Prime Ségur en 2026 : ce qui attend réellement les soignants d’EHPAD

Les professionnels des EHPAD s’inquiètent des rumeurs entourant la prime Ségur. Cependant, des garanties légales et financières assurent la pérennité de cette revalorisation, prévue pour se consolider en 2026.

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Entre rumeurs de suppression et incertitudes budgétaires, les 1,5 million de professionnels bénéficiaires des primes Ségur s’interrogent sur l’avenir de cette revalorisation de 183 euros nets mensuels. Pourtant, les faits sont clairs : aucun texte officiel ne prévoit de remise en cause du dispositif. Au contraire, 2026 s’annonce comme l’année de consolidation avec l’aboutissement des négociations de la Convention Collective Unique qui devrait intégrer définitivement ces revalorisations dans les grilles salariales. Pour les directeurs d’EHPAD, IDEC et soignants, l’heure est au décryptage factuel des perspectives réelles, loin des fantasmes budgétaires et des raccourcis médiatiques qui alimentent l’inquiétude sur le terrain.

Ce qui est définitivement acquis : un cadre juridique protecteur

Commençons par rétablir une vérité essentielle face aux rumeurs récurrentes : les primes Ségur sont juridiquement pérennisées et aucun projet de suppression n’existe dans les textes officiels. Cette affirmation repose sur des fondements légaux solides qu’il convient de détailler pour comprendre pourquoi une suppression pure et simple relèverait du parcours du combattant politique et juridique.

Dans le secteur public, le mécanisme du Complément de Traitement Indiciaire (CTI) instauré par le décret n° 2020-1152 du 19 septembre 2020 a transformé cette prime en élément permanent de la rémunération. Les 49 points d’indice majoré s’ajoutent au traitement indiciaire de base et entrent dans le calcul de la pension de retraite. Ce n’est pas une prime discrétionnaire que l’employeur pourrait supprimer à sa guise, mais un droit acquis inscrit dans le statut de la fonction publique hospitalière.

Pour comprendre la solidité de cette garantie, rappelons que le CTI fait l’objet d’un arrêté individuel pour chaque fonctionnaire concerné. Supprimer ce complément nécessiterait une modification législative ou réglementaire de grande ampleur, avec un passage obligé devant le Parlement ou à minima une procédure réglementaire strictement encadrée. Le Conseil constitutionnel, dans sa décision du 21 mars 2024, a validé la conformité du dispositif à la Constitution, ajoutant une couche de protection juridique supplémentaire.

Dans le secteur privé non lucratif et commercial, les revalorisations résultent d’accords collectifs de branche dont certains ont été étendus par arrêté ministériel. L’arrêté du 5 août 2024, qui a rendu opposable l’accord du 4 juin 2024 à l’ensemble de la branche BASS, crée une obligation légale pour tous les employeurs du secteur. Un employeur ne peut pas unilatéralement cesser de verser une prime prévue par un accord étendu sans s’exposer à des sanctions de l’inspection du travail et à des recours prud’homaux.

Le budget alloué au Ségur, soit 8,2 milliards d’euros annuels, figure dans les lois de financement de la Sécurité sociale successives depuis 2021. Le PLFSS 2025, adopté définitivement le 17 février 2025, maintient intégralement cette ligne budgétaire sans aucune remise en cause. Cette inscription pérenne dans les finances publiques constitue un engagement de l’État qui ne peut être balayé d’un trait de plume.

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D’où viennent les rumeurs de suppression et que révèlent-elles ?

Les inquiétudes des professionnels ne sont pas nées de nulle part. Elles prennent racine dans un contexte budgétaire tendu et dans des déclarations politiques parfois ambiguës. Fin 2024, une « petite phrase » attribuée à Sébastien Lecornu, alors Premier ministre pressenti, sur les « problèmes de finances publiques » a été interprétée comme une menace sur les acquis salariaux du secteur. Cette interprétation a circulé sur les réseaux sociaux et dans les groupes professionnels, alimentant un climat d’incertitude.

La réalité factuelle est moins dramatique. Les déclarations en question portaient sur la nécessité générale de maîtriser les dépenses publiques dans un contexte de déficit de la Sécurité sociale estimé entre 15 et 18 milliards d’euros pour 2024. Aucun document officiel, aucun projet de loi, aucune instruction ministérielle ne mentionne une quelconque suppression du Ségur. L’article publié sur SOS EHPAD en novembre 2024 titrait d’ailleurs de manière volontairement interrogative : « Lecornu menace-t-il vraiment vos primes Ségur ? », avant de conclure par la négative après analyse des textes.

