Le 8 octobre 2025 restera une date noire pour le secteur médico-social français. Ce jour-là, le tribunal de commerce de Bobigny a prononcé la liquidation judiciaire sans poursuite d’activité du groupe Avec SA. Derrière cette décision administrative se cache un véritable séisme : plus de 100 structures médico-sociales et hospitalières menacées de disparition, et surtout près de 10 000 emplois suspendus au fil d’une épée. Pour les EHPAD et services d’aide à domicile affiliés, c’est la fin d’un modèle et le début d’une période d’incertitude totale.
Sommaire
- Un empire bâti sur des fondations fragiles
- Les révélations judiciaires : détournements et malversations
- Un choc social d’une ampleur inédite
- Le cas emblématique d’Amapa : un sursis fragile
- Que peuvent faire les professionnels d’EHPAD face à cette situation ?
- Un séisme révélateur des dérives du secteur
- Perspectives : vers un nouveau modèle ?
- Conclusion : rester vigilants et solidaires
Un empire bâti sur des fondations fragiles
Le groupe Avec SA n’était pas un acteur marginal. Fondé et longtemps dirigé par Bernard Bensaid, ce conglomérat s’était imposé comme un poids lourd de la prise en charge des personnes âgées en France. Son portefeuille comprenait des EHPAD, des services de soins à domicile, des structures d’hébergement, ainsi que des activités hôtelières et immobilières.
Pourtant, derrière cette apparente solidité se cachait une réalité bien plus sombre. Dès juillet 2024, Avec SA avait été placée en redressement judiciaire. Pendant plus d’un an, la structure a tenté de se maintenir à flot, mais les déficits structurels et l’incapacité à financer la période d’observation ont eu raison de cette tentative de sauvetage.
Le plan de redressement proposé par la direction a été massivement rejeté. Mandataire judiciaire, procureur et représentants du personnel se sont opposés à toute poursuite d’activité. Un signal fort : même les salariés, pourtant directement concernés par les suppressions d’emplois, se sont déclarés « à bout » des procédures et du management du groupe.
« Nous préférons la liquidation à la continuité dans le chaos. Nous ne pouvons plus travailler dans ces conditions. »
— Représentant syndical lors de l’audience de septembre 2025
Les révélations judiciaires : détournements et malversations
L’effondrement d’Avec ne relève pas seulement de difficultés économiques conjoncturelles. Plusieurs enquêtes judiciaires ciblent directement Bernard Bensaid, mis en examen pour détournement de fonds et prise illégale d’intérêts.
Les accusations sont lourdes : transferts de fonds entre structures du groupe, au détriment notamment du Groupe Hospitalier Mutualiste (GHM) de Grenoble. Des sommes de plusieurs millions d’euros auraient été détournées, alimentant un système de vases communicants au profit de certaines entités et au détriment d’autres.
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J’accède au stock illimitéLes sanctions encourues sont sévères :
– Jusqu’à 10 ans de prison
– Plusieurs millions d’euros d’amendes
– Saisie de biens personnels et immobiliers acquis via le groupe
L’audience correctionnelle est programmée pour septembre 2026. En attendant, la justice a procédé à des saisies conservatoires, mais le passif laissé par la gestion du groupe rend très improbable le remboursement intégral des sommes détournées.
Pour les professionnels du secteur médico-social, cette faillite n’est pas qu’un fait divers économique. C’est un drame humain qui touche directement des milliers de collègues.
Les populations professionnelles concernées :
– Aides à domicile intervenant auprès des personnes âgées
– Personnel soignant des EHPAD (infirmiers, aides-soignants)
– Coordinateurs et cadres de santé
– Équipes administratives et logistiques
– Personnels d’entretien et de restauration
Tous ces professionnels voient leur avenir suspendu aux procédures de liquidation et aux éventuelles reprises. Dans le secteur médico-social, où la précarité statutaire est déjà importante, cette situation génère une anxiété majeure.
Les conséquences concrètes pour les établissements
Le démantèlement du groupe Avec ne se fait pas d’un coup. Depuis plusieurs années déjà, des filiales étaient régulièrement placées en redressement ou en liquidation. La décision du 8 octobre entérine simplement la dispersion définitive de ces entités.
Ce que cela signifie pour un EHPAD ou un service rattaché :
- Changement de tutelle imminent : recherche urgente de repreneurs locaux, associatifs ou publics
- Interruption possible des financements : tensions de trésorerie pour payer les salaires et fournisseurs
- Incertitude juridique : statut des contrats de travail, des conventions collectives applicables
- Risque de fermeture : pour les structures non reprises ou considérées non viables
- Impact sur la continuité des soins : réorganisations en urgence, stress des résidents et des familles
Le cas emblématique d’Amapa : un sursis fragile
Au sein du naufrage général, une structure tire son épingle du jeu, au moins temporairement : Amapa, acteur historique de l’aide à domicile.
Cette entité emploie plus de 4 500 personnes en Moselle et opère dans 29 départements. Contrairement à la holding mère, Amapa a été « protégée » par la justice messine et a échappé, pour l’instant, à la liquidation immédiate.
