Syndrome de Diogène en EHPAD : sécuriser la prise en charge en 4 étapes grâce à un protocole d’hygiène progressive

Accompagnement du syndrome de Diogène en EHPAD : protocoles, prise en charge psychiatrique et hygiène progressive pour concilier autonomie et sécurité.

Pack Livres IDEC
✨ Nouveauté 2026

Pack IDEC : Maîtrise Totale

Recevez les 3 ouvrages indispensables.
Le 3ème livre est OFFERT !

Commander mon pack 👉

L’accompagnement des résidents présentant un syndrome de Diogène en EHPAD reste l’une des situations les plus complexes sur le plan humain et organisationnel. Entre accumulation pathologique, insalubrité, refus de soins et impératifs d’hygiène collective, les équipes se retrouvent souvent démunies. Comment respecter l’autonomie de la personne tout en garantissant sa sécurité et celle des autres résidents ? Comment élaborer un accompagnement progressif sans basculer dans la maltraitance par négligence ou contrainte ? Cet article propose un cadre méthodologique, des repères psychiatriques et des outils pratiques pour structurer la prise en charge.


Comprendre le syndrome de Diogène : au-delà du simple désordre

Le syndrome de Diogène désigne un trouble du comportement caractérisé par une accumulation compulsive d’objets, une négligence extrême de l’hygiène corporelle et domestique, un isolement social et, souvent, une absence totale de conscience du problème (anosognosie). Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce syndrome ne touche pas uniquement les personnes démunies : il peut concerner des profils variés, y compris d’anciens cadres ou professions libérales.

Profil clinique et facteurs déclencheurs

Le syndrome de Diogène apparaît généralement après 60 ans. Il est fréquemment associé à des troubles psychiatriques sous-jacents : dépression sévère, trouble obsessionnel compulsif (TOC), schizophrénie ou troubles de la personnalité. Dans certains cas, il survient après un événement traumatique : deuil, déménagement, perte d’autonomie brutale.

Les signes cliniques incluent :

  • Accumulation d’objets hétéroclites (journaux, emballages, déchets organiques)
  • Refus catégorique de jeter ou de nettoyer
  • Déni total de l’insalubrité
  • Isolement social progressif
  • Risques sanitaires : parasites, chutes, intoxications alimentaires

En EHPAD, ces comportements peuvent se manifester dès l’entrée ou apparaître progressivement, notamment lorsque le résident perd ses derniers repères familiaux.

Selon une étude de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (2024), environ 3 à 5 % des résidents en EHPAD présentent des comportements d’accumulation pathologique modérés à sévères.

Distinction avec d’autres troubles

Il est essentiel de ne pas confondre le syndrome de Diogène avec une simple syllogomanie (accumulation sans négligence corporelle) ou avec les troubles mnésiques liés à une démence de type Alzheimer. Dans ce dernier cas, l’accumulation est souvent désorganisée et non intentionnelle. Le diagnostic psychiatrique différentiel est donc indispensable avant toute intervention.

IDEC Formation
Bibliothèque de Ressources Illimitées

IDEC : Arrêtez de créer vos supports de formation.

Pourquoi réinventer la roue ? Accédez à +200 PowerPoints, Procédures et Vidéos prêts à l’emploi. Téléchargez en 1 clic, projetez, et formez vos équipes sans effort.

J’accède au stock illimité

Conseil opérationnel : Dès les premiers signes d’accumulation ou de refus d’hygiène, organisez une évaluation gériatrique globale incluant un bilan psychiatrique. Ne restez pas seuls face à cette situation : sollicitez le médecin traitant, le psychiatre de liaison ou l’équipe mobile de gériatrie.


Prise en charge psychiatrique : un préalable incontournable

L’accompagnement du syndrome de Diogène ne peut se concevoir sans soutien psychiatrique structuré. Toute intervention uniquement centrée sur l’hygiène forcée risque de renforcer le repli, voire d’engendrer une crise comportementale majeure.

Évaluation initiale et diagnostic posé

Le premier réflexe est de solliciter une consultation psychiatrique spécialisée. Celle-ci permet de :

  1. Poser un diagnostic précis (trouble dépressif, TOC, psychose chronique, etc.)
  2. Évaluer la capacité de discernement du résident
  3. Définir un projet de soins personnalisé (PSP) adapté
  4. Identifier les leviers thérapeutiques : chimiothérapie, psychothérapie, accompagnement éducatif

Dans certains cas, une hospitalisation en unité de psychiatrie gériatrique peut être nécessaire pour stabiliser l’état clinique avant tout retour en EHPAD.

