Comment sécuriser la prise en charge de la polyarthrite rhumatoïde en EHPAD grâce à un protocole de surveillance des biothérapies

Polyarthrite rhumatoïde en EHPAD : prise en charge, gestion de la douleur, surveillance des biothérapies et adaptation du quotidien pour préserver l’autonomie.

Pack Livres IDEC
✨ Nouveauté 2026

Pack IDEC : Maîtrise Totale

Recevez les 3 ouvrages indispensables.
Le 3ème livre est OFFERT !

Commander mon pack 👉

La polyarthrite rhumatoïde (PR) touche environ 0,3 à 0,8 % de la population française, soit près de 300 000 personnes. En EHPAD, les résidents atteints présentent des douleurs chroniques invalidantes et des déformations articulaires qui complexifient les gestes du quotidien. L’arrivée des biothérapies a transformé la prise en charge, mais impose une surveillance renforcée et une coordination étroite entre équipes soignantes et médecins. Cet article propose des repères concrets pour accompagner ces résidents au quotidien, gérer la douleur, adapter l’environnement et sécuriser les traitements.


Comprendre la polyarthrite rhumatoïde et son impact sur l’autonomie en EHPAD

La polyarthrite rhumatoïde est une maladie auto-immune chronique qui provoque une inflammation persistante des articulations. Elle évolue par poussées inflammatoires entrecoupées de phases de rémission. Sans traitement adapté, elle entraîne des destructions articulaires irréversibles, des déformations (notamment aux mains et aux pieds) et une perte progressive d’autonomie.

Signes cliniques à repérer chez le résident

Les manifestations typiques incluent :

  • Douleurs articulaires symétriques (poignets, doigts, genoux, chevilles)
  • Raideur matinale prolongée (plus de 30 minutes)
  • Gonflement et chaleur au niveau des articulations touchées
  • Fatigue intense et chronique
  • Déformations visibles : doigts en « col de cygne », déviation cubitale
  • Limitations fonctionnelles : difficultés à ouvrir une bouteille, tenir des couverts, marcher

Chiffre clé : En EHPAD, environ 15 à 20 % des résidents présentent une pathologie rhumatismale inflammatoire évolutive ou séquellaire.

Ces limitations impactent directement les activités de la vie quotidienne (AVQ) et peuvent faire basculer un résident d’un GIR 3 vers un GIR 2 en l’absence d’adaptation et d’accompagnement.

Exemple terrain

Madame D., 78 ans, arrive en EHPAD avec des déformations sévères des mains. Elle ne peut plus boutonner ses vêtements ni utiliser une fourchette classique. L’équipe adapte son environnement : couverts ergonomiques à gros manche, vêtements à scratch, ouverture des emballages systématique. Résultat : elle conserve une part d’autonomie alimentaire et vestimentaire, évitant une dégradation rapide de son moral.

Conseil pratique immédiat

Évaluez systématiquement la douleur et la fonction articulaire dès l’admission. Utilisez une échelle adaptée (EVA, échelle verbale simple) et notez les gestes impossibles ou douloureux. Transmettez ces informations au médecin coordonnateur pour ajuster rapidement le traitement et l’ergothérapie.

IDEC Formation
Bibliothèque de Ressources Illimitées

IDEC : Arrêtez de créer vos supports de formation.

Pourquoi réinventer la roue ? Accédez à +200 PowerPoints, Procédures et Vidéos prêts à l’emploi. Téléchargez en 1 clic, projetez, et formez vos équipes sans effort.

J’accède au stock illimité

Gestion de la douleur : traitements médicamenteux et approches non médicamenteuses

La douleur dans la PR est à la fois inflammatoire (liée aux poussées) et mécanique (usure articulaire). Sa prise en charge doit être multimodale, associant traitements de fond, antalgiques et stratégies non médicamenteuses.

Traitements de fond : DMARDs et biothérapies

Les DMARDs conventionnels (Disease-Modifying Antirheumatic Drugs) comme le méthotrexate restent la base du traitement. Ils ralentissent l’évolution de la maladie mais nécessitent une surveillance hépatique et hématologique régulière.

