La cirrhose décompensée en EHPAD représente un défi majeur pour les équipes soignantes. Cette pathologie hépatique chronique, marquée par des épisodes aigus répétés (ascite, encéphalopathie, hémorragies digestives), nécessite une surveillance clinique rapprochée et une coordination médicale soutenue. En janvier 2026, face à une population vieillissante et polypathologique, les professionnels d’EHPAD doivent maîtriser les protocoles de surveillance spécialisée et les modalités d’accompagnement quotidien, tout en assurant la sécurité nutritionnelle et le confort du résident.
Sommaire
- Comprendre la cirrhose décompensée : définition, complications et enjeux pour l’EHPAD
- Surveillance clinique de l’ascite : protocole infirmier et coordination médicale
- Prévenir et gérer l’encéphalopathie hépatique : repérage, traitement et sécurisation du résident
- Régime sans sel strict : organisation diététique, acceptabilité et prévention de la dénutrition
- Protocoles de surveillance, conduite à tenir en urgence et traçabilité des décompensations
- Garantir la sérénité des équipes et la qualité de vie du résident
- FAQ : Questions fréquentes sur l’accompagnement des résidents cirrhotiques en EHPAD
Comprendre la cirrhose décompensée : définition, complications et enjeux pour l’EHPAD
La cirrhose hépatique est une fibrose diffuse et irréversible du foie. Elle devient décompensée lorsque surviennent des complications graves qui altèrent brutalement l’état général du résident. Les trois principales décompensations sont :
- L’ascite : accumulation de liquide dans la cavité abdominale, responsable d’inconfort, de dyspnée et de risque infectieux (péritonite bactérienne spontanée).
- L’encéphalopathie hépatique : troubles neuropsychiques allant de la somnolence à la confusion, voire au coma, liés à l’accumulation de toxiques (ammoniaque notamment).
- Les hémorragies digestives : rupture de varices œsophagiennes ou gastriques, potentiellement fatales.
Épidémiologie et profil des résidents concernés
En France, environ 200 000 personnes vivent avec une cirrhose. Une part significative des résidents d’EHPAD présente des antécédents hépatiques : alcool, hépatites virales (VHC, VHB), stéatohépatite métabolique (NASH). Selon les données de la Haute Autorité de Santé, 15 à 20 % des résidents polypathologiques cumulent au moins un facteur de risque hépatique.
Le vieillissement accentue la fragilité hépatique. Les décompensations se multiplient, nécessitant hospitalisations répétées et ajustements thérapeutiques fréquents. Pour l’EHPAD, cela implique :
- Une surveillance clinique pluriquotidienne.
- Une coordination étroite avec l’hépatologue référent.
- Un régime alimentaire strict sans sel (souvent < 2 g/jour).
- Une gestion des traitements complexes (diurétiques, lactulose, prophylaxie antibiotique).
« La cirrhose décompensée impose une vigilance constante : chaque variation de poids, chaque trouble du comportement, chaque signe digestif peut annoncer une décompensation imminente. »
Enjeux organisationnels pour l’établissement
L’accompagnement d’un résident avec cirrhose décompensée mobilise l’ensemble de l’équipe pluridisciplinaire :
- Infirmiers(ères) : surveillance des constantes, gestion du traitement, dépistage précoce des complications.
- IDEC : coordination avec les spécialistes, formation des équipes, protocoles de surveillance.
- Aides-soignants : observation du comportement, pesée quotidienne, aide au repas en respectant le régime.
- Diététicien(ne) : adaptation des menus, suivi de l’apport sodé, prévention de la dénutrition.
- Médecin coordinateur : lien avec l’hépatologue, anticipation des urgences, rédaction des directives anticipées.
Conseil pratique : Identifiez dans votre établissement les résidents à risque hépatique et créez une fiche de liaison dédiée, mentionnant l’hépatologue référent, les signes d’alerte et les conduites à tenir en urgence. Cette fiche, accessible dans le dossier de soins informatisé ou papier, sécurise la continuité des soins, notamment lors des gardes de nuit ou de week-end.
IDEC : Arrêtez de créer vos supports de formation.
Pourquoi réinventer la roue ? Accédez à +200 PowerPoints, Procédures et Vidéos prêts à l’emploi. Téléchargez en 1 clic, projetez, et formez vos équipes sans effort.
J’accède au stock illimitéSurveillance clinique de l’ascite : protocole infirmier et coordination médicale
L’ascite est la complication la plus fréquente de la cirrhose décompensée. Elle touche près de 60 % des patients cirrhotiques à un moment de l’évolution. En EHPAD, la détection précoce et la gestion rigoureuse de l’ascite conditionnent la qualité de vie du résident et limitent les hospitalisations.
Signes cliniques et modalités de surveillance
L’ascite se manifeste par :
- Une distension abdominale progressive.
- Une prise de poids rapide (plusieurs kilos en quelques jours).
- Une gêne respiratoire (dyspnée de décubitus).
- Parfois une douleur abdominale, un œdème des membres inférieurs.
Protocole de surveillance infirmier :
- Pesée quotidienne à heure fixe, vessie vide, avant le petit-déjeuner. Tracer le poids sur une courbe dédiée.
- Mesure du périmètre abdominal (à l’ombilic) deux à trois fois par semaine, selon prescription médicale.
- Observation des œdèmes (chevilles, jambes, sacrum) et du signe du godet.
- Surveillance de la diurèse : noter les entrées/sorties hydriques si nécessaire, surveiller la couleur et l’abondance des urines.
- Recherche de signes infectieux : fièvre, douleur abdominale inhabituelle, altération de l’état général (évocateurs de péritonite bactérienne spontanée).
« Une prise de poids supérieure à 1 kg en 24 heures ou 2 kg en 72 heures doit alerter l’infirmier(ère) et déclencher un contact avec le médecin. »
Gestion thérapeutique : diurétiques et ponctions d’ascite
Le traitement repose sur :
- Régime sans sel strict (< 2 g/jour, voire < 1,5 g/jour selon prescription).
- Diurétiques : association spironolactone (antialdostérone) et furosémide (diurétique de l’anse), doses ajustées selon la réponse clinique et le ionogramme sanguin.
- Ponctions évacuatrices (paracentèses) en cas d’ascite réfractaire ou volumineuse : réalisées en milieu hospitalier ou parfois en EHPAD par médecin spécialisé avec matériel adapté.
Coordination avec l’hépatologue :
L’infirmière coordinatrice joue un rôle pivot. Elle doit :
- Transmettre les courbes de poids et les constantes régulièrement.
- Organiser les bilans biologiques (ionogramme, créatinine, NFS) selon le calendrier fixé.
- Anticiper les rendez-vous de suivi (consultation hépatologique, échographie abdominale).
- Signaler toute aggravation clinique sans délai.
Exemple concret : Dans un EHPAD de 80 lits en Bretagne, une fiche de suivi ascite mensuelle a été mise en place pour trois résidents cirrhotiques. Chaque semaine, l’IDE référent complète la fiche (poids, périmètre abdominal, traitement, événements) et l’adresse par mail sécurisé à l’hépatologue. Ce circuit a permis de réduire de 40 % les hospitalisations non programmées en un an.
Action immédiate : Créez une checklist de surveillance ascite plastifiée, affichée dans le bureau de soins. Elle rappelle les seuils d’alerte et les numéros de contact d’urgence (médecin coordinateur, hépatologue, service de gastro-entérologie de référence).
Prévenir et gérer l’encéphalopathie hépatique : repérage, traitement et sécurisation du résident
L’encéphalopathie hépatique (EH) est un syndrome neuropsychiatrique réversible, secondaire à l’insuffisance hépatique. Elle résulte de l’accumulation de toxiques (notamment ammoniaque) dans le sang, traversant la barrière hémato-encéphalique. En EHPAD, elle peut être confondue avec une confusion d’origine médicamenteuse, une démence ou une infection, d’où l’importance d’un repérage structuré.
