En EHPAD, une erreur de prescription peut coûter la vie d’un résident. Pourtant, en France, les ordonnances manuscrites restent encore une réalité dans de nombreux établissements. La lisibilité douteuse, les confusions de dosage, les doublons thérapeutiques : ces risques sont documentés et évitables. La prescription électronique sécurisée s’impose aujourd’hui comme un standard incontournable — réglementaire, organisationnel et éthique. Cet article vous guide pas à pas pour comprendre les enjeux, choisir les bons outils, former vos équipes et ancrer cette pratique durablement dans votre établissement.
Sommaire
- Pourquoi la prescription électronique sécurisée est devenue incontournable en EHPAD
- Comment fonctionne un système informatisé de prescription en EHPAD ?
- Former les prescripteurs et renforcer la traçabilité : le rôle central de l’IDEC
- Déployer la prescription électronique étape par étape : un guide pratique
- La prescription numérique, colonne vertébrale d’un EHPAD sécurisé et conforme
- Mini-FAQ
Pourquoi la prescription électronique sécurisée est devenue incontournable en EHPAD
Les erreurs de prescription manuscrite : un risque sous-estimé
En France, les erreurs médicamenteuses représentent l’une des premières causes d’événements indésirables graves en établissement de santé et médico-social. Selon les données de l’ANSM, plus de 60 % des erreurs médicamenteuses déclarées sont liées à des défauts de communication ou de lisibilité lors de la prescription.
En EHPAD, les résidents sont souvent poly-médiqués. La moyenne tourne autour de 7 à 10 médicaments par jour. Cette réalité multiplie les risques d’interactions, de doublons et de confusions de dosage.
La prescription manuscrite aggrave cette situation :
- Écriture illisible ou ambiguë
- Absence de mention de l’indication thérapeutique
- Pas d’alerte automatique en cas d’interaction médicamenteuse
- Difficulté de traçabilité en cas d’audit ou d’inspection
« Une prescription illisible n’est pas seulement un inconfort : c’est une source potentielle d’erreur grave pour le résident. »
Le cadre réglementaire actuel
La prescription électronique en EHPAD s’inscrit dans plusieurs textes de référence :
- Le décret n°2016-1871 relatif à la prescription électronique
- Les arrêtés du 28 novembre 2016 sur les conditions techniques de prescription
- La circulaire DGS/DSS encadrant la sécurisation du circuit du médicament en EHPAD
- Les recommandations de la HAS sur la sécurisation de la prise en charge médicamenteuse
Depuis 2023, les ARS ont renforcé leurs exigences lors des inspections. La traçabilité numérique des prescriptions figure désormais parmi les critères évalués dans le cadre de la certification des EHPAD par la HAS.
Conseil opérationnel : Réalisez dès maintenant un état des lieux de votre circuit de prescription actuel. Cartographiez les étapes : qui prescrit, comment, sur quel support, qui retranscrit et qui administre. C’est le point de départ indispensable avant tout déploiement numérique.
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J’accède au stock illimitéComment fonctionne un système informatisé de prescription en EHPAD ?
Les fonctionnalités clés d’un logiciel de prescription médicale
Un logiciel de prescription électronique sécurisée ne se limite pas à remplacer le stylo par un clavier. Il intègre des fonctions de sécurité actives qui transforment l’acte de prescrire :
| Fonctionnalité | Bénéfice pour l’EHPAD |
|---|---|
| Aide à la décision (VIDAL intégré) | Détection automatique des interactions médicamenteuses |
| Alertes de dosage | Prévention des surdosages et sous-dosages |
| Historique des prescriptions | Continuité des soins et traçabilité complète |
| Signature électronique du médecin | Authenticité et valeur juridique de la prescription |
| Connexion avec le dossier résident | Vision globale du patient en temps réel |
| Génération automatique des plans de soins | Gain de temps pour l’IDE et l’IDEC |
Les principaux logiciels utilisés en EHPAD intègrent ces fonctionnalités : Netsoin, Titan, Osiris, Microsoins ou encore Logis Santé. Leur interopérabilité avec les outils de pharmacie est un critère de choix essentiel.
L’aide à la décision clinique : un filet de sécurité réel
L’un des apports majeurs du numérique est l’aide à la décision clinique (ADC). Au moment où le médecin prescrit, le logiciel vérifie automatiquement :
- Les contre-indications liées aux pathologies connues du résident
- Les interactions entre médicaments déjà prescrits
- Les ajustements nécessaires en cas d’insuffisance rénale ou hépatique
- Les prescriptions inappropriées en gériatrie (liste de Beers ou critères STOPP/START)
Chiffre clé : Selon une étude publiée dans la Revue Hospitalière de France, l’implantation d’un système d’aide à la décision clinique réduit les erreurs de prescription de 55 à 83 % selon les établissements.
