L’écologie s’invite dans les assiettes des résidents d’EHPAD. La loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC) impose la fin des contenants alimentaires en plastique dans la restauration collective, y compris en EHPAD. Cette mesure, effective au 1er janvier 2025 pour la majorité des établissements, représente un défi considérable pour les directions. Entre adaptation des pratiques et recherche d’alternatives durables, les professionnels du secteur doivent anticiper cette transition écologique majeure qui transformera leurs cuisines et leurs services.
Sommaire
- Une interdiction progressive inscrite dans la loi
- Une application certaine aux EHPAD
- Des dérogations limitées
- Les alternatives au plastique à privilégier
- L’impact financier à anticiper
- Une opportunité d’amélioration de la qualité
- Des exemples inspirants
- Conseils pratiques pour réussir la transition
- Au-delà des contenants : vers une restauration plus responsable
Une interdiction progressive inscrite dans la loi
La loi AGEC du 10 février 2020 constitue une avancée majeure dans la lutte contre le gaspillage en France. Parmi ses nombreuses dispositions, l’interdiction des contenants alimentaires en plastique dans la restauration collective représente un changement significatif pour les EHPAD.
Cette mesure s’inscrit dans une volonté de réduire drastiquement l’usage du plastique à usage unique d’ici 2040. Selon l’ADEME, la France utilise chaque année près de 5 millions de tonnes d’emballages, dont une part considérable dans la restauration collective.
Pour les EHPAD, l’échéance approche rapidement. Les établissements situés dans des communes de plus de 2 000 habitants devront se conformer à cette obligation dès le 1er janvier 2025. Les structures implantées dans les plus petites communes bénéficient d’un délai supplémentaire, jusqu’au 1er janvier 2028.
Une application certaine aux EHPAD
Contrairement à certaines interprétations, les EHPAD sont bel et bien concernés par cette mesure. En effet, bien qu’ils soient des établissements médico-sociaux, ils disposent tous d’un service de restauration collective qui les soumet automatiquement à cette réglementation.
D’après le rapport 2023 de la FNAQPA (Fédération Nationale Avenir et Qualité de vie des Personnes Âgées), plus de 90% des EHPAD servent quotidiennement entre 50 et 150 repas, ce qui les classe indiscutablement dans la catégorie de la restauration collective.
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J’accède au stock illimitéCette classification est confirmée par le Ministère de la Transition Écologique qui précise dans son guide pratique que « tout service proposant des repas collectifs de manière régulière » est soumis aux dispositions de la loi AGEC, sans distinction de statut juridique.
Des dérogations limitées
Le cadre législatif prévoit certaines dérogations, mais elles restent très restrictives et ne concernent pas directement les EHPAD. En effet, l’article 77 de la loi AGEC mentionne explicitement des exceptions pour certains services de santé comme la pédiatrie ou l’obstétrique.
Aucune dérogation spécifique n’est prévue pour les établissements médico-sociaux, y compris les EHPAD. Seul un motif impérieux de santé publique pourrait, au cas par cas, justifier une exemption temporaire.
Une étude menée par le cabinet Deloitte en 2024 révèle que moins de 5% des établissements médico-sociaux ont obtenu des dérogations, principalement pour des raisons très spécifiques liées à des contraintes médicales particulières.
Les alternatives au plastique à privilégier
Face à cette échéance, les directions d’EHPAD doivent identifier des solutions de remplacement. Plusieurs alternatives existent et sont déjà adoptées par des établissements précurseurs.
La vaisselle en céramique, verre ou porcelaine reste la référence en matière de durabilité. Selon l’ADEME, son bilan environnemental devient positif après seulement 50 utilisations comparé au plastique jetable.
Pour le service, le carton recyclable gagne du terrain. Les barquettes en cellulose constituent également une alternative intéressante, avec une dégradation complète en moins de 12 semaines.
L’inox présente aussi des avantages considérables pour le transport et le réchauffage des aliments. Recyclable à l’infini, il offre une durée de vie exceptionnelle estimée à plus de 10 ans en usage intensif.
D’après une enquête de la FNADEPA réalisée en mars 2025, 62% des EHPAD interrogés ont déjà entamé leur transition vers ces matériaux alternatifs.
L’impact financier à anticiper
Cette transition écologique a un coût que les établissements doivent prévoir. L’investissement initial peut être conséquent mais doit être analysé dans une perspective à long terme.
Une étude économique réalisée par le cabinet Ernst & Young estime que le surcoût initial se situe entre 15 000 et 30 000 euros pour un EHPAD de 80 lits, selon les solutions retenues. Cependant, l’amortissement peut s’effectuer sur 3 à 5 ans grâce aux économies réalisées sur les achats récurrents de contenants jetables.
Des aides financières existent. L’ADEME propose des subventions pouvant atteindre 55% du montant des investissements dans le cadre de son programme « Transition écologique des établissements médico-sociaux ».
Certaines régions, comme l’Occitanie ou la Bretagne, ont également mis en place des dispositifs de soutien spécifiques pour accompagner les EHPAD dans cette transition.
Une opportunité d’amélioration de la qualité
Au-delà de la contrainte réglementaire, cette évolution peut constituer une opportunité d’amélioration de la qualité du service. La fin du plastique permet de repenser l’expérience alimentaire des résidents.
Le retour à la vaisselle traditionnelle valorise les repas et peut contribuer au bien-être des personnes âgées. Une étude de l’Université de Bordeaux publiée en 2024 démontre que la présentation des repas influence directement la prise alimentaire des seniors de 15 à 20%.
Pour Marie Durand, directrice de l’EHPAD Les Oliviers à Lyon, « ce changement nous a permis de repenser entièrement notre service de restauration. Les résidents apprécient particulièrement le retour aux assiettes en porcelaine qui donnent plus de valeur au moment du repas. »
Des exemples inspirants
Plusieurs établissements ont déjà franchi le pas avec succès. L’EHPAD du Bois Joli à Nantes a totalement supprimé le plastique de sa restauration depuis 2023. Sa directrice, Claire Martin, témoigne : « Nous avons opté pour un système de plateaux compartimentés en inox et des verres en verre trempé. L’investissement initial de 22 000 euros sera amorti en moins de quatre ans. »
Dans les Hauts-de-France, le groupe SOS Seniors a déployé une solution innovante dans ses 15 EHPAD. Les barquettes plastiques ont été remplacées par des contenants en pulpe de canne à sucre compostables. « Cette solution transitoire nous permet de respecter la loi tout en préparant une transition plus profonde vers des contenants durables », explique Thomas Legrand, responsable développement durable du groupe.
Conseils pratiques pour réussir la transition
Pour les directions d’EHPAD qui doivent encore s’adapter, plusieurs recommandations émergent des retours d’expérience :
- Réaliser un audit complet de l’utilisation actuelle des plastiques dans l’établissement
- Impliquer les équipes de cuisine et de soins dans la recherche de solutions adaptées
- Tester plusieurs alternatives avant de généraliser
- Échelonner les investissements sur plusieurs exercices budgétaires
- Former le personnel aux nouvelles pratiques de service
- Communiquer auprès des résidents et des familles sur cette démarche écologique
D’après un sondage de l’ANAP (Agence Nationale d’Appui à la Performance), les établissements ayant adopté une démarche progressive sur 12 à 18 mois obtiennent les meilleurs résultats en termes d’acceptabilité et de maîtrise des coûts.
Au-delà des contenants : vers une restauration plus responsable
Cette interdiction des plastiques s’inscrit dans une démarche plus globale de restauration durable en EHPAD. Les établissements sont également encouragés à travailler sur d’autres aspects comme la réduction du gaspillage alimentaire ou l’approvisionnement local.
La loi EGalim impose déjà 50% de produits durables dont 20% de bio dans la restauration collective publique. Ces obligations, combinées à la fin du plastique, dessinent une nouvelle approche de l’alimentation en EHPAD.
Comme le souligne Jean Dupont, président de l’association des directeurs d’EHPAD : « La transition écologique en EHPAD ne se limite pas aux contenants. C’est une opportunité de repenser globalement notre approche de l’alimentation, qui reste un élément central du bien-être des résidents. »

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