L’apnée du sommeil touche plus de 30 % des résidents en EHPAD, souvent sous-diagnostiquée ou mal accompagnée après l’appareillage. Pourtant, un appareil de PPC (Pression Positive Continue) non utilisé ou mal entretenu expose le résident à une fatigue chronique, des troubles cognitifs aggravés et des risques cardio-respiratoires accrus. Pour les équipes soignantes, l’enjeu est double : garantir l’observance de l’appareillage au quotidien et assurer une maintenance rigoureuse du matériel, tout en coordonnant étroitement avec les prestataires et les pneumologues référents.
Sommaire
- Comprendre l’apnée du sommeil et l’intérêt de l’appareillage PPC en EHPAD
- Gestion quotidienne des appareils PPC : rôles et responsabilités des équipes
- Surveillance de l’observance et coordination avec les prestataires et pneumologues
- Protocole PPC et outils pratiques pour sécuriser l’accompagnement
- Questions fréquentes des équipes en EHPAD
- Transformer l’appareillage PPC en levier de qualité de vie
Comprendre l’apnée du sommeil et l’intérêt de l’appareillage PPC en EHPAD
L’apnée obstructive du sommeil (AOS) se caractérise par des pauses respiratoires répétées durant le sommeil, provoquant micro-réveils, désaturation en oxygène et fragmentation du sommeil. Chez la personne âgée, ces épisodes aggravent l’état général : hypertension artérielle, insuffisance cardiaque, troubles cognitifs et risque accru de chutes.
La Pression Positive Continue reste le traitement de référence. L’appareil délivre un flux d’air sous pression via un masque nasal ou facial, maintenant ainsi les voies aériennes ouvertes toute la nuit. L’efficacité est prouvée : réduction des apnées, amélioration de la vigilance diurne et diminution de la morbi-mortalité cardiovasculaire.
Selon la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF), une observance minimale de 4 heures par nuit sur 70 % des nuits est nécessaire pour obtenir un bénéfice clinique.
En EHPAD, l’appareillage présente des particularités :
- Troubles cognitifs fréquents (démence, désorientation nocturne) pouvant compromettre l’acceptation du masque
- Polymédication et polypathologies nécessitant une surveillance renforcée
- Besoin d’accompagnement humain pour installer, retirer et nettoyer le matériel chaque jour
Exemple terrain : M. D., 82 ans, GIR 3, diagnostiqué apnéique sévère, refusait systématiquement son masque après minuit. L’équipe de nuit a instauré un rituel d’accompagnement : passage systématique à 23h pour vérifier le confort, ajuster le harnais et rassurer verbalement. L’observance est passée de 2h à 5h30 par nuit en trois semaines.
Pourquoi l’apnée non traitée pose-t-elle problème en institution ?
Les conséquences de l’apnée non appareillée ou mal suivie sont directement observables :
- Somnolence diurne excessive : risque de chute, désintérêt pour les activités
- Irritabilité, troubles de l’humeur, aggravation des troubles du comportement
- Dégradation cognitive accélérée
- Désaturation nocturne pouvant mener à des complications cardiaques
Conseil opérationnel : Intégrez systématiquement dans l’évaluation gériatrique (grille AGGIR notamment) une ligne dédiée au sommeil et à l’appareillage respiratoire. Cela permettra de tracer l’évolution et d’adapter l’accompagnement.
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J’accède au stock illimitéGestion quotidienne des appareils PPC : rôles et responsabilités des équipes
Répartition des tâches entre infirmier et aide-soignant
La gestion du matériel PPC repose sur une collaboration claire et formalisée entre IDE et AS, sous la coordination de l’IDEC.
| Intervenant | Missions principales |
|---|---|
| Infirmier(ère) | Surveillance clinique (efficacité, tolérance), lecture des données d’observance, transmission au prestataire/pneumologue, ajustement du plan de soins |
| Aide-soignant(e) | Installation du masque le soir, retrait au réveil, entretien quotidien (masque, tubulure, humidificateur), signalement des dysfonctionnements |
| IDEC | Pilotage du protocole PPC, lien avec les prestataires, suivi de la conformité, formation des équipes |
| Prestataire agréé | Livraison, formation initiale, maintenance technique, collecte des données d’observance, fourniture des consommables |
Le prestataire de santé à domicile (PSAD) joue un rôle central : il reste propriétaire du matériel, assure les interventions techniques et transmet mensuellement un rapport d’observance. Toutefois, c’est bien l’équipe soignante qui garantit l’utilisation effective au quotidien.
