Les urgences allergiques et notamment les piqûres d’hyménoptères (guêpes, abeilles, frelons) représentent un risque vital dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Bien que peu fréquentes, ces situations peuvent évoluer vers un choc anaphylactique mortel en quelques minutes. Face à cette réalité, les EHPAD doivent disposer de protocoles clairs, de trousses d’urgence adaptées et de professionnels formés aux gestes qui sauvent, notamment l’injection d’adrénaline.
Sommaire
- Comprendre le choc anaphylactique en EHPAD : un risque vital à ne pas sous-estimer
- Protocole d’urgence en cas de réaction allergique sévère : la conduite à tenir minute par minute
- Trousses d’urgence allergique : composition, localisation et gestion des stocks
- Formation des équipes : maîtriser l’injection d’adrénaline et gagner en réactivité
- Sécuriser durablement : prévention, évaluation et amélioration continue
- Questions fréquentes des professionnels
- Prêts à sauver une vie : l’urgence allergique, une compétence collective à entretenir
Comprendre le choc anaphylactique en EHPAD : un risque vital à ne pas sous-estimer
Le choc anaphylactique est une réaction allergique généralisée, brutale et potentiellement mortelle. Il survient lorsque l’organisme réagit de manière excessive à un allergène.
Chez les personnes âgées, plusieurs facteurs aggravent le risque :
- La polymédication, qui augmente les interactions et la sensibilité
- Les antécédents cardiaques qui fragilisent la capacité de réponse de l’organisme
- La prise de bêtabloquants qui peut réduire l’efficacité de l’adrénaline
- La diminution des capacités de communication en cas de troubles cognitifs
Les hyménoptères (guêpes, abeilles, frelons asiatiques) constituent la première cause de choc anaphylactique en milieu extérieur. En EHPAD, les piqûres surviennent principalement lors d’activités en jardin, sur les terrasses ou pendant les repas en extérieur pendant la période estivale.
Selon les données de l’Anses actualisées en 2025, on estime à 15 à 20 décès annuels par piqûres d’hyménoptères en France, dont une part significative concerne des personnes de plus de 65 ans.
Les signes d’alerte à reconnaître immédiatement
La rapidité de reconnaissance conditionne la survie du résident. Les symptômes évoluent en trois phases :
Phase initiale (0-5 minutes) :
– Démangeaisons intenses, urticaire généralisé
– Sensation de malaise, agitation ou angoisse
– Picotements des lèvres, de la langue, des paumes
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J’accède au stock illimitéPhase d’aggravation (5-15 minutes) :
– Œdème du visage, des lèvres, de la langue (œdème de Quincke)
– Difficultés respiratoires (dyspnée, stridor)
– Douleurs abdominales, nausées, vomissements
– Pâleur, sueurs, sensation de mort imminente
Phase de choc (15-30 minutes) :
– Chute brutale de la tension artérielle
– Pouls rapide et filant
– Perte de connaissance
– Arrêt cardio-respiratoire si absence de prise en charge
Conseil opérationnel : Affichez dans les postes de soins et en salle de pause une fiche visuelle des signes d’alerte avec photos. Organisez deux fois par an une mise en situation de 10 minutes avec vos équipes pour maintenir les réflexes.
Protocole d’urgence en cas de réaction allergique sévère : la conduite à tenir minute par minute
Face à une suspicion de choc anaphylactique, chaque seconde compte. Le protocole doit être connu de l’ensemble des professionnels, infirmiers comme aides-soignants.
Les 5 étapes du protocole d’urgence
1. Reconnaître et alerter (0-2 minutes)
Dès l’apparition de signes évocateurs :
– Alerter immédiatement un infirmier
– Appeler le 15 (SAMU) sans délai
– Ne jamais rester seul avec le résident
– Noter l’heure de début des symptômes
2. Positionner le résident (2-3 minutes)
- Position allongée avec jambes surélevées si hypotension
- Position demi-assise en cas de gêne respiratoire prédominante
- Jamais debout ou assis : risque de syncope et chute
- Desserrer les vêtements, retirer prothèses dentaires si possible
3. Retirer le dard et limiter la diffusion (3-4 minutes)
En cas de piqûre d’abeille :
– Retirer le dard par grattage horizontal (carte rigide, ongle)
– Ne jamais comprimer avec une pince : cela injecte plus de venin
– Poser une poche de glace sur la zone
4. Administrer l’adrénaline auto-injectable (4-5 minutes)
C’est le geste qui sauve. L’adrénaline doit être injectée :
– Par voie intramusculaire dans la face externe de la cuisse
– À travers les vêtements si nécessaire
– Même en l’absence de certitude diagnostique si suspicion forte
– Sans attendre l’arrivée des secours
Dosage standard : 0,3 à 0,5 mg (seringue auto-injectable type Anapen® ou Jext®)
L’injection peut être renouvelée après 5 à 15 minutes si absence d’amélioration.
