Vous êtes IDEC en EHPAD. On vous demande de tout coordonner, mais personne ne sait vraiment ce que vous coordonnez. Vous êtes référente technique, mais sans pouvoir hiérarchique. Pilier du soin, mais sans reconnaissance juridique claire. Cette zone grise n’est pas un détail administratif : c’est un piège qui vous expose, vous épuise et met en danger les résidents. En 2025, alors que les contrôles se durcissent et que la judiciarisation explose, ce flou statutaire n’est plus tenable. Il est temps de nommer le problème et d’agir avant que la prochaine crise ne vous emporte.
Sommaire
- Quand personne ne sait qui vous êtes vraiment, tout le monde vous utilise
- La fiche de poste fiction : ce papier qui ne vous sert à rien
- Le piège de la « confiance » : quand l’informel vous met en danger
- Reprendre le pouvoir : sortir du rôle de supplétif pour devenir stratège
- Votre métier n’est pas négociable : défendez-le comme tel
Quand personne ne sait qui vous êtes vraiment, tout le monde vous utilise
Le problème commence par une définition molle. L’IDEC est décrit dans les textes comme un « coordonnateur des soins », mais cette formule floue ouvre la porte à toutes les dérives. Vous êtes tantôt gestionnaire de planning, tantôt référente hygiène, parfois assistante de direction, souvent pompier de service. Et quand ça dérape ? C’est vous qu’on vient chercher.
Les symptômes du flou statutaire :
- Vous signez des protocoles sans avoir le pouvoir de vérifier leur application.
- On vous rend responsable de la qualité des soins, mais pas des moyens alloués.
- Vous êtes sollicitée pour des tâches administratives qui n’ont rien à voir avec votre cœur de métier.
- En cas d’inspection, c’est votre nom qui apparaît sur les documents, mais les décisions stratégiques vous échappent.
Cette situation n’est pas le fruit du hasard. Elle arrange les directions qui peuvent ainsi externaliser la responsabilité sans partager le pouvoir. Vous êtes la garante morale du soin, mais juridiquement, vous êtes une salariée lambda. Cette hypocrisie institutionnelle vous transforme en fusible : indispensable en apparence, jetable en cas de crise.
Le vrai danger : En l’absence de délimitation claire de vos missions, vous êtes vulnérable juridiquement. Lors d’un accident iatrogène, d’une chute grave ou d’une maltraitance institutionnelle, c’est votre responsabilité professionnelle qui peut être engagée, même si vous n’aviez pas les moyens d’agir. Le manque de clarté ne vous protège pas, il vous expose.
« Quand tout le monde est responsable, personne ne l’est vraiment. Sauf l’IDEC, qui finit toujours par payer. »
La fiche de poste fiction : ce papier qui ne vous sert à rien
Vous avez une fiche de poste ? Regardez-la bien. Elle décrit probablement un job idéal dans un monde parfait. Mais elle ne correspond ni à votre quotidien ni à vos réelles marges de manœuvre. Pire, elle ne précise pas ce que vous n’avez pas le droit de faire, ni qui décide en dernier ressort.
Les angles morts dangereux :
- Aucune mention du lien hiérarchique avec les infirmières et aides-soignantes : êtes-vous leur supérieure ou leur collègue ? Juridiquement, vous n’avez souvent aucun pouvoir disciplinaire.
- Pas de budget dédié pour les achats de matériel ou formations que vous êtes censée « coordonner ».
- Aucun cadrage sur votre périmètre d’intervention en cas de crise sanitaire, conflit familial ou décision médicale lourde.
- Silence total sur vos obligations de traçabilité et leur articulation avec votre charge de travail réelle.
Résultat : vous improvisez, vous contournez, vous compensez. Vous devenez experte en équilibrisme précaire, mais cette gymnastique vous use et vous fragilise. Parce que le jour où une famille porte plainte ou qu’un contrôle ARS pointe une défaillance, personne ne se souviendra que « vous faisiez ce que vous pouviez ». On retiendra seulement que vous étiez responsable du suivi.
Ce qu’il faut exiger immédiatement :
- Une redéfinition écrite et précise de vos missions validée par la direction et le médecin coordonnateur, avec une délimitation claire entre coordination technique et décisions stratégiques.
- Un organigramme fonctionnel qui indique explicitement votre positionnement par rapport aux autres cadres et votre périmètre d’autorité.
- Un budget ou une enveloppe de gestion pour les projets que vous pilotez (formation, matériel, protocoles).
- Des points mensuels formalisés avec la direction pour remonter les dysfonctionnements et obtenir des arbitrages écrits.
Pour structurer ces exigences et éviter de naviguer à vue, un outil comme le guide SOS IDEC peut s’avérer précieux : il propose des modèles de fiches de poste réalistes, des grilles de délégation et des argumentaires pour négocier votre positionnement avec votre employeur. Parce qu’attendre que la direction vous donne spontanément ce cadre, c’est perdre un temps que vous n’avez plus.
Le piège de la « confiance » : quand l’informel vous met en danger
« On te fait confiance. » Cette phrase, vous l’avez entendue cent fois. Elle sonne bien. Elle vous valorise. Mais en réalité, c’est un piège mortel. Parce que la confiance sans cadre, c’est de l’irresponsabilité déguisée en compliment.
Quand votre direction vous dit « tu gères », elle ne vous donne pas du pouvoir. Elle se décharge. Et quand ça tourne mal, cette même confiance disparaît comme par magie. Place aux procédures, aux audits, aux courriers recommandés. Et là, qu’avez-vous en main ? Rien. Pas de trace écrite des décisions, pas de validation formelle des arbitrages, pas de preuve que vous aviez alerté sur les manques de moyens.
Les situations à risque maximal :
- Vous acceptez de modifier un protocole médicamenteux « à l’oral » avec un médecin débordé.
- Vous validez un roulement d’équipe sous-dimensionné « exceptionnellement » (qui devient la règle).
- Vous gérez seule un conflit avec une famille sans traçabilité dans le dossier résident.
- Vous décidez d’une mise en isolement ou d’une contention sans validation écrite du médecin coordonnateur.
Chacune de ces situations peut se retourner contre vous. Parce qu’en droit, ce qui n’est pas écrit n’existe pas. Et l’absence de trace vous désigne automatiquement comme responsable par défaut.
La règle d’or : tout ce qui engage votre responsabilité doit être tracé.
- Réunions de coordination ? Compte-rendu signé et diffusé.
- Décision urgente prise par téléphone ? Mail de confirmation immédiat.
- Alerte sur un manque de personnel ou de matériel ? Écrit au directeur avec accusé de réception.
- Refus d’un soin par un résident ou sa famille ? Note au dossier, signée et datée.
Ce n’est pas de la bureaucratie, c’est de la survie professionnelle. Et c’est aussi une forme de respect pour votre métier : vous n’êtes pas une exécutante invisible, vous êtes une professionnelle dont les actes doivent être reconnus et sécurisés.
Reprendre le pouvoir : sortir du rôle de supplétif pour devenir stratège
Assez subi. Vous n’êtes pas une variable d’ajustement. Vous êtes une experte du soin en établissement, et il est temps de le faire savoir. Mais pour cela, il faut sortir de la posture défensive et passer à l’offensive stratégique.
Stratégie 1 : Imposer votre agenda, pas celui des urgences
Arrêtez de courir après les problèmes. Créez un planning hebdomadaire blindé avec des créneaux sanctuarisés : temps d’analyse des dossiers complexes, réunions de coordination, audits internes, formation des équipes. Affichez-le. Communiquez-le. Et tenez-le, même sous pression. Votre disponibilité permanente ne résout rien, elle entretient le chaos.
Stratégie 2 : Créer un comité de coordination formalisé
Ne restez pas seule. Mettez en place une instance mensuelle avec le médecin coordonnateur, la direction, la psychologue et la référente AS. Ordre du jour écrit, décisions validées, traçabilité systématique. Ce comité devient votre rempart : il partage la responsabilité et vous donne des alliés institutionnels.
Stratégie 3 : Former vos pairs et documenter vos pratiques
Chaque protocole que vous mettez en place, chaque bonne pratique que vous développez, doit être formalisé et partagé. Vous créez ainsi un capital de compétences reconnu, difficilement contestable, et vous vous positionnez comme référente incontournable. C’est aussi une protection : en cas de départ ou de conflit, votre travail reste, prouvé et structuré.
Stratégie 4 : Négocier avec des données, pas avec des émotions
Vous manquez de personnel ? Montrez les indicateurs : taux de chutes, retards de soins, recours aux urgences. Vous demandez une formation ? Chiffrez le coût des erreurs évitables. Les directions n’entendent que le langage des risques financiers et juridiques. Apprenez à le parler.
Stratégie 5 : Se former en continu et partager
Participez à des formations, des congrès, des groupes d’analyse de pratiques. Alimentez-vous intellectuellement et tissez un réseau professionnel. Vous ne pouvez pas tenir seule. L’isolement est le premier facteur de burn-out et d’erreur de jugement.
Votre métier n’est pas négociable : défendez-le comme tel
L’IDEC n’est pas un poste flou. C’est un métier. Avec des compétences spécifiques, une expertise irremplaçable et une responsabilité colossale. Le flou statutaire n’est pas une fatalité, c’est une stratégie de gestion qui vous dessert. Tant que vous accepterez d’être le couteau suisse de l’établissement sans cadre, sans moyens et sans reconnaissance, vous resterez vulnérable.
2025 n’est pas l’année de l’adaptation résignée. C’est celle de la reprise en main. Exigez une fiche de poste claire. Imposez des instances de décision formelles. Tracez chaque décision engageante. Formez-vous, structurez, documentez. Refusez d’être le fusible qu’on sacrifie quand ça explose.
Votre légitimité ne viendra pas d’en haut. Elle se construit chaque jour, dans votre capacité à poser un cadre, à dire non quand c’est nécessaire, et à affirmer votre expertise face aux pressions. Les résidents ont besoin de vous. Les équipes aussi. Mais pour tenir ce rôle stratégique, vous devez d’abord vous protéger. Et ça commence par refuser le flou.
Le métier d’IDEC mérite mieux qu’une improvisation permanente. Il mérite un statut, des moyens et du respect. Si personne ne vous les donne, prenez-les. C’est votre droit. C’est votre devoir.

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