Les épisodes de sécheresse et les ruptures d’approvisionnement en eau potable ne relèvent plus du scénario catastrophe. En EHPAD, ces situations exigent une préparation rigoureuse et des protocoles clairs pour garantir la sécurité sanitaire et la continuité des soins. Entre obligations réglementaires, protection des résidents vulnérables et organisation opérationnelle, le directeur et le responsable d’hébergement doivent anticiper l’impensable. Cet article vous guide pour bâtir un plan d’urgence hydrique solide, applicable dès aujourd’hui.
Sommaire
- Comprendre le cadre réglementaire et les obligations en cas de pénurie d’eau
- Élaborer un plan d’urgence hydrique efficace et réaliste
- Mettre en œuvre un protocole de rationnement et de priorisation des usages
- Organiser l’approvisionnement alternatif et les solutions de secours
- Préparer les équipes et communiquer efficacement en situation de crise
- L’eau, un enjeu de dignité et de sécurité à ne jamais sous-estimer
- FAQ : Vos questions fréquentes sur la gestion de l’eau en EHPAD
Comprendre le cadre réglementaire et les obligations en cas de pénurie d’eau
La réglementation impose aux établissements recevant du public, dont les EHPAD, de garantir la sécurité sanitaire des résidents en toutes circonstances. Le Code de la santé publique précise que l’eau distribuée doit être conforme aux normes de potabilité définies par l’arrêté du 11 janvier 2007 (modifié en 2022).
En cas de coupure ou de restriction, l’Agence Régionale de Santé (ARS) peut déclencher des mesures d’urgence et imposer des consignes spécifiques aux établissements médico-sociaux. Le directeur doit alors activer son plan de continuité d’activité (PCA), incluant un volet spécifique « eau potable ».
Les risques sanitaires majeurs en EHPAD
L’absence ou la restriction d’eau potable expose les résidents à plusieurs dangers :
- Déshydratation aiguë, particulièrement chez les personnes âgées déjà fragiles
- Infections nosocomiales liées à l’hygiène des mains insuffisante
- Contamination alimentaire par défaut de nettoyage
- Impossibilité de dialyse ou de certains soins techniques
- Perte de dignité lors des soins d’hygiène corporelle
Chiffre clé : En 2024, 15 % des EHPAD français ont signalé au moins une alerte hydrique (source : observatoire national des établissements médico-sociaux).
Les obligations du directeur
Le directeur d’EHPAD doit :
- Disposer d’un plan d’urgence pénurie eau actualisé annuellement
- Constituer des stocks de secours proportionnés à la capacité d’accueil
- Identifier des sources d’approvisionnement alternatives
- Former les équipes aux protocoles de rationnement
- Informer immédiatement l’ARS en cas de rupture
La certification des EHPAD intègre désormais des critères liés à la gestion des risques environnementaux, dont les crises hydriques.
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Élaborer un plan d’urgence hydrique efficace et réaliste
Un plan d’urgence hydrique robuste repose sur trois piliers : anticipation, réactivité et traçabilité. Il doit être pensé comme un document vivant, testé régulièrement et connu de l’ensemble des cadres.
Étape 1 : Cartographier les besoins en eau de l’établissement
Commencez par quantifier précisément vos consommations :
| Usage | Estimation moyenne/résident/jour | Priorité en cas de crise |
|---|---|---|
| Hydratation (boisson) | 1,5 litre | Critique |
| Préparation alimentaire | 3 litres | Critique |
| Hygiène corporelle (toilette) | 15 litres | Haute |
| Nettoyage des locaux | 8 litres | Moyenne |
| Lessive du linge | 10 litres | Moyenne |
| Sanitaires (chasses d’eau) | 12 litres | Basse |
Cette cartographie permet de prioriser les usages essentiels lors du rationnement. En période de crise, seules l’hydratation et l’hygiène de base doivent être maintenues coûte que coûte.
