Les erreurs médicamenteuses représentent la première cause d’événements indésirables graves en EHPAD. Chaque année, plusieurs milliers de résidents subissent des intoxications accidentelles liées à des erreurs de dosage, des confusions entre médicaments ou des défauts de traçabilité. Face à cette réalité, la sécurisation du circuit du médicament devient une priorité absolue pour tous les professionnels. Cet article vous propose des protocoles concrets, des outils de double contrôle et des stratégies de prévention immédiatement applicables dans votre établissement.
Sommaire
- Comprendre les causes des intoxications médicamenteuses en EHPAD
- Mettre en place des protocoles sécurisés d’administration
- Former les équipes à la pharmacologie gériatrique et à la gestion des risques
- Outils et technologies au service de la sécurisation
- Agir maintenant pour des soins plus sûrs demain
- Mini-FAQ complémentaire
Comprendre les causes des intoxications médicamenteuses en EHPAD
Les intoxications médicamenteuses accidentelles en EHPAD résultent rarement d’une négligence isolée. Elles découlent d’une combinaison de facteurs systémiques qui fragilisent le circuit du médicament.
Les principales sources d’erreur identifiées
Les erreurs de dosage figurent en tête des incidents déclarés. La lecture incorrecte d’une prescription manuscrite, la confusion entre milligrammes et millilitres, ou l’utilisation d’unités différentes créent des risques majeurs. Une étude de la HAS révèle que 35 % des erreurs médicamenteuses proviennent d’une mauvaise interprétation de la prescription.
La polymédication caractérise la majorité des résidents en EHPAD. Avec une moyenne de 7 à 8 médicaments par jour, les interactions médicamenteuses se multiplient. Certaines associations augmentent considérablement le risque de surdosage, notamment avec les anticoagulants, les psychotropes et les antidiabétiques.
Les interruptions de tâche durant la préparation des médicaments constituent un facteur aggravant majeur. Chaque sollicitation interrompt le processus cognitif et augmente de 12 % le risque d’erreur selon les données actuelles.
Une interruption durant la préparation des traitements multiplie par deux le risque d’erreur d’administration.
Les médicaments à haut risque en gériatrie
Certaines classes thérapeutiques concentrent les risques d’intoxication grave :
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J’accède au stock illimité- Anticoagulants (AVK, AOD) : surdosage hémorragique
- Antidiabétiques : hypoglycémies sévères
- Opioïdes : dépression respiratoire
- Psychotropes : confusion, chutes, sédation excessive
- Digitaliques : troubles du rythme
- Diurétiques : déshydratation, troubles électrolytiques
Exemple concret : Dans un EHPAD de 80 lits, une confusion entre 2,5 mg et 25 mg de bisoprolol a provoqué une bradycardie sévère chez une résidente. L’erreur provenait d’une prescription manuscrite peu lisible, administrée sans double contrôle.
Conseil opérationnel immédiat
Identifiez dans votre pharmacie les 15 médicaments à haut risque les plus prescrits dans votre établissement. Apposez un repère visuel distinctif (pastille rouge) sur leur conditionnement et instaurez systématiquement un double contrôle pour ces molécules.
Mettre en place des protocoles sécurisés d’administration
La sécurisation du circuit du médicament repose sur des procédures standardisées, connues et appliquées par l’ensemble des équipes soignantes.
La règle des 5B : fondement de la sécurité médicamenteuse
Ce protocole international constitue la base incontournable de toute administration :
- Bon patient : vérification de l’identité avec bracelet nominatif
- Bon médicament : comparaison prescription / conditionnement
- Bonne dose : recalcul systématique si doute
- Bonne voie : per os, sous-cutané, patch…
- Bon moment : respect des horaires et des intervalles
Certains établissements appliquent désormais la règle des 7B en ajoutant :
- Bonne information : explication au résident
- Bonne traçabilité : enregistrement immédiat
| Étape | Action de contrôle | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Prescription | Lecture complète | Lisibilité, cohérence posologique |
| Préparation | Vérification DCI + dosage | Pas d’interruption durant la préparation |
| Administration | Identification du résident | Présence du soignant jusqu’à prise effective |
| Traçabilité | Enregistrement immédiat | Signature avec heure précise |
Le protocole de double contrôle : quand et comment ?
Le double contrôle systématique doit s’appliquer à :
- Tous les médicaments à haut risque listés précédemment
- Les préparations injectables (calculs de dilution)
- Les modifications récentes de prescription
- Les traitements administrés par sonde
- Les prescriptions occasionnelles (non intégrées à la routine)
Modalités pratiques : Le premier soignant prépare et un second vérifie indépendamment. Chacun signe la feuille de traçabilité. Cette procédure prend 45 secondes supplémentaires mais réduit de 85 % le risque d’erreur selon les retours d’expérience.
Exemple terrain : Un EHPAD de Loire-Atlantique a instauré un chariot dédié aux médicaments à haut risque, marqué en rouge. Seules deux infirmières peuvent y accéder simultanément pour effectuer le double contrôle. Les erreurs sur ces molécules ont chuté de 92 % en six mois.
Check-list de sécurité avant chaque tournée
Créez une routine pré-administration standardisée :
- Zone de préparation rangée et sans distraction
- Prescription du jour vérifiée et datée
- Semainier contrôlé visuellement avant remplissage
- Calculatrice et tableau de conversion à disposition
- Téléphone en mode silencieux durant la préparation
- Présence d’un second soignant disponible pour double contrôle
Conseil opérationnel immédiat
Imprimez et plastifiez une check-list visuelle à apposer dans votre salle de préparation des médicaments. Intégrez-la dans le protocole d’accueil des nouveaux soignants et des intérimaires.
Former les équipes à la pharmacologie gériatrique et à la gestion des risques
La formation continue en pharmacologie constitue un levier essentiel de prévention. Les connaissances théoriques doivent s’actualiser régulièrement face aux évolutions thérapeutiques.
Programme de formation socle pour tous les soignants
Un référentiel de formation minimal devrait inclure :
Module 1 – Particularités pharmacologiques du sujet âgé (4h)
– Modifications pharmacocinétiques liées au vieillissement
– Notion de clairance rénale et adaptation posologique
– Effets des pathologies chroniques sur l’absorption
Module 2 – Médicaments à haut risque (3h)
– Identification et marquage
– Signes de surdosage à surveiller
– Conduite à tenir en urgence
Module 3 – Culture de sécurité et déclaration (2h)
– Analyse non punitive des erreurs
– Circuit de déclaration interne et externe
– Retour d’expérience et amélioration continue
Module 4 – Ateliers pratiques (3h)
– Calculs de dose en situation réelle
– Dilutions et préparations injectables
– Simulation d’incidents et débriefing
La formation ne doit pas être un événement annuel isolé mais un processus continu intégré aux temps d’équipe.
Le rôle clé de l’IDEC dans la montée en compétence
L’infirmier coordinateur assume plusieurs responsabilités stratégiques :
- Cartographie des compétences pharmaceutiques de l’équipe
- Organisation de sessions courtes mensuelles (30 minutes)
- Veille réglementaire et diffusion des alertes ANSM
- Animation des analyses d’événements indésirables
- Évaluation des pratiques professionnelles (EPP)
Exemple inspirant : Une IDEC en Normandie a créé des « quiz médicamenteux » mensuels de 10 questions projetés lors des transmissions. Les résultats anonymisés identifient les besoins de formation. Cette approche ludique a augmenté de 40 % la participation aux formations.
Créer une culture de déclaration non punitive
La déclaration des erreurs et des presque-erreurs reste insuffisante dans de nombreux établissements par crainte de sanctions. Pourtant, 80 % des erreurs graves pourraient être évitées grâce aux enseignements tirés des incidents mineurs.
Actions à mettre en œuvre :
- Affirmer clairement que la déclaration ne sera pas suivie de sanctions individuelles
- Analyser chaque événement selon la méthode ALARM ou arbre des causes
- Partager les enseignements en réunion pluridisciplinaire
- Célébrer les déclarations comme des actes de professionnalisme
- Mesurer l’indicateur « nombre de déclarations / trimestre » comme signe de maturité
Conseil opérationnel immédiat
Organisez ce trimestre une analyse collective d’un cas anonymisé d’erreur médicamenteuse (réel ou fictif) lors d’une réunion d’équipe. Utilisez la méthode de l’arbre des causes pour identifier les facteurs contributifs et définir ensemble trois actions correctives concrètes.
Outils et technologies au service de la sécurisation
Les solutions technologiques complètent efficacement les protocoles humains et réduisent mécaniquement certaines sources d’erreur.
La prescription informatisée : bénéfices et limites
Le logiciel de prescription élimine les problèmes de lisibilité et intègre des alertes automatiques :
- Interactions médicamenteuses majeures
- Adaptation posologique selon la fonction rénale
- Allergies documentées du résident
- Doublons thérapeutiques
- Dépassements de doses maximales
Attention : Ces systèmes génèrent de nombreuses alertes. Une « fatigue d’alerte » peut conduire à ignorer systématiquement les notifications. Il est crucial de paramétrer finement le logiciel pour ne conserver que les alertes cliniquement pertinentes.
| Avantage | Limite | Solution |
|---|---|---|
| Élimination des erreurs de lecture | Coût d’investissement initial | Mutualisation entre plusieurs EHPAD |
| Historique traçable | Nécessite formation utilisateurs | Référent informatique interne |
| Alertes automatisées | Risque de lassitude face aux alertes | Paramétrage sélectif niveau 1 uniquement |
Les piluliers automatisés : révolution ou gadget ?
Les systèmes de dispensation automatisée préparent les doses unitaires en limitant l’intervention humaine. Plusieurs EHPAD expérimentent ces dispositifs avec des résultats encourageants.
Bénéfices constatés :
– Réduction de 65 % des erreurs de préparation
– Gain de temps infirmier (1h30 à 2h par jour)
– Traçabilité électronique complète
– Alertes en cas de stock insuffisant
Points de vigilance :
– Investissement conséquent (30 000 à 80 000 €)
– Maintenance technique indispensable
– Formation initiale des équipes
– Ne dispense pas du contrôle visuel final
La pharmacie à usage intérieur : un atout sécurité
Les EHPAD disposant d’une PUI bénéficient d’un niveau de sécurité supérieur grâce à :
- Analyse pharmaceutique systématique des prescriptions
- Préparation des doses à administrer (PDA)
- Expertise du pharmacien sur les interactions
- Validation avant dispensation
Pour les établissements sans PUI, le partenariat renforcé avec une pharmacie d’officine référente permet d’obtenir des services comparables : analyse pharmaceutique des renouvellements, conseils sur les nouvelles molécules, formation des équipes.
Applications et aides au calcul de dose
Plusieurs applications mobiles professionnelles facilitent les calculs de dilution et les conversions d’unités :
- Tableaux de conversion mg/ml/gouttes
- Calculateurs de clairance rénale (Cockcroft)
- Guides de dilution des injectables
- Bases de données interactions médicamenteuses
Conseil pratique : Téléchargez sur les tablettes de soins des EHPAD une application de référence validée (Vidal Mobile, Thériaque) accessible hors connexion.
Conseil opérationnel immédiat
Réalisez un diagnostic technologique de votre établissement : listez les outils numériques actuellement utilisés, identifiez les besoins non couverts et budgétez un investissement prioritaire pour l’année. Commencez par un logiciel de prescription si vous fonctionnez encore avec des ordonnances manuscrites.
Agir maintenant pour des soins plus sûrs demain
La prévention des intoxications médicamenteuses ne relève pas d’une responsabilité individuelle mais d’une organisation collective structurée. Les établissements les plus performants ont compris que la sécurité médicamenteuse constituait un projet d’établissement à part entière, piloté dans la durée.
Questions fréquentes intégrées
Comment convaincre la direction d’investir dans des outils de sécurisation ?
Présentez un argumentaire en trois volets : réduction des risques juridiques (responsabilité pénale en cas d’erreur grave), diminution des coûts induits par les événements indésirables (hospitalisations, traitements correctifs), amélioration de l’attractivité de l’établissement pour les familles et les professionnels. Chiffrez le temps infirmier économisé qui peut être réalloué aux soins relationnels.
Quelle fréquence pour les formations en pharmacologie ?
Une formation initiale complète de 12 heures minimum, puis des modules courts trimestriels de 1 à 2 heures sur des thématiques ciblées (nouvelle molécule, retour sur incident, actualisation réglementaire). Les nouveaux arrivants et intérimaires doivent bénéficier d’un module d’intégration incluant les protocoles spécifiques de l’établissement.
Comment gérer les résistances au double contrôle ?
Valorisez le double contrôle comme une protection mutuelle entre professionnels et non comme une défiance. Présentez les statistiques de réduction d’erreur. Commencez par l’instaurer uniquement sur les médicaments à très haut risque (anticoagulants, insuline) avant de l’étendre progressivement. Impliquez les soignants dans la définition des modalités pratiques.
Plan d’action pour les 3 prochains mois
Voici une feuille de route concrète pour démarrer immédiatement :
Mois 1 – État des lieux et priorisation
1. Auditer le circuit du médicament actuel
2. Recenser les événements indésirables des 12 derniers mois
3. Identifier les 15 médicaments à haut risque les plus prescrits
4. Cartographier les compétences de l’équipe
Mois 2 – Protocoles et formation
1. Rédiger ou actualiser le protocole d’administration sécurisée
2. Créer les check-lists de contrôle
3. Organiser une première session de formation ciblée
4. Tester le double contrôle sur 3 molécules prioritaires
Mois 3 – Déploiement et évaluation
1. Généraliser les protocoles à l’ensemble de l’équipe
2. Installer les supports visuels (check-lists, repères couleur)
3. Mesurer les premiers indicateurs (temps de préparation, déclarations)
4. Organiser un retour d’expérience collectif et ajuster
Indicateurs de suivi à mettre en place
Mesurez trimestriellement :
- Nombre de déclarations d’événements indésirables médicamenteux (objectif : augmentation traduisant une meilleure culture de déclaration)
- Taux d’application du double contrôle sur médicaments à haut risque (objectif : 100 %)
- Nombre d’interruptions durant la préparation (objectif : diminution de 50 % via organisation)
- Taux de participation aux formations (objectif : 90 % de l’équipe)
- Temps moyen de préparation des traitements (pour identifier les gains ou surcharges)
Mini-FAQ complémentaire
Que faire immédiatement en cas d’erreur d’administration constatée ?
Évaluez la gravité clinique immédiate. Prévenez le médecin coordonnateur. Surveillez le résident selon le protocole d’urgence. Tracez l’incident dans le dossier médical. Déclarez l’événement via la fiche interne. Ne différez jamais la déclaration par crainte de sanctions.
Les piluliers électroniques sont-ils adaptés à tous les établissements ?
Non, leur pertinence dépend de la taille (rentabilité à partir de 60-80 lits), de la stabilité des prescriptions et de la présence d’une expertise technique. Les petites structures peuvent privilégier des piluliers semi-automatiques ou l’externalisation vers une PUI.
Comment impliquer le médecin coordonnateur dans la démarche ?
Proposez-lui d’analyser avec vous les événements indésirables, de valider les protocoles, de co-animer des formations sur les molécules à risque et de contribuer au choix des indicateurs de suivi. Sa légitimité médicale renforce l’adhésion des équipes.

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