Dans un secteur où les EHPAD font régulièrement l’objet de critiques sur la qualité des soins et les conditions de vie, l’ouvrage « EHPAD, un autre regard » de Marie-France Servais apporte une perspective nuancée et constructive. Face aux défis démographiques actuels – avec 1,4 million de personnes de plus de 85 ans en France – cette réflexion sur l’amélioration des pratiques en établissement devient cruciale pour les professionnels du secteur.
Sommaire
Repenser l’approche de l’autonomie et de la dignité en EHPAD
La préservation de l’autonomie constitue l’un des enjeux majeurs identifiés par Marie-France Servais. Contrairement aux idées reçues, l’entrée en EHPAD ne doit pas signifier la fin de l’indépendance, mais plutôt l’adaptation des modalités d’accompagnement.
Les établissements les plus performants mettent désormais en place des projets de vie personnalisés qui respectent les habitudes et préférences de chaque résident. L’autonomie se manifeste dans des choix apparemment simples : l’heure du lever, le menu du repas, les activités de la journée.
Mise en pratique de l’accompagnement personnalisé
Un EHPAD de Loire-Atlantique a transformé ses pratiques en instaurant des « contrats d’autonomie » avec ses résidents. Ces documents formalisent les capacités préservées de chaque personne et les domaines où l’aide est nécessaire.
Résultats observés après 18 mois :
– Réduction de 30% des troubles du comportement
– Amélioration de 25% de la satisfaction des familles
– Diminution de 15% du recours aux psychotropes
« Respecter l’autonomie résiduelle, c’est reconnaître la personne dans sa globalité, au-delà de ses limitations fonctionnelles. »
Action immédiate : Organisez un audit des pratiques d’accompagnement dans votre établissement en questionnant systématiquement : « Cette aide est-elle vraiment nécessaire ou peut-elle être adaptée pour préserver l’autonomie ? »
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J’accède au stock illimitéTransformer la qualité des soins par l’approche relationnelle
La qualité des soins ne se résume pas aux seuls aspects techniques et médicaux. L’analyse de Servais met en lumière l’importance de la dimension relationnelle dans le processus de soin.
Les établissements qui excellent dans ce domaine ont généralement adopté une approche globale intégrant soins techniques et accompagnement psychosocial. Cette évolution répond aux recommandations de la Haute Autorité de Santé qui privilégie désormais les soins centrés sur la personne.
| Approche traditionnelle | Approche relationnelle |
|---|---|
| Focus sur la pathologie | Focus sur la personne |
| Soins standardisés | Soins personnalisés |
| Communication descendante | Dialogue participatif |
| Mesure quantitative | Évaluation qualitative |
L’exemple d’une révolution organisationnelle
Un EHPAD parisien a restructuré son organisation autour d’équipes dédiées par secteur de 15 résidents maximum. Chaque équipe comprend une infirmière, deux aides-soignantes et une auxiliaire de vie sociale qui suivent les mêmes résidents quotidiennement.
Cette approche génère plusieurs bénéfices :
– Meilleure connaissance des résidents par les soignants
– Détection précoce des changements d’état
– Relation de confiance renforcée
– Réduction du stress lié aux changements d’interlocuteurs
Questions fréquentes : Comment former les équipes à cette approche relationnelle ?
Privilégiez la formation-action avec mise en situation réelle, accompagnement par un psychologue spécialisé en gérontologie et création de temps d’analyse des pratiques hebdomadaires.
Conseil opérationnel : Instaurez des « temps de parole » hebdomadaires de 15 minutes entre chaque résident et son référent soignant, en dehors des moments de soins techniques.
Réinventer l’accompagnement en fin de vie
L’accompagnement en fin de vie représente un défi majeur pour les EHPAD, où 80% des décès surviennent actuellement. L’approche développée par Servais préconise une anticipation et une personnalisation de cet accompagnement.
La législation française, notamment la loi Leonetti-Claeys, impose depuis plusieurs années la mise en place de directives anticipées et la désignation de personnes de confiance. Pourtant, seuls 35% des résidents d’EHPAD disposent de directives anticipées formalisées.
Structurer une démarche palliative de qualité
Les établissements les plus avancés ont développé des protocoles d’accompagnement palliatif incluant :
- Évaluation systématique du niveau de dépendance et des souhaits exprimés
- Formation spécialisée de l’ensemble des équipes aux soins palliatifs
- Partenariat avec les équipes mobiles de soins palliatifs du territoire
- Aménagement d’espaces dédiés aux familles et aux moments d’intimité
Un EHPAD de Bretagne a mis en place un « parcours dignité » : dès l’entrée, chaque résident bénéficie d’un entretien avec un psychologue pour exprimer ses volontés concernant les soins et l’accompagnement. Ces informations sont régulièrement actualisées et partagées avec l’équipe soignante.
« Anticiper l’accompagnement en fin de vie, c’est permettre à chacun de mourir conformément à ses valeurs et ses souhaits. »
Questions fréquentes : Comment aborder le sujet de la fin de vie avec les résidents et leurs familles ?
Intégrez cette discussion dans le projet de soins individualisé, en utilisant des outils de dialogue comme le questionnaire « Mes volontés » développé par la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs.
Action concrète : Organisez une formation de 2 jours pour vos équipes sur l’accompagnement palliatif, incluant la gestion de la douleur, la communication avec les familles et le soutien aux aidants.
Renforcer l’implication des familles et des proches
L’implication des familles constitue un pilier fondamental pour améliorer la qualité de vie en EHPAD. L’analyse de Servais révèle que les établissements performants développent une véritable culture partenariale avec les proches.
Cette collaboration dépasse la simple information pour devenir une co-construction du projet de vie. Les familles ne sont plus considérées comme des visiteurs mais comme des partenaires à part entière dans l’accompagnement.
Méthodologie de l’implication familiale
Les meilleures pratiques observées s’articulent autour de plusieurs axes :
- Conseil de la vie sociale actif : participation effective aux décisions d’organisation
- Groupes de parole thématiques : échanges entre familles sur des problématiques communes
- Ateliers famille-résident : activités partagées maintenant le lien social
- Communication digitale : plateformes permettant un suivi quotidien à distance
Un établissement des Hauts-de-France a créé une « famille ressource » : chaque nouvelle famille est parrainée par une famille expérimentée pendant les trois premiers mois. Cette approche réduit de 40% l’anxiété des familles et améliore leur sentiment d’intégration.
Questions fréquentes : Comment gérer les familles trop présentes ou au contraire absentes ?
Établissez un contrat de partenariat familial définissant les modalités d’implication souhaitées par chaque famille, en respectant les rythmes et contraintes de chacun.
Outils numériques au service de la relation
L’utilisation d’applications dédiées permet maintenant aux familles de :
– Consulter le planning d’activités de leur proche
– Recevoir des photos et nouvelles quotidiennes
– Échanger avec l’équipe soignante via messagerie sécurisée
– Accéder aux comptes-rendus médicaux dématérialisés
Action immédiate : Créez un questionnaire de satisfaction trimestriel spécifique aux familles, incluant leurs suggestions d’amélioration concrètes pour l’établissement.
Vers une nouvelle culture du bien-vieillir en institution
Les enseignements de « EHPAD, un autre regard » dessinent les contours d’une transformation culturelle profonde du secteur médico-social. Cette évolution ne relève pas uniquement de la bonne volonté individuelle mais nécessite une approche systémique impliquant l’ensemble des acteurs.
L’avenir des EHPAD se construit sur cinq piliers fondamentaux identifiés par l’analyse :
- Personnalisation : adaptation de l’accompagnement aux spécificités individuelles
- Participation : implication active des résidents et familles dans les décisions
- Professionnalisation : formation continue des équipes aux approches innovantes
- Partenariat : ouverture sur le territoire et collaboration interprofessionnelle
- Prévention : anticipation des besoins et promotion de la santé
Checklist pour une transformation réussie
- [ ] Audit des pratiques actuelles avec grille d’évaluation standardisée
- [ ] Formation de l’encadrement aux nouvelles approches managériales
- [ ] Mise en place d’indicateurs de qualité de vie (au-delà des seuls indicateurs sanitaires)
- [ ] Création d’espaces de dialogue réguliers avec résidents et familles
- [ ] Développement de partenariats avec les acteurs locaux (associations, écoles, commerces)
La réussite de cette transformation repose sur la capacité des établissements à mesurer régulièrement l’impact de leurs actions. Les outils d’évaluation modernes permettent désormais de quantifier la satisfaction des résidents, l’évolution de leur autonomie et la qualité des relations familiales.
« L’EHPAD de demain sera celui qui aura su préserver l’humanité au cœur du soin, tout en intégrant les innovations organisationnelles et technologiques. »
Plan d’action sur 6 mois : Constituez un groupe de travail pluridisciplinaire incluant soignants, familles et résidents pour définir 3 priorités d’amélioration concrètes et mesurables dans votre établissement.
FAQ – Questions pratiques
Comment financer ces transformations dans un contexte budgétaire contraint ?
Privilégiez une approche progressive par expérimentation sur un secteur pilote. De nombreuses améliorations relèvent davantage d’une réorganisation des pratiques que d’investissements lourds. Les gains en qualité génèrent souvent des économies à moyen terme (réduction du turnover, diminution des incidents).
Quelle est la durée moyenne pour observer des résultats tangibles ?
Les premiers effets positifs apparaissent généralement après 3 à 6 mois de mise en œuvre systématique. La transformation culturelle complète nécessite 18 à 24 mois d’accompagnement soutenu.
Comment convaincre les équipes résistantes au changement ?
Associez les professionnels à la définition des objectifs et valorisez les initiatives individuelles. La formation par les pairs et le partage d’expériences réussies s’avèrent plus efficaces que l’injonction hiérarchique.

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