Deux candidats à la reprise sont pressentis, mais les négociations restent complexes. Une décision est attendue courant janvier 2026. En attendant, les salariés d’Amapa vivent dans l’incertitude, oscillant entre espoir de sauvetage et crainte d’un effondrement différé.
Pourquoi Amapa symbolise les fragilités du secteur :
- Dépendance à une gestion centralisée et financiarisée
- Exposition aux décisions stratégiques d’une holding éloignée du terrain
- Difficulté à dissocier les entités viables des structures déficitaires
- Vulnérabilité face aux mouvements de concentration capitalistique dans le médico-social
Que peuvent faire les professionnels d’EHPAD face à cette situation ?
Si votre établissement n’est pas directement concerné par la liquidation d’Avec, cette faillite doit servir de signal d’alerte sur la solidité de votre propre organisation.
Points de vigilance à vérifier dès maintenant
Sur le plan financier :
– Demandez à consulter les comptes annuels de votre structure
– Vérifiez l’identité et la solidité de votre groupe de rattachement (si vous appartenez à un groupe)
– Identifiez les flux financiers entre entités : sont-ils transparents et justifiés ?
– Contrôlez la régularité des paiements des cotisations sociales
Sur le plan juridique :
– Assurez-vous que votre établissement dispose d’une personnalité juridique propre
– Vérifiez que les autorisations administratives (ARS, Conseil départemental) sont à jour
– Consultez les conventions collectives applicables et leur respect effectif
Sur le plan humain :
– Maintenez un dialogue social régulier et transparent avec les instances représentatives
– Informez les équipes des indicateurs économiques de l’établissement
– Préparez des scénarios de crise et identifiez les interlocuteurs de secours (collectivités, associations locales)
Ressources et interlocuteurs en cas de difficulté
Si votre établissement est rattaché à une structure en difficulté, ne restez pas isolés :
- Agence Régionale de Santé (ARS) : interlocuteur privilégié pour les autorisations et la continuité de service
- Conseil départemental : autorité tarifaire pour l’hébergement en EHPAD
- Organisations syndicales : accompagnement juridique et défense des droits des salariés
- Associations professionnelles (FHF, Fehap, Synerpa) : soutien technique et mise en réseau
- Commissaire aux comptes : alerte précoce en cas de détection d’anomalies comptables
Un séisme révélateur des dérives du secteur
La faillite d’Avec n’est pas un simple accident de parcours. Elle révèle des dérives structurelles du secteur médico-social français, trop longtemps ignorées.
Les facteurs aggravants :
- Financiarisation croissante : des groupes privés rachètent des structures associatives ou publiques avec des objectifs de rentabilité incompatibles avec la mission de service
- Opacité des montages financiers : holdings complexes, filiales entrecroisées, flux financiers opaques
- Sous-financement public chronique : les tarifs médico-sociaux ne couvrent pas toujours les coûts réels
- Contrôles insuffisants : faiblesse des inspections et des audits préventifs
- Concentration excessive : constitution de « mastodontes » fragiles, où la défaillance d’une tête de groupe entraîne la chute de dizaines de structures
« Ce château de cartes devait s’effondrer. On ne peut pas gérer des EHPAD et des services d’aide à domicile comme des supermarchés. »
— Directeur d’EHPAD associatif, sous anonymat
Perspectives : vers un nouveau modèle ?
La liquidation d’Avec ouvre une période d’incertitude, mais aussi de possibles recompositions.
Les scénarios possibles pour les structures concernées :
- Reprise par des acteurs associatifs locaux : retour à une gouvernance de proximité, plus en phase avec les valeurs du secteur
- Municipalisation ou départementalisation : reprise publique pour garantir la continuité de service
- Cession à d’autres groupes privés : risque de reproduction du même modèle défaillant
- Fermeture pure et simple : pour les structures non viables, avec transfert des résidents et licenciements économiques
Les pouvoirs publics sont attendus au tournant. L’État et les collectivités locales devront assumer leur responsabilité dans l’organisation des reprises et le maintien de services essentiels pour les personnes âgées et fragiles.
Au niveau réglementaire, des évolutions sont attendues :
- Renforcement des contrôles financiers sur les groupes privés du médico-social
- Obligation de transparence sur les flux financiers intra-groupe
- Création de dispositifs d’alerte précoce en cas de difficulté économique
- Clarification des responsabilités juridiques entre holdings et filiales opérationnelles
Conclusion : rester vigilants et solidaires
Pour les professionnels d’EHPAD, la faillite du groupe Avec constitue un cas d’école. Elle montre que même des structures de grande taille, apparemment solides, peuvent s’effondrer rapidement lorsque la gouvernance déraille et que les contrôles échouent.
Retenez ces enseignements :
- La transparence financière n’est pas un luxe, c’est une nécessité vitale
- La proximité du pouvoir de décision protège mieux que les grandes structures centralisées
- Le dialogue social et la vigilance collective sont les meilleurs remparts contre les dérives
- Les missions de service public ne peuvent être soumises aux seules logiques de rentabilité financière
Dans les mois à venir, les procédures de reprise, d’indemnisation et de restructuration vont dominer l’actualité sociale. Restez informés, restez mobilisés, restez solidaires de vos collègues touchés. Le secteur médico-social ne se remettra de ce séisme qu’en tirant toutes les leçons de cet effondrement annoncé.

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