Les biothérapies (anti-TNF, anti-IL6, anti-JAK) sont prescrites en cas d’échec des DMARDs. Elles ciblent des molécules spécifiques de l’inflammation. Exemples : adalimumab (Humira®), tocilizumab (RoActemra®), tofacitinib (Xeljanz®).

Surveillance infirmière des biothérapies :

Élément à surveiller Fréquence recommandée Action en cas d’alerte
Signes infectieux Quotidien Appel médecin, bilan si fièvre
NFS, CRP Mensuel à trimestriel Transmission au médecin traitant
Réaction au point d’injection À chaque injection Traçabilité, signalement si aggravation
Poids, hydratation Hebdomadaire Ajustement nutritionnel si perte pondérale

Règle d’or : Toute fièvre, infection ou plaie chez un résident sous biothérapie impose un avis médical rapide en raison du risque immuno-suppresseur.

Antalgiques et anti-inflammatoires

En complément des traitements de fond :

  • Paracétamol : première intention (jusqu’à 3 g/j si fonction rénale normale)
  • AINS : à éviter chez la personne âgée (risque gastro-intestinal, rénal, cardiovasculaire)
  • Corticoïdes à faible dose : parfois utilisés en période de poussée, sous contrôle strict
  • Opioïdes faibles (tramadol, codéine) : si douleur résistante, avec surveillance des effets indésirables (somnolence, constipation, chutes)

Approches non médicamenteuses

Ces stratégies sont essentielles pour compléter le traitement médicamenteux :

  • Application de chaleur locale (bouillotte, compresses chaudes) sur les articulations raides le matin
  • Froid en cas de poussée inflammatoire (poche de glace protégée)
  • Mobilisation douce et kinésithérapie pour maintenir l’amplitude articulaire
  • Ergothérapie pour adapter les gestes et l’environnement
  • Relaxation, sophrologie, musicothérapie pour réduire le stress et la perception douloureuse

Conseil opérationnel

Créez un protocole douleur standardisé pour la polyarthrite rhumatoïde, validé par le médecin coordonnateur. Intégrez-y les échelles de mesure, les traitements disponibles, les conduites à tenir en cas de poussée et les contacts à joindre. Formez les équipes à son utilisation lors de formations terrain.


Adaptation du quotidien : aides techniques, environnement et accompagnement des équipes

Les déformations articulaires et la perte de préhension imposent des adaptations concrètes pour préserver l’autonomie et la dignité du résident.

Aides techniques essentielles

Pour les mains et poignets :

  • Couverts ergonomiques à gros manche antidérapant
  • Ouvre-bocaux, ouvre-bouteilles
  • Porte-clés adaptés, stylos ergonomiques
  • Orthèses de repos nocturnes (si prescrites)

Pour la mobilité :

  • Cannes avec poignée ergonomique
  • Déambulateur avec freins à main larges
  • Chaussures adaptées (sans lacets, à scratch, semelles amortissantes)
  • Rehausseur de WC avec accoudoirs

Pour l’habillage :

  • Vêtements à scratch ou fermetures éclair larges
  • Tire-chaussettes, chausse-pieds longs
  • Boutons aimantés

Exemple concret

Monsieur L., résident au GIR 3, souffre de PR évoluée. L’équipe constate qu’il refuse de participer aux repas collectifs par gêne liée à ses difficultés à manipuler les couverts. L’ergothérapeute propose des couverts lestés et élargis. En quelques jours, il retrouve confiance et réintègre la salle à manger.

Organisation du soin : adapter les gestes techniques

Les soignants doivent adapter leur approche :

  • Respecter le rythme du résident : ne pas le brusquer lors des transferts ou de la toilette
  • Privilégier les moments de moindre douleur (fin de matinée, après la prise d’antalgiques)
  • Utiliser des techniques de mobilisation passive douce pour éviter les douleurs lors des soins
  • Installer correctement le résident lors des repas (bras soutenus, table à bonne hauteur)

PAA – Question fréquente : Comment aider un résident à s’habiller sans aggraver ses douleurs articulaires ?

Réponse : Commencez par les membres inférieurs (moins douloureux), utilisez des vêtements amples, privilégiez les fermetures simples (scratch, élastique), et laissez le temps nécessaire. Ne forcez jamais une articulation. Proposez l’aide uniquement sur les gestes impossibles.

Checklist d’adaptation de la chambre

  • [ ] Poignées ergonomiques sur les portes et tiroirs
  • [ ] Lit à hauteur variable pour faciliter les transferts
  • [ ] Table de nuit accessible sans rotation du tronc
  • [ ] Éclairage suffisant (veilleuse nocturne)
  • [ ] Sol antidérapant, aucun obstacle au sol
  • [ ] Télécommande TV/radio avec gros boutons
  • [ ] Dispositif d’appel accessible et adapté à la préhension réduite

Conseil immédiat

Organisez une visite ergothérapeutique systématique pour tout nouveau résident atteint de PR. Documentez les aides techniques nécessaires et inscrivez-les au projet personnalisé. Prévoyez un budget dédié pour l’achat d’aides techniques mutualisables.


Prévention des poussées et surveillance des biothérapies : rôle infirmier et coordination

La prévention des poussées inflammatoires repose sur l’observance thérapeutique, la surveillance clinique rapprochée et la détection précoce des signes d’alerte.

Protocole de surveillance des biothérapies

Les biothérapies exposent à un risque infectieux accru, à des réactions allergiques et à des effets indésirables spécifiques (troubles hématologiques, hépatiques).

Fiche de surveillance type (à intégrer au dossier de soins) :

  1. Avant chaque injection ou prise :
    • Vérifier l’absence de fièvre, toux, diarrhée, plaie infectée
    • Interroger le résident sur d’éventuels symptômes nouveaux
    • Contrôler la date du dernier bilan biologique
  2. Lors de l’injection sous-cutanée :
    • Respecter l’asepsie stricte
    • Alterner les sites d’injection (abdomen, cuisses)
    • Surveiller immédiatement toute réaction locale (rougeur, douleur, induration)
    • Tracer dans le dossier : date, heure, site, nom du soignant, réaction éventuelle
  3. Suivi post-injection :
    • Surveillance à 15 minutes (réaction allergique immédiate)
    • Surveillance quotidienne pendant 48 heures (infection, fièvre)
    • Transmission au médecin coordonnateur en cas d’anomalie

Recommandation HAS : Tout résident sous biothérapie doit bénéficier d’une vaccination antigrippale et antipneumococcique à jour, avec mise à jour annuelle du calendrier vaccinal (hors vaccins vivants atténués).

Prévention des poussées inflammatoires

Facteurs déclenchants à éviter :

  • Infections intercurrentes (grippe, gastro-entérite, infection urinaire)
  • Stress physique ou psychologique intense
  • Arrêt brutal du traitement
  • Interactions médicamenteuses (vérifier avant toute nouvelle prescription)

Actions concrètes en EHPAD :

  • Maintenir une hygiène stricte (précautions standard)
  • Isoler rapidement tout résident contagieux
  • Proposer des activités adaptées et apaisantes pour réduire le stress
  • Organiser un rappel de prise médicamenteuse (pilulier, transmission IDE, traçabilité informatique)

Conduite à tenir en cas de poussée

Signes d’alerte :

  • Augmentation brutale de la douleur articulaire
  • Réapparition de la raideur matinale
  • Gonflement et chaleur au niveau des articulations
  • Fatigue intense, altération de l’état général

Action immédiate :

  1. Évaluer la douleur (échelle EVA)
  2. Appliquer le protocole antalgique en place
  3. Contacter le médecin traitant ou le rhumatologue référent
  4. Tracer l’épisode dans le dossier de soins

PAA – Question fréquente : Faut-il arrêter les biothérapies en cas d’infection chez un résident ?

Réponse : Oui, temporairement. En cas d’infection fébrile ou nécessitant un traitement antibiotique, les biothérapies doivent être suspendues jusqu’à guérison complète. Cette décision revient au médecin traitant ou au rhumatologue. L’infirmier coordonnateur doit s’assurer de la traçabilité de la suspension et de la reprise.

