L’année 2025 s’impose comme un tournant décisif pour les infirmières coordonnatrices (IDEC) en Ehpad. Après deux décennies d’attente, leur statut sort enfin du flou juridique. De nouvelles mesures historiques viennent reconnaître et renforcer ce rôle clé dans l’organisation des soins gérontologiques. Les IDEC voient ainsi leur métier officiellement valorisé, doté de moyens supplémentaires et adossé à un cadre légal solide. Voici cinq évolutions majeures de 2025 qui vont impacter votre pratique quotidienne.
Sommaire
- 1. Reconnaissance légale historique du statut d’IDEC
- 2. Rôles clarifiés : collaboration officielle avec le médecin coordonnateur
- 3. Missions officielles élargies et valorisées
- 4. Renfort d’effectifs et moyens pour soulager la charge
- 5. Formation, carrière et perspectives : vers une professionnalisation accrue
1. Reconnaissance légale historique du statut d’IDEC
Pour la première fois, le rôle d’IDEC en Ehpad obtient une reconnaissance officielle dans la loi. Le 10 juin 2025, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi historique. Cette loi entérine l’inscription de l’infirmier coordonnateur dans le Code de l’action sociale et des familles. Ce succès n’a pas été acquis sans mal. Une précédente tentative d’inscrire ce statut dans la loi avait échoué. Le Conseil constitutionnel avait censuré cette disposition. C’était lors d’un projet de loi antérieur, illustrant la complexité de faire évoluer le cadre légal sur ce sujet. À noter également : le texte n’impose pas formellement la présence d’un IDEC dans chaque Ehpad. Il stipule que le personnel peut comprendre un infirmier coordonnateur, sans le rendre obligatoire. Cette consécration légale encourage fortement chaque établissement à se doter d’un IDEC. En effet, votre rôle de coordination des soins est indispensable au quotidien. Cette réforme était très attendue par la profession. Elle a reçu un soutien politique unanime. Le texte a été adopté à l’unanimité au Sénat puis à l’Assemblée. Cela illustre le consensus politique sur la nécessité de faire évoluer le cadre législatif. Elle entérine également les recommandations d’un rapport du Sénat publié en septembre 2024. Ce rapport préconisait de reconnaître officiellement le statut des IDEC pour renforcer le fonctionnement des Ehpad.
Jusqu’à présent, les médecins coordonnateurs en Ehpad bénéficiaient d’une existence juridique depuis 1997, alors que les infirmiers coordonnateurs restaient dans un vide juridique total. Cette asymétrie posait problème pour l’organisation interne et la sécurité juridique des établissements. Désormais, la loi comble ce retard. La loi précise qu’un Ehpad peut compter un infirmier coordonnateur. Celui-ci travaille en collaboration avec le médecin coordonnateur, consacrant ainsi officiellement l’existence de votre fonction au sein de l’équipe. Cette avancée concerne environ 6 000 à 8 000 IDEC en France. Désormais, leur pratique s’exercera dans un cadre juridique sécurisé. Cette avancée a été accueillie avec enthousiasme par les professionnels du secteur. « 20 ans qu’on l’attendait », a résumé Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat infirmier SNPI, au sujet de cette reconnaissance historique. Ce résultat est aussi le fruit de la mobilisation de la profession. La Fédération française des IDEC, fondée en 2016, a porté cette revendication pendant des années. La profession y gagne en légitimité et en visibilité au sein du système de santé.
2. Rôles clarifiés : collaboration officielle avec le médecin coordonnateur
La reconnaissance statutaire s’accompagne d’une clarification de votre positionnement hiérarchique au sein de l’équipe pluridisciplinaire. L’IDEC est désormais explicitement associé au médecin coordonnateur, avec qui il collabore étroitement pour organiser les soins. Le nouveau cadre légal prévoit en effet que l’infirmier coordonnateur exerce ses fonctions en collaboration avec le médecin coordonnateur. Cette disposition vise à assurer une hiérarchisation claire des responsabilités et une bonne articulation entre le médecin coordonnateur et l’IDEC dans l’encadrement des soins. D’ailleurs, depuis 2023, les médecins coordonnateurs ont vu leurs fonctions élargies par la loi Valletoux. Cela rend encore plus cruciale la bonne articulation avec l’IDEC au quotidien.
Cependant, la mention d’une éventuelle subordination hiérarchique directe de l’IDEC envers le médecin coordonnateur a suscité des débats. De nombreux IDEC et organisations professionnelles, telle que la FFIDEC, se sont opposés à cette subordination proposée. Elles ont fait valoir que dans la pratique, l’IDEC est souvent à temps plein et qu’il dépend hiérarchiquement du directeur. Le médecin coordonnateur n’est là qu’un jour par semaine dans de nombreux Ehpad. Par ailleurs, un tiers des Ehpad n’ont aucun médecin coordonnateur sur site. Il était donc indispensable de clarifier le rôle de l’IDEC comme pivot de la coordination des soins. Finalement, les législateurs ont opté pour la formulation « en collaboration avec le médecin coordonnateur », sans subordination directe. Ils laissent aux décrets d’application le soin de préciser plus finement les responsabilités hiérarchiques. En clair, vous devenez le coordonnateur opérationnel de l’équipe soignante. Vous travaillez de concert avec le médecin pour garantir la cohérence et la sécurité des soins.
3. Missions officielles élargies et valorisées
Coordination au quotidien : l’IDEC assure le lien entre infirmiers, aides-soignants et médecins pour une prise en charge optimale. La nouvelle loi reconnaît et définit officiellement vos missions clés, ce qui constitue une valorisation importante de votre métier. Jusqu’ici, vous assumiez de fait de multiples responsabilités sans qu’aucun texte ne les formalise. Désormais, cinq missions principales de l’IDEC en Ehpad sont inscrites noir sur blanc dans le référentiel . Ces missions englobent l’ensemble du spectre de la coordination des soins :
- Coordination des soins : planification et organisation des soins, gestion des priorités et suivi des transmissions pour une traçabilité sans faille.
- Encadrement de l’équipe soignante : management au quotidien des infirmiers, aides-soignants, auxiliaires de vie et autres intervenants paramédicaux (gestion des plannings, encadrement de proximité, tutorat des nouveaux arrivants).
- Projet de vie et admissions : participation active à l’élaboration des projets de vie personnalisés des résidents et contribution aux processus d’admission pour accueillir au mieux les nouveaux résidents.
- Démarche qualité et prévention : élaboration et mise en place de protocoles de soins, actions de formation continue de l’équipe, programmes de prévention des risques (chutes, escarres, etc.) et préparation des évaluations externes pour améliorer en permanence la qualité des soins.
- Interface avec les familles et partenaires extérieurs : communication régulière avec les familles, coordination avec les médecins traitants, les hôpitaux et autres intervenants extérieurs pour assurer un suivi global du résident.
La reconnaissance officielle de ces attributions vous donne davantage de légitimité pour les exercer et en exiger les moyens nécessaires. Elle permet également de délimiter votre périmètre d’action, afin d’éviter que des tâches indues ne vous incombent par défaut. Ces cinq missions, qui représentent un volume d’activité très important, reflètent votre rôle indispensable dans le fonctionnement de l’établissement. Le besoin en IDEC compétents est tel que 93 % des IDEC formés trouvent un emploi dans les six mois selon une étude de la Croix-Rouge. Ce taux d’insertion record confirme les besoins criants du secteur. En formalisant vos missions, la réforme 2025 vise à améliorer l’organisation des soins en Ehpad. Elle reconnaît enfin à sa juste valeur le travail accompli au quotidien par les infirmières coordonnatrices.
4. Renfort d’effectifs et moyens pour soulager la charge
Au-delà du statut et des missions, 2025 apporte un bol d’air bienvenu en matière de ressources humaines pour les Ehpad. Le secteur, en tension chronique, va bénéficier d’un renforcement des effectifs financé par les pouvoirs publics. Le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2025 prévoit une enveloppe de 380 millions d’euros. Cette enveloppe servira à recruter 6 500 professionnels supplémentaires en Ehpad. Cette mesure représente 42 % des crédits nouveaux consacrés à l’aide aux personnes âgées en 2025, et le budget total du grand âge augmentera de 900 millions d’euros (+5,6 %). C’est le signe d’une prise de conscience des pouvoirs publics face aux difficultés du secteur.
Concrètement, l’objectif est de renforcer les équipes soignantes dans chaque établissement pour améliorer l’encadrement des résidents. Ces recrutements pourront concerner des infirmiers, aides-soignants, aides médico-psychologiques, psychologues, et potentiellement des IDEC supplémentaires dans les plus grandes structures. La répartition exacte de ces 6 500 postes entre catégories professionnelles reste à définir, mais chaque Ehpad devrait en ressentir les effets d’ici fin 2025. La France compte environ 7 500 Ehpad. En moyenne, cela équivaut à financer l’embauche d’environ un professionnel supplémentaire par établissement. Pour vous, IDEC, l’arrivée de renforts signifie potentiellement une charge de travail allégée sur certains volets. Par exemple, disposer de plus d’aides-soignants pourrait vous libérer du temps pour vos missions de coordination et de management.
Cet effort de recrutement massif est essentiel pour redresser un secteur fragilisé par la pénurie de personnel. Ces derniers mois, de nombreux Ehpad ont fonctionné avec un effectif réduit. L’IDEC a souvent dû compenser elle-même le manque de soignants sur le terrain. L’arrivée de nouveaux collègues va apporter une bouffée d’oxygène aux équipes. Vous pourrez ainsi vous recentrer sur vos missions stratégiques de coordination. Bien sûr, il faudra veiller à ce que ces annonces se traduisent réellement en postes pourvus sur le terrain. L’attractivité des métiers en Ehpad reste, elle, un défi. De plus, ces moyens supplémentaires ne couvriront pas tous les besoins. Dans un contexte d’inflation et de demande croissante, les besoins augmentent constamment. Les efforts budgétaires devront donc se poursuivre au-delà de 2025 pour compenser les manques persistants en personnel et en compétences .
5. Formation, carrière et perspectives : vers une professionnalisation accrue
Malgré les avancées de 2025, l’IDEC continue de faire face à de nombreux défis au quotidien. La réforme de 2025 pose les bases d’une professionnalisation renforcée du métier d’IDEC, mais plusieurs enjeux restent à adresser pour accompagner ce tournant historique. D’abord, la question de la formation initiale et continue des IDEC est cruciale. Actuellement, il n’existe pas encore de diplôme d’IDEC standardisé au niveau national. Beaucoup de coordonnateurs en poste ont appris sur le tas. D’autres ont suivi des formations très variées (certificat Croix-Rouge, diplômes universitaires spécialisés, formation DPC, etc.). Le nouveau cadre légal prévoit la publication prochaine de décrets d’application. Ceux-ci définiront précisément les domaines d’activité et les compétences requises pour exercer en tant qu’IDEC. On peut donc s’attendre à la création prochaine d’un cursus de formation spécialisé ou d’un diplôme reconnu. L’objectif est d’harmoniser les compétences sur tout le territoire. Cette standardisation serait un gage de qualité et de reconnaissance accrue du rôle. Ce serait une perspective de carrière pour les IDEC les plus expérimentés.
Ensuite, la question de la formation continue et du développement des compétences demeure. Le PLFSS 2025 n’a pas prévu de financement spécifique pour la formation continue des IDEC. Par ailleurs, le crédit d’impôt qui existait pour la formation des dirigeants d’Ehpad (dont certains IDEC pouvaient bénéficier) a été supprimé. Dans ce contexte, il est important de rester proactif. En tant que professionnel, vous devrez prendre l’initiative de maintenir et d’actualiser vos compétences. Par exemple, en profitant du DPC ou de formations diplômantes suivies volontairement. Les pouvoirs publics sont attendus pour proposer des dispositifs de formation continue adaptés. En effet, la reconnaissance statutaire n’a de sens que si elle s’accompagne d’une montée en compétences sur le terrain.
Enfin, le défi du recrutement et de l’attractivité du métier reste entier. Malgré ce progrès législatif, les Ehpad peinent toujours à attirer des IDEC qualifiés. Il est difficile de trouver des candidats alliant une solide expérience infirmière et des compétences managériales. Les rémunérations actuelles (environ 30 000 à 55 000€ bruts annuels) peinent à compenser la lourdeur des responsabilités. L’image du secteur Ehpad, écornée par les scandales médiatiques et les conditions de travail difficiles, n’encourage pas les vocations. La reconnaissance légale de 2025, en valorisant officiellement le métier, devrait contribuer à rehausser son attractivité sur le long terme. Mais pour en récolter les fruits, il faudra également passer par une revalorisation salariale et une amélioration des conditions de travail. C’est un aspect indispensable de l’évolution attendue. Sur ce plan, des négociations sont attendues. La commission mixte paritaire a déjà mis en avant la pénibilité du poste dans les discussions à venir. Cela montre que ce point sera abordé dans les négociations à venir. L’Ordre national des infirmiers a salué cette avancée législative, la qualifiant même de « tournant historique » pour la profession. Il rappelle que son impact dépendra de la qualité des décrets d’application à venir et des moyens concrets alloués.
Sur le plan pratique, le calendrier de mise en œuvre de la réforme est déjà établi. Les décrets d’application devront paraître d’ici le 31 janvier 2026 pour définir précisément vos domaines d’activité et vos compétences. Un arrêté ministériel fixera la liste des produits de santé que vous serez habilité(e) à prescrire dans le cadre de vos fonctions. Ce pouvoir de prescription élargi renforcera votre autonomie au quotidien. Des négociations conventionnelles se tiendront à l’automne 2025 afin d’adapter les pratiques de terrain à ces changements. Il sera donc crucial de vous tenir informé(e) de ces développements réglementaires. N’hésitez pas à participer aux discussions et aux formations qui accompagneront ce changement de paradigme.
2025 constitue indéniablement une année charnière pour votre métier d’IDEC en Ehpad, avec des progrès tangibles à plusieurs niveaux. Reconnaissance juridique, clarification des rôles, définition des missions, renforts humains et professionnalisation accrue : ces avancées changent la donne. Par ailleurs, l’année 2025 voit l’émergence de projets pilotes innovants pour réinventer le fonctionnement des Ehpad. Un accent particulier est mis sur le bien-être des résidents et la qualité de vie au travail des soignants. Par exemple, le programme Perf’EHPAD lancé fin 2023 illustre cette volonté de transformation. 200 Ehpad pilotes bénéficient d’un accompagnement sur-mesure (appui stratégique, ateliers, budget dédié) pour tester de nouvelles organisations et améliorer la qualité de vie au travail des équipes. En tant qu’IDEC, vous serez un acteur clé de ces expérimentations. Il vous appartiendra d’impulser et de coordonner ces nouvelles pratiques au sein de votre établissement. Ces changements historiques ouvrent la voie à une amélioration durable de l’organisation des soins en Ehpad et de votre quotidien professionnel. Il reste toutefois à concrétiser ces avancées sur le terrain. Il faut déployer les moyens promis et veiller à ce que la réforme tienne toutes ses promesses pour les professionnels et les résidents des Ehpad. La balle est désormais dans votre camp. À vous, IDEC, de saisir cet élan pour améliorer concrètement le quotidien des résidents et des équipes. En collaborant avec l’ensemble des acteurs de l’Ehpad, vous pouvez faire de cette année historique un véritable progrès sur le terrain. Les résidents et leurs familles placent également beaucoup d’espoirs dans ce nouveau chapitre qui s’ouvre pour les Ehpad. Quoi qu’il en soit, 2025 aura bel et bien marqué un tournant majeur pour les IDEC. Mais seulement à condition de maintenir la dynamique engagée.

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