Décret du 24 décembre 2025 : les infirmiers obtiennent l’autonomie clinique et le droit de prescrire en EHPAD

Autonomie clinique des IDE : le décret de décembre 2025 reconnaît les consultations infirmières, la prescription et l’initiation de soins en EHPAD.

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Un décret publié le 24 décembre 2025 marque un tournant majeur pour la profession infirmière en France. Le texte, qui applique la loi du 27 juin 2025, reconnaît enfin aux infirmiers diplômés d’État (IDE) une véritable autonomie clinique. Fini le rôle d’exécutant : les IDE peuvent désormais initier des soins, poser un diagnostic infirmier, prescrire certains produits et examens, et assurer des consultations infirmières. Pour les EHPAD, cette évolution ouvre des perspectives concrètes : fluidification des parcours de soins, meilleur accès aux soins de proximité, et renforcement du rôle de l’infirmier coordinateur (IDEC) au cœur de l’établissement.

Un décret attendu depuis plus de 20 ans

Le Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 remplace enfin celui de 2004. Il refond entièrement les articles R. 4311-1 à R. 4311-7 du Code de la santé publique. L’objectif : recentrer l’exercice infirmier sur une démarche clinique autonome, fondée sur l’initiation, l’analyse, la réalisation, l’organisation et l’évaluation des soins.

Concrètement, l’infirmier devient un professionnel de premier recours. Il ne se contente plus d’exécuter des prescriptions médicales : il évalue, décide et agit dans son champ de compétences.

Le texte entrera en vigueur dès publication des arrêtés d’application, au plus tard le 30 juin 2026. Cette échéance est cruciale : elle conditionne la mise en œuvre effective des nouvelles prérogatives sur le terrain.

Ce qui change concrètement pour les infirmiers

La consultation infirmière : un outil stratégique

Le décret instaure officiellement la consultation infirmière. Celle-ci permet à l’IDE de :

  • Réaliser une évaluation clinique complète : bilan de santé, antécédents, habitudes de vie, signes d’alerte.
  • Poser un diagnostic infirmier, c’est-à-dire identifier les besoins de santé relevant de son domaine d’activité.
  • Élaborer un projet de soins personnalisé, adapté à chaque patient.

En EHPAD, cela signifie que l’IDE ou l’IDEC peut désormais structurer une prise en charge infirmière autonome, sans attendre systématiquement une prescription médicale pour initier des soins de prévention, d’éducation ou de surveillance clinique.

L’initiation de soins propres

L’infirmier peut désormais prendre en charge directement un résident pour :

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  • Des soins préventifs (prévention des escarres, dépistage nutritionnel, évaluation du risque de chute).
  • Des soins éducatifs (éducation thérapeutique, accompagnement de pathologies chroniques).
  • Des soins curatifs simples (plaies ou brûlures légères).
  • Des soins palliatifs, relationnels ou de surveillance clinique.

Exemple concret en EHPAD : Un résident présente une petite plaie suite à un frottement. L’IDE peut initier le soin, évaluer l’évolution, ajuster le pansement et coordonner avec le médecin si nécessaire — le tout sans prescription préalable.

Prescription de produits de santé et d’examens

Le décret autorise les infirmiers à prescrire :

  • Certains produits de santé (liste fixée par arrêté ministériel après avis de la Haute Autorité de Santé).
  • Des examens complémentaires adaptés (ex. : tests IST comme VIH, hépatites, chlamydia).
  • Des vaccins : vaccins obligatoires dès 11 ans (sauf personnes immunodéprimées), grippe et Covid dès 5 ans.

Cette compétence sera encadrée par des listes mises à jour tous les 3 ans, garantissant une adaptation aux évolutions épidémiologiques et scientifiques.

Pour les EHPAD, cela simplifie la gestion des campagnes de vaccination (grippe, Covid, rappels) et permet de réduire les délais d’attente pour certains actes de prévention ou de dépistage.

Autres missions élargies

Le décret renforce également le rôle des IDE dans :

  • L’éducation à la santé et la prévention (accompagnement des résidents diabétiques, sensibilisation aux risques de chute, etc.).
  • La coordination avec les autres professionnels de santé (médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes).
  • L’orientation vers le professionnel pertinent en cas de besoin dépassant le champ infirmier.
  • La délégation d’actes à des aides-soignants ou auxiliaires de puériculture, selon une liste définie par arrêté.

Toutes ces activités doivent être tracées dans le dossier patient, garantissant la sécurité et la continuité des soins.

L’expérimentation : un test grandeur nature sur 3 ans

Pour évaluer l’impact réel de ces nouvelles compétences, une expérimentation est prévue sur 3 ans, dans 5 départements pilotes. Elle concernera aussi bien les infirmiers libéraux que ceux exerçant en établissement (hôpitaux, EHPAD, maisons de santé).

Objectifs attendus

  • Fluidifier les parcours de soins : réduire les ruptures, les délais, les pertes de chance.
  • Désengorger les urgences : éviter les hospitalisations tardives ou inutiles.
  • Renforcer la prévention : anticiper les aggravations de pathologies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque, escarres).

En EHPAD, cela pourrait se traduire par une meilleure réactivité face aux situations critiques, une coordination renforcée avec les médecins traitants, et une réduction des transferts évitables vers les urgences.