Traitement médicamenteux et suivi

Les antidépresseurs (ISRS notamment) sont souvent prescrits en première intention, particulièrement en cas de dépression sous-jacente. Les antipsychotiques atypiques peuvent être envisagés en cas de troubles délirants ou de comportements compulsifs sévères. Attention cependant : leur usage en gériatrie nécessite une vigilance accrue (risques de chutes, AVC, sédation excessive).

Le suivi doit être rapproché et coordonné entre psychiatre, médecin coordonnateur et équipe soignante. Un tableau de suivi hebdomadaire peut être utile pour tracer l’évolution symptomatique et ajuster le traitement si besoin.

Indicateur Fréquence de suivi Acteur référent
Évaluation de l’humeur Hebdomadaire Infirmier coordinateur
Tolérance médicamenteuse Bi-hebdomadaire Médecin coordonnateur
Évolution de l’accumulation Mensuelle Psychologue/Psychiatre
Refus de soins Quotidien Aide-soignant référent

Le rôle du psychologue en EHPAD

Le psychologue joue un rôle clé dans l’accompagnement progressif. Il intervient pour :

  • Créer une alliance thérapeutique avec le résident
  • Travailler sur la conscience du trouble (insight)
  • Accompagner le deuil des objets accumulés
  • Proposer des stratégies d’acceptation du soin

Des entretiens individuels réguliers, même courts (15 minutes), permettent de maintenir le lien et de préparer les étapes d’intervention hygiénique.

Conseil opérationnel : Intégrez systématiquement le psychologue dans les réunions de synthèse concernant les résidents Diogène. Sa vision clinique aide à anticiper les résistances et à adapter les protocoles d’accompagnement.


Protocole d’hygiène forcée progressive : un équilibre délicat

L’expression « hygiène forcée progressive » peut sembler brutale. Pourtant, elle décrit une réalité : face à un risque sanitaire avéré, l’équipe doit parfois intervenir malgré le refus du résident. Mais cette contrainte doit être graduée, expliquée et tracée pour rester dans le cadre de la bientraitance.

Étape 1 : Contractualiser l’intervention

Avant toute action, il est indispensable de formaliser un accord minimal avec le résident, même symbolique. Cela peut passer par :

  • Des entretiens préparatoires avec le psychologue ou le référent
  • Une explication claire des risques (incendie, parasites, chutes)
  • Une négociation sur les objets à conserver en priorité
  • Une médiation familiale pour mobiliser l’entourage comme relais de confiance

Si le résident refuse catégoriquement, l’équipe doit documenter ce refus dans le dossier de soins et évaluer le degré d’urgence sanitaire. En cas de danger immédiat (présence de nuisibles, risque infectieux avéré), une intervention peut être menée dans le cadre d’une procédure d’urgence validée par le médecin coordonnateur.

Étape 2 : Organiser le nettoyage par paliers

Le nettoyage ne doit jamais être brutal. Un protocole en plusieurs phases est recommandé :

  1. Phase 1 (J1-J7) : Retrait des déchets organiques et risques immédiats (denrées périmées, objets coupants)
  2. Phase 2 (J8-J15) : Tri des objets avec participation du résident si possible
  3. Phase 3 (J16-J30) : Nettoyage approfondi de la chambre, désinfection, aération
  4. Phase 4 (à partir de J30) : Instauration d’une routine d’hygiène quotidienne

Chaque phase doit être expliquée, tracée et évaluée. L’équipe doit pouvoir justifier chaque action auprès du résident, de la famille, et en cas de contrôle externe.

Étape 3 : Protéger l’équipe et prévenir les récidives

Les soignants mobilisés doivent être équipés de protections individuelles (gants, masques FFP2, surblouses). Le risque infectieux (gale, punaises de lit, légionellose) ne doit jamais être sous-estimé. Un protocole d’hygiène renforcé doit être appliqué.

Après le nettoyage, il est fréquent que le résident recommence à accumuler. Pour limiter la récidive :

  • Instaurez un passage quotidien dans la chambre (même bref)
  • Proposez un rituel de rangement avec l’aide-soignant référent
  • Limitez l’accès aux objets jetables (journaux, emballages)
  • Maintenez le suivi psychiatrique et psychologique

Conseil opérationnel : Créez une fiche de traçabilité spécifique pour chaque intervention. Notez la date, les objets retirés, la réaction du résident, les éventuelles tensions. Ce document protège l’équipe en cas de litige et permet d’évaluer l’évolution du comportement.


Médiation familiale et respect de l’autonomie : trouver le bon curseur

L’accompagnement des résidents Diogène ne peut réussir sans l’implication de la famille. Mais celle-ci est souvent épuisée, honteuse ou en conflit avec le résident. La médiation familiale devient alors un levier essentiel pour rétablir la confiance et construire un projet cohérent.

Impliquer la famille dès l’admission

Lorsque le syndrome est identifié avant l’entrée en EHPAD, il est crucial d’organiser une réunion de pré-admission avec la famille, le résident (si possible), le médecin coordonnateur et l’infirmier coordinateur. Cette réunion permet de :

  • Recueillir l’histoire de vie et les déclencheurs du trouble
  • Identifier les objets à forte valeur affective
  • Définir les limites acceptables en termes d’hygiène et de sécurité
  • Formaliser un contrat d’accompagnement co-signé

La famille peut également jouer un rôle actif dans le tri des objets, en apportant son regard affectif et en facilitant l’acceptation du résident.

Gérer les tensions et les incompréhensions

Il arrive que la famille nie le problème ou, à l’inverse, exige une intervention immédiate et radicale. Dans ces cas, la médiation familiale externe (service social, psychologue libéral spécialisé) peut être sollicitée pour apaiser les tensions.

L’équipe doit également expliquer clairement les limites légales de l’intervention : un résident conserve ses droits fondamentaux, y compris celui de refuser certains soins, sauf mise en danger manifeste. La notion de consentement éclairé reste centrale, même en gériatrie.

Question fréquente : Peut-on forcer un résident à accepter un nettoyage de sa chambre ?

Réponse : Uniquement en cas de danger sanitaire avéré et documenté (risque infectieux, incendie, atteinte à la santé d’autrui). Cette décision doit être prise collégialement (médecin coordonnateur, directeur, psychiatre) et tracée dans le dossier. Le respect de la dignité du résident doit rester prioritaire à chaque étape.

Respecter l’autonomie résiduelle

Même en situation de syndrome de Diogène, le résident conserve une part d’autonomie. Il est essentiel de préserver cette autonomie dans les domaines où elle existe encore : choix des vêtements, participation aux activités, décisions alimentaires, etc.

L’accompagnement ne doit jamais devenir infantilisant. Chaque geste d’hygiène imposé doit être compensé par une valorisation des capacités préservées. Cela contribue à maintenir l’estime de soi et à limiter le repli identitaire.

Conseil opérationnel : Désignez un aide-soignant référent pour chaque résident Diogène. Ce professionnel devient l’interlocuteur privilégié, facilitant la construction du lien et la progressivité de l’accompagnement. Un suivi spécifique peut être consigné dans un cahier de liaison dédié, accessible à toute l’équipe.


Bâtir une stratégie durable : de l’urgence à la prévention

Au-delà de la gestion de crise, l’enjeu est de structurer une stratégie d’accompagnement durable qui prévienne les récidives, protège les équipes et respecte la dignité du résident. Cela passe par une organisation rigoureuse, des outils adaptés et une formation continue des professionnels.

Élaborer un plan d’accompagnement progressif (PAP)

Le Plan d’Accompagnement Progressif (PAP) est un document opérationnel qui formalise :

  • Les objectifs à court, moyen et long terme
  • Les étapes d’intervention hygiénique
  • Les acteurs impliqués (IDE, AS, psychologue, médecin, famille)
  • Les indicateurs de suivi (fréquence des refus, état de la chambre, évolution de l’humeur)
  • Les ajustements prévus en fonction de l’évolution

Ce plan doit être révisé mensuellement en réunion de synthèse et partagé avec tous les intervenants. Il devient la feuille de route commune pour éviter les divergences d’approche entre professionnels.

Former les équipes aux spécificités du syndrome

Le syndrome de Diogène reste mal connu de nombreux soignants. Une formation spécifique doit être déployée pour sensibiliser les équipes aux mécanismes psychiatriques, aux techniques de communication adaptées et aux limites de l’intervention. Des modules courts (2 à 3 heures) peuvent suffire pour poser les bases.

Les thématiques à aborder :

  • Comprendre les mécanismes psychopathologiques
  • Techniques de communication non-violente (CNV)
  • Gestion des refus de soins et des situations de crise
  • Traçabilité et protection juridique de l’équipe

Des packs de formation prêts à l’emploi peuvent faciliter le déploiement rapide de ces modules en interne.

