En France, près de 50 % des résidents d’EHPAD présentent des troubles de la vision, selon les données de la Société française de gériatrie. Cataracte, DMLA, glaucome ou encore rétinopathie diabétique compromettent l’autonomie, accroissent le risque de chutes et favorisent l’isolement social. Pourtant, ces déficiences restent souvent sous-estimées dans les projets d’accompagnement personnalisés. Adapter l’environnement et former les équipes aux techniques d’aide spécifiques constituent des leviers majeurs pour améliorer la qualité de vie et la sécurité des personnes malvoyantes en établissement.
Sommaire
- Comprendre les troubles visuels en EHPAD : enjeux et impacts sur le quotidien
- Adapter l’environnement physique : recommandations pour un EHPAD accessible aux malvoyants
- Former les équipes aux techniques d’accompagnement spécifiques
- Matériel spécialisé et aides techniques : constituer une trousse d’aide visuelle
- De l’adaptation à l’inclusion : vers un EHPAD véritablement accessible
- FAQ : réponses aux questions fréquentes sur l’accompagnement des malvoyants en EHPAD
Comprendre les troubles visuels en EHPAD : enjeux et impacts sur le quotidien
Les troubles visuels touchent une proportion importante de résidents, avec une prévalence croissante après 75 ans. La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), première cause de malvoyance chez les personnes âgées, affecte la vision centrale et complique la lecture ou la reconnaissance des visages. Le glaucome réduit le champ visuel périphérique, augmentant les risques de collision. La cataracte, bien que opérable, entraîne une vision trouble et une hypersensibilité à l’éblouissement.
Ces déficiences impactent directement l’autonomie dans les actes de la vie quotidienne : se déplacer, s’alimenter, participer aux activités collectives. Les résidents malvoyants présentent un risque de chute multiplié par trois, selon l’Inserm. L’isolement social s’installe progressivement, car la difficulté à reconnaître les personnes ou à lire les panneaux d’information décourage la participation aux animations.
Identifier précocement les troubles visuels
Un dépistage systématique permet de repérer les déficiences non diagnostiquées. Intégrez dans le bilan d’entrée une évaluation simple :
- Test de l’acuité visuelle avec échelle de Snellen adaptée
- Observation des comportements (trébucher, se cogner, difficultés de lecture)
- Entretien avec le résident et sa famille sur l’historique visuel
- Vérification de la dernière consultation ophtalmologique
Chiffre clé : 40 % des troubles visuels en EHPAD ne sont pas pris en compte dans le projet personnalisé d’accompagnement, d’après une étude de l’Association Valentin Haüy.
Les infirmiers coordinateurs jouent un rôle pivot pour transmettre ces informations aux ophtalmologistes et organiser les consultations spécialisées. Un suivi régulier permet d’ajuster les aides techniques et l’environnement.
Action immédiate : Créez une fiche de signalement visuel dans le dossier de chaque résident, avec notation des pathologies, du niveau d’autonomie et des aides nécessaires.
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J’accède au stock illimitéAdapter l’environnement physique : recommandations pour un EHPAD accessible aux malvoyants
L’environnement bâti constitue le premier levier d’accessibilité. Les normes d’accessibilité visuelle imposent des contrastes de couleurs, un éclairage adapté et une signalétique claire. Mais au-delà de la réglementation, c’est une logique de conception universelle qui doit prévaloir.
Optimiser l’éclairage
L’éclairage inadapté aggrave les troubles visuels. Les résidents atteints de cataracte sont particulièrement sensibles aux éblouissements, tandis que ceux atteints de rétinopathie nécessitent une luminosité renforcée.
Bonnes pratiques éclairage :
- Privilégier un éclairage diffus (3 000 à 4 000 lux dans les espaces de circulation)
- Installer des variateurs pour adapter l’intensité selon les moments de la journée
- Supprimer les sources d’éblouissement direct (fenêtres sans stores, néons apparents)
- Utiliser des spots d’appoint dans les zones à risque (escaliers, seuils de porte)
- Choisir des ampoules à lumière chaude (2 700 à 3 000 K) pour le confort visuel
Renforcer les contrastes et la signalétique
Les contrastes visuels permettent de distinguer les obstacles, les portes, les marches. Le référentiel Handibat recommande un contraste minimal de 70 % entre deux surfaces adjacentes.
| Élément | Recommandation de contraste |
|---|---|
| Nez de marche | Bande contrastée de 3 cm minimum |
| Encadrement de porte | Couleur différente du mur (contraste 70 %) |
| Interrupteurs, poignées | Plaque de contraste autour |
| Mobilier | Arêtes contrastées pour éviter les collisions |
La signalétique doit être visible et compréhensible :
- Panneaux avec pictogrammes normés en relief et en braille
- Hauteur de fixation entre 1,40 et 1,60 m
- Taille des caractères minimale : 15 mm pour une lecture à 2 m
- Fond mat pour éviter les reflets
Sécuriser les circulations
Les déplacements représentent le moment le plus à risque pour les résidents malvoyants.
Aménagements prioritaires :
- Poser des bandes de guidage podotactiles dans les couloirs principaux
- Dégager les circulations de tout obstacle (plantes, mobilier)
- Marquer les changements de niveau (rampes, marches) avec des couleurs contrastées
- Installer des mains courantes continues de couleur vive sur les deux côtés
- Fixer des repères tactiles aux portes des chambres (formes géométriques, textures)
Exemple terrain : L’EHPAD Les Jardins d’Automne (Lyon) a installé des bandeaux lumineux au sol dans les couloirs, activés par détecteurs de présence nocturnes. Résultat : diminution de 60 % des chutes nocturnes chez les résidents malvoyants.
Action immédiate : Réalisez un audit visuel de votre établissement avec un ergothérapeute et des représentants de résidents malvoyants. Listez les zones à risque et priorisez les aménagements selon le budget disponible.
Former les équipes aux techniques d’accompagnement spécifiques
L’adaptation de l’environnement ne suffit pas. Les aides-soignants et responsables d’hébergement doivent maîtriser les techniques d’aide adaptées aux déficiences visuelles.
Techniques de guidage et de communication
Guider une personne malvoyante nécessite des gestes précis pour garantir sécurité et respect de l’autonomie.
Méthode de guidage en 5 étapes :
- Se présenter en annonçant son nom et son intention d’aide
- Proposer son bras (ne jamais tirer ou pousser) : le résident se place légèrement en retrait
- Annoncer les obstacles à l’avance : « Nous arrivons à une marche descendante »
- Adapter le rythme au pas du résident
- Signaler la fin du guidage et s’assurer que la personne est en sécurité
Adaptations de communication :
- Toujours se placer face au résident et annoncer sa présence
- Parler d’une voix claire sans crier (la malvoyance n’affecte pas l’ouïe)
- Décrire l’environnement : « Votre verre est à droite de votre assiette »
- Utiliser des repères précis : « à 14 heures » plutôt que « là-bas »
- Ne jamais partir sans prévenir
Règle d’or : Ne jamais déplacer les objets personnels d’un résident malvoyant sans le prévenir. Ses repères spatiaux sont essentiels à son autonomie.
Formation continue et sensibilisation
Une formation annuelle d’une journée minimum doit couvrir :
- Pathologies visuelles et impacts fonctionnels
- Techniques de guidage et de communication
- Utilisation du matériel spécialisé
- Mises en situation pratiques avec lunettes de simulation
Outils de sensibilisation :
- Parcours à l’aveugle dans l’établissement avec lunettes simulant différentes pathologies
- Ateliers pratiques : se servir à manger, lire, se déplacer en situation de malvoyance
- Vidéos pédagogiques de l’association Valentin Haüy
Exemple terrain : L’EHPAD Résidence du Parc (Bordeaux) organise chaque année une « journée malvoyance » où tous les professionnels expérimentent pendant 2 heures les gestes quotidiens avec des lunettes de simulation. Les retours montrent une amélioration significative de l’empathie et des pratiques d’accompagnement.
Quelle fréquence pour les formations aux troubles visuels ?
Une formation initiale doit être proposée à tout nouveau professionnel dans les trois premiers mois. Un recyclage annuel d’une demi-journée permet de maintenir les compétences et d’intégrer les nouvelles techniques. Les réunions d’équipe mensuelles doivent inclure un temps d’échange sur les situations complexes rencontrées.
Action immédiate : Désignez un référent malvoyance dans chaque unité, formé spécifiquement, qui pourra conseiller ses collègues et suivre les évolutions des résidents.
Matériel spécialisé et aides techniques : constituer une trousse d’aide visuelle
Le matériel adapté compense partiellement les déficiences et maintient l’autonomie. Un EHPAD doit disposer d’un stock d’aides techniques à disposition des résidents.
Les incontournables de la trousse malvoyance
Aides optiques :
- Loupes grossissantes (×2 à ×10) avec ou sans éclairage LED
- Loupes électroniques portables pour la lecture
- Lampes à forte intensité avec bras orientable (minimum 2 000 lux)
Aides à la vie quotidienne :
- Téléphones à grosses touches contrastées
- Horloges et montres parlantes
- Verres et assiettes à bords contrastés
- Planches de découpe avec contours de maintien
- Marqueurs tactiles autocollants (points, traits) pour différencier objets
Aides technologiques :
- Tablettes avec fonction vocale et agrandissement d’écran
- Livres audio et dispositifs de lecture sonore
- Balances, thermomètres et minuteurs parlants
- Applications de grossissement de texte sur smartphone
| Type d’aide | Coût indicatif | Bénéfice principal |
|---|---|---|
| Loupe éclairante | 20-80 € | Lecture autonome courrier, menus |
| Téléphone adapté | 50-150 € | Maintien lien social |
| Tablette vocalisée | 300-600 € | Accès culture, jeux, communication |
| Marque-objet tactile | 5-15 € | Autonomie dans la chambre |
Personnaliser les aides selon les pathologies
Les besoins varient selon le type de trouble visuel.
DMLA (perte vision centrale) :
- Privilégier les loupes électroniques avec fort grossissement
- Utiliser l’éclairage d’appoint pour la lecture
- Proposer des livres audio et podcasts
Glaucome (perte vision périphérique) :
- Renforcer les contrastes de l’environnement
- Éviter les espaces encombrés
- Favoriser les repères sonores (sonnettes de porte, balisage audio)
Cataracte (vision floue, éblouissement) :
- Contrôler les sources lumineuses directes
- Utiliser des filtres anti-éblouissement
- Préférer des couleurs chaudes et douces
Comment choisir le matériel adapté pour chaque résident ?
L’ergothérapeute évalue les capacités visuelles résiduelles et les besoins spécifiques. Un essai du matériel en situation réelle permet de valider son utilité. Les résidents doivent être formés à l’utilisation des aides pour les adopter durablement.
Sources de financement :
- Prestation de Compensation du Handicap (PCH)
- Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA)
- Complémentaires santé
- Associations (Valentin Haüy, Retina France)
Action immédiate : Constituez un catalogue illustré du matériel disponible dans votre établissement, accessible aux équipes et aux familles. Organisez des démonstrations trimestrielles des nouvelles aides techniques.
De l’adaptation à l’inclusion : vers un EHPAD véritablement accessible
L’accompagnement des résidents malvoyants ne se limite pas aux aménagements techniques. Il s’inscrit dans une démarche globale d’inclusion qui valorise les capacités et maintient la participation sociale.
Intégrer la malvoyance dans le projet personnalisé
Le projet d’accompagnement personnalisé doit systématiquement intégrer la dimension visuelle avec des objectifs mesurables :
- Autonomie dans les déplacements (périmètre, fréquence)
- Participation aux animations adaptées
- Maintien des activités de loisir (lecture, jeux, télévision)
- Communication avec l’entourage
Indicateurs de suivi :
- Nombre de chutes sur 3 mois
- Fréquence de participation aux activités collectives
- Niveau d’autonomie pour les repas et la toilette
- Satisfaction exprimée par le résident
Proposer des animations accessibles
Les animateurs doivent adapter leurs ateliers pour permettre la participation des résidents malvoyants.
Activités adaptées :
- Ateliers sensoriels (toucher, odorat, goût)
- Lecture audio collective avec discussion
- Jeux tactiles (loto en relief, dominos grossis)
- Musicothérapie et chant
- Gymnastique douce avec guidage verbal précis
Astuce : Pour les jeux de société classiques, utilisez des adaptations braille ou des versions à gros caractères, disponibles auprès de la Fédération des Aveugles de France.
Impliquer les familles et l’entourage
Les proches constituent des partenaires essentiels. Ils doivent être informés des adaptations mises en place et formés aux techniques de communication.
Actions avec les familles :
- Réunions d’information sur les troubles visuels et l’accompagnement
- Démonstration des aides techniques disponibles
- Conseils pour aménager la chambre (photos contrastées, repères tactiles)
- Encouragement à apporter des objets familiers facilement identifiables
Quels sont les indicateurs de qualité de l’accompagnement des malvoyants ?
Plusieurs critères permettent d’évaluer la qualité de votre démarche :
- Taux de signalement des troubles visuels dans les dossiers (objectif : 100 %)
- Taux de participation des résidents malvoyants aux animations (objectif : équivalent aux autres)
- Nombre de chutes dans les 6 mois suivant l’adaptation (objectif : réduction de 30 %)
- Satisfaction des résidents et familles (questionnaire spécifique)
Action immédiate : Créez un comité « accessibilité visuelle » associant direction, IDEC, ergothérapeute, aide-soignant référent et représentant des résidents. Réunion trimestrielle pour suivre les actions et partager les bonnes pratiques.
FAQ : réponses aux questions fréquentes sur l’accompagnement des malvoyants en EHPAD
Comment organiser une consultation ophtalmologique pour un résident immobilisé ?
Plusieurs solutions existent pour les résidents qui ne peuvent se déplacer. Les ophtalmologistes libéraux pratiquant les visites à domicile sont référencés auprès des ARS. Des unités mobiles équipées d’appareils de diagnostic interviennent dans certaines régions. Les centres hospitaliers proposent parfois des consultations avancées en EHPAD. Rapprochez-vous de votre réseau local de santé pour identifier les ressources disponibles.
Quel budget prévoir pour adapter un EHPAD de 80 places aux troubles visuels ?
Le budget varie selon l’état initial du bâtiment. Pour un établissement nécessitant des aménagements complets : 15 000 à 30 000 € (signalétique, contrastes, éclairage adapté, mains courantes). Les aides techniques représentent 5 000 à 10 000 € pour constituer un stock mutualisé. Les formations : 1 500 à 3 000 €/an. Des financements sont possibles via les crédits d’animation, la Conférence des Financeurs ou les appels à projets ARS.
Comment évaluer l’efficacité des aménagements réalisés ?
Mettez en place un suivi quantitatif : nombre de chutes avant/après, taux de participation aux activités, résultats aux tests de mobilité. Complétez par une évaluation qualitative : entretiens avec les résidents malvoyants, questionnaires de satisfaction, retours d’expérience des équipes. Un audit annuel par un ergothérapeute extérieur apporte un regard objectif.

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