Accès direct aux infirmiers : une révolution dans les parcours

Le décret acte le principe d’accès direct aux infirmiers pour les actes relevant de leur rôle propre. Les patients (ou résidents) peuvent donc consulter un IDE sans prescription médicale préalable, dès lors que l’acte figure dans la liste fixée par arrêté.

Conséquence pour les EHPAD : l’IDEC ou l’IDE référent peut être sollicité en première intention pour évaluer une situation, initier une prise en charge et orienter si nécessaire. Cela renforce la place de l’infirmier au cœur du dispositif de soins de l’établissement.

Réactions contrastées des syndicats et acteurs de terrain

Enthousiasme du SNPI

Le Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI) salue un « bond historique » et une « révolution silencieuse ». Thierry Amouroux, son président, parle d’un « cadeau de Noël pour les Français » :

« Ce décret fluidifie les parcours de soins, réduit les pertes de chance et reconnaît enfin l’infirmière comme un professionnel de premier recours. »

Le SNPI insiste sur la reconnaissance du soin relationnel (écoute, accompagnement), désormais inscrit comme compétence à part entière.

Vigilance de la FNI et de Convergence Infirmière

La Fédération Nationale des Infirmiers (FNI) et Convergence Infirmière saluent l’avancée, mais restent vigilants. Leur inquiétude porte sur :

  • L’absence de grille de rémunération immédiate pour les consultations infirmières.
  • Le contenu exact des arrêtés d’application (listes d’actes, de produits, d’examens).
  • Les négociations conventionnelles avec l’Assurance Maladie, en cours pour revaloriser les infirmiers libéraux (IDEL).

Critiques de FO-SPSS

La Fédération FO Services Publics/Santé est plus critique. Elle dénonce un « pas de cadeau de Noël » et s’inquiète de la mise en œuvre concrète :

  • Manque de moyens pour accompagner les nouvelles missions.
  • Absence de formation spécifique pour préparer les IDE.
  • Responsabilités accrues sans soutien organisationnel ni reconnaissance salariale.

FO exige des réponses avant le 30 juin 2026.

Enjeux et défis pour les EHPAD

Opportunités stratégiques

  • Renforcement du rôle de l’IDEC : coordination, évaluation clinique, initiation de protocoles de soins sans attendre systématiquement le médecin.
  • Meilleure prévention : dépistage précoce des risques (escarres, dénutrition, chutes), ajustement rapide des prises en charge.
  • Fluidification des relations médico-soignantes : l’IDE devient un véritable interlocuteur clinique, capable de poser un diagnostic infirmier et d’alerter le médecin sur des bases solides.
  • Réduction des urgences évitables : en anticipant les situations critiques, on limite les transferts stressants pour les résidents et coûteux pour l’établissement.

Points de vigilance

  • Formation des équipes : les IDEC et IDE doivent être accompagnés dans l’appropriation de ces nouvelles compétences. Des formations ciblées (évaluation clinique, prescription, traçabilité) seront indispensables.
  • Moyens humains et matériels : le décret élargit les missions, mais sans augmentation mécanique des effectifs. Le risque de surcharge est réel.
  • Articulation avec les médecins : la coordination reste essentielle. Le décret ne remplace pas le médecin, il repositionne l’infirmier dans une logique de complémentarité.
  • Traçabilité : toutes les actions doivent être consignées dans le dossier patient. Cela implique des outils adaptés (dossiers de soins informatisés, protocoles clairs).

Ce qu’il faut retenir : les 6 points clés pour les EHPAD

  • Autonomie clinique : L’IDE peut initier des soins, poser un diagnostic infirmier, élaborer un projet de soins sans prescription préalable.
  • Consultation infirmière : Évaluation complète, bilan de santé, orientation et coordination — un outil stratégique pour l’IDEC.
  • Prescription : Vaccins, produits de santé, examens complémentaires (selon listes fixées par arrêté).
  • Expérimentation sur 3 ans : 5 départements pilotes pour évaluer l’impact sur les parcours de soins et la prévention.
  • Accès direct : Les résidents peuvent consulter l’IDE en première intention pour les actes relevant de son rôle propre.
  • Mise en œuvre avant le 30 juin 2026 : Date butoir pour la publication des arrêtés et la mise en place effective sur le terrain.

Perspectives et ouverture

Ce décret aligne enfin la réglementation sur les pratiques de terrain. Depuis des années, les infirmiers en EHPAD assurent de facto une part importante de l’évaluation clinique, de la coordination et de l’éducation thérapeutique. Le texte leur donne désormais un cadre légal pour agir de manière autonome et sécurisée.

Mais le succès de cette réforme dépendra de trois conditions :

  1. La qualité des arrêtés d’application : listes d’actes, de produits, de protocoles. Plus ils seront précis et adaptés aux réalités du terrain, plus ils seront utiles.
  2. L’accompagnement des professionnels : formation, outils, soutien managérial. Les IDEC doivent être épaulés dans cette transition, notamment via des ressources pédagogiques claires et accessibles.
  3. La reconnaissance financière : élargir les missions sans revaloriser les rémunérations risque de générer frustration et épuisement. Les négociations conventionnelles en cours seront déterminantes.

Pour les EHPAD, c’est une opportunité historique de renforcer la place de l’infirmier au cœur du projet de soins, de fluidifier les prises en charge et de réduire les ruptures de parcours. À condition de s’y préparer dès maintenant : formation des équipes, mise à jour des protocoles, dialogue avec les médecins coordonnateurs, et anticipation des besoins en ressources humaines.

Le décret est publié. Place maintenant à l’action.

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