Étape 2 : Définir les seuils d’alerte et les niveaux de réponse
Votre plan doit comporter trois niveaux d’alerte graduels :
- Niveau 1 – Vigilance : Restriction annoncée par la préfecture, consommation surveillée
- Niveau 2 – Restriction : Coupure programmée inférieure à 12 heures, activation des stocks
- Niveau 3 – Crise : Coupure prolongée ou contamination, protocole de secours total
Chaque niveau doit déclencher des actions précises, avec responsables désignés et délais d’exécution.
Étape 3 : Constituer des stocks de secours adaptés
Le stock minimal recommandé est de 3 litres d’eau potable par résident et par jour, pour une autonomie de 72 heures. Pour un établissement de 80 résidents, cela représente 720 litres à stocker en permanence.
Bonnes pratiques de stockage :
- Privilégier les bouteilles PET de 1,5 litre (manipulation aisée)
- Rotation mensuelle pour respecter les dates de péremption
- Local dédié, frais, à l’abri de la lumière et des contaminants
- Affichage visible de la date de renouvellement
- Accès sécurisé mais rapide en cas d’urgence
Un EHPAD en Provence-Alpes-Côte d’Azur a mis en place un partenariat avec une centrale d’achat pour livraison express en moins de 4 heures. Ce type de convention garantit un approvisionnement rapide même en période de forte demande.
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Mettre en œuvre un protocole de rationnement et de priorisation des usages
Lorsque l’alerte est déclenchée, chaque goutte compte. Le protocole de rationnement doit être simple, compris de tous et appliqué sans exception. L’objectif est de maintenir la sécurité sanitaire tout en préservant la dignité des résidents.
Hiérarchiser les usages essentiels
En situation de pénurie, la priorisation suit cet ordre strict :
- Hydratation orale des résidents (1,5 L/résident/jour minimum)
- Préparation des repas et nettoyage vaisselle (eau embouteillée ou filtrée)
- Hygiène des mains du personnel soignant (friction hydro-alcoolique en complément)
- Toilettes de confort adaptées (lingettes épaisses, bassines d’eau économisée)
- Nettoyage des surfaces critiques (chambres, cuisine, sanitaires)
Les usages non essentiels sont suspendus : arrosage des espaces verts, lave-vaisselle, machines à laver (lessive externalisée), douches complètes (remplacées par toilettes partielles).
Adapter les protocoles de soins d’hygiène
Protocole de toilette en mode dégradé :
- Utiliser des lingettes à l’eau micellaire pour le visage et les zones intimes
- Limiter les toilettes complètes à 2 fois par semaine (sauf incontinence)
- Privilégier les soins locaux ciblés quotidiens (zones à risque de macération)
- Friction hydro-alcoolique obligatoire avant et après chaque soin
- Traçabilité renforcée dans le dossier de soins
Un EHPAD en région Centre-Val de Loire a conçu un chariot d’urgence hydrique : bassines, lingettes, gants à usage unique, SHA, sacs poubelle. Ce chariot est déployé à chaque étage dès le niveau 2 d’alerte.
Protocole de rationnement pour la cuisine
En cuisine, la réduction de consommation passe par plusieurs leviers :
- Privilégier les préparations nécessitant peu d’eau (plats en sauce proscrits)
- Utiliser de la vaisselle jetable adaptée (assiettes compartimentées)
- Nettoyer les plans de travail avec des lingettes désinfectantes
- Réserver l’eau potable stockée uniquement pour cuisson et boisson
Le responsable restauration doit adapter les menus en urgence. Un EHPAD des Hauts-de-France a prévu trois menus « mode dégradé » validés en CLAN, garantissant apports nutritionnels et plaisir malgré les contraintes.
Règle d’or : Jamais de compromis sur l’hydratation des résidents. En cas de doute sur la potabilité, utilisez uniquement l’eau embouteillée.