Signes cliniques et stades de l’encéphalopathie
L’encéphalopathie se classe en quatre stades :
| Stade | Signes cliniques | Conduite à tenir |
|---|---|---|
| I | Troubles légers de l’attention, inversion du rythme veille-sommeil, irritabilité | Surveillance rapprochée, contrôle du traitement |
| II | Confusion modérée, désorientation temporo-spatiale, astérixis (flapping tremor) | Alerte médecin, bilan biologique, ajustement lactulose |
| III | Somnolence importante, confusion sévère, réponse aux stimuli simples | Hospitalisation envisagée, sécurisation du résident |
| IV | Coma | Urgence vitale, appel SAMU/15, hospitalisation immédiate |
Facteurs déclenchants à prévenir
Plusieurs facteurs précipitent l’EH :
- Constipation (augmente l’absorption d’ammoniaque).
- Infections (urinaire, pulmonaire, péritonite).
- Déshydratation ou déséquilibre électrolytique (surdosage diurétique).
- Médicaments sédatifs (benzodiazépines, opioïdes).
- Hémorragie digestive (apport protéique brutal).
Stratégies de prévention :
- Assurer un transit intestinal régulier : surveillance quotidienne des selles, ajustement du lactulose (sirop) pour obtenir 2 à 3 selles molles par jour.
- Hydratation adaptée : encourager les apports hydriques (sauf restriction en cas d’ascite majeure).
- Limitation des protéines animales : privilégier les protéines végétales, fractionner les apports.
- Révision régulière de l’ordonnance : éviter les psychotropes sédatifs, adapter les antalgiques.
« Chez un résident cirrhotique, toute confusion nouvelle doit faire évoquer en premier lieu une encéphalopathie hépatique, avant d’évoquer d’autres causes. »
Prise en charge thérapeutique et surveillance
Le traitement repose sur :
- Lactulose (Duphalac®, Importal®) : 15 à 45 mL/jour en 2 à 3 prises, ajusté pour obtenir 2 à 3 selles molles/jour.
- Rifaximine (antibiotique non résorbable) en cas d’EH récidivante, sur prescription spécialisée.
- Traitement du facteur déclenchant : antibiothérapie si infection, réhydratation, arrêt de médicaments incriminés.
Surveillance infirmière quotidienne :
- Évaluation du comportement et de l’orientation (nom, date, lieu).
- Recherche de l’astérixis (demander au résident de tendre les bras, mains en extension : tremblement ample irrégulier).
- Surveillance du transit : nombre de selles, consistance.
- Vérification de la prise du lactulose (goût désagréable, refus fréquent).
Exemple concret : Un EHPAD parisien a instauré une grille d’évaluation EH simplifiée, complétée à chaque passage soignant pour les résidents à risque. Dès un score anormal, l’IDE prévient le médecin et déclenche un bilan biologique (ammoniémie, ionogramme). Cette démarche a permis de réduire les hospitalisations en urgence de 30 % sur 18 mois.
Conseil pratique : Formez vos équipes à la recherche de l’astérixis et intégrez cette observation dans les transmissions ciblées. Proposez une formation courte (1 heure) animée par l’IDEC ou le médecin coordinateur, avec vidéos et mises en situation, pour homogénéiser les pratiques. Pensez également aux ressources disponibles en ligne, comme les formations en ligne les plus utiles en EHPAD.
Régime sans sel strict : organisation diététique, acceptabilité et prévention de la dénutrition
Le régime hyposodé strict (< 2 g de sodium/jour, soit environ 5 g de sel/jour, voire moins) est un pilier du traitement de l’ascite. Il réduit la rétention hydrosodée et potentialise l’action des diurétiques. Mais en EHPAD, ce régime pose des défis majeurs : acceptabilité, risque de refus alimentaire, dénutrition.
Principes du régime sans sel en EHPAD
Aliments à proscrire :
- Charcuteries, fromages affinés, pain salé, biscuits apéritifs, conserves, plats industriels.
- Sel de table, bouillons cubes, sauces industrielles.
Aliments autorisés :
- Viandes, poissons, œufs frais (non transformés).
- Légumes frais ou surgelés nature.
- Fruits frais.
- Pain sans sel, biscuits sans sel (disponibles en pharmacie ou grande surface).
- Produits laitiers non salés (fromage blanc, laitages nature).
Astuce pour rehausser le goût :
- Herbes aromatiques (persil, ciboulette, basilic, thym, romarin).
- Épices (curcuma, paprika, curry, poivre).
