Prévenir les escarres en EHPAD : inspectez 5 zones critiques à chaque toilette grâce à un protocole en 6 étapes

Découvrez les 5 zones critiques à surveiller lors de la toilette en EHPAD pour prévenir les escarres. Protocole d’inspection, traçabilité et bonnes pratiques.

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Les escarres représentent l’un des principaux indicateurs de qualité des soins en EHPAD. Leur apparition, souvent rapide et silencieuse, peut survenir en quelques heures chez un résident alité ou immobile. La toilette quotidienne constitue le moment privilégié de dépistage précoce. Pourtant, faute de méthode systématique, certaines zones à risque échappent à la vigilance des équipes. Identifier les cinq zones critiques et structurer leur inspection permet de réduire drastiquement l’incidence des escarres et de sécuriser la prise en charge.


Les 5 zones anatomiques prioritaires : pourquoi ces points de pression sont-ils si vulnérables ?

Les escarres se développent principalement aux points d’appui osseux où la peau subit une compression prolongée. La vascularisation locale s’altère, privant les tissus d’oxygène et de nutriments.

Cinq zones concentrent la majorité des lésions en EHPAD :

  • Le sacrum : zone la plus fréquemment touchée chez les résidents alités en décubitus dorsal. La pression y est maximale.
  • Les talons : particulièrement exposés chez les personnes en position semi-assise ou alitées longtemps. La finesse de la peau aggrave le risque.
  • Les ischions : points d’appui en position assise, notamment chez les résidents en fauteuil roulant plusieurs heures par jour.
  • Les trochanters : sollicités lors du décubitus latéral. Souvent négligés lors des changements de position.
  • Les coudes et les omoplates : moins fréquents mais critiques chez les résidents très amaigris ou agités.

Selon la HAS, 70 % des escarres en établissement surviennent sur le sacrum et les talons.

Ces zones partagent trois caractéristiques : peu de tissu adipeux protecteur, forte exposition à la pression et difficulté d’observation spontanée. L’évaluation du risque d’escarres via des outils structurés comme l’échelle de Norton reste indispensable pour prioriser la surveillance.

Facteurs aggravants à repérer pendant la toilette

Certains signes cliniques doivent alerter immédiatement :

  • Peau sèche, fragile ou macérée (incontinence)
  • Dénutrition visible (saillies osseuses marquées)
  • Troubles circulatoires (cyanose, œdèmes)
  • Fièvre ou infection évolutive
  • Immobilité totale ou refus de mobilisation

Conseil opérationnel : Intégrez systématiquement ces cinq zones dans votre protocole de toilette. Créez une checklist visuelle affichée en salle de soins pour standardiser l’inspection par tous les soignants.

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Comment inspecter efficacement chaque zone pendant la toilette : protocole en 6 étapes

L’inspection cutanée ne s’improvise pas. Elle exige méthode, régularité et traçabilité. Voici un protocole reproductible par toute l’équipe soignante.

Étape 1 : Préparer l’environnement et le matériel

  • Éclairage suffisant (lumière naturelle ou lampe d’appoint)
  • Matériel d’examen : gants, compresses, crème barrière
  • Support de traçabilité (fiche de suivi ou logiciel métier)

Étape 2 : Observer la peau en conditions optimales

Installez le résident confortablement. Nettoyez et séchez chaque zone avant inspection. Une peau mouillée masque les rougeurs débutantes.

Étape 3 : Appliquer le test de blanchiment

Exercez une pression légère avec le doigt sur toute rougeur suspecte. Si la zone blanchit puis reprend sa couleur, il s’agit d’une réaction vasculaire normale. Si elle reste rouge, c’est une érythème fixe de stade 1.

Étape 4 : Palper et apprécier la texture

Passez délicatement la main pour détecter :

  • Chaleur locale (inflammation débutante)
  • Induration ou œdème sous-cutané
  • Modification de la consistance (ramollissement, crépitation)

Étape 5 : Documenter immédiatement

Notez localisation, stade, taille, couleur, présence d’exsudat. Photographiez si possible (avec accord du résident ou de son représentant).

Étape 6 : Déclencher l’alerte et la prise en charge

Signalez sans délai à l’IDEC ou l’infirmier(ère) toute anomalie. L’optimisation du planning des aides-soignantes permet de garantir une continuité de surveillance entre les équipes.

Zone Position d’inspection Signes d’alerte
Sacrum Décubitus dorsal Rougeur persistante, macération
Talons Jambes relevées Phlyctène, nécrose débutante
Ischions Assis, penché en avant Induration douloureuse
Trochanters Décubitus latéral Érythème fixe, chaleur
Coudes/omoplates Divers selon mobilité Sécheresse, desquamation

Conseil opérationnel : Formez l’ensemble de l’équipe à ce protocole lors d’ateliers pratiques. Utilisez des supports visuels (photos anonymisées, schémas) pour homogénéiser les pratiques.


Intégrer la prévention active dans le soin quotidien : bonnes pratiques à systématiser

La prévention des escarres ne se limite pas à l’observation. Elle repose sur des gestes techniques simples mais indispensables, réalisés à chaque toilette.

Changements de position réguliers

Même lors de la toilette, évitez les appuis prolongés sur une même zone. Alternez décubitus dorsal, latéral droit, latéral gauche. Idéalement, repositionnez le résident toutes les 2 à 3 heures.

Hydratation cutanée et protection

Appliquez systématiquement une crème barrière sur les zones à risque après séchage. Les produits à base d’oxyde de zinc ou de diméticone forment un film protecteur contre l’humidité.

  • Massez doucement sans frictionner (risque de lésion des capillaires fragiles)
  • Évitez l’alcool ou les produits irritants
  • Privilégiez des lingettes douces ou des gants de toilette jetables

Gestion de l’incontinence

L’humidité chronique multiplie par cinq le risque d’escarre. Changez immédiatement toute protection souillée. Nettoyez, séchez et appliquez une barrière cutanée.

L’utilisation d’une litière numérique peut optimiser la détection précoce des épisodes d’incontinence et réduire le temps d’exposition.

Nutrition et hydratation

Une peau bien nourrie résiste mieux à la pression. Signalez tout signe de dénutrition au médecin coordonnateur. L’aide au repas doit être personnalisée pour garantir des apports suffisants en protéines, vitamines (A, C, E) et zinc.

Choix du matériel anti-escarre

  • Matelas à air alterné ou mousse haute densité
  • Coussins de positionnement pour talons et coudes
  • Draps sans plis (facteur de cisaillement)

La HAS recommande l’évaluation hebdomadaire du risque chez tout résident à risque modéré ou élevé.

Conseil opérationnel : Créez un « kit escarre » mobile avec tout le matériel nécessaire (crèmes, protections, coussins, fiche de suivi). Installez-le dans chaque office soins pour gagner du temps et sécuriser les pratiques.


Traçabilité, coordination et montée en compétence : les leviers organisationnels indispensables

La prévention des escarres ne repose pas uniquement sur les gestes techniques. Elle exige une coordination renforcée entre tous les acteurs et une culture de traçabilité systématique.

Structurer la transmission d’informations

Chaque constatation lors de la toilette doit être documentée et transmise lors des relèves. Utilisez un outil de suivi partagé (papier ou numérique) pour assurer la continuité entre les équipes de jour, de nuit et de week-end.

Les éléments à tracer :

  1. Date et heure de l’observation
  2. Localisation précise (schéma corporel)
  3. Stade de l’escarre (classification NPUAP/EPUAP)
  4. Actions immédiates mises en œuvre
  5. Nom du soignant

Le travail de nuit en EHPAD doit également inclure une inspection cutanée systématique lors du change nocturne.

Former et accompagner les équipes

Les escarres constituent un sujet récurrent de formation continue. Pourtant, les pratiques restent hétérogènes faute de supports pédagogiques adaptés.

Organisez des sessions courtes (15-20 minutes) sur :

  • La reconnaissance des stades précoces
  • Les gestes de prévention (positionnement, effleurage, hydratation)
  • L’utilisation des outils (échelles de risque, fiches de suivi)

Des supports comme le Pack Intégral : Soins & Accompagnement Quotidien offrent des ressources prêtes à l’emploi pour harmoniser les pratiques.

Impliquer l’IDEC et les référents escarres

L’infirmier coordinateur joue un rôle clé dans :

  • La mise à jour des protocoles
  • L’analyse des indicateurs (incidence, prévalence)
  • La coordination avec le médecin coordonnateur et les prestataires (pharmacie, matériel médical)

Désignez un référent escarre par unité. Cette personne relaie les bonnes pratiques, détecte les dérives et facilite la remontée d’information.

Intégrer la prévention dans les évaluations qualité

La certification des EHPAD évalue désormais la prévention et le traitement des escarres comme critère de qualité des soins. Anticipez les attendus HAS en :

  • Documentant chaque action préventive
  • Analysant les événements indésirables
  • Révisant régulièrement les protocoles

Conseil opérationnel : Planifiez un audit interne trimestriel de vos pratiques de prévention. Impliquez les équipes dans l’analyse des écarts et la définition d’actions correctives.


Faire de la toilette un temps fort de prévention et de dignité

La toilette n’est pas qu’un acte technique. C’est un moment relationnel privilégié où se joue la qualité de l’accompagnement. Intégrer l’inspection systématique des cinq zones à risque transforme ce temps en véritable levier de prévention.

Chaque soignant devient acteur de la sécurité du résident. La vigilance collective, outillée par des protocoles clairs et une traçabilité rigoureuse, permet de réduire drastiquement l’incidence des escarres.

Les bénéfices dépassent la seule dimension clinique :

  • Moins de souffrances pour les résidents
  • Réduction des coûts de prise en charge (pansements, hospitalisations)
  • Valorisation du travail des équipes
  • Amélioration des indicateurs qualité

Pour garantir cette dynamique, trois conditions sont indispensables :

  1. Former régulièrement : proposez des ateliers pratiques, des quiz et des retours d’expérience.
  2. Équiper correctement : investissez dans du matériel adapté et des produits de soin de qualité.
  3. Tracer systématiquement : documentez chaque observation pour assurer continuité et réactivité.

Les EHPAD qui réussissent ne laissent rien au hasard. Ils structurent, forment, équipent. Et surtout, ils valorisent chaque geste de prévention comme un acte de bientraitance fondamental.


FAQ : vos questions fréquentes sur la prévention des escarres pendant la toilette

À quelle fréquence faut-il inspecter les zones à risque chez un résident alité ?
L’inspection doit être quotidienne, idéalement lors de chaque toilette complète. Chez un résident à risque élevé (immobilité totale, dénutrition), une vérification à chaque mobilisation (toutes les 2-3 heures) est recommandée.

Peut-on masser une rougeur pour prévenir l’escarre ?
Non. Le massage appuyé sur une zone rouge peut aggraver les lésions des capillaires fragiles. Privilégiez un effleurage doux et l’application d’une crème protectrice sans friction.

Qui doit être alerté en cas de découverte d’une rougeur persistante ?
Signalez immédiatement l’IDEC ou l’infirmier(ère) de l’unité. L’information doit figurer dans le dossier de soins et être transmise au médecin coordonnateur si nécessaire. Une traçabilité systématique est indispensable pour assurer le suivi et adapter la prise en charge.

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