En EHPAD, vous le savez : la revalorisation de 183 € nets promise par le Ségur de la santé n’a pas suffi à attirer du personnel soignant. Dans certains établissement, malgré cette prime, aucune nouvelle infirmière ne s’est présentée, obligeant la direction à rapatrier des retraitées. Autrement dit, c’est à vous, infirmières d’EHPAD aguerries, de jouer ! Menez votre propre négociation salariale avec des arguments en béton, illustrés ci-dessous par des données et techniques concrètes.
Reprendre la main sur son avenir, c’est aussi changer le système de l’intérieur
Les conditions de travail en EHPAD ne changeront pas sans vous. Attendre que « le système » vous récompense spontanément n’est plus une option : vous êtes les premières actrices du changement. Négocier son salaire, c’est aussi revendiquer sa légitimité, sa place et ses droits dans un secteur qui repose sur votre expertise mais oublie trop souvent de la reconnaître. Améliorer vos conditions, c’est améliorer celles de l’ensemble de l’équipe et des résidents. C’est dans cet esprit qu’a été créé SOS EHPAD, une plateforme dédiée à vous accompagner au quotidien avec des conseils concrets, des astuces de terrain, des modèles de courriers, des retours d’expérience, pour que vous ne soyez plus seules face à la direction ou à l’isolement professionnel. Chaque jour, nous vous donnons les clés pour reprendre le pouvoir sur votre vie professionnelle. Parce que votre travail mérite mieux. Parce que vous méritez mieux.
5 leviers puissants pour négocier (et obtenir) votre augmentation en EHPAD
Vous avez plus d’un an d’ancienneté, vous êtes compétente, investie, et pourtant votre fiche de paie ne reflète toujours pas votre valeur. Il est temps de changer ça. Voici 5 arguments stratégiques et originaux pour appuyer votre demande d’augmentation face à votre direction – avec les bons mots, au bon moment, pour faire toute la différence.
1. Vos compétences de gériatrie, un atout unique
Les infirmières d’EHPAD ne font pas qu’« administrer des soins basiques » : vous établissez des diagnostics cliniques complets, anticipez les besoins des résidents et gérez des urgences ou soins palliatifs complexes. La Cour des comptes confirme qu’en EHPAD « le niveau de responsabilité… nécessite la reconnaissance d’une spécialisation en gériatrie, voire d’une capacité en pratique avancée ». En clair, votre poste mérite le statut – et le salaire – d’une infirmière spécialisée.
- Technique d’introduction : Mentionnez votre parcours ou toute formation gériatrique suivie (DU, DUDE, etc.) pour asseoir votre expertise. Par exemple : « Depuis mon DU gérontologie, j’assume des responsabilités avancées ».
- Formulation suggérée : Soulignez concrètement vos tâches : « J’identifie les besoins médicaux des résidents, je coordonne l’équipe soignante et je gère les situations d’urgence – des compétences qui justifient une revalorisation salariale. ».
- Bon moment pour en parler : Profitez de l’entretien annuel d’évaluation ou après un succès particulier (gestion d’un cas difficile, projet mené) pour rappeler votre spécialisation et son impact. Montrez que votre profil dépasse le cadre habituel : vous êtes une infirmière hautement qualifiée, pas juste « un poste de base ».
2. Continuité des soins : un investissement rentable
Votre présence stable est rare, et son interruption coûte cher. Comme le note une étude de l’Insee, un turnover élevé en EHPAD « peut être générateur de surcoûts pour l’établissement en raison du besoin de recrutement de personnel remplaçant, parfois intérimaire ». Autrement dit : chaque départ d’infirmière affaiblit la qualité des soins et oblige à payer des remplaçants. Vous offrir une meilleure rémunération, c’est donc protéger l’établissement de ces coûts cachés.
- Technique d’introduction : Rappelez votre ancienneté (« plus d’un an d’ancienneté… je commence à connaître parfaitement les protocoles et les résidents ») pour souligner que vous êtes déjà à un point où partir serait douloureux.
- Formulation suggérée : Dites par exemple : « Vous savez qu’en cas de départ d’une infirmière, la prise en charge des résidents s’interrompt et on court après un intérim coûteux. En tant qu’infirmière fidèle à mon poste, je suis un gage de continuité – investir dans mon salaire, c’est rentabiliser la qualité du service. »
- Bon moment pour en parler : Lors d’un bilan d’équipe ou un point qualité, évoquez l’impact d’une rotation du personnel. Avec calme et empathie, soulignez que votre stabilité actuelle est un atout pour les résidents et le budget de l’EHPAD. (Gardez la discussion factuelle, non conflictuelle, par exemple en reformulant si le directeur oppose un refus : « Vous dites que le budget est serré ? ».)
3. Le marché vous court après
La pénurie d’infirmières rend votre profil particulièrement demandé. Les EHPAD ont même recours à des contrats « hors norme » pour attirer du personnel : un reportage de TF1 rapporte que des soignants auto-entrepreneurs gagnent jusqu’à 25% de plus que s’ils étaient en CDI dans un EHPAD. Autrement dit, d’autres employeurs (ou statuts) reconnaissent votre valeur financièrement. Vous êtes en droit d’exiger une rémunération au moins proche de cette réalité de marché.
- Technique d’introduction : Approchez le sujet du point de vue des ressources humaines : « J’ai constaté que l’offre du marché du travail propose davantage pour attirer les infirmiers… »
- Formulation suggérée : Par exemple : « Actuellement, beaucoup d’EHPAD offrent des salaires et primes importants pour garder les infirmières. Si je quittais, il faudrait attirer ma remplaçante avec un salaire plus élevé (on parle d’environ +25% sur certains contrats). Pour garder mes compétences rares, je demande un ajustement salarial raisonnable. »
- Bon moment pour en parler : Lors d’une discussion sur les conditions de recrutement ou la charge actuelle, glissez que d’autres structures proposent mieux. Proposez explicitement une fourchette chiffrée (précise et pas « ronde ») pour montrer que vous savez ce que vaut votre travail et que vous restez flexible dans la négociation.
4. Formation continue et initiatives à valoriser
Votre engagement ne se limite pas aux soins quotidiens : chaque formation suivie ou projet initié (gestion de crise, soins palliatifs, coordination d’un planning, encadrement de stagiaires, etc.) accroît les compétences de l’équipe. Le développement de « formations spécifiques » et votre volonté de vous spécialiser sont justement censés débloquer des postes à responsabilité – et des rémunérations plus élevées. Mettez en avant tout ce que vous avez appris ou entrepris depuis votre arrivée.
- Technique d’introduction : Parlez d’abord d’une réussite ou d’une formation : « Depuis que j’ai mené [formation X/projet Y], j’ai pu améliorer… ». Cela montre votre contribution concrète avant d’en déduire la demande de salaire.
- Formulation suggérée : Exemple : « J’ai suivi [nom de formation] pour monter en compétence, et cela a déjà permis d’optimiser [tâche Z] au sein de l’EHPAD. Ce type d’initiative montre mon implication : je propose d’en tenir compte dans ma rémunération. »
- Bon moment pour en parler : Idéalement juste après l’obtention d’une formation ou la réussite d’un projet, lors d’un entretien d’évaluation. Soulignez que revaloriser votre salaire encouragera vos efforts, non seulement pour vous mais pour l’ensemble de l’équipe.
5. Votre ancienneté et loyauté comme levier
Dans les EHPAD, garder les soignants expérimentés est vital – or ils sont rares. Un reportage médical note que « au bout de deux ou trois ans, on les perd, elles changent de métier » faute de reconnaissance et de meilleures conditions. Vous avez déjà passé ce cap d’un an, ce qui n’est pas banal : c’est un signe de fiabilité et d’efficacité. Votre directeur devrait voir en vous un pilier du service.
- Technique d’introduction : Commencez par rappeler votre ancienneté : « Cela fait maintenant plus d’un an que je suis infirmière ici, j’ai gagné en autonomie et en efficacité. » Cela place la discussion sur votre stabilité.
- Formulation suggérée : Par exemple : « En tant qu’infirmière fidèle à mon poste, je connais parfaitement nos résidents et j’assure une prise en charge de qualité continue. Je suis un atout rare (les études montrent que beaucoup n’atteignent pas 2-3 ans dans ce métier). Cette stabilité, vous la rémunérez maintenant. »
- Bon moment pour en parler : En conclusion de l’entretien annuel ou d’une réunion de service, quand on fait le point sur votre rôle : insistez sur le fait que vous avez démontré votre valeur et que votre engagement mérite aujourd’hui une reconnaissance concrète, notamment financière.
Dans ce nouvel épisode de notre podcast, SOS EHPAD vous donne les clés pour aborder la négociation salariale avec confiance.
En résumé, préparez ces arguments à l’avance et ouvrez la discussion calmement, comme un dialogue (évitez la confrontation directe). Reformulez éventuellement les réponses de votre directeur pour faire avancer la négociation. Par exemple, si on vous oppose un refus, tentez un « vous ne pouvez vraiment pas augmenter ? » pour l’amener à chercher une solution. Avec ces cinq points – expertise, continuité des soins, réalité du marché, vos initiatives, et votre fidélité – vous avez de quoi convaincre que récompenser votre travail est aussi un choix stratégique pour l’EHPAD. Ne vous contentez pas des réponses traditionnelles : votre rôle unique en gériatrie mérite un salaire à la hauteur.

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