

Impliquer tous les métiers dans la démarche

  • Aides-soignants : observation quotidienne de la peau lors des toilettes et changes
  • Infirmiers : évaluation initiale, réévaluation mensuelle, coordination des actions
  • Kinésithérapeutes : mobilisation active, prévention des rétractions
  • Ergothérapeutes : adaptation du mobilier, choix des supports de prévention
  • Diététiciens : dépistage de la dénutrition, enrichissement alimentaire
  • Agents hôteliers : signalement de toute rougeur repérée lors des interventions en chambre

Un établissement dans les Hauts-de-France a instauré une réunion hebdomadaire de 15 minutes réunissant l’ensemble des métiers. Chaque situation à risque est évoquée, permettant une coordination fluide et une réactivité optimale.

Intégrer la prévention dans les transmissions ciblées

Les transmissions ciblées en EHPAD structurent l’information selon trois axes : données, actions, résultats (DAR). Pour les escarres, cela donne :

Exemple de transmission ciblée :
Donnée : Mme D., 89 ans, score Norton à 11, rougeur sacro-iliaque apparue ce matin
Action : repositionnement toutes les deux heures, matelas à air installé, application d’Aloplastine, surveillance rapprochée
Résultat : rougeur toujours présente à 17h, médecin informé, prescription d’un pansement hydrocolloïde

Cette structuration évite les oublis et facilite le suivi longitudinal.

Capitaliser sur les retours d’expérience

Chaque escarre constatée, même de stade 1, doit faire l’objet d’une analyse de cause racine lors d’une réunion d’équipe. Cette démarche non punitive identifie les dysfonctionnements organisationnels ou les lacunes de formation, permettant d’ajuster les pratiques.

Dans un EHPAD de 90 lits, l’analyse d’une escarre talonnière chez un résident diabétique a mis en évidence l’absence de talonnières disponibles en stock. Décision prise : commande permanente de dix talonnières, rangées en réserve accessible 24h/24.

Valoriser les bonnes pratiques auprès des équipes

Instaurez un système de reconnaissance positive des efforts préventifs. Par exemple :

  • Trophée mensuel de la chambre sans escarre : remise symbolique lors d’une réunion d’équipe
  • Partage des success stories : affichage en salle de pause des résultats trimestriels
  • Témoignages de résidents ou familles : valorisation de la bientraitance et du confort apporté

Cette approche renforce la motivation et l’engagement collectif, éléments clés pour une prévention durable.


Mini-FAQ : réponses rapides aux questions pratiques

Quelle est la durée de vie d’un matelas à air dynamique ?
En usage intensif, comptez cinq à sept ans. Vérifiez régulièrement le bon fonctionnement (absence de fuites, bruit anormal) et suivez le planning de maintenance préventive du fabricant.

Comment gérer un refus de mobilisation chez un résident ?
Adoptez une approche basée sur la méthode DICE : décrire le comportement, investiguer les causes (douleur, peur, incompréhension), créer une stratégie adaptée (explication rassurante, mobilisation en deux temps), évaluer les résultats.

Peut-on prévenir les escarres chez un résident en fin de vie ?
Oui, même si l’objectif principal devient le confort. Privilégiez des supports de haute technologie, limitez les manipulations si elles génèrent de la douleur, et concentrez-vous sur l’antalgie et la dignité. Documentez les choix dans le dossier de soins palliatifs.

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