La pénurie d’infirmiers qualifiés en EHPAD n’a jamais été aussi critique. En 2025, le secteur médico-social fait face à un double défi : attirer des profils compétents dans un contexte de compétition accrue avec les hôpitaux et les services de soins à domicile, tout en fidélisant les équipes en place pour réduire le turnover. Pour les directeurs et les comités de direction, repenser les stratégies RH devient une urgence opérationnelle. Cet article propose des leviers concrets pour bâtir un plan de recrutement efficace, optimiser la politique de rémunération, améliorer la qualité de vie au travail et structurer un processus d’embauche sécurisé.
Sommaire
- Comprendre les causes de la pénurie et du turnover en EHPAD
- Bâtir une politique de rémunération et d’avantages sociaux compétitive
- Améliorer la qualité de vie au travail et le management de proximité
- Structurer un plan de recrutement efficace et une grille d’entretien adaptée
- Faire du recrutement et de la fidélisation un projet stratégique durable
- Mini-FAQ : Réponses rapides aux questions essentielles
Comprendre les causes de la pénurie et du turnover en EHPAD
Le secteur des EHPAD subit une crise structurelle des ressources infirmières. Selon les dernières études de la DREES, près de 40 % des établissements rencontrent des difficultés de recrutement pour les postes d’infirmiers. Les raisons sont multiples et souvent cumulatives.
Un secteur en tension face à la concurrence hospitalière
Les hôpitaux offrent des grilles salariales plus attractives, des possibilités d’évolution plus diversifiées et une reconnaissance symbolique encore forte. Les EHPAD, régis par la convention collective 1966, proposent des rémunérations souvent perçues comme inférieures à celles du secteur public hospitalier. Cette différence, même minime, pèse dans les arbitrages de carrière des jeunes diplômés.
De plus, la charge mentale liée à l’accompagnement de fin de vie, le manque de reconnaissance sociale du métier en EHPAD et la complexité croissante des profils de résidents (polypathologies, troubles cognitifs) accentuent l’usure professionnelle.
En 2025, 1 infirmier sur 3 quitte son poste en EHPAD dans les deux premières années, principalement pour rejoindre un établissement hospitalier ou réorienter sa carrière.
Les attentes nouvelles des infirmiers
Les nouvelles générations d’infirmiers placent la qualité de vie au travail au cœur de leurs critères de choix. Ils recherchent :
- Des horaires prévisibles et une organisation du travail respectueuse de l’équilibre vie professionnelle / vie personnelle.
- Un management bienveillant et participatif.
- Des opportunités de formation continue et de spécialisation (gérontologie, soins palliatifs, plaies et cicatrisation).
- Une reconnaissance tant financière que symbolique (responsabilités, autonomie, valorisation des compétences).
Conseil opérationnel : Avant de lancer un recrutement, réalisez un diagnostic RH interne. Interrogez vos équipes sur leurs attentes, leurs frustrations et les raisons des départs récents. Cette analyse vous permettra d’ajuster votre package attractif et vos arguments de marque employeur.
Bâtir une politique de rémunération et d’avantages sociaux compétitive
La rémunération reste le premier levier d’attractivité. Mais elle ne suffit plus. En 2025, les EHPAD qui attirent les meilleurs profils combinent salaire de base, primes, avantages sociaux et mesures d’accompagnement.
Optimiser la grille salariale dans le cadre de la Convention Collective 1966
La convention collective 1966 fixe les minima salariaux, mais elle laisse une marge de manœuvre pour négocier des compléments. Voici comment structurer une offre compétitive :
| Élément de rémunération | Exemple de mise en œuvre |
|---|---|
| Salaire de base | Positionnement au-dessus du minimum conventionnel (+5 à 10 %) |
| Prime d’expérience | 50 à 150 € brut/mois selon ancienneté |
| Prime de nuit/dimanche | Majoration de 25 % minimum |
| Prime de responsabilité | Pour IDEC ou référents thématiques (100 à 200 €) |
| 13ᵉ mois ou prime annuelle | Versement conditionné à l’ancienneté (6 mois minimum) |
Enrichir le package avec des avantages sociaux concrets
Les avantages sociaux font souvent la différence lors de l’arbitrage final d’un candidat. Privilégiez des mesures immédiatement perceptibles :
- Mutuelle d’entreprise avec prise en charge employeur à 60–80 %.
- Titres-restaurant ou forfait repas sur place à tarif réduit.
- Participation aux frais de transport ou de garde d’enfants.
- Jours de congés supplémentaires (ancienneté, engagement associatif).
- Accès facilité à la formation avec prise en charge totale et maintien de salaire.
Exemple concret : Un EHPAD en Île-de-France a mis en place un forfait mobilité durable de 300 €/an pour les salariés venant à vélo ou en covoiturage. Ce dispositif, peu coûteux, a fortement amélioré l’image employeur et fidélisé l’équipe.
Proposer un parcours d’évolution professionnelle clair
Les infirmiers recherchent des perspectives. Formalisez un plan de carrière visible dès le recrutement :
- Accueil et intégration : tutorat sur 3 mois avec référent dédié.
- Montée en compétences : formations certifiantes en gérontologie, hygiène, douleur.
- Évolution vers l’IDEC : accompagnement au diplôme de cadre de santé ou à la VAE.
- Responsabilités transversales : référent qualité, hygiène, bientraitance.
Conseil opérationnel : Intégrez dans votre grille d’entretien de recrutement une rubrique dédiée aux aspirations professionnelles du candidat. Montrez que vous avez un projet pour lui, pas seulement un poste à pourvoir.
Améliorer la qualité de vie au travail et le management de proximité
La qualité de vie au travail (QVT) est devenue un critère de choix décisif. Elle repose sur trois piliers : organisation, management et reconnaissance.
Repenser l’organisation du travail
Les infirmiers en EHPAD dénoncent souvent la surcharge de tâches administratives, les interruptions constantes et le manque de temps pour la relation avec les résidents. Voici des leviers actionnables :
- Délégation d’actes : confier la distribution de certains médicaments aux aides-soignants après formation (selon protocoles validés).
- Assistants administratifs : libérer du temps infirmier en externalisant la gestion des dossiers, des plannings et des commandes.
- Plages horaires dédiées : réserver des créneaux pour la transmission, la coordination et la réflexion clinique.
- Outils numériques : logiciels de gestion de soins intégrés, tablettes pour la traçabilité au lit du résident.
Exemple concret : Un EHPAD de 80 lits en Auvergne a instauré des temps de coordination hebdomadaires de 2 heures, rémunérés et protégés. Le turnover infirmier a chuté de 35 % en un an.
Former les managers à un leadership bienveillant
Le management de proximité est souvent le premier motif de démission. Les directeurs et IDEC doivent être formés aux pratiques managériales modernes :
- Écoute active et disponibilité régulière (entretiens individuels trimestriels).
- Feedback constructif et valorisation des réussites.
- Gestion des conflits et médiation.
- Droit à l’erreur : instaurer une culture de l’amélioration continue plutôt que de la sanction.
Un infirmier qui se sent écouté, soutenu et valorisé par son manager a 3 fois plus de chances de rester dans l’établissement au-delà de 5 ans.
Créer des espaces de convivialité et de reconnaissance
La reconnaissance passe aussi par des gestes symboliques et des moments partagés :
- Cérémonie de bienvenue pour chaque nouvelle recrue.
- Événements d’équipe : repas de fin d’année, journées à thème, challenges QVT.
- Mise en lumière des initiatives : tableau d’honneur, newsletter interne, réseaux sociaux de l’établissement.
Conseil opérationnel : Lancez un baromètre QVT annuel anonyme. Les résultats vous guideront pour prioriser vos actions et démontrer votre engagement auprès des équipes.
Structurer un plan de recrutement efficace et une grille d’entretien adaptée
Recruter en EHPAD en 2025 nécessite une stratégie multicanale, une marque employeur affirmée et un processus de sélection structuré pour attirer et sécuriser les meilleurs profils.
Développer une marque employeur visible
Les candidats recherchent des informations avant de postuler. Soyez présents où ils se trouvent :
- Site carrière dédié : pages métiers, témoignages vidéo, valeurs de l’établissement.
- Réseaux sociaux professionnels : LinkedIn, pages Facebook locales, groupes spécialisés.
- Partenariats avec les IFSI : interventions, stages, promesses d’embauche pour les étudiants.
- Participation à des forums emploi et salons régionaux.
Exemple concret : Un groupement d’EHPAD en Bretagne a créé une chaîne YouTube avec des portraits d’infirmiers en poste, expliquant leur quotidien et leur parcours. Le nombre de candidatures spontanées a doublé en 6 mois.
Utiliser une grille d’entretien de recrutement structurée
Une grille d’entretien harmonisée garantit l’équité, la traçabilité et la pertinence des choix. Elle doit couvrir :
| Critère évalué | Questions exemples | Points d’attention |
|---|---|---|
| Compétences techniques | Gestion des plaies, soins palliatifs, protocoles d’urgence | Vérifier l’expérience concrète |
| Savoir-être | Gestion du stress, travail en équipe, communication | Observer les attitudes et le discours |
| Motivations | Pourquoi l’EHPAD ? Projets professionnels ? | Identifier l’adéquation avec le projet d’établissement |
| Disponibilité | Horaires, flexibilité, contraintes personnelles | Anticiper les tensions organisationnelles |
| Adaptation | Expérience en gériatrie, connaissance des pathologies du grand âge | Évaluer la capacité à monter en compétences |
Questions fréquentes intégrées :
Comment évaluer la motivation réelle d’un candidat pour l’EHPAD ?
Posez des questions ouvertes sur son expérience en gériatrie, ses valeurs, ce qu’il recherche dans un poste. Un candidat motivé parlera spontanément de la relation aux résidents, de l’accompagnement et de l’esprit d’équipe.
Faut-il privilégier l’expérience ou le potentiel ?
En contexte de pénurie, privilégiez le potentiel et la motivation. Un jeune diplômé bien accompagné peut devenir un pilier de l’équipe. Prévoyez un tutorat renforcé et des formations ciblées.
Sécuriser l’intégration pour fidéliser dès le départ
Le turnover est souvent lié à une intégration ratée. Instaurez un parcours d’intégration structuré :
- J-7 : envoi d’un livret d’accueil, des documents administratifs et du planning de la première semaine.
- J1 : visite de l’établissement, présentation de l’équipe, remise des équipements.
- Semaine 1 : accompagnement en binôme, formation aux outils internes.
- Mois 1 : entretien d’étape avec l’IDEC, ajustement des missions.
- Mois 3 : entretien de fin de période d’essai, retour d’expérience, formalisation des objectifs.
Conseil opérationnel : Désignez un tuteur référent pour chaque nouvelle recrue. Ce binôme facilite l’adaptation, répond aux questions et rassure le nouvel arrivant.
Faire du recrutement et de la fidélisation un projet stratégique durable
En 2025, recruter et fidéliser les infirmiers en EHPAD ne relève plus de la simple gestion administrative. C’est un projet stratégique qui engage la direction, mobilise le comité de direction et implique l’ensemble des équipes.
Impliquer le comité de direction dans la stratégie RH
La fonction RH ne peut plus être isolée. Le directeur, l’IDEC, le responsable d’hébergement et les membres du codir doivent partager une vision commune et des objectifs chiffrés :
- Objectif de turnover : réduire de 20 % le taux de départ sur 2 ans.
- Délais de recrutement : pourvoir un poste vacant en moins de 60 jours.
- Taux de satisfaction QVT : atteindre 75 % de réponses positives au baromètre annuel.
Exemple concret : Un EHPAD associatif en Nouvelle-Aquitaine a créé un comité RH trimestriel réunissant direction, IDEC, représentants du personnel et partenaires sociaux. Les décisions prises (primes, formations, aménagements) sont suivies et évaluées collectivement.
Mesurer et piloter les indicateurs RH
Pour ajuster les actions, il faut mesurer :
- Taux de turnover par service et par ancienneté.
- Délai moyen de recrutement et nombre de candidatures par poste.
- Taux d’absentéisme et motifs (maladie, épuisement, accidents du travail).
- Taux de participation aux formations et évolution des compétences.
- Satisfaction des salariés via enquêtes anonymes.
Ces données doivent alimenter un tableau de bord RH présenté régulièrement au codir.
Encourager la coopération et l’innovation managériale
Les innovations managériales les plus efficaces viennent souvent du terrain. Encouragez les initiatives :
- Groupes de travail sur des thématiques RH (horaires, charge de travail, formation).
- Boîte à idées accessible à tous, avec retours formalisés.
- Expérimentations locales : tester un nouveau mode d’organisation sur un service pilote avant généralisation.
Questions fréquentes finales :
Peut-on recruter un infirmier étranger en EHPAD ?
Oui, à condition que le diplôme soit reconnu en France. La procédure passe par une demande d’autorisation d’exercice auprès de l’ARS. Accompagnez le candidat dans les démarches administratives et linguistiques.
Comment fidéliser un infirmier qui reçoit une offre concurrente ?
Ouvrez un dialogue transparent : comprenez ses motivations, proposez des contreparties (prime, évolution, aménagement horaire). Si vous ne pouvez rivaliser financièrement, misez sur la reconnaissance, la QVT et les perspectives d’évolution.
Conseil opérationnel final : Formalisez votre politique de fidélisation dans un document de référence, partagé avec les managers et les partenaires sociaux. Cela renforce la cohérence, la transparence et l’engagement collectif.
Mini-FAQ : Réponses rapides aux questions essentielles
Quel budget prévoir pour un plan de recrutement infirmier en EHPAD ?
Comptez 3 000 à 5 000 € par poste (diffusion d’annonces, participation à des forums, primes de cooptation, frais d’intégration). Ajoutez 1 500 à 2 000 € pour les formations initiales et le tutorat.
Quelle est la durée idéale de la période d’essai pour un infirmier ?
La convention collective 1966 prévoit une période d’essai de 1 à 3 mois selon le profil. Privilégiez 3 mois pour évaluer l’adaptation, la montée en compétences et l’intégration dans l’équipe.
Comment communiquer efficacement sur les postes vacants en interne ?
Diffusez les offres sur les panneaux d’affichage, par mail, lors des réunions d’équipe et sur les réseaux sociaux de l’établissement. Valorisez la cooptation en proposant une prime de 300 à 500 € pour chaque recrutement réussi recommandé par un salarié.

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