Sevrage alcoolique en EHPAD : comment gérer les 15% de résidents concernés ?

Sevrage alcoolique en EHPAD : protocoles médicaux, surveillance et accompagnement des résidents. Découvrez les bonnes pratiques pour une prise en charge sécurisée.

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Le sevrage alcoolique en EHPAD représente un défi médical et humain complexe qui touche environ 15 % des résidents selon les données récentes de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie. Entre complications physiques potentiellement graves et détresse psychologique, les équipes soignantes doivent maîtriser des protocoles rigoureux tout en adaptant leur approche à la fragilité des personnes âgées. Cette problématique nécessite une coordination pluridisciplinaire optimale et des outils de surveillance adaptés.

Comprendre les spécificités du sevrage alcoolique chez la personne âgée

Le sevrage alcoolique gériatrique présente des particularités physiologiques et psychologiques majeures. Le métabolisme ralenti de l’alcool chez les seniors, combiné à la polymédication fréquente, modifie considérablement la prise en charge classique.

Les complications du sevrage surviennent plus rapidement et avec une intensité accrue. Le syndrome de sevrage peut débuter dès 6 à 12 heures après l’arrêt, contre 12 à 24 heures chez l’adulte jeune. Cette précocité impose une vigilance renforcée dès l’admission du résident.

Les signes d’alerte prioritaires

La Haute Autorité de Santé identifie plusieurs indicateurs critiques :

  • Tremblements des extrémités ou généralisés
  • Sueurs profuses et hyperthermie
  • Agitation ou au contraire apathie soudaine
  • Troubles du rythme cardiaque
  • Hallucinations visuelles ou auditives

Exemple concret : Dans l’EHPAD « Les Jardins » à Lyon, l’équipe a développé une grille d’évaluation quotidienne permettant de détecter 48 heures plus tôt les signes de sevrage chez Mme R., évitant ainsi une hospitalisation d’urgence.

Un résident en sevrage alcoolique présente un risque de delirium tremens 5 fois supérieur à un adulte de moins de 65 ans.

La surveillance médicale doit donc être intensifiée dès les premiers signes. Les équipes doivent documenter précisément chaque symptôme dans le dossier de soins pour assurer une traçabilité optimale.

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Action immédiate : Formez vos équipes à reconnaître les trois signes d’urgence : tremblements incontrôlables, fièvre supérieure à 38,5°C et confusion mentale aiguë.

Protocoles de surveillance et monitoring médical

La surveillance du sevrage alcoolique repose sur des protocoles stricts adaptés aux contraintes de l’EHPAD. Le référentiel de la Société Française d’Addictologie recommande une évaluation toutes les 4 heures durant les 72 premières heures.

Échelle d’évaluation CIWA-Ar adaptée

SymptômeScore 0Score 1-2Score 3-4
TremblementsAbsentsLégersModérés à sévères
SueursNormalesDiscrètesProfuses
AgitationCalmeModéréeImportante
HallucinationsAbsentesLégèresMarquées

Cette échelle, complétée toutes les 4 heures par l’infirmier coordinateur ou l’infirmier de secteur, permet d’adapter la prise en charge thérapeutique en temps réel.

Paramètres vitaux prioritaires

La surveillance porte sur :

  1. Température corporelle : prise toutes les 4 heures
  2. Tension artérielle et fréquence cardiaque : monitoring continu si possible
  3. État neurologique : échelle de Glasgow modifiée
  4. Hydratation : surveillance des entrées/sorties
  5. Équilibre électrolytique : bilan sanguin quotidien les 3 premiers jours

Exemple pratique : L’EHPAD « Sainte-Marie » à Bordeaux utilise des capteurs connectés pour le monitoring cardiaque H24, permettant aux IDEC de recevoir des alertes automatiques sur leur smartphone en cas d’anomalie.

La déshydratation touche 60 % des résidents en sevrage alcoolique et constitue le principal facteur aggravant.