5. Surveiller et tracer (5-30 minutes)
- Surveillance des constantes : pouls, tension, fréquence respiratoire, saturation
- Maintien du résident en position adaptée
- Traçabilité complète dans le dossier de soins
- Transmission orale structurée aux secours du SAMU
Important : L’adrénaline est le seul traitement efficace du choc anaphylactique. Les antihistaminiques et corticoïdes sont des traitements complémentaires mais ne suffisent jamais en urgence.
Exemple concret : protocole appliqué dans un EHPAD de Provence
Un EHPAD de 85 lits à Aix-en-Provence a formalisé en 2024 un protocole choc anaphylactique affiché dans tous les postes de soins. Lors d’une animation en jardin en juin 2025, une résidente de 82 ans a été piquée par une guêpe. En trois minutes, l’aide-soignante a reconnu les signes d’urticaire et de gêne respiratoire, alerté l’IDEC et le 15, positionné la résidente et préparé la trousse d’urgence. L’infirmière a administré l’adrénaline en moins de 5 minutes. La résidente a été hospitalisée en observation et est sortie sans séquelle 24h après.
Conseil opérationnel : Simulez une fois par trimestre une situation d’urgence allergique lors des transmissions. Chronométrez le délai entre l’alerte et l’injection fictive d’adrénaline. L’objectif : moins de 5 minutes.
Trousses d’urgence allergique : composition, localisation et gestion des stocks
La trousse d’urgence allergique doit être immédiatement accessible, clairement identifiée et régulièrement vérifiée. Elle constitue un équipement médical prioritaire au même titre que le chariot d’urgence.
Composition réglementaire et recommandée
| Élément | Quantité minimale | Fonction |
|---|---|---|
| Adrénaline auto-injectable 0,3 mg | 2 stylos | Traitement du choc |
| Adrénaline auto-injectable 0,15 mg (enfants/petits gabarits) | 1 stylo (optionnel) | Traitement adapté |
| Antihistaminique injectable (dexchlorphéniramine) | 2 ampoules | Traitement complémentaire |
| Corticoïde injectable (méthylprednisolone) | 2 ampoules | Prévention rebond |
| Sérum physiologique | 2 ampoules 10 ml | Dilution, rinçage |
| Compresses stériles | 1 sachet | Soins locaux |
| Poche de glace instantanée | 2 unités | Limitation diffusion |
| Carte de traçabilité | 1 exemplaire | Suivi et protocole |
| Fiche protocole plastifiée | 1 exemplaire | Aide-mémoire visuel |
Critères de conformité :
– Date de péremption vérifiée mensuellement
– Traçabilité informatisée (logiciel de soins)
– Renouvellement automatique 3 mois avant expiration
– Scellé de sécurité pour contrôler les ouvertures
Où placer les trousses en EHPAD ?
Localisation stratégique :
– Poste de soins infirmiers principal (trousse de référence)
– Chariot d’urgence mobile
– Salle d’animation si activités extérieures régulières
– Véhicule de l’établissement lors de sorties
Signalétique : sticker rouge avec croix verte et mention « URGENCE ALLERGIE – ADRÉNALINE »
Gestion des stocks et traçabilité
Un tableau de suivi mensuel doit être tenu par l’IDEC ou l’infirmier référent :
- Vérification des dates de péremption
- Contrôle de l’intégrité des dispositifs
- Test de l’accessibilité (chronomètre : moins de 2 minutes)
- Déclaration des utilisations ou pertes
- Commande anticipée (bon de commande pré-rempli)
Conseil opérationnel : Créez une alerte automatique dans votre logiciel de gestion des stocks 90 jours avant la péremption. Organisez une révision trimestrielle de la trousse avec l’équipe lors d’une réunion soignante de 15 minutes.
Formation des équipes : maîtriser l’injection d’adrénaline et gagner en réactivité
La détention d’une trousse ne suffit pas. Seule une formation régulière et pratique garantit l’efficacité de la chaîne de secours en cas d’urgence allergique.
Qui doit être formé en EHPAD ?
- Tous les infirmiers : formation initiale et recyclage annuel
- Les aides-soignants : sensibilisation et reconnaissance des signes
- L’équipe de direction : cadre légal et responsabilité
- Les agents de service : alerte et premiers gestes
Selon le décret n°2023-736 relatif aux compétences infirmières, l’injection d’adrénaline en urgence vitale immédiate relève du rôle propre de l’infirmier, sans prescription médicale préalable nécessaire.
Programme de formation type (3 heures)
Module 1 : Connaissances théoriques (45 min)
– Physiologie du choc anaphylactique
– Facteurs de risque chez la personne âgée
– Reconnaissance des signes d’alerte
– Cadre légal et responsabilité professionnelle
Module 2 : Protocole et conduite à tenir (45 min)
– Lecture commentée du protocole établissement
– Circuit d’alerte et coordination d’équipe
– Positionnement du résident
– Traçabilité et transmission
Module 3 : Pratique sur mannequin (90 min)
– Manipulation des stylos auto-injecteurs (dispositifs d’entraînement)
– Technique d’injection intramusculaire
– Mise en situation réelle chronométrée
– Débriefing et analyse des erreurs
Dispositifs pédagogiques innovants
Stylos d’entraînement : Les laboratoires fournissent gratuitement des dispositifs factices (Anapen® Trainer, Jext® Trainer) permettant de s’entraîner sans risque. Commandez-en 3 à 5 exemplaires pour votre établissement.
Applications de simulation : Des applications mobiles permettent de simuler des scénarios d’urgence avec timer et scoring de performance.
Ateliers inter-équipes : Organisez des sessions de 30 minutes avec binôme IDE/AS lors des transmissions pour maintenir les compétences.
Fréquence et recyclage
- Formation initiale : lors de l’intégration de tout nouveau professionnel
- Recyclage annuel obligatoire : session pratique de 90 minutes minimum
- Piqûre de rappel trimestrielle : 15 minutes en réunion d’équipe
Exemple concret : Un EHPAD associatif de 110 lits dans le Var a intégré depuis 2024 la formation aux urgences allergiques dans son parcours d’intégration. Chaque nouvel arrivant (IDE, AS, agents) suit une session pratique de 2h. Un recyclage est organisé chaque trimestre sous forme de « café urgence » de 20 minutes avant la transmission du matin. Résultat : 100% des professionnels se déclarent capables d’utiliser l’adrénaline auto-injectable.
Conseil opérationnel : Inscrivez la formation aux urgences allergiques dans votre plan de développement des compétences annuel. Sollicitez les organismes de DPC pour un financement. Certaines formations en ligne permettent de couvrir la partie théorique, libérant du temps pour la pratique terrain. Consultez notre sélection de formations en ligne utiles en EHPAD pour identifier les modules adaptés.
Sécuriser durablement : prévention, évaluation et amélioration continue
Au-delà de la gestion de crise, l’EHPAD doit construire une stratégie de prévention pour limiter l’exposition aux allergènes et renforcer la culture sécurité.
Identifier les résidents à risque
Un repérage systématique doit être effectué dès l’admission :
- Antécédents d’allergie alimentaire sévère (fruits à coque, crustacés, lait)
- Allergie connue aux piqûres d’hyménoptères
- Allergies médicamenteuses (antibiotiques, antalgiques)
- Prise de bêtabloquants ou d’IEC (facteurs aggravants)
Ces informations doivent être tracées dans le dossier de soins avec un système d’alerte visuelle (pastille rouge, bannière logiciel).
Un Plan d’Accompagnement Individualisé (PAI) peut être formalisé pour les résidents à très haut risque, incluant :
– Prescription médicale anticipée d’adrénaline
– Consignes spécifiques (pas de sorties en période de forte activité des hyménoptères)
– Information de la famille
– Port éventuel d’un stylo personnel
Prévention environnementale en période à risque
Période avril-octobre (pic d’activité des hyménoptères) :
- Inspection régulière des espaces extérieurs (nids)
- Suppression des sources d’attraction (poubelles ouvertes, aliments sucrés)
- Moustiquaires aux fenêtres des chambres
- Vigilance renforcée lors des repas en terrasse
- Kit de désinsectisation professionnel
Sensibilisation des résidents et familles :
– Affichage des consignes de prévention en salle à manger
– Information lors des conseils de vie sociale
– Fiche conseil remise aux familles en été
Analyse des événements et retour d’expérience
Chaque situation d’urgence allergique doit faire l’objet d’une analyse :
Grille d’analyse post-événement :
- Délai entre premiers symptômes et alerte : _____ min
- Délai entre alerte et injection d’adrénaline : _____ min
- Difficultés rencontrées (technique, organisation, stress)
- Actions correctives identifiées
- Mise à jour du protocole si nécessaire
Cette analyse est présentée en réunion qualité-soins et sert de base à l’amélioration continue.
Outils de pilotage et indicateurs
| Indicateur | Objectif | Fréquence de suivi |
|---|---|---|
| % professionnels formés à l’injection d’adrénaline | 100% IDE, 80% AS | Annuel |
| Délai moyen alerte-injection (simulation) | < 5 min | Trimestriel |
| Nombre de vérifications mensuelles trousse | 12/12 | Mensuel |
| Taux de conformité des dates de péremption | 100% | Mensuel |
| Nombre d’événements indésirables allergiques | Suivi tendance | Annuel |
Conseil opérationnel : Intégrez ces indicateurs dans votre tableau de bord qualité-sécurité présenté en COPIL. Reliez-les aux axes de votre document unique d’évaluation des risques (DUER). Lors de la préparation de la certification HAS, ces éléments constituent des preuves tangibles de votre démarche de gestion des risques.
Questions fréquentes des professionnels
Peut-on administrer de l’adrénaline sans prescription médicale en EHPAD ?
Oui, en situation d’urgence vitale immédiate. L’infirmier relève de son rôle propre l’administration d’adrénaline face à un choc anaphylactique avéré ou fortement suspecté. Une prescription médicale anticipée peut cependant faciliter la traçabilité et sécuriser juridiquement l’acte, notamment pour les résidents à risque identifié. L’important est de ne jamais retarder l’injection en attendant une prescription.
Que faire si le résident refuse l’injection par peur ou confusion ?
En situation de danger vital immédiat, le professionnel est fondé à agir dans l’intérêt du résident, même contre son gré apparent, en application du principe de nécessité thérapeutique. Il convient de :
– Expliquer rapidement mais fermement la situation
– Faire appel à un collègue pour sécuriser le geste
– Tracer l’événement et la décision dans le dossier
– Informer la famille et le médecin a posteriori
Un aide-soignant peut-il injecter l’adrénaline en l’absence d’infirmier ?
Légalement, l’injection relève de la compétence infirmière. Toutefois, en situation d’urgence vitale absolue et en l’absence d’infirmier, l’aide-soignant ou tout professionnel présent peut être amené à réaliser le geste sous le régime de l’état de nécessité (article 122-7 du Code pénal). La formation de tous les professionnels est donc essentielle, tout en maintenant claire la responsabilité première de l’IDE.
Comment gérer l’angoisse des équipes face à ces situations ?
La formation régulière, la répétition des gestes et le débriefing systématique après chaque simulation ou événement réel sont les meilleurs leviers. La mise à disposition d’un soutien psychologique (cellule de crise, entretien individuel) après un événement grave est recommandée. L’ouvrage Soigner sans s’oublier propose des pistes concrètes pour accompagner les équipes dans la gestion émotionnelle des situations critiques.
Prêts à sauver une vie : l’urgence allergique, une compétence collective à entretenir
Les urgences allergiques ne préviennent pas. Elles frappent brutalement et ne laissent que quelques minutes pour agir. Dans un EHPAD, où chaque résident peut potentiellement être exposé à un allergène, la préparation de l’équipe fait la différence entre la vie et la mort.
Trois piliers structurent une réponse efficace : un protocole clair et accessible, une trousse d’urgence opérationnelle et des professionnels formés et entraînés. Ces éléments ne se décrètent pas, ils se construisent par la répétition, la simulation et l’amélioration continue.
Les IDEC et directeurs ont un rôle moteur dans cette dynamique : inscrire la formation aux urgences allergiques au plan de développement des compétences, créer les conditions matérielles (trousses, dispositifs d’entraînement), valoriser les compétences acquises et maintenir une culture de simulation positive, non punitive.
Mini-FAQ complémentaire
Faut-il signaler tout événement allergique grave à l’ARS ?
Oui, si l’événement a entraîné une hospitalisation, un risque vital ou une séquelle. Il entre dans le cadre des événements indésirables graves (EIG) à déclarer via le portail de signalement des événements sanitaires indésirables.
Quelle différence entre Anapen® et Jext® ?
Ces deux dispositifs délivrent de l’adrénaline par auto-injection. Leurs différences sont essentiellement ergonomiques (mode de déclenchement, design). L’important est que tous les professionnels soient formés au modèle disponible dans l’établissement et sachent utiliser les deux en cas de dispositif de secours.
Peut-on facturer la trousse d’urgence allergique dans la section soins ?
Oui, les dispositifs médicaux et médicaments d’urgence relèvent de la section soins et doivent être financés par la dotation soins EHPAD. Leur coût doit être intégré dans le budget prévisionnel présenté au conseil de vie sociale et validé par le conseil d’administration ou l’organisme gestionnaire.
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