- Ail, oignon, échalote, citron, vinaigre.
- Huile d’olive, huile de colza (en quantité raisonnable).
Organisation de la cuisine et collaboration avec le diététicien
En pratique :
- Identification des résidents concernés : liste nominative transmise à la cuisine, avec niveau de restriction (< 2 g, < 1,5 g, < 1 g de sodium/jour).
- Adaptation des menus : la diététicienne élabore des menus spécifiques, en variant les préparations pour éviter la lassitude.
- Formation du personnel de cuisine : lecture des étiquettes (teneur en sodium), préparation de fonds de sauce maison sans sel, cuisson vapeur ou grillade.
- Traçabilité : mention du régime sur le plateau repas, double-vérification par l’aide-soignant avant service.
Prévention de la dénutrition :
Le régime sans sel peut être perçu comme fade, entraînant refus et perte de poids. Il est impératif de :
- Surveiller le poids deux fois par semaine (ou plus si nécessaire).
- Évaluer l’appétit et les prises alimentaires : utiliser une grille de surveillance (quantités consommées).
- Enrichir les plats : ajout de crème fraîche, beurre, huile, œuf, lait en poudre (sans sel ajouté), poudres protéinées sans sodium.
- Proposer des collations attractives : yaourt aux fruits, compote maison, biscuit sans sel avec confiture.
« Un résident cirrhotique qui refuse de manger par manque de goût risque une dénutrition sévère, aggravant son pronostic hépatique. L’enjeu est de concilier restriction sodée et plaisir alimentaire. »
Exemple concret et coordination pluridisciplinaire
Dans un EHPAD de Normandie, une résidente de 78 ans avec cirrhose alcoolique et ascite réfractaire a vu son poids chuter de 5 kg en un mois malgré un régime sans sel strict. L’équipe pluridisciplinaire (médecin coordinateur, diététicienne, IDEC, cuisiniers) s’est réunie en réunion de synthèse. Les actions suivantes ont été décidées :
- Adaptation des textures (mouliné fin, sauce liée) pour faciliter la déglutition.
- Introduction de compléments nutritionnels oraux hyperprotéinés sans sel (ex : Fresubin 2 kcal sans sel).
- Fractionnement des repas (3 repas + 2 collations).
- Participation de la famille (apport de condiments maison, repas festif une fois par mois avec assouplissement contrôlé du régime en concertation avec l’hépatologue).
Résultat : stabilisation pondérale en 6 semaines, amélioration de la qualité de vie, réduction de l’anxiété liée au repas.
Action immédiate : Organisez une réunion de cas mensuelle associant médecin, diététicienne, IDEC et cuisine pour chaque résident sous régime strict. Cette coordination évite les ruptures de suivi et ajuste les stratégies en temps réel. Pour structurer ces réunions, l’IDEC 360° propose des outils visuels et des fiches pratiques adaptés au pilotage pluridisciplinaire.
Protocoles de surveillance, conduite à tenir en urgence et traçabilité des décompensations
La gestion des décompensations hépatiques en EHPAD repose sur des protocoles clairs, connus de tous, et une traçabilité rigoureuse des événements. L’objectif est de détecter précocement les signes d’aggravation, d’intervenir rapidement et de documenter chaque épisode pour ajuster la prise en charge.
Fiche de surveillance dédiée : contenu et utilisation
Une fiche de suivi cirrhose doit être intégrée au dossier de soins informatisé ou papier. Elle comporte :
- Identité du résident et coordonnées de l’hépatologue référent.
- Antécédents hépatiques : cause de la cirrhose, date de diagnostic, traitements passés.
- Traitement en cours : diurétiques (posologie, horaires), lactulose, bêtabloquants (prévention hémorragie variqueuse), prophylaxie antibiotique.
- Constantes à surveiller : poids, périmètre abdominal, diurèse, transit, température, TA, FC.
- Signes d’alerte : prise de poids rapide, confusion, vomissements, hématémèse, méléna, fièvre, douleur abdominale.
- Calendrier des examens : bilans biologiques (ionogramme, créatinine, NFS, TP, facteur V, ammoniémie), échographie abdominale, endoscopie digestive haute (recherche de varices œsophagiennes).
Utilisation pratique :
Chaque IDE référent complète la fiche à chaque passage, en temps réel. Les transmissions ciblées mentionnent systématiquement les paramètres clés. En cas de variation anormale, l’IDE alerte le médecin coordinateur et documente l’appel (date, heure, décision prise).
Conduite à tenir en urgence : situations critiques
1. Hémorragie digestive (hématémèse, méléna) :
- Appel immédiat du SAMU (15).
- Allonger le résident, jambes surélevées.
- Prendre les constantes : TA, FC, conscience.
- Préparer le dossier médical (ordonnance, bilan récent).
- Rassurer le résident, prévenir la famille.
2. Encéphalopathie stade III-IV (confusion sévère, coma) :
- Alerte médecin coordinateur.
- Appel 15 si aggravation rapide.
- Sécuriser le résident : barrières de lit, surveillance continue.
- Vérifier la prise du lactulose, rechercher un facteur déclenchant (infection, médicament).
3. Suspicion de péritonite bactérienne spontanée (fièvre, douleur abdominale, ascite) :
- Prévenir le médecin en urgence.
- Bilan biologique avec hémocultures, ECBU si disponible.
- Ponction d’ascite diagnostique (souvent réalisée en hospitalisation).
- Antibiothérapie probabiliste selon prescription (souvent céphalosporine de 3ᵉ génération).
« Chaque seconde compte dans la prise en charge d’une hémorragie digestive ou d’une encéphalopathie sévère. Un protocole d’urgence affiché et connu de tous sauve des vies. »
Traçabilité et retour d’expérience
Documentation obligatoire :
- Déclaration d’événement indésirable (EI) en cas d’hospitalisation non programmée, chute liée à l’encéphalopathie, erreur médicamenteuse.
- Fiche de liaison hospitalière : synthèse de l’épisode (motif, signes cliniques, traitement, évolution), transmise à l’équipe hospitalière et à l’hépatologue.
- Compte-rendu d’hospitalisation : intégré au dossier de soins, analysé en réunion d’équipe pour ajuster le projet de soins.
Analyse des événements :
Chaque trimestre, l’IDEC réalise une synthèse des décompensations survenues (nombre, gravité, facteurs déclenchants, réponse thérapeutique). Cette analyse nourrit :
- Les formations internes (cas cliniques, simulation).
- L’amélioration des protocoles.
- La coordination avec les partenaires externes (hépatologue, service d’urgence).
Exemple concret : Un EHPAD de Loire-Atlantique a développé un tableau de bord cirrhose, actualisé mensuellement, avec indicateurs clés : nombre de décompensations, taux de ré-hospitalisations à 30 jours, taux d’observance du régime sans sel (évalué par pesée et courbe de poids). Ce tableau, présenté en COPIL qualité, a permis de cibler les actions prioritaires et d’améliorer le suivi pluridisciplinaire.
Action immédiate : Rédigez ou actualisez votre protocole cirrhose décompensée en concertation avec le médecin coordinateur et l’hépatologue. Diffusez-le à l’ensemble des équipes, y compris personnel de nuit et week-end. Planifiez une formation annuelle avec mise en situation (cas cliniques, gestes d’urgence). Pour structurer ces protocoles, le Pack SOS EHPAD – 28 Procédures Actualisées offre une base prête à adapter.
Garantir la sérénité des équipes et la qualité de vie du résident
L’accompagnement d’un résident avec cirrhose décompensée mobilise des compétences techniques pointues, une vigilance constante et une coordination sans faille. Pour les professionnels d’EHPAD, cet accompagnement peut générer stress, charge mentale et sentiment d’insécurité, surtout en contexte de pénurie de personnel.
Soutenir les équipes :
- Formation continue : sessions régulières sur la cirrhose, les signes d’alerte, les protocoles d’urgence. Privilégier des formats courts (1 à 2 heures), participatifs, avec cas concrets.
- Débriefing post-événement : après chaque hospitalisation ou décès, organiser un temps d’échange pluridisciplinaire pour analyser l’événement, verbaliser les émotions, ajuster les pratiques.
- Ressources documentaires : mettre à disposition des fiches synthétiques, protocoles plastifiés, mémos affichés (ex : dans le Pack Mémos Terrain).
- Supervision IDEC : l’infirmière coordinatrice joue un rôle clé de soutien technique et émotionnel. Elle peut s’appuyer sur des ouvrages de référence comme IDEC 360° ou SOS IDEC pour structurer son management et éviter l’épuisement.
Préserver la qualité de vie du résident :
Malgré la lourdeur de la surveillance, le résident doit rester au cœur du projet de soins :
- Respect de la dignité : assurer l’intimité lors des soins, prendre le temps d’expliquer les actes, impliquer le résident dans les décisions (régime, traitement).
- Maintien des liens familiaux : encourager les visites, informer régulièrement la famille de l’évolution, solliciter leur participation (repas festifs adaptés, activités).
- Soutien psychologique : proposer un accompagnement par psychologue ou bénévole d’accompagnement, notamment en phase palliative si la cirrhose évolue vers l’insuffisance hépatique terminale.
- Activités adaptées : même en cas de fatigue, favoriser les activités douces (lecture, musique, sorties au jardin), selon les capacités du résident.
Anticiper la fin de vie :
Pour les résidents en stade avancé (Child-Pugh C, MELD élevé), aborder les directives anticipées et le projet de soins personnalisé est indispensable. Impliquer le résident, la famille, le médecin coordinateur et l’hépatologue pour définir les limites de prise en charge (hospitalisation, réanimation) et privilégier le confort en phase palliative. Le guide Soigner sans s’oublier aborde ces thématiques délicates avec des outils concrets pour les équipes.
Conseil final : Créez un référent cirrhose au sein de votre EHPAD (IDE expérimenté, formé en hépatologie), qui centralise l’information, coordonne les soins, forme les collègues et assure le lien avec l’hépatologue. Ce référent peut également animer des réunions de synthèse trimestrielles et actualiser les protocoles. Ce modèle d’organisation, inspiré des référents douleur ou plaies, améliore la qualité de prise en charge et sécurise les équipes.
FAQ : Questions fréquentes sur l’accompagnement des résidents cirrhotiques en EHPAD
Peut-on accepter un résident avec cirrhose décompensée en EHPAD ?
Oui, sous réserve que l’établissement dispose des moyens de surveillance adaptés (IDE présent quotidiennement, coordination médicale réactive, possibilité de gestion du régime sans sel). Une évaluation pluridisciplinaire préalable (médecin coordinateur, IDEC, hépatologue) est indispensable pour valider l’admission. Selon la grille AGGIR, un résident cirrhotique peut être classé en GIR 2 ou 3 selon le degré d’autonomie, avec impact sur le GMP de l’établissement.
Comment gérer les refus alimentaires liés au régime sans sel ?
Le refus alimentaire doit être anticipé et géré en équipe pluridisciplinaire. Privilégier les stratégies d’enrichissement sans sodium, les herbes aromatiques, l’implication de la famille (apport de recettes maison), et les moments conviviaux autour du repas. En dernier recours, discuter avec l’hépatologue d’un assouplissement ponctuel du régime, en balance bénéfice-risque, notamment en phase palliative.
Quelle est la fréquence des bilans biologiques chez un résident cirrhotique ?
Elle dépend de la stabilité clinique. En phase de décompensation ou d’ajustement thérapeutique, un bilan hebdomadaire (ionogramme, créatinine, NFS) est souvent nécessaire. En phase stable, un bilan mensuel ou bimensuel suffit. Le calendrier est fixé par l’hépatologue et le médecin coordinateur, en fonction des paramètres (dosage diurétiques, risque d’insuffisance rénale fonctionnelle).
Conclusion pratique : L’accompagnement des résidents avec cirrhose décompensée en EHPAD exige rigueur, coordination et humanité. En structurant les protocoles de surveillance, en formant les équipes et en mobilisant les outils adaptés, vous sécurisez les soins tout en préservant la qualité de vie des résidents et la sérénité des professionnels. Chaque acteur – de l’aide-soignant à l’IDEC, du cuisinier au médecin coordinateur – joue un rôle clé dans cette chaîne de soins complexe. Ensemble, vous faites la différence au quotidien.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.