Action immédiate : Organisez une réunion pluridisciplinaire (direction, IDEC, responsable restauration, responsable entretien) pour définir vos seuils de rationnement et rédiger vos fiches réflexes par service. Ces documents doivent tenir sur une page A4 et être affichés dans chaque office.
Organiser l’approvisionnement alternatif et les solutions de secours
Anticiper les sources d’approvisionnement alternatives est stratégique. En pleine crise, tous les établissements sont en tension. Celui qui dispose d’accords préalables limite drastiquement ses risques.
Identifier les sources locales d’eau potable
Plusieurs solutions existent selon le contexte géographique :
Sources publiques :
- Citerne communale : certaines communes disposent de citernes mobiles activables en urgence
- Borne fontaine dédiée : certaines ARS ouvrent des points de distribution d’eau potable
- Camion-citerne : en coordination avec les services préfectoraux
Sources privées :
- Fournisseurs d’eau embouteillée : convention préalable avec livraison prioritaire
- Entreprises de location de cuves : location d’une cuve de 1000 litres avec pompe manuelle
- Partenariats inter-établissements : mutualisation avec un EHPAD voisin disposant d’un forage
Un EHPAD en Bretagne a investi dans une cuve de récupération d’eau de pluie de 5000 litres, raccordée à un système de filtration et de traitement UV. Cette eau non potable est utilisée pour les sanitaires et le nettoyage des sols, réduisant de 40 % la consommation d’eau de réseau.
Équipements de traitement d’urgence
Certains équipements permettent de sécuriser une eau douteuse ou de prolonger l’autonomie :
| Équipement | Usage | Avantages | Limites |
|---|---|---|---|
| Filtres à charbon actif | Élimination chlore, goût, odeur | Simple, économique | Ne traite pas bactéries |
| Filtre UV portable | Désinfection bactérienne | Rapide, sans chimie | Nécessite électricité |
| Pastilles de purification | Potabilisation d’urgence | Transportable, longue conservation | Goût désagréable, délai d’action |
| Osmoseur mobile | Potabilisation complète | Très efficace | Coût élevé, maintenance |
Exemple concret : Un établissement en Occitanie a installé un filtre UV sur réseau en amont de la cuisine. En cas de doute sur la qualité de l’eau distribuée, l’appareil garantit une désinfection bactériologique instantanée.
Prévoir la logistique de distribution interne
Une fois l’eau de secours livrée, encore faut-il la distribuer efficacement :
- Désigner un responsable logistique eau (idéalement le responsable hébergement)
- Étiqueter clairement chaque contenant (date, provenance, usage)
- Privilégier des chariots de distribution par étage
- Tracer chaque distribution dans un registre dédié
- Contrôler quotidiennement les stocks restants et anticiper le réapprovisionnement
Action immédiate : Listez dès cette semaine trois fournisseurs d’eau embouteillée sur votre territoire. Contactez-les pour négocier une convention de livraison prioritaire en cas de crise. Conservez ces coordonnées dans votre plan d’urgence et dans le classeur de l’astreinte.
Préparer les équipes et communiquer efficacement en situation de crise
Un plan d’urgence n’a de valeur que s’il est connu, compris et répété. La formation des équipes et la communication transparente sont les clés de la résilience collective.
Former les équipes aux protocoles d’urgence
Chaque professionnel, quel que soit son poste, doit connaître :
- Les trois niveaux d’alerte et leur signification
- Son rôle précis dans chaque niveau
- L’emplacement des stocks de secours
- Les gestes prioritaires à maintenir ou supprimer
Programme de formation minimal :
- Réunion annuelle de présentation du plan (1 heure)
- Exercice pratique de simulation (2 heures)
- Fiche réflexe plastifiée remise à chaque agent
- Rappel lors des transmissions en période de vigilance sécheresse
Un EHPAD en Nouvelle-Aquitaine organise chaque printemps un exercice grandeur nature : coupure d’eau simulée pendant 4 heures, équipes en conditions réelles, débriefing collectif. Cette pratique a permis d’identifier plusieurs failles logistiques et d’ajuster le protocole.