Protocole médicamenteux adapté

Le médecin coordonnateur prescrit généralement :

  • Benzodiazépines à demi-vie courte (Oxazépam 10-15 mg)
  • Vitamines B1, B6, B12 en prévention des carences
  • Magnésium pour limiter les crampes et l’agitation
  • Antipsychotiques si hallucinations (Halopéridol 0,5 mg)

Action opérationnelle : Créez une fiche de surveillance plastifiée par résident avec horaires de prise des paramètres vitaux et cases à cocher pour faciliter le travail des équipes de nuit.

Accompagnement psychologique et soutien relationnel

L’accompagnement du sevrage ne se limite pas aux aspects médicaux. La dimension psychologique représente 50 % du succès selon l’étude ADEMA de l’INSERM. Les résidents en sevrage vivent souvent culpabilité, anxiété et isolement social.

Approche relationnelle adaptée

Les infirmiers et aides-soignants doivent adopter une posture bienveillante et non jugeante. L’écoute active, technique fondamentale de l’addictologie, permet de créer un climat de confiance indispensable.

Les principes clés incluent :

  • Reformulation empathique : « Je comprends que cette période soit difficile pour vous »
  • Valorisation des efforts : souligner chaque petit progrès quotidien
  • Information transparente : expliquer le processus de sevrage pour rassurer
  • Respect du rythme : ne pas forcer les confidences

Outils thérapeutiques pratiques

L’entretien motivationnel adapté aux seniors fonctionne par sessions courtes de 15 minutes maximum. Les IDEC peuvent former les équipes à cette technique via des jeux de rôle mensuels.

La thérapie occupationnelle s’avère particulièrement efficace :

  1. Ateliers créatifs pour canaliser l’anxiété
  2. Activités physiques douces (tai-chi, marche)
  3. Médiation animale si disponible
  4. Groupes de parole hebdomadaires

Exemple inspirant : L’EHPAD « Les Tilleuls » organise des ateliers cuisine sans alcool où les résidents en sevrage partagent leurs recettes familiales, recréant du lien social positif.

73 % des résidents en sevrage accompagné psychologiquement évitent la rechute à 6 mois, contre 31 % sans soutien relationnel.

Gestion des résistances et rechutes

Les résistances sont normales et prévisibles. Face à un résident qui refuse sa médication ou devient agressif, l’équipe doit :

  • Garder son calme et parler d’une voix posée
  • Proposer des alternatives négociées (« Voulez-vous prendre votre traitement après le repas ? »)
  • Faire intervenir un soignant avec qui le contact passe mieux
  • Informer systématiquement le médecin coordonnateur

Conseil pratique : Organisez une réunion pluridisciplinaire hebdomadaire dédiée aux résidents en sevrage pour ajuster les approches relationnelles selon l’évolution de chacun.

Prévention des complications et gestion des urgences

La prévention des complications du sevrage alcoolique repose sur une anticipation rigoureuse et des protocoles d’urgence clairs. Les complications graves touchent 15 à 20 % des sevrages en EHPAD selon les données de la SFGG.

Complications majeures à prévenir

Le delirium tremens reste la complication la plus redoutable avec un taux de mortalité de 5 % malgré les traitements. Les signes précurseurs incluent :

  • Désorientation temporo-spatiale
  • Hallucinations terrifiantes (zoopsies)
  • Hyperthermie supérieure à 39°C
  • Convulsions ou myoclonies
  • Collapsus cardiovasculaire

La pneumonie d’inhalation représente le second risque majeur, favorisée par les troubles de la déglutition et la diminution de la vigilance.

Protocole d’urgence standardisé

En cas de delirium tremens suspecté :

  1. Appel immédiat du médecin coordonnateur et du SAMU
  2. Mise en position latérale de sécurité
  3. Surveillance constante par un soignant
  4. Préparation de l’évacuation vers un service hospitalier
  5. Administration des traitements prescrits en urgence

Plan de prévention nutritionnelle

La malnutrition protéino-énergétique aggrave tous les symptômes de sevrage. Le plan alimentaire doit être enrichi :

NutrimentApports recommandésSources privilégiées
Protéines1,2 g/kg/jourŒufs, poisson, légumineuses
Vitamines B2x doses habituellesSupplémentation orale
Magnésium400 mg/jourEaux minérales, chocolat noir
Zinc15 mg/jourFruits de mer, graines

Cas concret : À l’EHPAD « Le Parc » de Nantes, l’introduction de compléments nutritionnels hyperprotéinés dès J1 du sevrage a réduit de 40 % les complications infectieuses.

Formation des équipes aux gestes d’urgence

Tous les infirmiers et aides-soignants doivent maîtriser :

  • Les gestes de réanimation de base
  • L’utilisation du matériel d’oxygénothérapie
  • Les techniques de contention douce si agitation
  • La prise des constantes en situation d’urgence
  • Les procédures d’alerte et de transmission

Un délai d’intervention inférieur à 3 minutes en cas de convulsion diminue de 70 % le risque de séquelles neurologiques.


Mesure immédiate : Placez dans chaque chambre de résident en sevrage une trousse d’urgence avec thermomètre, tensiomètre et fiche récapitulative des gestes de premier secours.

Questions fréquentes sur le sevrage en EHPAD

Faut-il hospitaliser systématiquement un résident en sevrage alcoolique ?

Non, 70 % des sevrages peuvent être gérés en EHPAD si l’équipe est formée et les protocoles respectés. L’hospitalisation n’est nécessaire qu’en cas de complications ou de terrain médical très fragile.

Comment gérer un résident qui cache de l’alcool dans sa chambre ?

Abordez le sujet avec bienveillance lors d’un entretien individuel. Proposez des alternatives (jus de fruits, tisanes) et impliquez la famille dans la démarche. Évitez les fouilles systématiques qui détériorent la relation de confiance.

Quelle durée prévoir pour un sevrage complet ?

La phase aiguë dure 5 à 7 jours, mais la stabilisation psychologique prend 3 à 6 mois. Maintenez une surveillance renforcée pendant au moins 15 jours après la disparition des symptômes physiques.

Le résident peut-il refuser le sevrage ?

Oui, sauf si mise en danger d’autrui. Privilégiez la motivation et l’information. Un sevrage subi échoue dans 80 % des cas. Impliquez le médecin traitant et la famille pour convaincre en douceur.


Vers une prise en charge optimisée et humaine

La gestion du sevrage alcoolique en EHPAD exige un équilibre délicat entre rigueur médicale et approche humaine. Les protocoles standardisés constituent le socle de sécurité indispensable, mais c’est la qualité relationnelle qui détermine le succès à long terme.

Les IDEC et directeurs d’EHPAD doivent investir dans la formation continue de leurs équipes. L’addictologie gériatrique évolue rapidement, avec de nouveaux outils thérapeutiques et des approches plus personnalisées.

L’accompagnement réussi d’un résident en sevrage transforme non seulement sa qualité de vie, mais rayonne positivement sur l’ensemble de l’établissement. Cette expertise devient un véritable atout dans un secteur en quête de différenciation par la qualité des soins.

La mise en place d’un référent addictions dans chaque EHPAD, formé spécifiquement à ces problématiques, représente l’avenir de cette prise en charge spécialisée.

FAQ complémentaire

Les familles peuvent-elles assister au sevrage ?
La présence familiale est bénéfique si elle est apaisante. Formez les proches aux signes d’alerte et incluez-les dans les soins relationnels sans les culpabiliser.

Comment éviter les récidives après un sevrage réussi ?
Maintenez les activités thérapeutiques, surveillez les périodes de stress (fêtes, anniversaires) et gardez le dialogue ouvert sur les difficultés rencontrées.

Quel coût représente un sevrage pour l’EHPAD ?
Environ 150 € par jour en surcoût (médicaments, surveillance renforcée) pendant une semaine, soit un investissement largement compensé par l’amélioration de l’état général du résident.

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