Coordination avec le médecin traitant et le rhumatologue

La prise en charge de la PR impose une coordination renforcée :

  • Transmission systématique des bilans biologiques au rhumatologue
  • Organisation de consultations spécialisées (en ville ou via télémédecine)
  • Partage du projet thérapeutique dans le dossier médical partagé (DMP)
  • Révision régulière du traitement en réunion de coordination

Outil pratique : Créez une fiche de liaison rhumatologie standardisée, incluant : diagnostic, traitements en cours, derniers bilans, événements récents (poussée, infection, chute), questions spécifiques de l’équipe. Transmettez-la avant chaque consultation.

Conseil opérationnel

Mettez en place une réunion mensuelle de revue des résidents sous biothérapie associant IDEC, médecin coordonnateur et infirmiers référents. Objectif : vérifier l’observance, analyser les bilans, anticiper les renouvellements et ajuster les protocoles.


Vers une prise en charge digne, sécurisée et personnalisée de la polyarthrite en EHPAD

Accompagner un résident atteint de polyarthrite rhumatoïde en EHPAD demande une approche globale, technique et humaine. La douleur chronique, les limitations fonctionnelles et les risques liés aux traitements imposent une vigilance quotidienne et une coordination soignée entre tous les acteurs.

Les trois piliers d’une prise en charge réussie :

  1. Sécurité thérapeutique : surveillance rigoureuse des biothérapies, traçabilité exemplaire, réactivité face aux signes d’alerte
  2. Adaptation de l’environnement : aides techniques, ergonomie des espaces, respect du rythme et des capacités du résident
  3. Prévention active : anticipation des poussées, lutte contre les infections, accompagnement psychologique et social

Impact sur l’organisation : Les résidents sous biothérapies nécessitent un temps soignant accru (surveillance, injections, accompagnement dans les AVQ). Cela doit être pris en compte dans les plannings et dans le calcul du GMP, qui influence directement les ressources allouées.

Prévenir l’épuisement des équipes : L’accompagnement de résidents douloureux et en perte d’autonomie peut générer de la fatigue émotionnelle chez les soignants. Il est essentiel de favoriser le dialogue, les temps d’échange et l’accès à des ressources adaptées (comme Soigner sans s’oublier).

Tableau récapitulatif : rôles et responsabilités

Acteur Missions clés
Médecin coordonnateur Coordination thérapeutique, validation des protocoles, lien avec rhumatologues
IDEC Suivi des protocoles, formation des équipes, organisation de la surveillance biologique
Infirmier(ère) Administration et surveillance des biothérapies, évaluation de la douleur, traçabilité
Aide-soignant(e) Observation quotidienne, aide aux AVQ, adaptation des gestes, signalement des changements
Ergothérapeute Évaluation fonctionnelle, préconisation d’aides techniques, aménagement de l’environnement
Kinésithérapeute Maintien de la mobilité, prévention des raideurs, rééducation post-poussée

Mini-FAQ

Peut-on utiliser des huiles essentielles pour soulager les douleurs articulaires en EHPAD ?
Oui, certaines huiles (gaulthérie, eucalyptus citronné) peuvent être utilisées en massage local, sous avis médical, en l’absence de contre-indication (allergie, interaction avec traitements anticoagulants). Toujours diluer dans une huile végétale et tracer l’utilisation.

Comment réagir si un résident refuse son injection de biothérapie ?
Ne forcez jamais. Explorez les raisons (peur, douleur au point d’injection, incompréhension). Informez le médecin traitant. Documentez le refus dans le dossier de soins. Proposez un accompagnement psychologique si le refus est répété.

Les résidents sous biothérapies peuvent-ils participer aux animations collectives ?
Oui, en privilégiant les activités adaptées à leur mobilité et en évitant les situations à risque infectieux élevé (grippe, gastro-entérite en circulation). Favorisez les ateliers créatifs, musique, jardinage adapté, qui stimulent sans surcharger les articulations.


En résumé : La polyarthrite rhumatoïde en EHPAD impose une prise en charge structurée, sécurisée et personnalisée. Les équipes doivent maîtriser les protocoles de surveillance des biothérapies, adapter l’environnement et les soins, et coordonner étroitement avec les médecins. Seule une organisation rigoureuse permet de préserver l’autonomie, la dignité et la qualité de vie des résidents concernés.

Inscrivez-vous pour recevoir chaque semaine du contenu malin sur les EHPAD dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas !