Surveillance cardiologique en EHPAD : comment prévenir les décompensations et urgences

Accompagnement des résidents cardiaques en EHPAD : protocoles de surveillance, gestion des urgences, coordination avec les cardiologues et adaptation de l’effort.

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Les pathologies cardiaques représentent aujourd’hui la première cause d’hospitalisation non programmée en EHPAD. Plus de 40 % des résidents présentent au moins une affection cardiovasculaire, et les décompensations cardiaques génèrent près de 30 % des passages aux urgences. Face à cette réalité, les équipes soignantes doivent concilier surveillance cardiologique rigoureuse, adaptation fine de l’effort et réactivité face aux urgences. Cet article propose un cadre opérationnel pour accompagner au quotidien les résidents cardiaques, sécuriser les pratiques et coordonner efficacement avec les spécialistes.


Comprendre les enjeux de la surveillance cardiologique en EHPAD

La prévalence des pathologies cardiaques en établissement est massive. Insuffisance cardiaque, fibrillation auriculaire, coronaropathies ou valvulopathies concernent une majorité de résidents âgés. Selon les données de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie, 60 % des plus de 85 ans présentent au moins une atteinte cardiovasculaire documentée.

Cette fragilité cardiaque impose une vigilance constante. Les décompensations cardiaques surviennent brutalement, souvent déclenchées par une infection, une rupture de régime désodé, un écart médicamenteux ou une déshydratation. Les signes d’alerte sont parfois discrets : fatigue inhabituelle, œdèmes des membres inférieurs, dyspnée d’effort ou de repos, prise de poids rapide.

Les risques liés à une surveillance insuffisante

Une détection tardive entraîne :

  • Des hospitalisations en urgence, source de confusion et de perte d’autonomie
  • Une majoration du risque de complications (surinfection, alitement prolongé)
  • Une dégradation rapide de la qualité de vie du résident
  • Une charge émotionnelle lourde pour les familles et les équipes

Chiffre clé : En France, 25 % des résidents d’EHPAD hospitalisés pour décompensation cardiaque décèdent dans les trois mois suivant l’événement.

Conseil opérationnel : Mettez en place dès l’admission un dossier cardiologique individuel regroupant antécédents, traitements en cours, résultats d’examens (ECG, échographie, BNP), et seuils d’alerte personnalisés. Ce dossier doit être accessible à l’ensemble de l’équipe soignante et actualisé à chaque consultation spécialisée.


Mettre en œuvre une surveillance cardiologique préventive et structurée

La prévention repose sur une organisation rigoureuse et des protocoles de surveillance standardisés. L’enjeu est de détecter précocement les signes de décompensation pour intervenir avant l’urgence.

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Protocole de surveillance quotidienne

Un protocole efficace s’appuie sur des indicateurs mesurables et une transmission fluide entre équipes :

Indicateur Fréquence Seuil d’alerte Action immédiate
Poids corporel Quotidienne +2 kg en 48h Appel IDE / Médecin coordonnateur
Tension artérielle 2 fois/semaine < 90/60 ou > 160/100 mmHg Contrôle rapproché + avis médical
Fréquence cardiaque Quotidienne < 50 ou > 110 bpm ECG + avis médical
Dyspnée Observation continue Au repos ou aggravation Oxymétrie + position 1/2 assise + urgence
Œdèmes MI Quotidienne Apparition ou majoration Bilan hydrique + adaptation diurétiques

Outils pratiques pour les équipes

L’infirmier coordinateur (IDEC) joue un rôle pivot. Il structure la formation continue, harmonise les pratiques et s’assure que chaque professionnel maîtrise :

  • La prise de tension et de pouls manuels (utile en cas de dysfonction matériel)
  • L’utilisation d’un oxymètre de pouls
  • La cotation de la dyspnée (échelle de Borg, score NYHA)
  • L’évaluation des œdèmes (godet +, ++, +++)

Exemple concret : Au sein de l’EHPAD Les Tilleuls (Isère), l’équipe a instauré un carnet de surveillance cardiaque papier, complété chaque matin par l’aide-soignant référent. Les anomalies remontent automatiquement à l’IDE via un code couleur (vert, orange, rouge). Résultat : diminution de 35 % des hospitalisations cardiaques non programmées en un an.

Astuce terrain : Organisez une réunion mensuelle de relecture des situations cardiaques avec l’IDEC, les infirmiers et le médecin coordonnateur. Analysez les événements survenus, ajustez les protocoles et valorisez les bonnes pratiques.


Former les équipes aux urgences cardiaques : gestes et réflexes salvateurs

La rapidité d’intervention conditionne le pronostic. Tous les professionnels, y compris aides-soignants et agents hôteliers, doivent connaître les signes d’urgence cardiaque et savoir alerter.

Reconnaître les principales urgences

Les urgences cardiaques en EHPAD se répartissent en quatre grandes catégories :

  1. Décompensation cardiaque aiguë : dyspnée intense, orthopnée, œdème pulmonaire (râles crépitants audibles), angoisse.
  2. Syndrome coronarien aigu : douleur thoracique constrictive, irradiation bras gauche/mâchoire, sueurs, nausées.
  3. Troubles du rythme graves : palpitations brutales, malaise, syncope, pouls très irrégulier ou filant.
  4. Arrêt cardiaque : perte de connaissance, absence de respiration, absence de pouls carotidien.

Règle d’or : Devant tout changement brutal de l’état d’un résident cardiaque, posez-vous trois questions : respire-t-il normalement ? A-t-il une douleur thoracique ? Son pouls est-il palpable et régulier ?

Contenu type d’une formation interne

Une formation trimestrielle de 2 heures peut couvrir :

  • Rappels physiologiques sur l’insuffisance cardiaque et l’ischémie myocardique
  • Démonstration pratique : prise de pouls, mesure tensionnelle, utilisation du défibrillateur automatisé externe (DAE)
  • Mises en situation (jeux de rôle) : décompensation cardiaque, douleur thoracique, malaise
  • Révision du protocole d’urgence interne et des numéros d’alerte (15, cardiologue référent)

Point de vigilance : La formation doit être validée par un certificat interne, consigné dans le dossier professionnel. En cas d’inspection, cette traçabilité prouve la mise en conformité avec les recommandations HAS sur la gestion des urgences.

Fiche réflexe urgence cardiaque

Affichez dans chaque office infirmier une fiche plastifiée A4 reprenant :

  • Signes d’alerte (dyspnée, douleur thoracique, malaise)
  • Gestes immédiats : appel IDE, position demi-assise, oxygène si prescrit, rassurer le résident
  • Numéros d’urgence : SAMU (15), cardiologue libéral de proximité, numéro interne IDE de garde
  • Matériel nécessaire : tensiomètre, oxymètre, DAE, trousse d’urgence (aspirine, dérivés nitrés si prescrits)

Question fréquente : Faut-il systématiquement appeler le 15 en cas de douleur thoracique chez un résident âgé ?

Réponse : Oui, sauf directive anticipée contraire ou projet de soins personnalisé validé. La douleur thoracique peut traduire un infarctus, et chaque minute compte. En attendant le SAMU, installez le résident en position demi-assise, administrez 1 comprimé d’aspirine 300 mg à croquer (si absence de contre-indication) et rassurez-le.


Coordonner avec les spécialistes et structurer le parcours de soins

La prise en charge cardiologique ne peut se concevoir sans coordination étroite entre l’EHPAD, le médecin traitant, le cardiologue référent et l’hôpital de proximité.

Rôle pivot de l’IDEC dans la coordination spécialisée

L’infirmier coordinateur doit :

  • Organiser les consultations cardiologiques en externe ou via téléconsultation
  • Planifier les examens complémentaires (échographie cardiaque, Holter ECG, bilan biologique BNP)
  • Assurer la traçabilité des comptes rendus spécialisés dans le dossier de soins informatisé
  • Mettre à jour les traitements et les protocoles après chaque avis spécialisé
  • Informer les familles et le médecin traitant des ajustements thérapeutiques

Exemple concret : L’EHPAD Bel Air (Haute-Savoie) a formalisé un circuit cardiologique avec le centre hospitalier voisin. Chaque trimestre, un cardiologue se déplace en téléconsultation dans l’établissement. Les résidents fragiles bénéficient d’un suivi sans déplacement anxiogène, et les ajustements thérapeutiques sont discutés en direct avec l’équipe.

Recommandations de la cardiologie gériatrique

Les recommandations de la Société Française de Cardiologie insistent sur :

  • L’individualisation des objectifs tensionnels (entre 130-140 mmHg systolique chez le sujet âgé fragile, contre 120-130 chez l’adulte jeune)
  • La prudence dans la prescription de bêtabloquants à hautes doses (risque de bradycardie excessive)
  • L’importance du bilan gériatrique standardisé avant tout ajustement thérapeutique (état nutritionnel, fonction rénale, polymédication)
  • La nécessité d’une réévaluation semestrielle des traitements diurétiques (risque de déshydratation, hyponatrémie)

Citation forte : « La cardiologie gériatrique repose sur l’équilibre subtil entre bénéfice thérapeutique et risque iatrogène. Moins prescrire peut parfois signifier mieux soigner. » — Pr Jean-Pierre Bastard, cardiologue gériatre, CHU Tours.

Conseil opérationnel : Créez un tableau de bord cardiologique partagé (Excel ou logiciel métier) recensant pour chaque résident cardiaque : pathologie, traitement, dernière consultation spécialisée, date de prochain contrôle, événements intercurrents. Révisez-le en staff mensuel.


Adapter l’effort et préserver la qualité de vie au quotidien

L’accompagnement cardiologique ne se limite pas à la surveillance clinique. Il englobe l’adaptation de l’effort physique, la prévention de la sédentarité et le maintien de l’autonomie.

Évaluation de la tolérance à l’effort

Chaque résident cardiaque doit bénéficier d’une évaluation fonctionnelle personnalisée :

  • Test de marche de 6 minutes (sous contrôle IDE, oxymètre en continu)
  • Cotation NYHA (classe I à IV selon la limitation fonctionnelle)
  • Évaluation de la dyspnée d’effort (échelle de Borg 0-10)
  • Mesure de la saturation en oxygène au repos et après effort

Ces données orientent le plan de soins individualisé et guident les activités proposées : atelier gymnastique douce, marche accompagnée, activités manuelles assises.

Adapter les activités sans isoler le résident

Classe NYHA Tolérance à l’effort Activités recommandées Précautions
I Aucune limitation Toutes activités collectives Surveillance légère
II Limitation légère Marche lente, gym douce assise Pauses fréquentes, hydratation
III Limitation marquée Mobilisation passive, activités manuelles Effort minimal, surveillance rapprochée
IV Symptômes au repos Soins de confort, mobilisation au lit Réduction maximale de l’effort

Exemple concret : À l’EHPAD Le Clos Fleuri (Maine-et-Loire), les résidents en NYHA II participent à des ateliers jardinage adapté : 20 minutes maximum, assis, avec pauses et surveillance IDE. Résultat : maintien du lien social, stimulation cognitive, sans aggravation cardiaque.

Question fréquente : Peut-on proposer de la kinésithérapie à un résident en insuffisance cardiaque ?

Réponse : Oui, sous réserve d’une prescription médicale et d’une évaluation préalable. La réadaptation cardiaque douce améliore la tolérance à l’effort, réduit la dyspnée et prévient la sarcopénie. Le kinésithérapeute adapte les séances selon l’état du jour, en concertation avec l’IDE.

Prévention nutritionnelle et éducation thérapeutique

L’accompagnement cardiaque intègre aussi :

  • Un régime désodé modéré (4 à 6 g de sel/jour), adapté au goût du résident
  • Une hydratation raisonnée (ni excès ni restriction excessive) : 1 à 1,5 L/jour selon prescription
  • Une surveillance pondérale hebdomadaire (détection précoce de rétention hydrique)
  • Des séances d’éducation thérapeutique simples : pourquoi peser, pourquoi limiter le sel, comment reconnaître les signes d’alerte

Astuce terrain : Proposez chaque trimestre un atelier participatif animé par la diététicienne et l’IDEC, avec dégustation de menus désodés savoureux. Les résidents et familles comprennent mieux les enjeux, et l’adhésion thérapeutique s’améliore.


Vers une culture de la vigilance partagée et de l’amélioration continue

L’accompagnement des résidents cardiaques repose sur une dynamique collective : formation régulière, protocoles clairs, coordination fluide, et culture de l’alerte bienveillante.

Indicateurs de suivi et tableaux de bord

Pour mesurer l’efficacité de vos dispositifs, suivez trimestriellement :

  • Nombre de décompensations cardiaques détectées précocement (avant stade III)
  • Taux d’hospitalisations cardiaques non programmées (objectif : réduction de 20 % en un an)
  • Nombre de formations internes dispensées et taux de participation
  • Délai moyen d’accès à une consultation cardiologique spécialisée
  • Satisfaction des familles (enquête annuelle)

Conseil opérationnel : Présentez ces indicateurs en COMEDIMS et en Conseil de Vie Sociale. Valorisez les progrès, identifiez les axes d’amélioration, impliquez les représentants des résidents.

Outils réutilisables pour vos équipes

Mettez à disposition :

  • Fiches techniques : prise de tension, mesure du pouls, utilisation du DAE
  • Supports pédagogiques : vidéos courtes (3 min), infographies sur les signes d’alerte
  • Protocoles affichés en salle de soins et en office infirmier
  • Carnet de liaison cardiologue-EHPAD (version papier et numérique)

Question fréquente : Comment impliquer les aides-soignants dans la surveillance cardiologique ?

Réponse : Formez-les aux signes d’alerte de base (dyspnée, œdèmes, fatigue inhabituelle) et instaurez une culture de la remontée d’information. Valorisez publiquement les observations pertinentes en réunion d’équipe : cela renforce l’engagement et la vigilance de tous.

Perspective et inscription dans la démarche qualité

L’accompagnement cardiologique s’inscrit pleinement dans les démarches d’accréditation et les référentiels HAS. Il répond notamment aux critères :

  • Personnalisation du projet de soins
  • Gestion des risques et événements indésirables
  • Formation continue et développement des compétences
  • Coordination avec les partenaires externes

En intégrant ces pratiques, vous sécurisez vos résidents, rassurez les familles, et positionnez votre établissement comme acteur de référence en gériatrie cardiologique.


Mini-FAQ : Réponses rapides à vos questions terrain

1. Faut-il peser les résidents cardiaques tous les jours, même le week-end ?

Oui, idéalement. Le week-end, confiez cette mission à l’équipe de permanence avec transmission obligatoire à l’IDE de garde. La continuité de la surveillance est cruciale.

2. Que faire si un résident refuse de prendre ses diurétiques ?

Expliquez avec pédagogie les conséquences (gonflement, essoufflement), proposez un horaire adapté (matin plutôt que soir pour limiter les levers nocturnes), et tracez le refus. Informez le médecin traitant pour ajustement éventuel.

3. Comment organiser une astreinte cardiologique en EHPAD de petite taille ?

Formalisez un réseau de proximité : médecin traitant joignable, cardiologue référent en téléconsultation, convention avec le SMUR le plus proche. Affichez les numéros d’urgence et testez la procédure lors d’exercices semestriels.


En synthèse, accompagner les résidents cardiaques exige rigueur, anticipation et coordination. Les protocoles de surveillance, la formation continue, l’adaptation de l’effort et la collaboration spécialisée constituent les piliers d’une prise en charge sécurisée et respectueuse de la qualité de vie. Chaque professionnel, du directeur à l’aide-soignant, a un rôle à jouer dans cette vigilance partagée. En structurant vos pratiques et en valorisant les compétences de vos équipes, vous faites de votre EHPAD un lieu de soins cardiaques d’excellence, où chaque résident bénéficie d’un accompagnement personnalisé, réactif et bienveillant.

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