Installation et retrait du masque : gestes clés
L’installation correcte du masque conditionne l’observance. Voici les étapes à systématiser :
- Vérifier la propreté du masque et de la tubulure avant installation
- Positionner le résident : tête légèrement relevée (30-45°)
- Ajuster le harnais sans trop serrer (un doigt doit passer entre le masque et la peau)
- Démarrer l’appareil avant de positionner le masque sur le visage
- Observer les premières minutes : fuites d’air, inconfort, anxiété
- Tracer l’heure de mise en place dans le dossier de soins
Au réveil, retirer délicatement le masque, éteindre l’appareil et noter l’heure de retrait. Ne jamais forcer en cas de résistance du résident.
Point de vigilance : Les fuites d’air (par le nez, la bouche ou le pourtour du masque) réduisent l’efficacité et perturbent le sommeil. En cas de fuite répétée, contacter rapidement le prestataire pour ajustement ou changement de taille.
Entretien et nettoyage du matériel : un protocole strict
Le masque, la tubulure et l’humidificateur sont des dispositifs médicaux réutilisables soumis à des règles d’hygiène strictes.
Protocole quotidien :
- Masque : démontage, nettoyage à l’eau tiède savonneuse (savon doux non parfumé), rinçage, séchage à l’air libre
- Tubulure : rinçage hebdomadaire à l’eau tiède, séchage complet (pas de désinfection chimique sauf prescription)
- Cuve d’humidification : vidange quotidienne, nettoyage à l’eau savonneuse, remplissage avec de l’eau distillée ou déminéralisée
- Filtre de l’appareil : vérification hebdomadaire, remplacement selon préconisations constructeur (généralement mensuel)
Attention : ne jamais utiliser d’eau du robinet pour remplir l’humidificateur, sous peine de favoriser le développement de bactéries et de légionelles.
Conseil opérationnel : Créez une fiche de traçabilité par résident (format papier ou numérique) mentionnant date de nettoyage, changement de consommables et incidents. Cela facilite l’audit interne et sécurise la continuité des soins, notamment en cas de remplacement d’agent.
Surveillance de l’observance et coordination avec les prestataires et pneumologues
Que mesure-t-on par « observance » ?
L’observance désigne le nombre d’heures d’utilisation effective de la PPC par nuit. Les appareils modernes enregistrent automatiquement ces données : durée d’utilisation, nombre d’apnées résiduelles, fuites, pression délivrée.
Le seuil d’observance retenu par l’Assurance Maladie pour le remboursement de la prestation est d’au moins 3 heures par nuit sur 70 % des nuits. En pratique clinique, on vise plutôt 4 à 6 heures pour un bénéfice optimal.
Comment suivre l’observance au quotidien en EHPAD ?
Le prestataire fournit mensuellement un rapport d’observance téléchargeable via carte SD ou télétransmission. Ce rapport doit être analysé par l’IDE référent et transmis au médecin coordonnateur et au pneumologue si besoin.
Indicateurs à surveiller :
- Nombre de nuits d’utilisation sur le mois
- Durée moyenne d’utilisation par nuit
- Index d’apnées-hypopnées résiduel (IAH) : doit être < 5/h sous traitement
- Fuites : fuites intentionnelles (normales) vs fuites non intentionnelles (problème de masque)
Exemple terrain : Mme L., 78 ans, Alzheimer modérée, avait une observance moyenne de 2h15/nuit. Analyse du rapport : fuites massives après minuit. L’IDEC a sollicité le prestataire qui a changé le type de masque (narinaire vers facial complet). Observance remontée à 4h30/nuit.
Coordination pneumologue / prestataire / EHPAD : qui fait quoi ?
| Acteur | Rôle dans le suivi |
|---|---|
| Pneumologue | Prescription initiale, adaptation de la pression, suivi clinique annuel ou selon besoin, décision d’arrêt |
| Prestataire PSAD | Fourniture du matériel, formation du résident et des soignants, collecte des données, maintenance technique, renouvellement consommables |
| Médecin coordonnateur | Supervision médicale en EHPAD, lien avec le pneumologue, adaptation du plan de soins, prescription des examens complémentaires si nécessaire |
| IDEC / IDE référent | Suivi quotidien de l’observance, traçabilité, signalement des anomalies, organisation des rendez-vous |
Recommandation HAS : un bilan annuel chez le pneumologue est indispensable pour réévaluer l’indication, ajuster la pression et vérifier la tolérance.
Conseil opérationnel : Organisez une réunion de coordination trimestrielle avec le prestataire pour faire le point sur l’ensemble des résidents appareillés. Cela permet d’anticiper les renouvellements de matériel et d’harmoniser les pratiques.
Protocole PPC et outils pratiques pour sécuriser l’accompagnement
Élaborer un protocole PPC adapté à votre établissement
Un protocole institutionnel clarifie les rôles, sécurise les pratiques et facilite la formation des nouveaux agents. Il doit être validé par le médecin coordonnateur et diffusé à l’ensemble des équipes.
Contenu type du protocole PPC :
- Cadre réglementaire et références (recommandations HAS, SPLF)
- Indications et contre-indications de l’appareillage en EHPAD
- Circuit de mise en place : de la prescription à l’installation
- Répartition des rôles IDE / AS / médecin coordonnateur / prestataire
- Procédure d’installation et de retrait du masque (étapes illustrées)
- Entretien quotidien et hebdomadaire du matériel
- Surveillance de l’observance : qui consulte les rapports, quand, comment réagir
- Gestion des incidents : panne, fuite, refus du résident, désaturation nocturne
- Traçabilité : fiches de suivi, transmissions ciblées
- Formation continue des équipes
Exemple terrain : L’EHPAD Les Tilleuls (85 lits) a formalisé un protocole PPC en janvier 2025. Résultat : baisse de 40 % des incidents matériels signalés et amélioration de l’observance moyenne de 3h20 à 4h50 par nuit sur six mois.
Fiches pratiques et supports pédagogiques
Pour harmoniser les pratiques, plusieurs outils sont recommandés :
- Fiche de suivi individuel PPC (à intégrer au dossier de soins) : heure de pose/retrait, durée estimée, incidents, commentaires
- Checklist installation du masque (à afficher en salle de soins)
- Procédure illustrée de nettoyage (format A4 plastifié)
- Fiche contact prestataire et pneumologue (nom, téléphone, horaires, SAV)
- Grille de signalement des dysfonctionnements (à transmettre par mail ou fax au prestataire)
Conseil : intégrez ces supports dans votre pack de formation interne, notamment pour les agents de nuit et les remplaçants.
Formation des équipes : un levier d’amélioration continue
La formation initiale et continue des soignants sur la PPC est indispensable. Elle doit couvrir :
- Physiopathologie de l’apnée du sommeil
- Fonctionnement de l’appareil PPC
- Installation, retrait, nettoyage
- Lecture d’un rapport d’observance
- Gestion des situations d’urgence (désaturation, panne, refus)
Le prestataire de santé assure généralement une formation initiale lors de la mise en place de l’appareil. Toutefois, il revient à l’IDEC d’organiser des sessions de rappel régulières (tous les 6 à 12 mois) et d’intégrer la PPC dans le parcours d’intégration des nouveaux agents.
Conseil opérationnel : Profitez des ressources en ligne. Plusieurs formations en ligne permettent de monter en compétences rapidement sur les soins respiratoires et l’accompagnement des troubles du sommeil.
Questions fréquentes des équipes en EHPAD
Que faire si le résident refuse systématiquement son masque ?
Le refus est fréquent, surtout chez les résidents déments. Plusieurs leviers :
- Ritualiser l’installation : toujours à la même heure, même personne si possible
- Rassurer verbalement, expliquer le bénéfice (« vous allez mieux dormir, être moins fatigué demain »)
- Proposer un essai court (30 minutes) puis augmenter progressivement
- Impliquer la famille dans l’adhésion
- Consulter le pneumologue pour envisager un changement de masque (narinaire moins intrusif)
- Ne jamais forcer : le respect de la dignité et du consentement prime
En cas de refus persistant malgré ces adaptations, une réévaluation médicale s’impose pour discuter de l’indication et envisager d’autres stratégies.
Comment gérer une panne d’appareil en pleine nuit ?
- Vérifier l’alimentation électrique et les branchements
- Contrôler l’état du filtre (colmaté = débit réduit)
- Consulter le manuel d’utilisation de l’appareil (code erreur)
- Contacter le prestataire (astreinte 24h/7j en principe)
- En attendant l’intervention : surélever la tête de lit, surveiller la saturation en oxygène (SpO₂), rassurer le résident
- Tracer l’incident et l’heure de résolution
À quelle fréquence faut-il changer les consommables (masque, tubulure, filtre) ?
Les recommandations standards sont :
- Masque : tous les 6 mois (ou plus tôt si usure visible, odeur, fuite)
- Harnais : tous les 6 mois
- Tubulure : tous les 6 mois
- Filtre : tous les mois (jetable) ou tous les 6 mois (lavable selon modèle)
- Cuve humidificateur : tous les 6 mois
Le prestataire doit fournir automatiquement les consommables selon un calendrier prédéfini. En cas de retard, relancer rapidement pour éviter toute rupture.
Transformer l’appareillage PPC en levier de qualité de vie
Accompagner un résident appareillé de PPC ne se résume pas à poser un masque chaque soir. C’est un acte de soin à part entière, exigeant rigueur technique, observation clinique et empathie. En sécurisant les pratiques, en formant les équipes et en structurant la coordination avec les acteurs externes, l’EHPAD garantit un bénéfice réel pour le résident : meilleur sommeil, moins de fatigue, préservation cognitive et réduction des complications cardio-respiratoires.
L’observance reste l’indicateur clé de réussite. Elle dépend autant de la qualité du matériel que de la qualité de l’accompagnement humain. Chaque heure gagnée sous PPC est une heure de récupération, de répit pour le cœur et le cerveau.
Pour les directeurs et IDEC, l’enjeu est aussi réglementaire et budgétaire : un matériel mal entretenu ou sous-utilisé expose à des non-conformités lors de la certification HAS. À l’inverse, un protocole PPC bien rodé renforce la crédibilité de l’établissement auprès des familles, des tutelles et des financeurs.
Dernière recommandation : intégrez systématiquement l’apnée du sommeil et l’appareillage dans votre évaluation gériatrique standardisée. Un résident qui dort mieux est un résident qui vit mieux. Et une équipe formée, outillée et soutenue dans cette mission est une équipe qui gagne en sens et en efficacité.
Mini-FAQ complémentaire
Peut-on arrêter la PPC si le résident est en fin de vie ?
Oui. La décision relève d’une démarche palliative collégiale (médecin coordonnateur, famille, équipe soignante). Le confort prime alors sur l’observance thérapeutique. L’arrêt doit être tracé et accompagné.
Faut-il une prescription médicale pour chaque résident appareillé en EHPAD ?
Oui. La PPC nécessite une prescription initiale du pneumologue, renouvelée annuellement. Le médecin coordonnateur peut assurer le suivi quotidien, mais le pneumologue reste prescripteur.
Comment éviter la formation de condensation dans la tubulure ?
Utiliser un humidificateur chauffant réglé correctement, éviter les écarts de température entre chambre et tubulure, vérifier que la tubulure n’est pas en contact avec des surfaces froides et envisager une housse isolante si besoin. Le prestataire peut vous conseiller des solutions adaptées.

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