Vous êtes IDEC depuis trois ans. Vous avez tenu bon pendant la crise sanitaire, géré les conflits d’équipe, assumé les injonctions contradictoires. Aujourd’hui, vous consultez les offres d’emploi en libéral ou en clinique. Pas par lâcheté. Par lucidité. Parce qu’on vous a transformé en fusible plutôt qu’en pilote. Et que personne, jamais, ne parle des vraies raisons qui poussent les IDEC à claquer la porte. Alors brisons le silence : voici ce qu’on ne vous dit jamais sur votre métier, et surtout, comment reprendre le pouvoir.
Sommaire
- On vous a vendu un poste de coordination, on vous impose un rôle de pompier
- L’hypocrisie institutionnelle : quand la qualité devient un slogan vide
- Le management toxique qui broie les IDEC : reconnaissance zéro, exigences maximales
- Rémunération, reconnaissance, carrière : l’impasse salariale qui achève les vocations
- Reprendre le pouvoir : manifeste pour des IDEC debout, pas à genoux
On vous a vendu un poste de coordination, on vous impose un rôle de pompier
Le mensonge commence dès la fiche de poste. Vous pensiez coordonner les soins, structurer les projets de soins personnalisés, piloter la qualité. Dans les faits, vous passvos journées à éteindre les incendies : gérer les absences non remplacées, arbitrer entre l’ASD qui craque et l’AS qui menace de partir, rassurer les familles furieuses parce que Mme Dupont a encore attendu deux heures pour être changée.
La réalité du terrain en 2025 :
- Vous faites office de remplaçant(e) systématique dès qu’un trou apparaît dans le planning
- Vos projets de formation ou d’amélioration continue restent dans les tiroirs
- Votre temps de coordination réel ? Moins de 30% de votre semaine
- Le reste ? De la gestion de crise permanente et de la paperasse administrative
« Je suis devenue IDEC pour sortir du soin direct, pas pour faire l’IDE de base sans reconnaissance ni temps de réflexion. »
Pourquoi cette dérive ? Parce que la direction trouve plus simple d’utiliser votre polyvalence que de restructurer l’organisation. Parce qu’admettre que le ratio de personnel est insuffisant coûterait de l’argent. Parce que vous acceptez, jour après jour, de boucher les trous « juste pour cette fois ».
La solution radicale : Posez vos limites par écrit. Rédigez un relevé de décisions après chaque réunion où l’on vous demande de « dépanner ». Documentez le temps réellement consacré à votre mission de coordination versus celui passé en suppléance. Présentez ces données en CODIR avec une proposition concrète : soit vous avez les moyens de votre fonction, soit vous redéfinissez contractuellement votre poste. La transparence est votre seule arme contre l’instrumentalisation.
L’hypocrisie institutionnelle : quand la qualité devient un slogan vide
On vous parle projet d’établissement, démarche qualité, bientraitance. On vous demande des protocoles, des audits, des indicateurs. Puis, au moment crucial, on vous refuse le budget pour former l’équipe à la contention, on réduit le temps d’IDE de nuit, on accepte des résidents lourds sans renforcer l’encadrement.
Les injonctions paradoxales que vous subissez :
- « Améliorez la prise en charge des troubles du comportement » (sans psychologue, sans formation Humanitude, sans temps dédié)
- « Réduisez les hospitalisations évitables » (avec un médecin coordonnateur absent et des protocoles d’urgence obsolètes)
- « Soyez exemplaire sur l’hygiène » (alors que vous manquez de matériel de base depuis six mois)
Cette double contrainte est toxique. Elle transforme votre mission en imposture. Vous signez des documents qualité que vous savez inapplicables. Vous maquillez les dysfonctionnements pour les évaluations HAS. Vous mentez par omission aux familles.
Le coût psychique est énorme. Vous n’êtes plus dans le soin, vous êtes dans la gestion de façade. Et le jour où un événement indésirable grave survient, devinez qui devient responsable ? Vous. Pas la direction qui a refusé les moyens. Pas le groupe qui privilégie la rentabilité. Vous, l’IDEC, seul(e) face à l’ARS et aux familles.
Comment sortir de ce piège ? Tracez une ligne rouge éthique. Formalisez par écrit chaque demande de moyens refusée, chaque alerte remontée sans suite. Constituez votre « dossier de couverture » : mails, comptes-rendus, registres d’événements indésirables. Et surtout, impliquez systématiquement le médecin coordonnateur et le directeur dans chaque décision à risque. Vous n’êtes pas seul(e) responsable : cessez d’accepter cette charge seul(e). Pour ceux qui souhaitent structurer leur démarche et sécuriser leur pratique au quotidien, un outil comme le guide SOS IDEC peut s’avérer précieux pour cartographier vos responsabilités réelles et construire un cadre d’action protecteur.
Le management toxique qui broie les IDEC : reconnaissance zéro, exigences maximales
Parlons franchement du rapport de force. Vous êtes cadre, mais cadre intermédiaire. Pris(e) en sandwich entre des équipes épuisées qui vous reprochent de « ne plus être du terrain » et une direction qui vous voit comme un relais docile de ses décisions budgétaires.
Les signaux du management toxique :
- On vous convoque pour résoudre des conflits d’équipe sans vous donner le pouvoir de décision sur les ressources humaines
- On valide vos propositions en réunion, puis on les enterre discrètement
- On vous demande des rapports détaillés qu’on ne lit jamais
- On vous reproche la démotivation des équipes qu’on refuse de renforcer
- On ignore vos alertes sur les risques jusqu’à ce qu’un incident éclate, puis on vous demande « pourquoi vous n’avez rien dit »
Cette violence managériale silencieuse détruit les IDEC de l’intérieur. Vous n’avez ni la légitimité opérationnelle (décider des recrutements, des sanctions, des organisations), ni la reconnaissance symbolique (salaire aligné sur les responsabilités, formation continue, temps de régulation).
Résultat ? Vous devenez la courroie de transmission des mauvaises nouvelles. Vous perdez la confiance des soignants qui vous voient comme « de l’autre côté ». Vous perdez l’estime des directions qui vous jugent « trop terrain, pas assez stratégique ». Vous n’êtes plus nulle part. Vous êtes seul(e).
La riposte nécessaire : Réappropriez-vous votre pouvoir d’expertise. Vous n’êtes pas un exécutant, vous êtes un stratège du soin. Imposez des rituels managériaux non négociables : point hebdomadaire avec la direction (15 minutes, pas d’annulation), instance mensuelle de régulation d’équipe, droit de veto sur l’admission de résidents dont le profil dépasse les capacités de l’établissement. Et si ces conditions ne sont pas remplies ? Actez formellement que vous travaillez en « mode dégradé » et documentez les conséquences sur la qualité des soins. Ce n’est pas de la rébellion, c’est de la responsabilité professionnelle.
Rémunération, reconnaissance, carrière : l’impasse salariale qui achève les vocations
Soyons brutalement honnêtes : vous gagnez à peine plus qu’une IDE de base, pour un niveau de stress et de responsabilité sans commune mesure. En 2025, un IDEC en EHPAD oscille entre 2 400 et 2 900 € nets. Un IDE libéral avec la même ancienneté ? 3 500 à 4 500 €, en choisissant ses horaires.
La réalité économique qui vous fait partir :
- Aucune reconnaissance financière des compétences acquises (formation continue, diplômes universitaires)
- Pas de prime significative malgré l’élargissement continu des missions
- Aucune perspective d’évolution autre que quitter l’EHPAD
- Des offres en clinique, HAD ou coordination libérale qui proposent 20 à 30% de plus pour moins de charge mentale
Ajoutez à cela l’épuisement émotionnel : voir partir les collègues un(e) à un(e), gérer la culpabilité de ne pas pouvoir mieux faire, absorber la souffrance des résidents et des familles sans soupape de décompression.
La goutte d’eau ? Quand vous réalisez qu’on vous demande de « faire toujours plus avec moins » pendant que le groupe investit dans le marketing ou les locaux d’accueil. Quand vous découvrez que le nouveau directeur, sans expérience médico-sociale, gagne le double de votre salaire. Quand on refuse votre demande de formation à 800 € alors qu’on vient de refaire la décoration du hall.
Ce que vous devez faire : Négociez. Vraiment. Pas timidement. Préparez un dossier de revalorisation annuel : formation continue suivie, projets menés, indicateurs d’amélioration. Fixez un montant et un calendrier. Si refus, posez la question : « Quel est mon plan de carrière dans cet établissement ? » S’il n’y en a pas, vous avez votre réponse. Et chercher ailleurs n’est pas une trahison, c’est du respect de soi.
Reprendre le pouvoir : manifeste pour des IDEC debout, pas à genoux
Vous n’êtes pas une variable d’ajustement. Vous n’êtes pas un pansement sur une organisation qui fuit. Vous êtes le garant de la qualité et de la sécurité des soins. Vous êtes l’interface entre la logique gestionnaire et la réalité du soin. Vous êtes l’architecte du bien-être en établissement.
Mais cette fonction, vous devez la reconquérir.
Arrêtez d’accepter l’inacceptable au nom de la « solidarité » ou du « bien des résidents ». C’est en acceptant de travailler en mode dégradé que vous légitimez ce mode dégradé. C’est en vous sacrifiant que vous permettez au système de continuer sans changer.
Les actes de résistance constructive :
- Formalisez tout : Chaque alerte, chaque demande refusée, chaque surcharge de travail. La traçabilité est votre bouclier juridique.
- Créez des alliances : Avec les autres cadres, avec le médecin coordonnateur, avec les représentants du personnel. Vous n’êtes pas seul(e) à subir les dysfonctionnements.
- Refusez les missions hors cadre : Si on vous demande de faire l’accueil, la compta ou le ménage « juste pour dépanner », dites non. Redirigez vers qui de droit.
- Exigez de la transparence : Accédez aux indicateurs financiers, aux taux d’occupation, aux marges. Vous pilotez les soins, vous devez connaître les contraintes budgétaires réelles.
- Préparez votre sortie : Pas par défaitisme, par pragmatisme. Maintenez votre réseau, actualisez votre CV, identifiez les opportunités. Le pouvoir de négociation vient de la capacité à partir.
2025 n’est pas l’année de l’adaptation silencieuse. C’est celle de la reprise en main.
Les IDEC qui restent et qui réussissent ne sont pas ceux qui se résignent. Ce sont ceux qui imposent leurs conditions, qui tracent des lignes rouges, qui font du bruit quand c’est nécessaire. Ceux qui transforment leur expertise en pouvoir de négociation.
Vous méritez un métier à la hauteur de vos compétences. Vous méritez une rémunération décente. Vous méritez de ne pas vous coucher chaque soir avec le poids de l’institution sur les épaules.
Alors cessez d’attendre qu’on vous reconnaisse. Imposez-vous.
Les résidents ont besoin d’IDEC solides, pas épuisés. Les équipes ont besoin de leaders légitimes, pas de fusibles résignés. Et vous, vous avez besoin de retrouver le sens de ce métier que vous avez choisi.
Le changement ne viendra pas d’en haut. Il viendra de vous, de votre refus de plier, de votre capacité à dire « non » quand il le faut, et « voici comment on fait » quand c’est possible.
Debout. Pas à genoux.

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