Les plaies complexes constituent un défi quotidien en EHPAD. Environ 30 % des résidents présentent au moins une plaie chronique, dont la moitié évoluent vers des retards de cicatrisation ou des infections. Ces situations mobilisent du temps soignant, nécessitent des matériels coûteux et exposent les équipes à un risque médico-légal. Pourtant, avec des protocoles adaptés, une formation ciblée et un matériel approprié, la majorité de ces complications sont évitables. Cet article vous guide pas à pas pour accompagner vos résidents en toute sécurité et conformité.
Sommaire
- Comprendre les plaies complexes en EHPAD : typologie, enjeux et facteurs de risque
- Les protocoles de cicatrisation selon les recommandations HAS : de la détersion au bourgeonnement
- Former les équipes aux gestes techniques et à la prévention des infections
- Matériel spécialisé et dispositifs médicaux : choisir, stocker et optimiser les coûts
- Prévenir les complications : protocoles de surveillance et coordination pluridisciplinaire
- Mettre en œuvre une stratégie gagnante pour la sécurité et le bien-être des résidents
- FAQ – Questions fréquentes
Comprendre les plaies complexes en EHPAD : typologie, enjeux et facteurs de risque
Les plaies complexes regroupent toutes les lésions cutanées dont la cicatrisation est compromise ou retardée : escarres, ulcères veineux ou artériels, plaies du pied diabétique, plaies chirurgicales infectées ou dermatites associées à l’incontinence. Elles partagent des caractéristiques communes : chronicité, atonie tissulaire, présence de nécrose ou de biofilm, risque infectieux élevé.
En EHPAD, plusieurs facteurs aggravent la situation. La polymorbidité (diabète, insuffisance veineuse, dénutrition) ralentit la cicatrisation. L’immobilité prolongée favorise les escarres, notamment au sacrum, aux talons et aux trochanters. La dénutrition protéino-énergétique, présente chez près de 40 % des résidents, compromet la synthèse de collagène. Enfin, la polypharmacie (corticoïdes, anticoagulants) interfère avec les processus physiologiques de réparation tissulaire.
Le coût direct d’une escarre de stade 3 ou 4 peut atteindre 15 000 à 20 000 euros par an pour l’établissement, sans compter l’impact sur la qualité de vie du résident et la charge psychologique des équipes. La Haute Autorité de Santé (HAS) insiste depuis 2020 sur la nécessité d’une prise en charge structurée, pluridisciplinaire et tracée.
Conseil pratique immédiat :
Établissez un registre des plaies actualisé chaque semaine, avec photos datées, stade, surface et traitement en cours. Cet outil sécurise la traçabilité et facilite le suivi médical.
Les protocoles de cicatrisation selon les recommandations HAS : de la détersion au bourgeonnement
La HAS a publié en 2023 une actualisation de ses recommandations sur la prise en charge des plaies chroniques. Elle distingue quatre phases physiologiques : détersion, bourgeonnement, épidermisation et maturation. Chaque phase appelle un type de pansement spécifique et une réévaluation régulière.
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J’accède au stock illimitéPhase 1 : Détersion
L’objectif est d’éliminer les tissus nécrotiques et le biofilm. Deux méthodes coexistent : la détersion mécanique (chirurgicale, réalisée par un médecin ou une infirmière formée) et la détersion autolytique (pansements hydrogels, hydrocolloïdes). En EHPAD, l’autolytique est souvent privilégiée pour limiter la douleur et le stress chez les résidents fragiles.
Exemple concret :
Un résident de 82 ans, diabétique, présente une escarre sacrée stade 3 avec nécrose sèche. L’IDE applique un hydrogel recouvert d’un film semi-perméable, renouvelé tous les 2 jours. En 10 jours, la nécrose se ramollit et peut être retirée en douceur.
Phase 2 : Bourgeonnement
La plaie devient rouge vif, le tissu de granulation apparaît. Les pansements hydrofibrés (alginate de calcium, hydrofibres) ou hydrocellulaires sont recommandés. Ils maintiennent un milieu humide favorable à la prolifération cellulaire tout en absorbant les exsudats.
Phase 3 et 4 : Épidermisation et maturation
Les pansements siliconés, interfaces ou tulles gras non adhérents prennent le relais. L’objectif : protéger le néo-épithélium fragile et éviter tout traumatisme lors des changements.
Citation clé : « Un pansement mal choisi peut retarder la cicatrisation de plusieurs semaines et augmenter le risque infectieux. » – Guide HAS cicatrisation 2023
Tableau récapitulatif par phase :
| Phase | Aspect de la plaie | Pansement recommandé | Fréquence de renouvellement |
|---|---|---|---|
| Détersion | Nécrose, fibrine | Hydrogel, hydrocolloïde | 2 à 3 jours |
| Bourgeonnement | Rouge, granuleux | Alginate, hydrofibre | 2 à 4 jours |
| Épidermisation | Rose pâle, bordures fines | Hydrocellulaire, interface | 3 à 7 jours |
| Maturation | Peau fine, fragile | Tulle gras, silicone | Selon besoin |
Action immédiate :
Rédigez ou actualisez vos fiches techniques de pansements avec photos, indications, contre-indications et mode opératoire. Diffusez-les dans chaque poste de soins.
Former les équipes aux gestes techniques et à la prévention des infections
Les erreurs de pansement sont fréquentes en EHPAD : mauvaise asepsie, pansements trop serrés, renouvellement trop fréquent générant des microtraumatismes. Ces pratiques augmentent le risque d’infection nosocomiale, principale cause de retard de cicatrisation.
Quels sont les prérequis de formation pour les IDE et AS ?
Les infirmiers doivent maîtriser :
- L’évaluation clinique (stade de la plaie selon classification NPUAP/EPUAP, signes d’infection)
- Le choix du pansement selon la phase de cicatrisation
- Les techniques d’asepsie (désinfection, gants stériles, champs propres)
- La traçabilité (dossier de soins, diagramme de cicatrisation)
Les aides-soignants interviennent en prévention et en surveillance :
- Mobilisation et installation (changements de position toutes les 2 à 3 heures)
- Hygiène cutanée (toilette douce, crèmes barrières)
- Détection précoce des rougeurs, macérations, signes d’alerte
- Transmission immédiate à l’IDE
Exemple terrain :
Un EHPAD de 80 lits en Bretagne a instauré des ateliers pratiques trimestriels animés par l’IDEC et une infirmière experte plaies. Les AS manipulent les pansements, posent des questions, revoient les gestes d’hygiène. En un an, les infections de plaies ont chuté de 40 %.
Comment organiser une formation interne efficace ?
- Identifier un référent plaies au sein de l’équipe (IDE formée DU plaies et cicatrisation).
- Planifier 2 sessions par an (2 heures chacune) avec cas pratiques et mises en situation.
- Diffuser des supports visuels : affiches, vidéos courtes, fiches réflexes.
- Évaluer les acquis par questionnaires ou observations directes en situation réelle.
- Mettre à jour le plan de formation en intégrant les recommandations HAS et les retours d’expérience.
Conseil opérationnel :
Créez une mallette de formation plaies contenant pansements échantillons, gants, compresses, antiseptiques, fiches techniques et photos de cas réels anonymisés. Elle circule entre les étages et facilite l’apprentissage en situation.
Matériel spécialisé et dispositifs médicaux : choisir, stocker et optimiser les coûts
Le choix du matériel est stratégique. Un pansement inadapté coûte plus cher à moyen terme (renouvellements fréquents, complications) qu’un dispositif de qualité. L’Assurance Maladie rembourse la plupart des pansements inscrits sur la Liste des Produits et Prestations Remboursables (LPPR), sous réserve de prescription médicale et de traçabilité.
Quels dispositifs privilégier en EHPAD ?
- Hydrocolloïdes minces : escarres stade 1 et 2, ulcères superficiels, tenue 3 à 7 jours
- Alginates de calcium : plaies exsudatives, détersion, bourgeonnement
- Hydrofibres : exsudats modérés à importants, risque infectieux limité
- Hydrocellulaires : plaies bourgeonnantes, confort, absorption élevée, tenue jusqu’à 7 jours
- Charbon argenté : plaies infectées ou malodorantes, action antimicrobienne
- Interfaces siliconées : épidermisation, protection néo-épithélium, changements sans douleur
Tableau comparatif coût/bénéfice :
| Type de pansement | Coût unitaire moyen | Durée de port | Indication principale |
|---|---|---|---|
| Hydrocolloïde mince | 2 à 4 € | 3 à 7 jours | Escarre stade 1-2 |
| Alginate de calcium | 3 à 6 € | 2 à 4 jours | Détersion, exsudats |
| Hydrocellulaire | 5 à 10 € | 5 à 7 jours | Bourgeonnement, confort |
| Charbon argenté | 8 à 15 € | 3 à 5 jours | Infection, odeurs |
| Interface silicone | 4 à 8 € | 5 à 7 jours | Épidermisation, prévention trauma |
Comment optimiser le stockage et la gestion des stocks ?
- Centraliser le stock dans une armoire sécurisée, climatisée, à l’abri de l’humidité.
- Classer par type, taille, date de péremption (FIFO : First In, First Out).
- Tracer chaque sortie (nom résident, type de pansement, date, prescripteur).
- Réapprovisionner selon consommation moyenne et prévisions (audits trimestriels).
- Former l’équipe logistique à la réglementation LPPR et aux modalités de facturation.
Action immédiate :
Réalisez un inventaire exhaustif de votre stock actuel, identifiez les périmés, les doublons et les manques. Établissez une liste de commande type validée par l’IDEC et le médecin coordonnateur.
Prévenir les complications : protocoles de surveillance et coordination pluridisciplinaire
La prévention primaire reste le levier le plus efficace. Elle repose sur une évaluation systématique des résidents à risque, des mesures d’hygiène rigoureuses et une coordination entre soignants, médecins, diététiciens, kinésithérapeutes et ergothérapeutes.
Comment évaluer le risque de plaies complexes ?
Utilisez des échelles validées :
- Échelle de Braden : mobilité, activité, sensibilité, humidité, nutrition, friction/cisaillement (score < 16 = risque)
- Échelle de Norton : état général, état mental, activité, mobilité, incontinence (score < 14 = risque élevé)
Réalisez l’évaluation à l’admission, puis une fois par mois ou à chaque changement d’état clinique.
Quelles mesures préventives déployer ?
- Mobilisation régulière : changements de position toutes les 2 à 3 heures, verticalisation quotidienne si possible
- Supports de prévention : matelas anti-escarres (mousse viscoélastique, air alterné), coussins de décharge talon
- Hygiène cutanée : nettoyage doux, séchage minutieux des plis, crèmes barrières en cas d’incontinence
- Nutrition adaptée : supplémentation protéino-énergétique si albumine < 30 g/L, hydratation (1,5 L/jour minimum)
- Surveillance quotidienne : inspection systématique des zones à risque (sacrum, talons, trochanters, omoplates)
Exemple concret :
Un EHPAD de 65 lits a mis en place un binôme IDE-AS dédié à la prévention des escarres. Ils réalisent chaque lundi une tournée de dépistage, remplissent les échelles, transmettent au médecin coordonnateur et ajustent les mesures. En 18 mois, l’incidence d’escarres a baissé de 60 %.
Comment assurer la coordination pluridisciplinaire ?
- Réunion plaies mensuelle : IDEC, médecin coordonnateur, diététicienne, kinésithérapeute, AS référents
- Dossier de soins partagé : traçabilité des plaies, photos, évolution, prescriptions, transmissions
- Protocoles écrits : détersion, pansements, prévention, conduite à tenir en cas d’infection
- Formation continue : plan annuel incluant plaies, nutrition, mobilisation, hygiène
- Indicateurs de suivi : prévalence, incidence, délai de cicatrisation, taux d’infection, coût
Conseil pratique :
Désignez un référent plaies par unité de soins. Il centralise les informations, alerte en cas de complication, anime les réunions, met à jour les protocoles et les fiches techniques.
Mettre en œuvre une stratégie gagnante pour la sécurité et le bien-être des résidents
La prise en charge des plaies complexes en EHPAD n’est plus une option mais une obligation de qualité et de sécurité. Les recommandations HAS 2023, la réglementation en vigueur et les attentes des familles imposent une montée en compétences collective et une rigueur dans l’exécution des protocoles.
Les clés du succès reposent sur quatre piliers :
- Évaluation systématique des résidents à risque dès l’admission, réévaluée mensuellement.
- Formation régulière des équipes IDE et AS, avec supports visuels, cas pratiques et retours d’expérience.
- Matériel adapté : pansements conformes LPPR, dispositifs de prévention (matelas, coussins), stock organisé et tracé.
- Coordination pluridisciplinaire : réunions mensuelles, dossier partagé, référent plaies identifié, indicateurs suivis.
Les bénéfices sont multiples : réduction des infections, accélération de la cicatrisation, diminution des coûts, amélioration du confort des résidents et sécurisation médico-légale de l’établissement.
À retenir : Une plaie bien évaluée, traitée selon les recommandations HAS et surveillée en équipe cicatrise en moyenne 30 % plus vite qu’une plaie prise en charge sans protocole.
Passez à l’action dès aujourd’hui :
- Auditez vos pratiques actuelles (grille d’auto-évaluation HAS disponible en ligne).
- Identifiez un référent plaies et planifiez une première réunion d’équipe.
- Commandez les supports de formation et actualisez vos fiches techniques.
- Mettez en place un registre des plaies et un suivi photographique systématique.
FAQ – Questions fréquentes
Qui peut réaliser un pansement complexe en EHPAD ?
Seuls les infirmiers diplômés d’État sont habilités à réaliser des pansements complexes (détersion, application de dispositifs spécifiques, surveillance infectieuse). Les aides-soignants peuvent participer à la prévention, l’hygiène cutanée et la surveillance, mais pas à l’exécution technique sous réserve de délégation encadrée.
Combien de temps faut-il pour cicatriser une escarre de stade 3 ?
En moyenne, 6 à 12 semaines si le protocole est respecté, le résident bien nourri et les facteurs de risque corrigés. Un retard peut indiquer une infection, une dénutrition persistante ou un pansement inadapté.
Quels sont les signes d’infection d’une plaie à surveiller ?
– Augmentation de la douleur
– Rougeur et chaleur péri-lésionnelle
– Écoulement purulent, odeur nauséabonde
– Fièvre, altération de l’état général
– Retard de cicatrisation malgré traitement adapté
En cas de doute, prélèvement bactériologique et avis médical immédiat sont indispensables.

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