Checklist de sélection d’un logiciel de prescription :
- [ ] Compatible avec le DMP (Dossier Médical Partagé)
- [ ] Interopérable avec la pharmacie de ville ou d’officine partenaire
- [ ] Intègre une base médicamenteuse actualisée (VIDAL ou équivalent)
- [ ] Permet la signature électronique sécurisée (eIDAS)
- [ ] Offre un tableau de bord de suivi pour l’IDEC
- [ ] Conforme RGPD et hébergement de données de santé (HDS)
Conseil opérationnel : Avant de choisir un logiciel, demandez une démonstration en conditions réelles. Invitez votre médecin coordonnateur et votre IDEC à tester le parcours complet : de la prescription à l’administration.
Former les prescripteurs et renforcer la traçabilité : le rôle central de l’IDEC
Pourquoi la formation est un prérequis non négociable
Déployer un logiciel sans former les utilisateurs, c’est garantir l’échec. Les prescripteurs (médecins traitants, médecin coordonnateur), les infirmiers et les IDEC doivent tous être accompagnés.
Les freins identifiés sur le terrain sont récurrents :
- Résistance au changement des médecins libéraux habitués à l’ordonnance papier
- Manque de maîtrise informatique de certains professionnels
- Sentiment de perte de temps lors de la phase d’apprentissage
- Crainte de la panne ou de l’inaccessibilité du logiciel
Ces freins sont surmontables avec un plan de formation structuré :
- Sensibilisation collective : présentation des enjeux de sécurité lors d’une réunion pluridisciplinaire
- Formation initiale par profil : médecins, IDE, IDEC — chacun a un parcours différent
- Simulation sur cas fictifs : pratique sur dossiers d’entraînement avant la mise en production
- Période de double saisie : coexistence temporaire du papier et du numérique (2 à 4 semaines)
- Référent logiciel interne : désigner un binôme IDE/IDEC comme personne ressource
- Bilan à 30 jours : retour d’expérience collectif pour ajuster les pratiques
L’IDEC joue ici un rôle pivot. Elle est l’interface entre les prescripteurs, les soignants et la direction. Sa maîtrise du logiciel est indispensable pour assurer la supervision et détecter les anomalies. Des ressources comme le livre IDEC 360° peuvent aider à structurer ce rôle de coordination et de pilotage au quotidien.
Traçabilité renforcée : ce que cela change concrètement
Avec la prescription électronique, chaque acte est horodaté, identifié et archivé :
- Qui a prescrit, quand, pour quel résident
- Qui a validé la prescription (IDEC ou pharmacien)
- Qui a administré le médicament, à quelle heure
- Quelles alertes ont été générées et comment elles ont été traitées
Cette traçabilité est un atout majeur en cas d’inspection ARS, de déclaration d’événement indésirable ou de litige.
« La traçabilité numérique ne protège pas seulement le résident. Elle protège aussi le professionnel. »
Conseil opérationnel : Mettez en place une procédure écrite d’utilisation du logiciel de prescription. Elle doit inclure la conduite à tenir en cas de panne (mode dégradé) et les règles de validation des prescriptions. Le Pack 28 Procédures SOS EHPAD peut vous servir de base pour formaliser ce type de document.
❓ Question fréquente : Un médecin traitant libéral est-il obligé d’utiliser le logiciel de l’EHPAD ?
Non, il n’existe pas d’obligation légale pour un médecin libéral d’utiliser le logiciel interne de l’EHPAD. En revanche, l’établissement peut prévoir une procédure de retranscription sécurisée par l’IDE ou l’IDEC, avec validation du médecin. Certains EHPAD optent pour des accès simplifiés (tablette, connexion distante) pour faciliter l’adhésion des libéraux.
❓ Question fréquente : Que faire si le logiciel tombe en panne ?
Tout système informatisé doit être accompagné d’une procédure de mode dégradé documentée. Elle prévoit le retour temporaire à l’ordonnance papier, les règles de retranscription a posteriori dans le logiciel, et les délais de saisie obligatoires. Cette procédure doit être connue de tous et accessible physiquement dans le service.