Anticiper les situations de crise

Malgré un accompagnement progressif, des crises comportementales peuvent survenir : agressivité, refus catégorique, tentative de fuite. Un protocole de gestion de crise doit être anticipé :

  1. Identifier les signes avant-coureurs (agitation, repli brutal)
  2. Définir les professionnels à mobiliser en urgence (IDE, psychologue, médecin)
  3. Prévoir des stratégies de désescalade (isolement temporaire, présence rassurante)
  4. Tracer chaque épisode dans le dossier de soins

Le Pack Intégral Neuro-Gériatrie & Troubles du Comportement offre des supports concrets pour structurer ces protocoles.

Impliquer l’IDEC dans le pilotage opérationnel

L’infirmier coordinateur joue un rôle central dans la coordination de l’accompagnement. C’est lui qui mobilise les acteurs, suit les indicateurs, ajuste le plan et veille à la cohérence des interventions. Il doit disposer d’outils de pilotage clairs : tableaux de bord, fiches de suivi, réunions hebdomadaires dédiées.

Pour structurer cette fonction, des ouvrages comme IDEC 360° proposent des méthodes et infographies pour gérer ce type de situations complexes.

Question fréquente : Comment éviter l’épuisement des équipes face à un résident Diogène ?

Réponse : Organisez des temps de régulation réguliers (toutes les 2 semaines) où les soignants peuvent exprimer leur vécu, leurs difficultés et leurs doutes. La supervision externe par un psychologue ou un cadre formé à l’analyse des pratiques est également un levier efficace pour prévenir l’usure. Rappelez-vous que l’accompagnement des résidents complexes nécessite aussi de soigner sans s’oublier.

Mesurer l’impact et ajuster en continu

Enfin, l’efficacité du dispositif doit être évaluée régulièrement. Des indicateurs simples peuvent être suivis :

  • Nombre d’interventions hygiéniques mensuelles
  • Taux d’acceptation des soins
  • Évolution de l’état de la chambre (grille visuelle)
  • Niveau de satisfaction de l’équipe (enquête interne)

Ces données permettent d’ajuster le plan, de valoriser les progrès et de justifier les moyens alloués auprès de la direction.

Conseil opérationnel : Créez une checklist mensuelle spécifique pour chaque résident Diogène, intégrant tous les indicateurs clés. Partagez-la lors des réunions de synthèse pour maintenir la mobilisation collective et éviter l’isolement du référent.


Mini-FAQ : 3 questions essentielles sur l’accompagnement du syndrome de Diogène

1. Peut-on refuser l’admission d’un résident présentant un syndrome de Diogène ?

Non, sauf si l’établissement ne dispose pas des moyens humains et matériels pour garantir sa sécurité et celle des autres résidents. En revanche, il est légitime de conditionner l’admission à un accompagnement psychiatrique structuré et à un engagement de la famille.

2. Quelle est la durée moyenne d’un accompagnement progressif ?

Elle varie de 3 à 6 mois selon la sévérité du syndrome et l’adhésion du résident. Certains cas nécessitent un suivi à long terme avec ajustements réguliers. L’important est de ne jamais relâcher la vigilance après la phase de nettoyage initial.

3. Comment protéger juridiquement l’équipe en cas de contentieux familial ?

Par une traçabilité exhaustive de chaque intervention, décision et refus de soins. Documentez systématiquement les réunions de synthèse, les avis médicaux, les tentatives de médiation et les mesures prises. Conservez les photos avant/après nettoyage (avec accord du résident ou décision collégiale) et archivez tous les échanges écrits avec la famille.


L’accompagnement des résidents présentant un syndrome de Diogène en EHPAD exige rigueur, empathie et coordination. Il ne s’agit ni de tolérer l’insalubrité au nom du respect de l’autonomie, ni d’imposer une hygiène forcée déshumanisante. La voie est celle d’un équilibre progressif, structuré par un cadre psychiatrique solide, une médiation familiale active et des protocoles clairs. En formant vos équipes, en traçant chaque étape et en valorisant les petites victoires, vous transformez une situation de crise en véritable projet de soin personnalisé. Chaque résident mérite dignité et sécurité : c’est possible, même face aux troubles les plus complexes.

Inscrivez-vous pour recevoir chaque semaine du contenu malin sur les EHPAD dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas !