L’investissement historique de 25 milliards d’euros de la Caisse des dépôts sur 5 ans (2024-2029) représente une opportunité sans précédent pour moderniser les EHPAD français. Cette initiative, annoncée en octobre 2024 par Olivier Sichel, mobilise l’ensemble des entités du groupe CDC pour répondre aux défis du vieillissement démographique. Avec 4 millions de Français qui auront plus de 85 ans d’ici 2030 et 85% des EHPAD publics actuellement déficitaires, ce plan vise à transformer structurellement le secteur. L’investissement s’articule autour de quatre axes stratégiques : financement des structures de soins, innovation technologique, structuration du secteur et accompagnement des citoyens. Pour les professionnels EHPAD, cela se traduit par des opportunités concrètes d’amélioration des infrastructures, de modernisation numérique et d’amélioration des conditions de travail.
Sommaire
- Une enveloppe spécifique de 2,1 milliards d’euros pour les EHPAD
- Transformation des infrastructures et modernisation numérique
- Impact concret sur les professionnels et conditions de travail
- Modalités pratiques d’accès aux financements
- Exemples concrets et projets pilotes
- Calendrier de déploiement et perspectives 2025
- Défis et recommandations opérationnelles
- En bref
Une enveloppe spécifique de 2,1 milliards d’euros pour les EHPAD
Le plan global de 25 milliards d’euros inclut 2,1 milliards d’euros dédiés spécifiquement aux EHPAD dans le cadre du Ségur de la santé, répartis entre 1,5 milliard pour la modernisation des établissements et 600 millions pour le développement numérique. Cette enveloppe s’ajoute aux 280 millions d’euros pour les opérations immobilières, 125 millions pour les « investissements du quotidien » (rails lève-malades, détecteurs de chute) et 155 millions pour les nouveaux logements en habitat intermédiaire.
Le financement s’appuie sur les 400 milliards d’euros du Fonds d’épargne de la CDC, qui centralise 59,5% de l’épargne réglementée des Français. Cette capacité financière exceptionnelle permet d’offrir des prêts à long terme (25 à 50 ans) à des conditions préférentielles, avec des taux de TVA réduits à 5,5% pour les projets éligibles. Les établissements peuvent accéder à différents types de financement : PLS (Prêt Locatif Social), PHARE (Prêt Habitat Amélioration Restructuration Extension), et prêts spécialisés selon leurs besoins spécifiques.
Transformation des infrastructures et modernisation numérique
Le programme infrastructure vise à moderniser 25% des EHPAD qui n’ont pas fait l’objet de rénovation depuis 20 ans. Les projets financés couvrent la rénovation profonde, la reconstruction, la mise aux normes énergétiques et de sécurité, et la modernisation architecturale avec l’élimination des chambres doubles. L’accent est mis sur l’ouverture sur l’extérieur avec des jardins partagés, espaces d’activité communs et tiers-lieux intergénérationnels.
Le volet numérique, doté de 600 millions d’euros, se concentre sur la généralisation du Dossier Usager Informatisé (DUI) dans tous les ESMS d’ici 2025. Le programme ESMS Numérique alloue 87 millions d’euros pour 2025, avec un coût moyen de 20 000 à 40 000 euros par EHPAD de taille moyenne. Les bénéfices mesurés incluent une réduction de 25% du temps administratif selon l’ANAP, grâce à l’interopérabilité avec Mon espace santé, le DMP et la messagerie sécurisée.
Impact concret sur les professionnels et conditions de travail
L’investissement transforme directement les conditions de travail des professionnels EHPAD. Les directeurs d’EHPAD bénéficient de formations renforcées en intelligence émotionnelle, leadership et gestion RH optimisée, financées par les programmes CAFDES étendus. Les médecins coordonnateurs accèdent à des formations spécialisées en télémédecine et gestion des prescriptions, avec une prime de revalorisation créée en 2022.
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J’accède au stock illimitéLes IDEC (Infirmiers Coordinateurs) peuvent suivre des formations certifiantes de 147h de cours plus 70h de stage, couvrant le management d’équipe et la coordination des parcours de soins. Pour les aides-soignantes, l’investissement finance des formations initiales de 10 mois (595h théoriques + 840h stages) et des parcours de VAE, avec un financement de 300-400€ par mois pendant la formation.
L’ANFH mobilise 2,1% de la masse salariale minimum pour les formations, complétée par le FMEP (0,6% de la masse salariale) et les congés de formation professionnelle jusqu’à 2 ans. Ces dispositifs permettent aux établissements de financer massivement la montée en compétences de leurs équipes.
Modalités pratiques d’accès aux financements
Les établissements peuvent déposer leurs demandes via les Agences Régionales de Santé (ARS) qui pilotent régionalement et instruent les dossiers. Le processus d’examen par comités régionaux prend 3 mois, avec des garanties des collectivités locales requises. Les critères de sélection privilégient l’adaptation territoriale, la qualité du projet (innovation, ouverture sur le quartier, durabilité) et le cofinancement avec les collectivités.
98% de l’enveloppe est déléguée aux ARS, permettant une adaptation aux spécificités régionales. Les projets supérieurs à 150 millions d’euros nécessitent une validation nationale. Pour les projets numériques, les établissements peuvent obtenir jusqu’à 25 000 euros pour l’acquisition DUI, 10 000 euros pour la conformité Ségur, et 20 000 euros pour l’infrastructure des petits établissements.
Les organismes de formation spécialisés comme le CNFCE, l’ANFH avec ses 26 délégations territoriales, et Formavenir-Performances proposent des modules adaptés. Les instituts comme la Croix-Rouge française, les universités pour les DIU médecin coordonnateur, l’EHESP pour les directeurs, et les GRETA en partenariat offrent des formations certifiantes financées par l’investissement.
Exemples concrets et projets pilotes
L’EHPAD d’Ormesson-sur-Marne illustre parfaitement l’impact du financement CDC, devenant le premier établissement à énergie positive grâce à 2 prêts (PLS + PHARE) de 12 millions d’euros. En Île-de-France, 83 projets représentant 5,7 milliards d’euros d’investissement total ont été identifiés, avec 45 projets déjà contractualisés pour 710 millions d’euros.
Le programme numérique a permis à 21 200 établissements de rejoindre ESMS Numérique, avec 1 200 établissements équipés par Solware Life avec PSI. Le SESAN en Île-de-France est devenu le premier GRADeS à déployer un accompagnement spécifique. Ces réalisations concrètes démontrent l’efficacité opérationnelle des financements disponibles.
Les formations ont bénéficié à 255 IPA formés en Île-de-France (2,7 millions d’euros investis), et plus de 1,5 million de professionnels revalorisés. Dans les Hauts-de-France, 469 établissements ont bénéficié des investissements Ségur, avec 100 millions d’euros investis d’ici 2024 pour rénovation et modernisation.
Calendrier de déploiement et perspectives 2025
2025 marque une année charnière avec l’objectif de déployer 80% des 25 milliards d’euros dans les deux prochaines années. La généralisation du DUI devient obligatoire, et 96% des EHPAD ont été inspectés fin 2024. L’expérimentation tarifaire débute en juillet 2025 dans 23 départements volontaires, fusionnant les forfaits « soins » et « dépendance » pour 18 mois.
Le secteur nécessite 60 000 nouvelles places d’ici 2025 selon la CNSA, et 108 000 places supplémentaires d’ici 2030 selon la DREES. Face à ces besoins, 6 500 nouveaux postes ETP sont prévus en 2025, avec un objectif de 50 000 postes supplémentaires d’ici 2030. Les formations sont renforcées avec +13 500 places (2020-2025), la suppression des concours d’entrée pour certaines formations et le développement de l’apprentissage.
Défis et recommandations opérationnelles
Malgré les investissements massifs, 85% des EHPAD publics restent déficitaires avec un manque à gagner de 800 millions d’euros. Les mesures d’urgence gouvernementales de 650 millions d’euros en 2024 et l’augmentation de 5% des financements État aux EHPAD publics constituent des signaux positifs mais insuffisants.
Les recommandations opérationnelles pour maximiser l’impact de ces investissements incluent : déposer les dossiers avant les échéances ARS, mutualiser les projets entre établissements pour optimiser les coûts, utiliser les dispositifs d’aide à la maîtrise d’ouvrage, solliciter systématiquement les collectivités territoriales en cofinancement, et privilégier les logiciels référencés Ségur pour la conformité numérique.
En bref
L’investissement de 25 milliards d’euros de la Caisse des dépôts représente une transformation historique pour les EHPAD français. Avec 2,1 milliards spécifiquement dédiés au secteur, les établissements disposent d’une opportunité unique de moderniser leurs infrastructures, digitaliser leurs processus et améliorer les conditions de travail des professionnels. La réussite de cette transformation nécessite une approche proactive des directeurs d’EHPAD, une coordination efficace avec les ARS et une stratégie de financement optimisée combinant les différents dispositifs disponibles. Face aux défis démographiques et financiers, ces investissements constituent un levier essentiel pour transformer le modèle EHPAD et assurer un accompagnement de qualité des personnes âgées dépendantes.

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