Un nouveau cahier des charges vient d’être publié pour encadrer le fonctionnement des unités cognitivo-comportementales (UCC). Les 149 unités existantes disposent désormais d’un délai jusqu’au 31 décembre 2026 pour se conformer à ce texte, attendu depuis longtemps par les professionnels du secteur. Cette publication s’inscrit dans la stratégie nationale Maladies neurodégénératives 2025-2030 et vise à harmoniser les pratiques de prise en charge des troubles du comportement liés aux démences, avec des impacts directs pour les EHPAD.
Sommaire
- Un texte structurant longtemps attendu
- Une place centrale dans la stratégie nationale MND
- Des impacts concrets pour les EHPAD
- Un financement progressif mais conséquent
- Les points clés à retenir pour les EHPAD
- Autres mesures connexes de la stratégie nationale
- Calendrier de mise en œuvre à retenir
- Perspectives et défis à anticiper
Un texte structurant longtemps attendu
Le nouveau cahier des charges des UCC répond à une demande pressante des professionnels de terrain. Publié en octobre 2025, il fixe des normes précises pour le fonctionnement de ces unités spécialisées dans l’accompagnement des résidents présentant des troubles du comportement sévères liés aux maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson.
Ce texte impose notamment la présence obligatoire de psychologues au sein des équipes, renforçant ainsi l’approche pluridisciplinaire. Les UCC doivent désormais répondre à des critères stricts en matière de qualification du personnel, d’aménagement des espaces et de protocoles de soins.
Les 149 unités actuellement en fonctionnement ont jusqu’à fin 2026 pour mettre en œuvre ces nouvelles exigences. Ce délai relativement court témoigne de l’urgence à structurer ces dispositifs face à l’augmentation attendue des cas : +50% de patients atteints de maladies neurodégénératives d’ici 2045.
Une place centrale dans la stratégie nationale MND
Ce cahier des charges s’intègre dans la stratégie nationale Maladies neurodégénératives (MND) 2025-2030, dévoilée le 4 septembre 2025 par le ministère chargé de l’Autonomie et du Handicap. Pilotée par la Pr Florence Pasquier (neurologue, CHU Lille), la Pr Maria Soto-Martin (gériatre, CHU Toulouse) et Étienne Hirsch (neurobiologiste, Inserm), cette feuille de route ambitieuse comprend 37 mesures réparties en 6 axes.
L’objectif phare concernant les UCC est clair : d’ici 2030, tous les territoires français devront être dotés d’au moins une unité cognitivo-comportementale. Cette couverture nationale vise à garantir une équité d’accès aux soins spécialisés, quelle que soit la localisation géographique des patients.
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J’accède au stock illimitéLes UCC, un dispositif complémentaire aux Pasa
Les UCC complètent les pôles d’activités et de soins adaptés (Pasa), désormais obligatoires dans tous les EHPAD. Là où les Pasa se concentrent sur le maintien des capacités fonctionnelles, cognitives et sensorielles à travers des activités sociales et thérapeutiques, les UCC prennent en charge les situations les plus complexes.
Les résidents admis en UCC présentent des troubles du comportement productifs (agitation, agressivité, déambulation) ou déficitaires (apathie sévère, opposition aux soins) nécessitant un environnement protégé et des interventions spécialisées. Cette complémentarité permet d’adapter finement la réponse aux besoins évolutifs des résidents.
Des impacts concrets pour les EHPAD
Recrutements et formation : une nécessité immédiate
La mise en conformité impose aux établissements concernés de revoir leur organisation et leurs effectifs. Les offres d’emploi récentes reflètent cette dynamique :
- Postes de psychologues en UCC pour réaliser les évaluations cognitives, concevoir les projets de soins personnalisés et animer des ateliers d’habiletés sociales
- Recrutements de psychomotriciens formés aux troubles neurocognitifs
- Profils en gériatrie-gérontologie avec expertise en UCC
Au-delà des recrutements, la formation des équipes existantes devient un enjeu majeur. Les professionnels doivent maîtriser les approches non médicamenteuses privilégiées dans le cahier des charges : activité physique adaptée, médiation thérapeutique, gestion des situations de crise sans recours systématique à la contention.
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Aménagement et organisation
Les UCC nécessitent des espaces spécifiquement aménagés :
- Chambres individuelles dans un environnement sécurisé mais non stigmatisant
- Espaces d’activités adaptés permettant la déambulation
- Zones de retrait permettant l’apaisement en cas de crise
- Signalétique adaptée aux troubles cognitifs
Certains établissements annoncent déjà des configurations ambitieuses : 40 lits en UCC associés à 6 équipes de vigilance comportementale (EVC), témoignant de l’ampleur des projets en cours.
Un financement progressif mais conséquent
La stratégie nationale prévoit un financement en deux temps pour accompagner le déploiement :
- 28 millions d’euros dès 2026 pour amorcer les transformations urgentes
- 200 millions d’euros au total d’ici 2030 pour garantir la couverture territoriale
Ces montants doivent permettre non seulement la mise aux normes des UCC existantes, mais aussi la création de nouvelles unités dans les territoires encore dépourvus. Le financement couvrira les investissements immobiliers, les équipements et le renforcement des équipes.
En parallèle, d’autres mesures de la stratégie MND bénéficient de crédits complémentaires :
- +100 psychologues dans les services de soins infirmiers à domicile dès 2025
- +1100 psychologues supplémentaires d’ici 2034 pour renforcer l’accompagnement à domicile
- Expérimentation d’équipes mobiles hospitalières dédiées aux troubles du comportement chez les patients jeunes (moins de 60 ans)
Les points clés à retenir pour les EHPAD
Pour les établissements disposant déjà d’une UCC :
- Vérifier la conformité de l’unité avec le nouveau cahier des charges
- Identifier les écarts et prioriser les actions de mise en conformité
- Prévoir les recrutements nécessaires, notamment en psychologie
- Former les équipes aux nouvelles exigences réglementaires
- Anticiper les investissements d’aménagement avant l’échéance de fin 2026
Pour les établissements envisageant une création d’UCC :
- Évaluer les besoins du territoire en lien avec les autorités de tutelle
- Dimensionner le projet selon les critères du cahier des charges
- Constituer l’équipe pluridisciplinaire requise
- Prévoir un budget incluant travaux, équipements et formation
- S’inscrire dans la dynamique de maillage territorial d’ici 2030
Concernant l’articulation avec les Pasa :
- Clarifier les critères d’admission respectifs entre Pasa et UCC
- Organiser les passerelles entre les deux dispositifs selon l’évolution des résidents
- Harmoniser les approches non médicamenteuses dans les deux structures
- Former l’ensemble des équipes à la prévention et à la gestion des troubles du comportement
Autres mesures connexes de la stratégie nationale
Le cahier des charges des UCC ne constitue qu’une partie d’un dispositif plus large. La stratégie MND 2025-2030 prévoit également :
Renforcement de la lutte contre l’iatrogénie
Un cadre spécifique pour la préparation des doses à administrer (PDA) vise à limiter les erreurs médicamenteuses, particulièrement fréquentes chez les patients présentant des troubles cognitifs et comportementaux. Cette mesure complète utilement les exigences de sécurisation du circuit du médicament en EHPAD.
Promotion des interventions non médicamenteuses
La stratégie met l’accent sur l’activité physique adaptée et les approches alternatives à la contention chimique ou physique. Cette orientation s’inscrit dans une logique de bientraitance et de respect de la dignité des résidents, même en situation de troubles sévères.
Structuration des filières territoriales
L’objectif est de mieux articuler ville, hôpitaux et secteur médico-social autour des centres experts. Cette approche en réseau doit faciliter le parcours des patients et de leurs aidants, depuis le diagnostic jusqu’à l’accompagnement en fin de vie.
Calendrier de mise en œuvre à retenir
| Échéance | Action | Public concerné |
|---|---|---|
| Octobre 2025 | Publication du cahier des charges UCC | Tous les EHPAD avec UCC |
| 2026 | Déblocage de 28 M€ pour accompagner les transformations | Établissements éligibles |
| 31 décembre 2026 | Date limite de mise en conformité des 149 UCC existantes | EHPAD disposant d’une UCC |
| Janvier 2026 | Annonce du plan grand âge (attendu) | Ensemble du secteur |
| 2030 | Couverture nationale : au moins une UCC par territoire | Planification régionale |
| 2030 | Déploiement complet du financement (200 M€) | Ensemble des UCC |
Perspectives et défis à anticiper
La mise en œuvre de ce nouveau cahier des charges s’annonce exigeante pour les établissements. Le délai de 15 mois peut sembler court face à l’ampleur des transformations requises, notamment en matière de recrutement dans un contexte de forte tension sur les ressources humaines.
La question du financement de la phase de transition reste également à préciser : les 28 millions d’euros annoncés pour 2026 devront être rapidement fléchés pour permettre aux établissements d’engager travaux et recrutements sans fragiliser leur équilibre budgétaire.
L’articulation avec le plan grand âge attendu pour janvier 2026 pourrait apporter des éclaircissements complémentaires sur les moyens alloués et les modalités d’accompagnement des établissements dans cette transformation.
Au-delà des contraintes, ce nouveau cadre constitue une opportunité de structurer durablement l’offre de soins face aux maladies neurodégénératives. La reconnaissance des UCC comme dispositifs à part entière, avec des exigences précises et un financement dédié, valorise l’expertise des équipes et améliore les conditions de prise en charge des résidents en situation complexe.
Pour les directeurs et IDEC, l’enjeu des prochains mois sera de transformer ces obligations réglementaires en leviers d’amélioration continue, en impliquant les équipes dans la démarche et en sécurisant chaque étape du projet de mise en conformité.

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