La rentrée sociale s’annonce explosive en France avec un appel citoyen à « bloquer tout » le 10 septembre 2025, lancé sur les réseaux sociaux en réaction aux mesures d’austérité budgétaire du gouvernement Bayrou. Les syndicats appellent massivement à la mobilisation à cette date. Par exemple, la CGT a déclaré vouloir faire du 10 septembre « une première étape réussie » et appelle « à construire la grève partout où c’est possible » ce jour-là . Solidaires, qui a soutenu très tôt le mouvement, a également appelé les salariés à se joindre à la journée de blocage.
Sommaire
Des syndicats divisés
Les grandes centrales syndicales ne s’accordent pas encore. La CFDT a confirmé qu’elle ne participera pas au 10 septembre, préférant proposer ultérieurement une autre journée de mobilisation en septembre . FO reste « à distance » : son secrétaire général Frédéric Souillot a précisé qu’un préavis de grève pour tout le mois de septembre était déposé, mais qu’il attendrait la réunion intersyndicale de fin août pour décider de son engagement précis . Une partie de la CGT et les syndicats affiliés à Solidaires ne cachent pas leur volonté d’imposer cette date, tandis que d’autres fédérations (santé, éducation, transports…) évalueront leur soutien au cas par cas.
Le secteur médico-social – qui comprend les maisons de retraite (EHPAD), les établissements et services d’aide à domicile, les structures pour handicapés, etc. – prépare lui aussi activement la mobilisation. Plusieurs organisations syndicales de la branche multiplient les initiatives pour le 10 septembre. Par exemple, la CGT du social et médico-social dans le Doubs a déjà lancé un appel à la grève pour le 10 septembre. Son tract refuse de « travailler plus », s’oppose aux remises en cause des jours fériés et des congés conventionnels et dénonce « le nouveau plan d’austérité drastique contre les services publics nécessaires à la population, comme la santé, l’éducation, le social et médico-social » . Il réclame notamment un « financement suffisant et pérenne de tous les services de l’action sociale et médico-sociale » pour répondre aux besoins.
Dans le secteur privé non lucratif (associatif), plusieurs fédérations CGT d’établissements (ADAPEI, ADDSEA, PEP, etc.) se mobilisent également autour du 10 septembre, organisant assemblées générales et piquets locaux. Même si la CFDT Santé-Sociaux n’a pas pris d’initiative formelle pour cette date, des collectifs de salariés d’EHPAD et de services d’aide à domicile organisent déjà des réunions de préparation. Par exemple, SUD Santé-Sociaux 35 a publié un communiqué soulignant le besoin de rassembler le personnel médico-social sur ce rendez-vous. On prévoit aussi, comme dans les hôpitaux, des préavis couvrant toute la période de rentrée : ainsi, SUD Santé AP-HP a déposé un préavis du 1ᵉʳ au 30 septembre afin de permettre aux hospitaliers (dont une partie travaille en psychiatrie médico-sociale) de rejoindre le mouvement .
La perspective d’une mobilisation nationale aiguise les critiques contre la politique budgétaire du gouvernement dans le secteur médico-social. Les syndicats soulignent que les services d’aide à domicile et les établissements pour handicapés subiront eux aussi de plein fouet la cure d’austérité (report de revalorisations salariales, gel des postes, etc.). Jusqu’à présent focalisée sur les Ehpad et les hôpitaux, la mobilisation devrait donc toucher progressivement l’ensemble des professionnels du lien social (auxiliaires de vie, éducateurs, psychologues, etc.), qui formulent des revendications très proches de celles du milieu hospitalier : hausse des salaires, davantage de personnels, retour aux conditions de travail antérieures aux réformes récentes, etc.
Les EHPAD en première ligne
Ce sont les EHPAD qui cristallisent l’essentiel de la colère. Ce secteur connaît une crise financière sans précédent. En septembre 2024, Le Monde rapportait que « les deux tiers des EHPAD […] sont en déficit » . Conséquence : beaucoup d’établissements rognent sur les soins de base. Monique Plazzi, élue socialiste en charge de l’autonomie dans la Haute-Vienne, racontait qu’à chaque visite elle « repart avec le moral à zéro » en sentant « cette odeur d’urine dès qu’[on] entre dans l’Ehpad ». Là-bas, la direction « ne change plus quatre fois par jour, comme avant, les papis et les mamies » tant le budget couches a été réduit . Cette situation illustrée sur le terrain (80 % d’EHPAD en déficit dans le département, 2 sur 3 au niveau national) illustre une « crise de confiance sans précédent », du fait d’un « modèle de financement à bout de souffle », soulignait le président du groupe mutualiste VYV (qui gère 224 EHPAD) . La pression sur les établissements se traduit aussi par une réduction des effectifs et par le gel ou le report de projets d’amélioration (démarches qualité, rénovation…).
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J’accède au stock illimitéDans ce contexte, le personnel des maisons de retraite est extrêmement mobilisé. Plusieurs syndicats ont déjà organisé des grèves partielles ces derniers mois pour dénoncer le sous-effectif et revendiquer des augmentations. Le 10 septembre, ils entendent intensifier la protestation : des actions symboliques (forums, occupations, manifestations locales) sont prévues dans certains EHPAD pour alerter sur les conséquences humaines des coupes budgétaires. Le message aux résidents et à l’opinion publique est clair : si rien n’est fait, la qualité des soins et la sécurité des personnes âgées continueront de se dégrader. Au-delà des slogans, la mobilisation EHPAD du 10 septembre reflète aussi l’inquiétude de tout le secteur face à un prochain budget de l’autonomie qui paraît profondément taillé à la hache.
Les pharmaciens annoncent la suspension des piluliers
Les pharmaciens d’officine ont décidé de s’associer au mouvement, en ciblant spécialement le circuit des médicaments en EHPAD. Leurs syndicats dénoncent les mêmes coupes (hausse des franchises, compression des remises génériques, pression accrue sur les pharmaciens). Dans leur calendrier de grève, ils prévoient de suspendre à partir du 10 septembre la préparation des piluliers hebdomadaires destinés aux résidents d’EHPAD . En clair, les pharmaciens ne rempliront plus ces tiroirs de médicaments, un geste très fort pour montrer que « le service essentiel [des piluliers] est ignoré par les pouvoirs publics » . Cette grève spécifique s’inscrit dans une série d’actions syndicales : en plus du blocage du 10 septembre, la principale fédération de pharmaciens (FSPF) annonce la fermeture générale des officines le 18 septembre afin de dénoncer l’effondrement du modèle économique de la pharmacie de proximité. Les syndicats ont qualifié cette journée de « journée noire » pour alerter l’opinion sur les risques d’accès aux soins de premier recours .
En associant ainsi la chaîne du médicament à la lutte (notamment via la perturbation des livraisons vers les EHPAD), les pharmaciens cherchent à créer un effet domino. Si le dispositif national des piluliers s’arrête même un jour, ce sont des centaines de résidents privés de leur traitement quotidien. Ce scénario doit pousser les pouvoirs publics à prendre la mesure de l’urgence sociale : comment justifier des économies qui touchent en plein cœur la prise en charge des personnes âgées dépendantes ?
Vers la paralysie du secteur
Les observateurs mettent en garde : si la mobilisation du 10 septembre est aussi forte qu’annoncée, le secteur médico-social pourrait connaître une paralysie sans précédent. Dans l’hôpital public parisien, cinq syndicats (CGT, FO, UNSA, CFTC, CFDT) ont déjà lancé un appel unitaire à la grève générale pour le 10 septembre dans les 38 hôpitaux de l’AP-HP, afin de soutenir le mouvement national et protester contre les 5,5 milliards d’euros d’économies réclamés aux hôpitaux par le plan Bayrou. De son côté, le SUD Santé de l’AP-HP a pris un préavis couvrant tout le mois de septembre (dont le 10) pour permettre à tout le personnel hospitalier de rejoindre la journée de lutte . Dans d’autres secteurs, la dynamique est similaire : FO Éducation a déposé un préavis global pour septembre, incluant le 10, et SUD-Rail appelle déjà à « bloquer le ferroviaire » le 10 septembre.
Dans le médico-social même, les interruptions seront inévitables : les aides-soignants ou infirmiers en grève ce jour-là peuvent suspendre leurs tournées ou débrayer les activités quotidiennes en EHPAD et à domicile. Les groupements d’employeurs du secteur (fonctions publiques ou associations) redoutent des journées de grève sèche dans certains services, avec impossibilité de trouver des renforts de dernière minute. Les dirigeants d’EHPAD craignent de ne pas pouvoir assurer le soin minimum. Du côté des pharmaciens, la suspension des piluliers risque de créer un « effet panique » : les maisons de retraite pourraient devoir se débrouiller seules pour délivrer les traitements sans prescription du pharmacien.
Cette journée du 10 septembre est présentée par certains leaders syndicaux et politiques comme un blocage total. Par exemple, le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a salué l’initiative en tweetant que le 10 septembre serait le jour pour « faire partir Macron » . La peur d’une « journée noire » n’est pas infondée. Comme l’a résumé un dirigeant syndical, l’objectif proclamé est désormais clair : paralyser le pays tout entier pour contraindre l’exécutif à reculer sur son budget. D’ailleurs, François Bayrou lui-même a dû reculer en demandant un vote de confiance au Parlement le 8 septembre – une tentative pour museler l’opposition – mais toutes les forces politiques d’opposition ont prévenu qu’elles voteraient contre . Le rapport de force semble donc largement ouvert : si le secteur médico-social suit les autres branches, le 10 septembre pourrait marquer un tournant dans le mouvement social, en faisant vaciller une grande part du service public de la santé et du social.
En bref
Le 10 septembre 2025 s’annonce comme un moment-clé pour le médico-social. Face à des années de sous-effectif, de salaires stagnants et d’investissements publics insuffisants, de nombreux acteurs du secteur voient dans cette journée un ultime rendez-vous pour faire entendre leur cri d’alarme. Les syndicats misent sur une mobilisation inédite pour les secteurs médico-sociaux, tous volets confondus (EHPAD, handicap, aide à domicile). Les gouvernements successifs ont souvent négligé ce secteur aux frontières de la santé et du social. Or il représente des centaines de milliers de professionnels et accueille chaque année plusieurs millions de personnes dépendantes. La réussite de cette grève générale (ou l’ampleur de son échec) pourra se mesurer à l’échelle des services de soins et d’accompagnement : à la date du 10 septembre, le pays saura s’il peut « bloquer » ce pan vital de son service public.

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