Ces rumeurs révèlent néanmoins une fragilité psychologique compréhensible chez des professionnels qui ont vécu des décennies de gel salarial. Entre 2005 et 2020, le point d’indice de la fonction publique n’a été revalorisé que de 1,2 % au total, alors que l’inflation cumulée dépassait 20 %. Dans ce contexte, l’obtention de 183 euros nets mensuels a été perçue comme un acquis fragile, menacé par le prochain ajustement budgétaire.

Le conflit entre l’État et les Départements sur le financement de l’extension du « Ségur pour tous » a également contribué à l’inquiétude. Le 11 septembre 2024, Départements de France appelait ses membres à refuser l’application de l’extension aux 112 000 nouveaux bénéficiaires, invoquant un coût non compensé de 170 millions d’euros. Cette bataille politique a été perçue comme une remise en cause du principe même de la revalorisation, alors qu’elle portait uniquement sur la répartition de la charge financière entre financeurs.

Le compromis trouvé le 29 avril 2025, avec une compensation de 85 millions d’euros annuels aux Départements et la validation juridique par le Tribunal administratif de Paris le 21 mars 2025, a clos ce chapitre. Mais l’épisode a laissé des traces dans les esprits, alimentant un sentiment de précarité qui ne correspond pas à la réalité juridique du dispositif.

Infographie sur la prime Ségur en 2026, soulignant son maintien et sa protection légale, avec des détails sur le montant de 183 euros nets mensuels pour 1,5 million de professionnels, un budget sécurisé de 8,2 milliards d'euros et des enjeux structurels pour les EHPAD.

Ce qui peut évoluer en 2026 : trois scénarios à anticiper

Si la suppression pure et simple est hors de portée juridique et politique, certaines évolutions sont possibles et même probables en 2026. Les professionnels doivent distinguer ce qui relève du fantasme de ce qui constitue des hypothèses réalistes.

Premier scénario : la fusion dans la Convention Collective Unique Étendue (CCUE). Les négociations entre partenaires sociaux, reprises le 4 septembre 2025 après quatre mois d’interruption, visent à créer une convention unique pour l’ensemble du secteur privé sanitaire, social et médico-social. Le projet prévoit d’intégrer les revalorisations Ségur dans de nouvelles grilles de classification et de rémunération. Concrètement, les 183 euros nets mensuels ne seraient plus affichés comme une prime séparée mais fondraient dans le salaire de base.

Ce changement de présentation ne constitue pas une suppression mais une transformation comptable. L’État et les Départements ont déjà réservé 500 millions d’euros pour financer cette convention. Pour les salariés, l’effet net sur la fiche de paie devrait être neutre ou légèrement positif selon les grilles finales adoptées. La CFDT, signataire du dernier accord, estime que cette intégration offrira une « meilleure lisibilité » et facilitera les évolutions de carrière. La CGT, plus critique, redoute des « pertes sur carrière » si les nouvelles grilles ne compensent pas intégralement l’ancien système. La signature définitive de cette CCUE est attendue pour le premier semestre 2026.

Deuxième scénario : l’extension aux derniers exclus du secteur public. Environ 3 000 à 4 000 agents des filières administrative, technique et ouvrière des ESSMS publics autonomes (hors EHPAD) restent exclus du CTI. Le GEPSo (Groupement national des établissements publics sociaux et médico-sociaux) a déposé une nouvelle requête devant le Conseil d’État le 30 janvier 2025. Si le Conseil donne raison aux requérants, un décret d’extension pourrait intervenir en 2026, élargissant encore le périmètre des bénéficiaires.

Cette hypothèse est crédible car elle s’inscrit dans la logique du « Ségur pour tous » portée par le gouvernement depuis 2024. Le coût additionnel, estimé à 15 à 20 millions d’euros annuels, reste marginal au regard de l’enveloppe globale. Les syndicats misent sur une décision politique favorable du nouveau gouvernement pour clore définitivement ce dossier épineux.

Troisième scénario : une revalorisation du montant pour compenser l’inflation. Les organisations syndicales réclament une augmentation à 190 euros nets mensuels. Leur argument principal repose sur l’érosion par l’inflation : entre 2020 et 2024, le montant nominal est resté inchangé alors que l’inflation cumulée a dépassé 15 %. En euros constants, la prime de 2024 vaut environ 158 euros de 2020.

Cette revendication se heurte à la contrainte budgétaire. Une augmentation de 7 euros nets pour 1,5 million de bénéficiaires représente un coût supplémentaire d’environ 150 millions d’euros annuels charges comprises. Dans le contexte actuel, les partenaires sociaux se montrent réalistes et privilégient d’abord la sécurisation du montant existant et l’extension aux derniers exclus. Une revalorisation substantielle n’est pas attendue avant 2027-2028, sauf surprise politique.

Les garanties concrètes pour les bénéficiaires actuels en 2026

Pour les 1,4 million de professionnels qui perçoivent déjà le CTI ou son équivalent en prime, 2026 s’annonce sous le signe de la continuité. Plusieurs garanties concrètes permettent de l’affirmer avec certitude.

La première garantie est calendaire : le versement mensuel se poursuit automatiquement sans aucune démarche à effectuer. Dans le secteur public, le CTI figure sur la fiche de paie sous la ligne « complément de traitement indiciaire » ou « CTI Ségur ». Dans le secteur privé, l’intitulé varie selon les accords : « prime Ségur », « indemnité de revalorisation salariale » ou « complément Ségur ». Quel que soit le libellé, le montant reste stable : 183 euros nets pour le public et le privé non lucratif, 160 euros nets pour le privé commercial.

La deuxième garantie est budgétaire. Les ARS (Agences Régionales de Santé) et les Conseils départementaux ont reçu instruction de financer ces revalorisations dans leurs dotations aux EHPAD pour 2026. Le mécanisme de répartition tripartite (70 % État-Sécurité sociale, 30 % Départements) est maintenu. Le compromis d’avril 2025 avec Départements de France sécurise cette répartition avec une compensation de 85 millions d’euros annuels versée par la CNSA.

La troisième garantie est juridique. Les professionnels qui ne recevraient pas leur prime disposent de plusieurs recours. Dans le secteur public, l’absence de versement du CTI constitue une erreur administrative rectifiable par simple réclamation auprès du service des ressources humaines, avec effet rétroactif. En cas de blocage, le recours hiérarchique puis le recours gracieux devant le tribunal administratif restent ouverts.

Dans le secteur privé, l’inspection du travail et les DREETS constituent le premier niveau de recours. L’arrêté d’extension du 5 août 2024 rend l’accord collectif opposable à tous les employeurs, même ceux qui ne sont pas adhérents des organisations signataires. Un salarié qui ne percevrait pas la prime peut saisir le conseil de prud’hommes pour obtenir un rappel de salaire avec intérêts et dommages-intérêts pour préjudice. Les organisations syndicales recommandent de conserver systématiquement ses bulletins de paie et de signaler toute anomalie dès le premier mois.

Les perspectives pour les non-bénéficiaires : des chances d’extension limitées

La question se pose différemment pour les professionnels qui ne perçoivent pas encore la prime. Leurs perspectives d’éligibilité en 2026 dépendent de leur catégorie professionnelle et de leur secteur d’emploi.

Les 3 000 à 4 000 agents publics des ESSMS hors EHPAD constituent le groupe le plus susceptible d’obtenir le CTI en 2026. La procédure contentieuse en cours devant le Conseil d’État et la pression syndicale plaident pour une régularisation rapide. Si un décret d’extension intervenait au premier semestre 2026, l’effet serait probablement rétroactif au 1er janvier, comme ce fut le cas pour l’extension de juin 2024. Cela représenterait un rappel de plusieurs mois de prime pour les agents concernés.

Les médecins, qui disposent d’un régime de rémunération distinct, ne sont pas concernés par le CTI classique mais bénéficient depuis 2021 d’une prime de revalorisation spécifique. Les médecins coordonnateurs en EHPAD perçoivent ainsi une prime mensuelle de 396 euros bruts instaurée par décret. Aucune extension supplémentaire n’est prévue pour cette catégorie en 2026, le gouvernement estimant que leur situation a été traitée dans un cadre séparé.

Les contractuels de droit privé employés par des établissements publics restent dans une zone grise juridique. Le Conseil d’État a confirmé qu’ils ne relevaient pas du décret de 2020 sur le CTI. Certains établissements ont néanmoins décidé, par décision unilatérale de l’employeur, d’aligner leur rémunération sur celle des titulaires par souci d’équité. Mais cette pratique n’est pas généralisée et dépend de la politique RH de chaque structure. Les syndicats estiment à 15 000 le nombre de contractuels dans cette situation et continuent de réclamer une harmonisation par voie réglementaire.

Les intérimaires constituent un cas particulier. Le principe d’égalité de traitement impose théoriquement que les travailleurs temporaires bénéficient des mêmes avantages que les permanents. Dans les faits, l’application est inégale selon les agences d’intérim et les contrats de mission. La Fnadepa signale que certaines agences refusent d’appliquer l’équivalent Ségur, créant des situations de sous-rémunération pouvant atteindre 220 euros nets mensuels par rapport à un salarié permanent. Des contentieux prud’homaux sont en cours sur ce point, et une clarification jurisprudentielle est attendue en 2026.

Le cadre budgétaire 2026 : menace ou consolidation ?

Le contexte budgétaire constitue l’élément le plus scruté par les professionnels inquiets. Le déficit record de la Sécurité sociale et les contraintes européennes sur les finances publiques françaises alimentent les craintes. Pourtant, l’analyse détaillée du PLFSS 2026, en cours d’élaboration, et des arbitrages gouvernementaux indique une volonté de maintien.

La Commission européenne a placé la France en procédure de déficit excessif en juillet 2024, exigeant un retour sous le seuil de 3 % du PIB d’ici 2027. Ce cadre impose des économies estimées à 20 milliards d’euros sur les dépenses publiques pour 2026. La tentation pourrait exister de rogner sur les dépenses de personnel, notamment dans le secteur public qui représente 300 milliards d’euros annuels de masse salariale.

Cependant, plusieurs éléments plaident pour l’intangibilité du Ségur. D’abord, les 8,2 milliards d’euros annuels du dispositif ne représentent que 0,3 % du budget général de l’État et 2,7 % de la masse salariale publique. Ce n’est pas là que se trouvent les marges d’économies substantielles recherchées par Bercy. Les pistes privilégiées concernent plutôt les niches fiscales, les dépenses d’intervention et l’optimisation des achats publics.

Ensuite, le coût politique d’une remise en cause serait considérable. Le secteur sanitaire et médico-social emploie 1,6 million de personnes en France, auxquelles s’ajoutent leurs familles et leurs réseaux. Supprimer une revalorisation obtenue au sortir de la crise Covid, alors que les difficultés de recrutement restent massives (210 000 postes à pourvoir d’ici 2030), déclencherait une mobilisation sociale d’ampleur. Aucun gouvernement, quelle que soit sa couleur politique, ne semble prêt à prendre ce risque.

Le rapport de la Cour des comptes sur la maîtrise des dépenses d’assurance maladie, présenté au Sénat en octobre 2024, ne mentionne d’ailleurs aucune remise en cause du Ségur parmi ses recommandations. Les magistrats financiers pointent plutôt le recours excessif à l’intérim (plus d’un milliard d’euros annuels en EHPAD), les dépassements d’honoraires médicaux et l’efficience de certains parcours de soins. Le Ségur est considéré comme un investissement dans l’attractivité du secteur, non comme une dépense superflue.

Enfin, le mécanisme de financement partagé État-Sécurité sociale-Départements dilue la charge budgétaire. Les 5,7 milliards d’euros supportés par l’assurance maladie représentent 2,8 % de son budget annuel de dépenses (environ 200 milliards). Les 2,5 milliards à la charge de l’État correspondent à 0,5 % du budget général. Ces montants, bien que substantiels en valeur absolue, ne pèsent pas suffisamment pour justifier une remise en cause d’un dispositif structurant pour l’ensemble d’un secteur.

Les revendications syndicales pour 2026 : entre pragmatisme et ambition

Les organisations syndicales ont ajusté leurs revendications pour 2026, privilégiant une approche pragmatique qui distingue les objectifs immédiats des perspectives à moyen terme. Cette stratégie traduit une lecture lucide du rapport de force et du contexte budgétaire.

La première priorité syndicale consiste à sécuriser le versement effectif de l’extension de juin 2024 sur tout le territoire. Malgré l’arrêté d’extension et le compromis avec les Départements, des retards et des blocages persistent dans certaines régions. La CGT Santé Action Sociale et FO Santé ont documenté des cas où des établissements invoquent le conflit État-Départements pour suspendre les versements aux nouveaux bénéficiaires. Les syndicats exigent que les ARS et DREETS utilisent leurs pouvoirs de contrôle et de sanction pour faire respecter la loi.

La deuxième priorité porte sur l’extension aux derniers exclus du secteur public. La CFDT, FO, CGT et SUD ont déposé un mémorandum commun en janvier 2025 auprès du ministère des Solidarités pour réclamer un décret d’extension avant l’été 2026. Leur argumentaire repose sur l’égalité de traitement : deux agents effectuant des fonctions identiques dans deux ESSMS publics de statut différent (EHPAD vs autre structure) ne peuvent durablement percevoir des rémunérations différentes de 183 euros nets mensuels.

La troisième revendication concerne la négociation de la CCUE. Les syndicats, tout en reconnaissant l’intérêt d’une convention unique, exigent que les nouvelles grilles maintiennent a minima le niveau de rémunération actuel, Ségur inclus. La CGT a publié en novembre 2025 une étude estimant que le projet patronal d’Axess-Nexem pourrait entraîner des « pertes jusqu’à 300 000 euros sur une carrière » pour certains profils. Les syndicats signataires conditionnent leur accord final à des garanties chiffrées sur ce point.

Au-delà de ces objectifs 2026, les organisations maintiennent des revendications plus ambitieuses pour 2027-2028. La CGT réclame un « SMIC à 2000 euros bruts » pour le secteur, soit environ 1 555 euros nets. FO milite pour un alignement complet des montants entre secteurs public et privé (183 euros nets partout) et pour l’intégration des primes dans le calcul de la retraite complémentaire pour les salariés du privé. La CFDT plaide pour une revalorisation régulière indexée sur l’inflation afin d’éviter l’érosion du pouvoir d’achat.

Ces revendications trouvent un écho limité dans les cabinets ministériels actuels. La ministre Catherine Vautrin, lors d’une audition parlementaire en octobre 2025, a indiqué que « la priorité du gouvernement pour 2026 reste le financement pérenne des EHPAD déficitaires » plutôt que de nouvelles revalorisations. Le fonds d’urgence triplé à 300 millions d’euros dans le PLFSS 2025 illustre ce choix stratégique de privilégier la viabilité des structures avant l’augmentation des rémunérations individuelles.

La situation des EHPAD en 2026 : un équilibre fragile malgré le Ségur

L’avenir de la prime Ségur ne peut se comprendre qu’en l’inscrivant dans la réalité économique des EHPAD, dont la situation financière reste critique malgré les 8,2 milliards d’euros investis. Cette fragilité structurelle explique pourquoi certains établissements peinent à verser les primes ou à compléter leurs équipes.

Les chiffres de la Fédération Hospitalière de France sont sans appel : 85 % des EHPAD publics affichaient un déficit en 2023, avec un montant moyen de 3 850 euros par place. Sur les 7 500 EHPAD que compte la France, environ 2 500 établissements publics cumulent ainsi plus de 600 millions d’euros de déficit annuel. Le secteur privé non lucratif connaît des difficultés comparables, avec 66 % d’établissements déficitaires selon la FEHAP.

Ce paradoxe apparent s’explique par un « différentiel de financement » identifié par plusieurs études. Le coût employeur du Ségur atteint 350 euros mensuels par ETP charges comprises dans le public, 447 euros dans le privé non lucratif. Or, les dotations versées par les ARS et Départements ne couvrent en moyenne que 78 % de ce coût réel selon une enquête de la Fnadepa publiée en septembre 2024. Les établissements doivent donc absorber un écart de 25 652 euros annuels en moyenne, prélevé sur leurs fonds propres ou leur capacité d’investissement.

Cette équation impossible génère des choix douloureux. Le recours à l’intérim, déjà critiqué pour son coût (plus d’un milliard d’euros annuels au niveau national), continue d’augmenter faute de candidats permanents. Le taux d’encadrement stagne ou régresse : 55,6 ETP pour 100 places dans le privé commercial, loin de l’objectif gouvernemental de 65 ETP. Les investissements dans les bâtiments et équipements sont reportés, accentuant l’obsolescence du parc immobilier.

Pour 2026, le PLFSS maintient le fonds d’urgence à 300 millions d’euros, mais cette enveloppe ne couvre qu’une partie des besoins. Les directeurs d’EHPAD interrogés par l’ASH (Actualités Sociales Hebdomadaires) en novembre 2025 estiment qu’un plan de 1,5 milliard d’euros serait nécessaire pour résorber les déficits cumulés et remettre les structures sur une trajectoire viable. Sans cet effort, le risque existe de voir des établissements cesser leur activité ou être contraints de réduire leurs effectifs, créant un effet paradoxal où les professionnels perdraient leur emploi tout en conservant théoriquement le droit à la prime Ségur.

Les syndicats et fédérations d’employeurs convergent sur ce point : la pérennité réelle du Ségur ne dépend pas d’un hypothétique coup de rabot budgétaire sur les primes, mais de la capacité des financeurs à assurer un modèle économique soutenable pour les EHPAD. C’est ce message qu’ils portent conjointement auprès du gouvernement en vue des arbitrages 2026.

Ce qu’il faut retenir pour aborder 2026 sereinement

Face aux rumeurs et aux inquiétudes légitimes, les professionnels des EHPAD doivent s’appuyer sur des certitudes factuelles pour aborder l’année 2026. Cinq points essentiels méritent d’être soulignés.

Premier point : votre prime est protégée par la loi. Le CTI dans le secteur public et les accords étendus dans le secteur privé créent des droits opposables que ni un employeur ni même l’État ne peuvent supprimer par simple décision administrative. Toute modification nécessiterait un parcours législatif ou réglementaire complexe qui n’est inscrit dans aucun agenda politique.

Deuxième point : le budget 2026 est sécurisé. Les 8,2 milliards d’euros annuels du Ségur figurent dans les projections budgétaires à horizon 2027 de la Sécurité sociale et de l’État. Aucune ligne ne prévoit de réduction ou de suppression. Le débat porte uniquement sur d’éventuelles extensions (derniers exclus) ou revalorisations (indexation sur l’inflation), pas sur un retrait.

Troisième point : les évolutions possibles sont favorables ou neutres. La fusion du CTI dans les nouvelles grilles de la CCUE constitue un changement de présentation, pas une baisse de rémunération. L’extension aux derniers exclus du public élargirait le périmètre sans affecter les bénéficiaires actuels. Une revalorisation éventuelle serait par définition positive. Aucun des trois scénarios crédibles pour 2026 n’implique une perte pour les professionnels déjà bénéficiaires.

Quatrième point : vous disposez de recours effectifs en cas de problème. Un non-versement injustifié peut être contesté auprès des ressources humaines, de l’inspection du travail, des DREETS ou des tribunaux selon votre secteur d’emploi. Les organisations syndicales accompagnent gratuitement ces démarches. Les cas de blocage abusif restent marginaux et sont systématiquement sanctionnés lorsqu’ils sont portés à la connaissance des autorités compétentes.

Cinquième point : l’enjeu 2026 se situe ailleurs. La vraie bataille ne porte pas sur le maintien du Ségur, mais sur la soutenabilité financière des EHPAD, le recrutement des 210 000 professionnels manquants, et l’aboutissement de la CCUE dans des conditions équitables. C’est sur ces sujets que les professionnels et leurs représentants doivent concentrer leur vigilance et leur mobilisation.

Les véritables défis du secteur pour 2026 et au-delà

Au-delà des rumeurs sur la prime Ségur, les professionnels des EHPAD font face à des enjeux autrement plus substantiels qui détermineront leurs conditions de travail et leur attractivité salariale dans les années à venir.

Le premier défi concerne le recrutement et la fidélisation. Les données de la DREES révèlent un turnover de 52,5 % chez les infirmiers et 48,3 % chez les aides-soignants en EHPAD. L’ancienneté moyenne tombe à 5 ans et demi dans le privé commercial, contre 11 ans dans le public. Ces chiffres traduisent une fuite des talents que les 183 euros nets du Ségur n’ont pas suffi à enrayer. Les candidatures aux formations d’aide-soignant ont chuté de 25 % entre 2012 et 2017 et ne se sont que partiellement redressées depuis.

Ce phénomène s’explique par un faisceau de facteurs : conditions de travail difficiles (charge mentale, pénibilité physique), horaires contraignants (nuits, week-ends, jours fériés), ratio soignants/résidents insuffisant, sentiment de dévalorisation sociale. Le Ségur a amélioré l’équation financière mais n’a pas résolu ces dimensions non monétaires qui pèsent sur l’attractivité. Les grèves du 1er avril et du 15 mai 2025, suivies par plusieurs milliers de professionnels, ont porté sur ces revendications qualitatives au moins autant que sur les aspects salariaux.