Déployer la prescription électronique étape par étape : un guide pratique
Les étapes clés d’un déploiement réussi
Le passage à la prescription numérique ne s’improvise pas. Voici une méthode éprouvée en 6 étapes :
- Audit de l’existant : état des lieux du circuit médicament actuel, identification des risques
- Choix du logiciel : appel d’offres ou consultation, test avec les utilisateurs finaux
- Paramétrage : intégration des données résidents, protocoles médicamenteux, listes préférentielles
- Formation : par profil métier, en présentiel et avec exercices pratiques
- Déploiement progressif : commencer par une unité pilote avant généralisation
- Évaluation continue : indicateurs de suivi (taux d’alertes traitées, incidents déclarés, conformité)
Exemple concret de terrain
Un EHPAD de 80 lits en Nouvelle-Aquitaine a déployé un système de prescription électronique couplé à une armoire à pharmacie automatisée en 2024. Résultats à 6 mois :
- Réduction de 72 % des erreurs de délivrance
- Suppression totale des retranscriptions manuscrites
- Gain moyen de 45 minutes par IDE et par jour sur la préparation des médicaments
- Zéro non-conformité lors de l’inspection ARS suivante
Ce cas illustre que l’investissement initial est rapidement compensé par les gains en sécurité et en efficience. Pour sécuriser l’ensemble du circuit du médicament en EHPAD, des outils clés en main existent pour former vos équipes sans partir de zéro.
Checklist de déploiement pour l’IDEC :
- [ ] Désigner un chef de projet interne
- [ ] Impliquer le médecin coordonnateur dès le départ
- [ ] Informer les médecins traitants libéraux et obtenir leur accord de principe
- [ ] Prévoir une procédure de mode dégradé
- [ ] Organiser 2 sessions de formation minimum par profil
- [ ] Planifier un bilan à 1 mois, 3 mois et 6 mois
Conseil opérationnel : Impliquez les aides-soignants dans la phase d’information. Même s’ils n’utilisent pas directement le logiciel de prescription, ils sont concernés par les changements de protocoles d’administration et de traçabilité des soins.
❓ Question fréquente : Quel est le coût d’un logiciel de prescription électronique pour un EHPAD ?
Les coûts varient selon les éditeurs. Comptez en moyenne entre 3 000 et 15 000 € par an selon la taille de l’établissement, les modules choisis et le niveau de support. Certains financements ARS ou les crédits CNSA dédiés à la transformation numérique peuvent être mobilisés. Renseignez-vous auprès de votre délégation territoriale.
La prescription numérique, colonne vertébrale d’un EHPAD sécurisé et conforme
La prescription électronique sécurisée n’est pas une contrainte administrative supplémentaire. C’est un levier de sécurité, de qualité et de sérénité pour toute l’équipe.
Elle protège les résidents contre les erreurs évitables. Elle protège les professionnels en offrant une traçabilité irréfutable. Elle facilite le travail de l’IDEC en centralisant l’information. Elle rassure les familles, les inspecteurs et les partenaires.
Les bénéfices sont mesurables :
- Moins d’erreurs grâce aux alertes automatiques
- Moins de temps perdu en retranscriptions et recherches d’informations
- Plus de conformité lors des évaluations et certifications
- Plus de cohérence dans les pratiques inter-équipes
- Une meilleure qualité de vie au travail pour les soignants
« Un EHPAD qui numérise sa prescription ne fait pas que moderniser ses outils. Il installe une culture de sécurité durable. »
Pour aller plus loin dans la structuration de votre démarche qualité, les formations en ligne dédiées aux professionnels d’EHPAD offrent des modules adaptés à chaque métier, déployables rapidement sans mobiliser l’équipe pendant des journées entières.
L’étape suivante ? Planifiez dès cette semaine une réunion avec votre médecin coordonnateur et votre pharmacien référent. Posez la question : « Où en sommes-nous sur la prescription électronique ? » La réponse à cette question est le point de départ de votre démarche.
Mini-FAQ
La prescription électronique est-elle obligatoire en EHPAD ?
Elle n’est pas encore universellement obligatoire, mais fortement recommandée par la HAS et les ARS. Elle est devenue un critère d’inspection et figure dans les démarches de certification qualité. Son déploiement est une priorité nationale dans le cadre du virage numérique en santé.
Qui peut valider une prescription électronique dans le logiciel ?
La prescription doit être réalisée et signée par un médecin habilité. L’IDEC ou l’IDE peut valider la prise en compte dans le plan de soins, mais ne peut pas modifier la prescription médicale. Le pharmacien partenaire peut apposer un visa de conformité selon les protocoles définis.
Comment gérer les résidents en séjour temporaire avec la prescription électronique ?
Les séjours temporaires nécessitent une procédure d’admission rapide incluant la saisie des traitements en cours. Prévoyez un formulaire standardisé de recueil des ordonnances à l’entrée, et définissez un délai maximal de saisie dans le logiciel (idéalement moins de 2 heures après l’admission).

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