L’outil IDEC 360° propose des supports visuels prêts à l’emploi pour former les équipes aux situations d’urgence et structurer les protocoles.
Communiquer avec les résidents et les familles
La transparence est essentielle pour éviter l’angoisse et les rumeurs. Dès le niveau 1 d’alerte, informez :
- Les résidents (réunion ou affichage selon capacités cognitives)
- Les familles (mail, SMS, affichage hall d’accueil)
- Le CVS (Conseil de la Vie Sociale)
Contenu du message type :
- Situation actuelle et mesures prises par l’établissement
- Actions concrètes pour garantir la sécurité
- Consignes pratiques (ex. : limiter les visites aux heures creuses)
- Coordonnées de la personne à contacter en cas de question
Citation clé : « En situation de crise, le silence génère plus de peur que la vérité. Communiquez, même si vous n’avez pas toutes les réponses. »
Coordonner avec les autorités et partenaires externes
Le directeur doit maintenir un lien permanent avec :
- L’ARS : signalement immédiat, demande de soutien logistique
- La mairie : accès aux ressources communales, coordination locale
- Les pompiers : intervention possible pour livraison d’eau
- Les établissements voisins : entraide et mutualisation
Un tableau de contacts d’urgence doit être affiché dans le bureau de direction, au poste infirmier et sur le classeur d’astreinte.
Action immédiate : Planifiez dès ce mois une réunion de sensibilisation de 30 minutes avec vos équipes. Présentez les trois niveaux d’alerte et distribuez les fiches réflexes. Cette réunion doit être tracée (feuille d’émargement, compte-rendu court).
L’eau, un enjeu de dignité et de sécurité à ne jamais sous-estimer
Gérer une crise hydrique en EHPAD ne relève pas du fantasme mais de la responsabilité managériale. Les épisodes de sécheresse s’intensifient, les réseaux vieillissent, les risques de contamination persistent. Seuls les établissements préparés garantiront la sécurité de leurs résidents sans improvisation anxiogène.
Votre plan d’urgence doit être simple, applicable et testé. Il doit reposer sur des stocks dimensionnés, des protocoles clairs, des équipes formées et des partenaires identifiés. Chaque minute gagnée en préparation, c’est une heure de sérénité en crise.
Les outils et ressources existent. Les formations aussi. Le Pack IDEC : MAÎTRISE TOTALE offre un arsenal complet pour piloter sereinement toutes les situations d’urgence, dont les crises hydriques.
Ne partez jamais du principe que « ça n’arrivera pas chez vous ». Partez du principe que ça peut arriver demain. Et agissez en conséquence dès aujourd’hui.
FAQ : Vos questions fréquentes sur la gestion de l’eau en EHPAD
Combien de temps un EHPAD peut-il tenir sans eau courante ?
Avec un stock de secours bien dimensionné (3 litres/résident/jour), un établissement peut tenir 72 heures en autonomie complète. Au-delà, un approvisionnement externe devient indispensable. L’objectif est de gagner le temps nécessaire à l’activation des solutions de secours.
Peut-on utiliser de l’eau de pluie pour les soins d’hygiène ?
Non, sauf si elle a été traitée et contrôlée selon les normes de potabilité. L’eau de pluie non traitée peut contenir des bactéries, métaux lourds ou polluants. Elle peut en revanche être utilisée pour les sanitaires, le nettoyage des sols ou l’entretien extérieur.
Qui décide du déclenchement du plan d’urgence eau ?
Le directeur de l’établissement est responsable du déclenchement, en lien avec l’ARS et les services préfectoraux. Il doit informer immédiatement l’autorité de tutelle et activer les protocoles internes dès le niveau 1 d’alerte.

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