Le deuxième défi est financier. Avec 85 % des EHPAD publics déficitaires, le modèle économique du secteur n’est plus soutenable. La tarification tripartite (soins, dépendance, hébergement) imaginée dans les années 2000 s’est révélée inadaptée aux besoins réels. Les réformes successives (loi ASV de 2015, plan Grand Âge et Autonomie annoncé puis abandonné) n’ont pas apporté de solution pérenne. Le gouvernement prépare pour 2026 une nouvelle « loi autonomie » censée refonder ce modèle, mais les contours restent flous.

Le troisième défi concerne la qualité de l’accompagnement. L’objectif fixé par le plan « Grand Âge » d’atteindre 65 ETP pour 100 places en EHPAD d’ici 2030 nécessiterait de recruter 80 000 professionnels supplémentaires selon les projections de la DARES. Or, le secteur peine déjà à pourvoir les postes vacants actuels. Sans amélioration drastique de l’attractivité globale (pas seulement salariale), cet objectif restera hors d’atteinte.

Les travaux parlementaires menés en 2024-2025, notamment le rapport de la commission des affaires sociales du Sénat sur la situation des EHPAD, pointent la nécessité d’une approche systémique. Les sénateurs recommandent une refonte de la tarification, une revalorisation continue des grilles salariales, des investissements massifs dans les formations, et une amélioration de l’organisation du travail pour réduire la pénibilité.

Conclusion : une perspective d’avenir conditionnée par des choix politiques

Pour les 1,5 million de professionnels concernés, 2026 s’annonce comme une année de consolidation plutôt que de transformation radicale. La prime Ségur, loin d’être menacée de suppression comme le laissent entendre certaines rumeurs, devrait poursuivre son déploiement avec l’intégration progressive dans les nouvelles grilles conventionnelles et l’extension probable aux derniers exclus du secteur public.

Le montant de 183 euros nets mensuels dans le secteur public et associatif, 160 euros dans le privé commercial, constitue désormais un acquis juridiquement protégé. Aucun texte officiel, aucun arbitrage budgétaire, aucune déclaration politique crédible ne vient remettre en cause ce socle. Les professionnels peuvent aborder l’année avec cette certitude fondamentale.

Reste que le Ségur, aussi significatif soit-il historiquement, ne résout qu’une partie des difficultés du secteur. Une aide-soignante qui gagnait 1 400 euros nets en 2019 en perçoit environ 1 580 en 2025 grâce à la prime, soit une hausse de 13 %. C’est substantiel, mais insuffisant pour compenser des décennies de stagnation relative et pour rivaliser avec d’autres secteurs qui recrutent sur des profils similaires.

L’avenir salarial des professionnels des EHPAD se jouera donc sur plusieurs tableaux simultanément : la finalisation de la CCUE avec des grilles ambitieuses, l’amélioration du financement global des établissements pour leur permettre de verser effectivement les revalorisations prévues, et l’émergence d’un nouveau modèle économique pour le secteur de l’autonomie qui intègre le coût réel d’un accompagnement de qualité.

Les mobilisations sociales prévues au premier semestre 2026 porteront ces messages. Elles ne réclameront pas le maintien du Ségur (acquis considéré comme intangible) mais son dépassement : nouvelles revalorisations, ratios soignants/résidents contraignants, moyens pour les établissements, reconnaissance statutaire. C’est sur ce terrain que se déroulera le véritable débat politique et social de l’année à venir.

Pour les directeurs d’EHPAD, IDEC et soignants, la priorité immédiate consiste à vérifier la conformité de leur bulletin de paie, à signaler tout dysfonctionnement, et à s’informer sur les évolutions conventionnelles en cours. Les organisations syndicales, les fédérations professionnelles (FHF, FEHAP, Synerpa, Fnadepa) et les sites spécialisés comme SOS EHPAD constituent des relais d’information fiables face aux rumeurs et approximations qui circulent.

En définitive, l’avenir de la prime Ségur en 2026 ne fait aucun doute : elle sera versée, probablement étendue, peut-être refondue dans de nouvelles grilles mais maintenue dans son principe et son montant. La vraie question porte sur la capacité collective – professionnels, gestionnaires, financeurs publics – à construire un secteur de l’autonomie attractif, viable économiquement, et capable d’assurer dignement l’accompagnement des 700 000 résidents d’EHPAD en France. C’est ce défi-là que 2026 doit permettre de relever.

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