Devenir directeur ou directrice d’un EHPAD lorsqu’on est Infirmier(ère) Diplômé(e) d’État Coordonnateur(trice) (IDEC) en EHPAD est un choix de reconversion interne majeur. Ce passage d’un rôle d’encadrement paramédical vers un poste de direction implique un changement d’échelle dans les responsabilités, des compétences supplémentaires à acquérir, et des conséquences tant professionnelles que personnelles. Il s’agit d’une évolution de carrière ambitieuse qui peut offrir de nouvelles opportunités, mais qui comporte aussi son lot de défis. Cette note vise à éclairer toutes les dimensions de ce choix pour une IDEC en France, en abordant le contexte réglementaire spécifique, les changements de périmètre et de missions, le niveau de responsabilité, les avantages et inconvénients, ainsi que des témoignages de personnes ayant fait cette transition.
Sommaire
- Rôles et Responsabilités : IDEC vs Directeur d’EHPAD
- Accéder au poste de Directeur : Formations, Diplômes et Réglementation en France
- Nouvelles Dimensions du Poste de Directeur : Missions et Champs d’Action
- Implications Professionnelles de la Transition (Compétences, Carrière)
- Implications Personnelles : Enjeux et Changements de Vie
- Avantages et Inconvénients de Devenir Directeur d’EHPAD
- Témoignages et Retours d’Expérience
- En bref
Rôles et Responsabilités : IDEC vs Directeur d’EHPAD
L’IDEC en EHPAD occupe un rôle clé centré sur la coordination des soins et le management des équipes soignantes. Son influence dépasse les soins infirmiers proprement dits : il fait le lien entre les résidents, leurs familles, les soignants (infirmiers, aides-soignants, etc.), le médecin coordonnateur et la direction . Concrètement, l’IDEC supervise la qualité et la continuité des soins, organise les plannings du personnel soignant, veille au respect des bonnes pratiques et à la traçabilité des soins, et s’assure que chaque résident bénéficie d’un accompagnement adapté (soins palliatifs en fin de vie, suivi des maladies chroniques, etc.) . Il participe également aux admissions des nouveaux résidents, en évaluant avec le médecin coordonnateur et la direction la capacité de l’EHPAD à répondre aux besoins de chaque personne accueillie . En somme, l’IDEC est le pivot de la prise en charge médicale et soignante, garantissant une communication fluide entre toutes les parties prenantes et une vision globale de la qualité de vie des résidents.
Le Directeur d’EHPAD, de son côté, est le chef d’orchestre de l’établissement dans toutes ses dimensions. En tant que responsable légal, il est garant de la bonne gestion globale de la structure : il assure la gestion commerciale et budgétaire, pilote les ressources humaines à tous les niveaux, et encadre l’ensemble du personnel d’encadrement . Ses responsabilités vont du respect des normes sanitaires et de sécurité à la coordination de l’équipe médicale et paramédicale, en passant par la gestion administrative quotidienne. Le directeur doit aussi veiller au bien-être général des résidents au-delà du soin : cela inclut la qualité de l’hébergement, de l’alimentation et des animations proposées, ainsi que l’accueil des familles . Il agit tel un équilibriste entre différentes missions : administration et gestion financière, relationnel avec les résidents et familles, management des équipes (soignantes, administratives, logistiques) et partenariats externes . Cette multiplicité de tâches fait qu’aucune journée ne se ressemble vraiment pour un directeur d’EHPAD.
Exercice du leadership au quotidien : un(e) IDEC collaborant avec le directeur d’EHPAD. L’IDEC agit comme référent médical et soignant, tandis que le directeur supervise l’établissement dans sa globalité. Une communication étroite et une compréhension mutuelle de leurs périmètres respectifs sont essentielles pour un fonctionnement harmonieux .
Différences de périmètre et de responsabilité : Par rapport à son rôle d’IDEC, la personne qui devient directrice d’EHPAD voit son champ d’action s’élargir considérablement. Là où l’IDEC se concentre sur les soins et le management de l’équipe soignante, le directeur englobe tous les domaines de l’établissement. Par exemple :
- Gestion financière et budgétaire : le directeur élabore et suit le budget annuel, gère la tarification et la facturation des résidents, assure la viabilité économique de la structure et prend des décisions d’investissement . Ces aspects financiers sont généralement absents du périmètre d’un IDEC.
- Ressources humaines élargies : alors que l’IDEC gère les soignants, le directeur est responsable de tout le personnel (soignants et non-soignants). Il recrute, forme, évalue et encadre non seulement l’équipe de soins (souvent en s’appuyant sur l’IDEC pour la partie technique), mais aussi les personnels administratifs, logistiques, hôteliers, d’animation, etc. . Il définit la politique RH de l’établissement, veille au dialogue social et peut être amené à arbitrer des conflits du travail.
- Conformité réglementaire et qualité : le directeur garantit que l’EHPAD respecte l’ensemble des normes en vigueur (hygiène, sécurité, droits des résidents, réglementation incendie, etc.). En cas d’incident grave, sa responsabilité pénale peut être engagée sur de nombreux volets – par exemple sécurité, hygiène ou qualité des soins – car il est juridiquement responsable de tout ce qui survient dans l’établissement . À titre d’illustration, en 2022 un directeur a même été condamné pour homicide involontaire suite au décès d’un résident, soulignant le poids de cette responsabilité . L’IDEC, lui, a une responsabilité professionnelle centrée sur le soin, mais c’est bien le directeur qui assume le poids légal ultime du bon fonctionnement de la structure.
- Représentation et partenariats : le directeur est le visage de l’établissement à l’extérieur. Il représente l’EHPAD lors d’événements, auprès des autorités de tutelle (Agence Régionale de Santé – ARS, Conseil départemental), des réseaux gérontologiques, des associations de familles, etc. . Il développe des partenariats (par exemple avec des associations locales, des établissements de santé, des fournisseurs) et pilote la communication externe (site web, relations presse, journées portes ouvertes…) . L’IDEC peut être amené à participer à certains échanges (notamment médicaux ou avec les familles), mais ne porte pas cette responsabilité institutionnelle de représentation.
- Dimension stratégique et pilotage global : enfin, un directeur a pour mission de définir et mettre en œuvre le projet d’établissement en concertation avec le médecin coordonnateur et l’IDEC (pour la partie soins) et avec l’ensemble de l’équipe d’encadrement. Il anticipe les besoins de l’établissement, planifie les actions à long terme pour améliorer la qualité de l’accompagnement des résidents, et doit garder une vision d’avenir pour assurer la pérennité de la structure . L’IDEC contribue au projet d’établissement sur la partie soins, mais ne porte pas seul la stratégie globale de l’organisation.
En résumé, passer d’IDEC à directeur signifie passer d’une responsabilité sectorielle (le soin) à une responsabilité totale sur le fonctionnement de l’EHPAD. C’est un changement de posture : on passe du rôle d’expert clinique et coordinateur à celui de gestionnaire polyvalent et décideur final.
Accéder au poste de Directeur : Formations, Diplômes et Réglementation en France
En France, le métier de directeur d’EHPAD est encadré par des exigences de qualification précises, définies notamment par le Code de l’Action Sociale et des Familles (CASF) et un décret de 2007. Il est généralement attendu un niveau de diplôme élevé (Bac+5) dans le champ du management ou de l’action sociale. Pour une IDEC qui souhaite évoluer vers la direction, cela implique souvent de reprendre des études ou des formations complémentaires. Voici les principaux parcours et conditions :
- Diplômes requis selon la taille de l’EHPAD : Le décret n°2007-22 du 19 février 2007 a fixé des seuils de qualification en fonction de la taille de la structure. Ainsi, pour diriger un établissement ou service médico-social de plus de 50 salariés, le directeur doit posséder un diplôme de niveau I (Bac+5 ou plus) . En dessous de ce seuil, un diplôme de niveau II (Bac+3/4) peut suffire, et pour les très petits établissements (moins de 10 salariés ou 25 places), un diplôme de niveau III avec expérience peut être accepté . En pratique, la grande majorité des EHPAD dépassent largement 10 salariés, et beaucoup ont plus de 50 employés, ce qui rend le niveau I quasiment indispensable dans la plupart des cas. Les qualifications de niveau I typiques pour ce poste sont :
- Le CAFDES (Certificat d’aptitude aux fonctions de directeur d’établissement ou de service d’intervention sociale), diplôme de référence homologué niveau I (Master 2), spécialement conçu pour former aux fonctions de directeur d’établissements sociaux et médico-sociaux . Il se prépare en cours d’emploi sur environ 2 à 2,5 ans (formation théorique de 700h + stages de 510h, via l’École des Hautes Études en Santé Publique) ou par Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) .
- Des Masters 2 spécialisés dans le management des structures sanitaires et sociales, par exemple le Master MOSS (Management des Organisations Sanitaires et Sociales) ou le Master MESS (Management des Établissements Sanitaires et Sociaux), ou encore le Master en Santé Publique option gestion des établissements gérontologiques . Ces diplômes universitaires Bac+5 sont très représentés, notamment dans le secteur privé lucratif .
- D’autres formations de niveau I peuvent être reconnues, comme certains diplômes d’ingénierie sociale ou les formations de l’École des hautes études en santé publique (EHESP). Par ailleurs, réussir le concours de directeur d’établissement sanitaire, social et médico-social (organisé par le Centre National de Gestion) permet d’intégrer la fonction publique hospitalière en tant que directeur d’EHPAD public .
- Cas des diplômes de niveau II (Bac+3/4) : Un diplôme de niveau II seul (par exemple une Licence ou un diplôme de Cadre de santé infirmier) n’est en principe accepté que pour les structures de taille modeste . Le CAFERUIS (Certificat d’aptitude aux fonctions d’encadrement et de responsable d’unité d’intervention sociale, niveau II) est parfois cité comme palier intermédiaire, mais il forme plutôt à des fonctions de chef de service ou de cadre intermédiaire qu’à la direction générale d’un établissement. D’après les retours du terrain, le CAFERUIS peut permettre de diriger de petits EHPAD associatifs ou de devenir directeur adjoint, mais pour prétendre à un poste de directeur d’EHPAD à part entière, un niveau I sera presque toujours requis à terme . Il est d’ailleurs notable que depuis 2009 le Diplôme d’État Infirmier (DEI) lui-même est reconnu au niveau II (grade de licence) : une IDE avec son DE et même un diplôme de cadre de santé (également niveau II) devra généralement viser un niveau supérieur pour accéder aux postes de direction les plus répandus.
- Expérience professionnelle requise : Outre le diplôme, les employeurs exigent plusieurs années d’expérience en encadrement ou gestion d’équipe dans le médico-social avant de confier la direction d’un EHPAD. L’Association pour l’Emploi des Cadres (APEC) estime qu’il faut 5 à 10 ans d’expérience de management dans le secteur pour être crédible comme directeur . Ainsi, une IDEC bénéficiant déjà de 5-10 ans d’expérience de coordination en EHPAD a un atout indéniable, mais souvent ce n’est pas suffisant sans le diplôme ad hoc. Il peut être judicieux de passer par un poste de directeur adjoint d’EHPAD pour se faire la main : ce poste est plus accessible et sert de tremplin vers la direction générale . À noter qu’une expérience d’IDEC est très appréciée dans le secteur, car elle témoigne d’une bonne connaissance du terrain gérontologique et des réalités du soin . Un recruteur confirmera qu’une expérience d’IDEC « est un plus certain » pour diriger un EHPAD, bien qu’elle doive être complétée par la formation adéquate.
- Secteur public vs secteur privé : Le parcours peut différer selon que l’on vise un EHPAD public (géré par un hôpital ou une collectivité) ou un EHPAD privé (commercial ou associatif). Pour un EHPAD public hospitalier, il faut en général réussir un concours de la fonction publique hospitalière (concours de Directeur d’hôpital ou Directeur d’établissement sanitaire, social et médico-social – filière D3S) afin d’être nommé. Une IDEC issue du secteur public pourra s’orienter vers ces concours, souvent après avoir suivi un cursus de l’EHESP. Dans le secteur privé lucratif ou associatif, le recrutement est plus libre mais les exigences de diplômes restent similaires. On pourra donc s’inscrire à un Master 2 en cours d’emploi ou solliciter un financement de formation (via un plan de développement des compétences de l’employeur ou Pôle Emploi) pour obtenir le titre requis. Exemple : sur un forum professionnel, une IDEC du privé envisageant de devenir directrice apprend que dans le privé « le diplôme de cadre + CAFDES (ou Master 2) vous permettront d’exercer comme directrice d’EHPAD sans problèmes », son expérience d’IDEC constituant alors un atout supplémentaire . Autrement dit, un Master ou CAFDES ajouté à l’expérience de management infirmier crée un profil complet pour le poste.
En synthèse, une IDEC qui ambitionne de diriger un EHPAD en France doit généralement prévoir d’atteindre un niveau Bac+5 en management des établissements de santé ou action sociale, à moins de cibler une très petite structure. Les formations existent en cours d’emploi (alternance) et la VAE peut être une voie pour faire valider son expérience. C’est un investissement en temps et en travail personnel important, souvent sur 1 à 3 ans de formation. Il est donc crucial d’intégrer ce paramètre dans le projet : ce n’est pas une promotion qu’on obtient du jour au lendemain, mais bien une reprise d’études et une professionnalisation supplémentaire.
Nouvelles Dimensions du Poste de Directeur : Missions et Champs d’Action
En devenant directeur d’EHPAD, l’ex-IDEC découvre la polyvalence extrême du métier de directeur. Les missions quotidiennes sont à la fois variées et intenses, couvrant des domaines très différents. Voici les principaux champs d’action d’un directeur d’EHPAD, qui constituent autant de nouveautés pour quelqu’un issu d’un poste d’IDEC :
- Animation et coordination d’équipe pluridisciplinaire : Le directeur encadre toutes les équipes de l’EHPAD. Il doit savoir animer, motiver et coordonner aussi bien le personnel soignant (aux côtés de l’IDEC qui reste le référent technique du soin) que les équipes hôtelières, d’entretien, administratives, d’animation, etc. . Cela requiert de la leadership et la capacité d’adapter son management à des métiers très variés. Par exemple, il peut dans la même journée tenir une réunion avec les infirmières sur l’organisation des soins, puis avec le chef cuisinier sur les menus, puis avec le responsable maintenance sur des travaux à planifier, etc.
- Gestion administrative et réglementaire : Une grande partie du travail du directeur est administrative. Il gère les admissions et les contrats de séjour des résidents, supervise la facturation et la comptabilité (souvent avec un aide-comptable ou un support du siège dans un groupe privé), s’occupe des achats et de la logistique, et traite une volumétrie importante de courriels et de courriers officiels. D’après une étude, les directeurs évoquent le caractère « tyrannique » de l’e-mail qui les oblige à répondre en permanence aux sollicitations multiples . Le directeur assure aussi le suivi des indicateurs qualité, prépare les inspections et évaluations externes, et veille à la conformité de l’établissement lors des contrôles de l’ARS ou du Conseil départemental.
- Pilotage des ressources financières : Le directeur construit le budget prévisionnel de l’EHPAD, en répartissant les ressources entre les dépenses de personnel, d’alimentation, de soins, d’entretien, etc. Il doit ensuite suivre rigoureusement l’exécution budgétaire, analyser les écarts et ajuster si besoin . Dans un EHPAD privé à but lucratif, il a également des objectifs de rentabilité ou de résultat d’exploitation à atteindre, ce qui ajoute une dimension « commerciale » à son poste (taux d’occupation à maximiser, maîtrise des coûts, etc.) . Dans tous les cas, l’équilibre financier est une préoccupation constante, surtout dans le contexte actuel où de nombreux EHPAD font face à des budgets serrés.
- Qualité des soins et accompagnement : Bien que n’exerçant plus en première ligne soignante, un directeur d’EHPAD conserve une responsabilité sur la qualité des soins et de l’accompagnement. Il travaille en binôme avec l’IDEC et le médecin coordonnateur pour suivre les indicateurs de santé (par exemple taux d’escarres, consommation de psychotropes, incidents médicaux) et déploie les plans d’amélioration continue. Il valide, aux côtés de l’IDEC, le projet de soins de l’établissement et s’assure de sa mise en œuvre. En cas de crise sanitaire (épidémie de grippe, de gale, ou comme on l’a vu récemment le COVID), c’est le directeur qui coordonne la réponse globale de l’établissement (communication aux familles, interface avec l’ARS, gestion des effectifs en tension, etc.) et prend les décisions rapides pour endiguer le problème . Il est donc toujours mobilisé sur les enjeux de santé, mais à travers un prisme de gestionnaire et non plus de soignant.
- Sécurité et gestion des risques : Le directeur s’assure de la sécurité des résidents, du personnel et des visiteurs . Cela comprend la sécurité incendie (exercices d’évacuation, conformité des alarmes), la prévention des chutes et accidents, la gestion des plaintes et événements indésirables, la protection des données des résidents, etc. Il préside souvent le Comité de Pilotage de la Qualité et des Risques, où l’IDEC est un membre actif. En cas d’incident grave (maltraitance d’un résident, accident collectif, problème sanitaire), c’est le directeur qui doit en référer aux autorités et piloter la gestion de crise. Sa responsabilité juridique étant engagée, il a tout intérêt à développer une culture de prévention dans l’établissement. D’ailleurs, nombre de directeurs suivent des formations spécifiques sur les risques pénaux encourus par les chefs d’établissement médico-sociaux pour bien maîtriser cet aspect .
- Relations avec les familles et les résidents : Si l’IDEC est souvent en première ligne pour informer les familles sur la santé de leur proche, le directeur joue un rôle de médiation et de communication globale avec les résidents et leurs proches. Il organise des réunions de familles, répond aux courriers de réclamation, s’implique dans le conseil de la vie sociale (instance où siègent des représentants des résidents et familles) pour expliquer les décisions prises et recueillir le feedback. Beaucoup de directeurs considèrent cette relation humaine comme centrale dans leur métier – on dit souvent qu’il faut aimer le contact et avoir de l’empathie pour faire ce métier . Un directeur va régulièrement à la rencontre des résidents, notamment les plus autonomes, lors des repas, d’animations, pour conserver un lien de terrain. Cependant, il doit trouver un équilibre relationnel : avoir suffisamment de proximité pour rester à l’écoute, tout en gardant la distance professionnelle nécessaire (puisqu’il peut être amené à annoncer de mauvaises nouvelles ou à faire respecter des règles pas toujours bien acceptées). Le contexte actuel rend parfois la relation avec certaines familles délicate, en raison d’une méfiance accrue après les scandales médiatiques et la crise Covid. Des directeurs témoignent d’une défiance généralisée de la société à laquelle ils font face, les obligeant à faire preuve de transparence et de pédagogie pour instaurer la confiance .
- Partenariats et ancrage territorial : Un EHPAD ne fonctionne pas en vase clos. Le directeur développe des partenariats extérieurs : avec les hôpitaux (pour faciliter les admissions/réadmissions), les structures de soins à domicile, les associations locales (pour des activités intergénérationnelles, par exemple), les institutions (mairie, département, ARS). Il participe aux réseaux professionnels (par exemple les réunions entre directeurs d’EHPAD du territoire, les formations du réseau FHF ou SYNERPA selon le cas). Ces échanges entre pairs sont précieux car ils permettent de partager des bonnes pratiques et de prendre du recul, rompant l’isolement du poste . Un directeur le formulait ainsi : « Si on est seul, on n’est rien », soulignant l’importance de s’appuyer sur un collectif pour tenir dans la durée .
Les missions du directeur d’EHPAD touchent à tous les domaines de la gestion d’un établissement médico-social. Cette polyvalence est stimulante – on ne s’ennuie jamais, et on donne du sens à des actions très variées – mais elle peut être déroutante pour un nouveau directeur issu du soin qui découvre la quantité de sujets dont il doit se préoccuper simultanément. Une directrice d’EHPAD résume : « Il faut aimer aller vite et être touche-à-tout. Il faut se montrer disponible et ne pas avoir peur des responsabilités » .
En pratique, chaque journée amène son lot de surprises et de priorités changeantes. Par exemple, Véronique Steff, directrice d’EHPAD, décrit une journée type récente commençant à 8h30 par un point avec une agent de service, enchaînant sur l’accueil improvisé d’une famille prospect pour une inscription, la validation de factures, la signature de contrats de remplacement suite à des absences, la participation à l’élaboration d’un projet de vie individualisé d’un résident, la préparation d’affiches pour informer d’un nouvel événement (ouverture d’un salon de thé l’après-midi), le déjeuner avec les résidents en salle à manger, une réunion d’équipe soignante pour le point quotidien et rappeler certaines consignes (elle cite un cas concret de prothèse dentaire retrouvée par la lingère, anecdote illustrant la vigilance à avoir), le suivi du plan d’amélioration de la qualité, des discussions informelles avec les familles l’après-midi autour du salon de thé, un point avec l’IDEC avant son départ en congé, puis l’analyse des indicateurs de gestion du mois… jusqu’à un départ vers 18h30, sans compter les dizaines d’appels et de mails traités entre-temps . Cette description illustre bien l’étendue du spectre d’action du directeur, qui passe sans cesse du coq à l’âne et doit jongler entre le stratégique et l’opérationnel au fil des heures.
Implications Professionnelles de la Transition (Compétences, Carrière)
Passer du statut d’IDEC à celui de directeur d’EHPAD représente un saut professionnel important. Il ne s’agit pas seulement d’un changement de poste, mais d’un changement de métier à bien des égards. Voici les principales implications professionnelles à considérer :
1. Nouvelles compétences à acquérir : Une IDEC a déjà développé des compétences de management d’équipe, de coordination des soins et de pédagogie, ce qui constitue un socle solide. Cependant, le métier de directeur exige en plus des compétences diversifiées dans des domaines parfois peu familiers à un soignant. Il faut notamment maîtriser :
- La gestion budgétaire et financière : savoir lire un bilan, construire un budget, suivre des indicateurs financiers, arbitrer des dépenses. Si un déficit se profile, le directeur doit réagir (augmenter le taux d’occupation, négocier des subventions, réduire certains coûts non essentiels…). Un déficit chronique pourrait mettre en danger la pérennité de l’établissement – une lourde responsabilité. La bonne nouvelle, c’est que ces compétences financières peuvent s’apprendre en formation, et qu’un « déficit de compétence budgétaire peut se rattraper » par de la formation continue, selon une directrice interrogée . Mais il faut être prêt à s’y intéresser de près.
- Le droit et la réglementation : l’environnement législatif encadrant les EHPAD est dense et en évolution régulière (loi 2002-2 rénovant l’action sociale, loi HPST 2009, loi ASV 2015, réforme de la tarification, et plus récemment loi “Bien vieillir” de 2024, etc. ). Un directeur doit connaître le CASF, les réglementations sur les personnels, les normes d’hygiène et de sécurité, les droits des usagers, etc. Cela requiert une veille juridique et parfois de s’appuyer sur des services supports (juriste de la structure gestionnaire, fédérations professionnelles qui diffusent l’information). Pour une IDEC peu familière du droit, c’est un domaine qu’il faudra investir.
- Le management stratégique et la conduite de projet : là où l’IDEC gère l’opérationnel du soin, le directeur doit savoir élaborer et piloter des projets d’envergure (par exemple, ouvrir une nouvelle unité, conduire un plan de rénovation du bâtiment, mettre en place une nouvelle méthode d’évaluation de la qualité, etc.). Il doit fixer des objectifs à moyen/long terme et mobiliser ses équipes pour y parvenir. Cela demande des capacités d’analyse, de planification, et de leadership pour entraîner l’adhésion autour du projet d’établissement. Certaines de ces compétences stratégiques peuvent se développer par la formation (masters, CAFDES) et l’expérience.
- La gestion des ressources humaines à un niveau supérieur : si l’IDEC est déjà un manager, le directeur devient le DRH local de l’établissement. Il doit maîtriser des notions de droit du travail, de gestion de la paie (souvent supervisée par lui même si réalisée par un service RH central dans un groupe), de dialogue social (relations avec les représentants du personnel, CSE, etc.). Il peut être amené à conduire des entretiens d’embauche pour tous types de postes, à gérer des procédures disciplinaires ou des conflits entre employés. Cela peut représenter un défi pour quelqu’un issu du soin, et nécessite du tact, de la fermeté et une vision équitable.
- Les compétences relationnelles et communicationnelles : ce sont peut-être les plus importantes. Un bon directeur d’EHPAD doit faire preuve d’une grande aisance relationnelle et d’empathie, car il interagit avec une multitude d’interlocuteurs très différents (résidents âgés parfois désorientés, familles anxieuses, personnel soignant en sous-effectif ou en stress, hiérarchie du siège, élus locaux, etc.) . Il faut savoir écouter, rassurer, convaincre, négocier. La communication transparente et authentique est citée comme essentielle pour créer un climat de confiance et de bienveillance dans l’établissement . Cette dimension « savoir-être » est parfois déstabilisante : on passe beaucoup de temps à gérer de l’humain, des émotions, des situations complexes, ce qui est très différent de la technicité du soin pur.
- La gestion du stress et des situations de crise : diriger un EHPAD implique d’être capable de garder son sang-froid et de réagir de manière organisée face à des événements critiques. Par exemple, gérer une épidémie en interne, faire face à un bad buzz médiatique, ou à un conflit avec une famille en colère, demande sang-froid et méthode. Les qualités de résilience, de réactivité et de prise de décision rapide sont donc indispensables . De plus, il faut savoir se protéger soi-même du stress chronique, ce qui n’est pas une compétence évidente et peut nécessiter un travail sur soi (gestion du temps, délégation, réseaux d’entraide…).
2. Évolution de carrière et perspectives : En termes de trajectoire professionnelle, devenir directeur d’EHPAD ouvre de nouvelles perspectives par rapport à la filière soignante. Une fois en poste, un directeur peut envisager :
- D’évoluer vers la direction de structures plus importantes (par exemple passer d’un EHPAD de 60 lits à un EHPAD de 120 lits, avec davantage de personnel à manager). Avec l’expérience, on peut se voir confier un établissement de plus grande taille ou plus complexe, ce qui s’accompagne généralement d’un statut et d’une rémunération supérieurs .
- De prendre des responsabilités élargies au sein d’un groupe : dans un grand groupe privé, un directeur performant peut devenir directeur de plusieurs établissements (directeur de pôle gérontologique) ou intégrer le siège comme responsable de secteur, formateur, etc. L’APEC note que des évolutions comme directeur de pôle médico-social ou directeur d’association gestionnaire sont possibles .
- De se spécialiser ou de se diversifier : certains directeurs d’EHPAD partent ensuite vers d’autres types d’établissement médico-sociaux (maisons de handicap, cliniques SSR, résidences services…) voire vers des fonctions de conseil ou d’audit en qualité. La palette de compétences acquises en gestion peut aussi permettre des reconversions vers des postes administratifs de la santé publique.
- À l’inverse, il est arrivé que d’anciens soignants devenus directeurs choisissent éventuellement de revenir à un poste de management intermédiaire dans le soin (par exemple directeur des soins à l’hôpital, ou cadre supérieur de santé). Le témoignage de Sophie Ferre illustre un parcours diversifié : infirmière puis cadre de santé, elle a exercé en tant que directrice d’EHPAD, avant de revenir dans le secteur hospitalier comme cadre supérieure et de viser un poste de directrice des soins en CHU . Ce type de parcours montre qu’il est possible de passerelles entre la filière soignante et la filière de direction, et qu’une expérience de direction d’EHPAD peut être valorisée même en dehors du champ gérontologique.
3. Statut, salaire et reconnaissance : Sur le plan des conditions d’emploi, devenir directeur implique en général un statut différent. Dans le public, on passe du statut de fonctionnaire hospitalier (cadre de santé par exemple) à celui de cadre dirigeant soit territorial, soit hospitalier (corps des D3S). Dans le privé, on devient cadre dirigeant de l’entreprise ou de l’association. Cela s’accompagne d’une rémunération plus élevée que celle d’une IDEC. Selon l’APEC, le salaire annuel brut d’un directeur d’EHPAD se situe majoritairement entre 39k€ et 62k€, la moyenne étant autour de 51k€ brut par an , soit approximativement 3 200 € net par mois (auxquels peuvent s’ajouter des primes ou un intéressement dans certains groupes). À titre de comparaison, une IDEC en France gagne souvent entre 35k€ et 45k€ brut annuel selon l’expérience et le secteur, donc la progression salariale existe mais n’est pas forcément exponentielle. En revanche, le statut de directeur amène une certaine reconnaissance sociale et professionnelle : on devient le « chef d’établissement », figure d’autorité et de référence. Certains y voient un aboutissement de carrière valorisant. Mais cette reconnaissance s’accompagne aussi d’une exposition médiatique et d’une pression plus forte en cas de problème (le directeur sera tenu pour responsable des éventuels dysfonctionnements, alors qu’une IDEC bénéficie encore de la protection relative d’avoir sa hiérarchie au-dessus).
En définitive, d’un point de vue strictement professionnel, le passage IDEC -> directeur est un changement de cap qui élargit le champ des possibles (plus de perspectives, de responsabilités, d’influence) tout en demandant un effort de formation et d’adaptation considérable. Il faut être prêt à sortir de sa zone de confort technique pour embrasser un rôle de manager généraliste. Cela peut être extrêmement enrichissant pour qui aime apprendre et relever des défis variés, mais il faut en avoir conscience en amont.
Implications Personnelles : Enjeux et Changements de Vie
Au-delà de l’aspect professionnel, devenir directeur d’EHPAD a des conséquences notables sur la vie personnelle et l’équilibre de vie. Il est crucial pour une IDEC envisageant cette évolution de mesurer ces implications humaines :
- Charge de travail et équilibre vie professionnelle/vie personnelle : Un constat quasi unanime est que le poste de directeur est très prenant. Les journées sont longues, souvent au-delà des horaires habituels, et il n’est pas rare que le directeur doive rester tard le soir ou gérer des urgences le week-end. En pratique, les directeurs témoignent revenir fréquemment sur leur temps personnel : « Les directeurs reviennent souvent en urgence y compris le weekend et ne sont jamais complètement sereins » . L’astreinte téléphonique peut être permanente, car en cas de problème majeur (incendie, décès inhabituel, etc.), c’est vers le directeur que l’on se tourne, 24h/24. Cette disponibilité permanente empiète forcément sur la vie de famille et le temps libre . Il faut s’attendre à une diminution du temps personnel et à devoir organiser son équilibre différemment, avec le soutien de ses proches. Certaines périodes sont particulièrement consommatrices de temps (ouverture de l’établissement, inspection imminente, gestion de crise comme une épidémie) et peuvent mener à des semaines très intenses.
- Stress et pression psychologique : Être le décisionnaire final et avoir sur ses épaules la responsabilité de dizaines de résidents vulnérables et d’employés peut engendrer un stress important. Beaucoup de directeurs décrivent un stress chronique lié à leurs nombreuses responsabilités et à l’impression d’être sans cesse « sur le fil ». La métaphore du « funambule » ou de « l’équilibriste » revient souvent pour qualifier ce métier où l’on doit concilier des attentes parfois contradictoires . La crise du COVID-19 et le scandale Orpéa ont encore accentué cette pression : les contrôles administratifs se sont multipliés, tout comme la vigilance des familles, ce qui a accru le sentiment d’être surveillé et sous tension pour les directeurs . Il existe un réel risque de burn-out dans la profession. Des ressources indiquent qu’un nombre non négligeable de directeurs quittent leur poste chaque année pour cause d’épuisement professionnel, lassés d’un rôle qu’ils jugent intenable sans davantage de moyens humains ou financiers. En 2023, on estime que beaucoup de directeurs d’EHPAD se sentent isolés et épuisés, certains envisageant la démission pour préserver leur santé mentale . Il faut donc avoir conscience que le niveau de stress au travail augmentera significativement dans ce type de fonction, et prévoir des stratégies personnelles pour y faire face (savoir déconnecter, se faire accompagner par un mentor, partager avec des collègues directeurs via des réseaux professionnels, etc.).
- Distance avec le soin et implications émotionnelles : Passer directeur signifie en général s’éloigner du soin direct aux patients, ce qui peut être un choc émotionnel pour certains infirmiers très investis dans la relation d’aide. Certains vivent mal de ne plus être au chevet des résidents, de ne plus exercer leur cœur de métier initial. Il faut accepter de déléguer totalement l’aspect clinique aux soignants et de se concentrer sur des tâches administratives ou managériales. Cela peut donner l’impression de « perdre le contact » avec le terrain humain du métier de soignant. Néanmoins, un directeur continue d’avoir des interactions avec les résidents et peut garder une influence positive sur leur quotidien, mais de manière plus macro. Par exemple, il pourra décider de politiques améliorant la vie des résidents (nouvelles activités, travaux d’aménagement, recrutement d’un psychologue, etc.). C’est une satisfaction différente, plus indirecte. Par ailleurs, le directeur doit aussi se protéger émotionnellement, car les décès de résidents font partie de la vie en EHPAD. Même en étant moins présent au chevet, il reste touché par la disparition des personnes accueillies et c’est souvent lui qui doit annoncer la nouvelle aux familles . Il doit trouver la bonne distance : suffisamment d’empathie mais aussi du recul pour ne pas être submergé affectivement.
- Changements personnels (statut, mobilité, etc.) : Sur un plan plus pratique, devenir directeur peut impliquer des mobilités géographiques. En effet, autant une IDEC fait souvent carrière dans une même ville voire un même établissement, autant pour obtenir un poste de directeur il peut falloir être prêt à bouger là où le poste est vacant. Une promotion interne dans son EHPAD d’origine est possible si le directeur en poste part, mais ce n’est pas garanti et il y a de la concurrence. Ainsi, envisager de changer d’établissement, peut-être de région, est à prendre en compte dans le projet (ce qui a évidemment des conséquences sur la vie familiale, le conjoint, etc.). De plus, en tant que cadre dirigeant, le contrat de travail peut comporter une clause de mobilité (dans les groupes privés notamment), obligeant à accepter un repositionnement sur un autre site du groupe si besoin. Le statut cadre dirigeant peut aussi signifier moins de compensation des heures supplémentaires (forfait jours) et moins de protection en cas de dépassement horaire – on vous demandera une disponibilité sans compter, ce qui change le rapport au travail.
- Satisfaction et accomplissement personnel : Malgré les contraintes, il est important de souligner que devenir directeur d’EHPAD peut apporter un grand sentiment d’accomplissement. Pour une personne passionnée par l’amélioration de l’accueil des personnes âgées, occuper ce poste permet de faire bouger les lignes à plus grande échelle. Beaucoup de directeurs trouvent du sens dans le fait de “prendre soin de ceux qui prennent soin”, c’est-à-dire de créer les conditions pour que le personnel et l’organisation toute entière puissent apporter le meilleur aux résidents. Il y a une fierté légitime à diriger une maison de retraite lorsque tout se passe bien, que les familles sont satisfaites et que les projets avancent. On peut alors réellement “imprimer sa marque” sur l’établissement, innover (par exemple lancer un projet intergénérationnel, introduire une nouvelle thérapie non-médicamenteuse, etc.), ce qu’on ne pouvait pas faire au même niveau en tant qu’IDEC. En ce sens, pour certaines IDEC animées par la volonté d’améliorer le système, la direction est un aboutissement motivant. Par ailleurs, sur le plan personnel, acquérir de nouvelles compétences (finance, droit, management stratégique) est stimulant intellectuellement et enrichit le parcours de vie.
En résumé, la transition vers directeur d’EHPAD va de pair avec une intensification de l’engagement personnel dans le travail. Il faudra probablement accepter de nouveaux sacrifices (temps, confort mental) mais en échange, on peut retirer une satisfaction différente, celle d’avoir un impact global et de relever un défi de taille. Il est important d’y réfléchir aussi sous cet angle personnel : suis-je prêt(e) à assumer un tel niveau de stress et d’engagement ? En ai-je l’envie profonde et le soutien de mes proches ? Ce sont des questions cruciales à se poser.
Avantages et Inconvénients de Devenir Directeur d’EHPAD
Comme toute évolution de carrière, le passage d’IDEC à directeur comporte des avantages (les “pour”) et des inconvénients (les “contre”). Il est essentiel de les peser pour prendre une décision éclairée. Voici un récapitulatif des points clés :
➕ Avantages / Aspects Positifs :
- Influence élargie et impact global : En tant que directeur, on a la main sur l’ensemble du fonctionnement de l’EHPAD. Cela permet de mettre en place des améliorations à grande échelle et d’orienter la politique de l’établissement. Pour une IDEC souvent frustrée par certaines décisions venues “d’en haut”, devenir la personne “du dessus” peut être l’occasion de faire prévaloir des valeurs humaines et une qualité de soin optimale dans tous les aspects (organisation, matériel, effectifs) .
- Évolution de carrière et défi stimulant : C’est un nouveau challenge professionnel, avec l’acquisition de compétences diversifiées (gestion, stratégie…) et la sortie de la routine. Beaucoup apprécient la variété qu’offre ce métier de directeur où l’on touche à tout et où aucune journée ne se ressemble . On reste dans le secteur du médico-social tout en renouvelant complètement ses missions, ce qui peut redynamiser une carrière.
- Reconnaissance et statut : Le poste de directeur est valorisé socialement. On devient un cadre dirigeant, interlocuteur privilégié des autorités, et on bénéficie d’une certaine autonomie dans son travail (surtout si l’EHPAD est autonome, sans supérieur hiérarchique direct sur site ). Cette autonomie de décision contraste avec le rôle d’IDEC qui applique en partie les directives de la direction. Par ailleurs, on obtient un pouvoir de décision qui peut être gratifiant : on n’a plus besoin de valider chaque initiative, on est la personne qui valide.
- Lien humain maintenu différemment : Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le directeur ne vit pas retranché dans un bureau coupé des résidents. Ceux qui aiment le contact humain peuvent toujours l’exercer, mais sous une autre forme – plus ponctuelle et “cérémonielle” (présence aux événements, interaction lors des repas ou réunions) et dans la relation d’aide indirecte (soutien aux familles, échanges avec les résidents sur l’organisation de la vie quotidienne, etc.) . On reste dans un métier de l’humain, simplement à un niveau macro.
- Rémunération supérieure : Même si l’argent n’est pas la motivation première pour la plupart dans le médico-social, il est notable que la rémunération augmente en devenant directeur. Cela peut améliorer la qualité de vie matérielle (salaire plus élevé, parfois voiture de fonction ou primes annuelles, etc.). De plus, le fait d’obtenir un diplôme de niveau I (Master ou CAFDES) peut aussi ouvrir des portes vers d’autres postes bien rémunérés à l’avenir, c’est un investissement sur soi.
- Possibilités d’innovation et de projets personnels : En tant que directeur, on peut parfois lancer des projets qui tiennent à cœur. Par exemple, expérimenter de nouvelles approches (thérapie par les animaux, aménagement d’un jardin thérapeutique, etc.). Si on a la fibre entrepreneuriale, on peut même envisager sur le long terme de créer ou reprendre un petit établissement privé, devenant ainsi son propre patron – ce qui est une voie de réalisation personnelle pour certains (quelques directeurs expérimentés créent des résidences services, ou dirigent plusieurs EHPAD en tant que gérants associés).
➖ Inconvénients / Aspects Négatifs :
- Stress élevé et charge mentale lourde : C’est sans doute le contrepoint majeur. Le poste de directeur est exigeant nerveusement : multiplicité des responsabilités, nécessité d’être partout à la fois, pression hiérarchique (dans les groupes privés on attend des résultats chiffrés, dans le public on subit aussi la pression politique ou administrative), sans oublier la responsabilité juridique en cas de problème grave . Cette charge mentale intense peut conduire à l’épuisement si elle n’est pas bien gérée.
- Empiètement sur la vie privée : Comme développé plus haut, les horaires extensibles, les astreintes implicites, et la difficulté à déconnecter font que la vie personnelle peut souffrir. C’est un métier “passionnant” mais aussi “dévorant” – il faut en être conscient. De nombreux directeurs peinent à prendre des congés sans être dérangés, et doivent accepter de sacrifier du temps en famille.
- Éloignement du cœur de métier infirmier : Pour un(e) IDEC qui aime avant tout le soin et la relation quotidienne avec les résidents, passer directeur peut engendrer une frustration de ne plus exercer son métier initial. On peut ressentir une certaine perte de sens si on était très attaché aux aspects cliniques et à l’aide directe aux personnes. Il faut être prêt à redéfinir son rapport à l’utilité : on n’aide plus avec ses mains ou son expertise soignante, on aide en gérant, ce qui est moins tangible au quotidien.
- Formation longue et contraintes académiques : Un aspect parfois sous-estimé est l’effort demandé pour obtenir la qualification requise. Reprendre des études en cours de carrière (par ex. faire un Master 2 en parallèle du travail) représente un investissement en temps et en énergie considérable. Il faut souvent négocier un financement, possiblement réduire son activité le temps d’étudier, ce qui peut impliquer une baisse de revenu temporaire. Tout le monde n’a pas la possibilité matérielle ou l’envie de retourner sur les bancs de l’école à 35-45 ans. C’est un obstacle à considérer, même s’il est temporaire.
- Décisions difficiles et conflits éthiques : Le directeur est parfois amené à prendre des décisions impopulaires ou douloureuses. Par exemple, devoir refuser une admission par manque de place ou de personnel (laissant une famille sans solution immédiate), annoncer des hausses de tarifs aux résidents (avec le risque de mécontentement), ou encore gérer un conflit en envisageant des sanctions disciplinaires contre un salarié fautif. Ce type de décisions peut être éprouvant émotionnellement, d’autant qu’un ancien soignant peut se retrouver en conflit de valeurs (entre l’impératif de gestion et son éthique personnelle). De nombreux directeurs rapportent se sentir « tiraillés entre leurs convictions personnelles et les exigences de leur gestionnaire », notamment lorsque les restrictions budgétaires les forcent à réduire du personnel ou des activités, au détriment des résidents . Ce conflit de valeurs peut être difficile à vivre sur la durée.
- Exposition aux critiques et isolement : Le directeur est la cible naturelle des plaintes quand quelque chose ne va pas. Il peut subir la critique des familles, des employés, de la tutelle, parfois des médias en cas de problème. C’est un rôle ingrat par moments, où l’on est seul à prendre les coups quand il y a des difficultés. Cet isolement au sommet fait que, même au sein de l’équipe, on ne peut pas toujours se confier pleinement (on ne se plaint pas à ses subordonnés…). Cela peut peser moralement. Heureusement, des réseaux de pairs et des associations de directeurs existent pour échanger et se soutenir, mais cela reste un métier solitaire comparé à l’esprit d’équipe qu’on peut ressentir en étant soignant dans un collectif.
- Environnement contraint et moyens limités : Enfin, un facteur négatif externe est le contexte actuel du secteur des EHPAD : budgets souvent serrés, difficultés de recrutement massives (pénurie d’aides-soignants, d’infirmiers, et même de médecins coordonnateurs) , image ternie par certains scandales, demandes accrues des familles… Tout cela crée un environnement de travail où le directeur doit parfois « faire beaucoup avec peu », ce qui peut être frustrant pour qui veut bien faire. On peut se sentir coincé entre les injonctions contradictoires : améliorer la qualité tout en réduisant les coûts, etc. Ce contexte peut faire vaciller même les plus motivés.
Bilan : il ressort que le métier de directeur d’EHPAD est passionnant et plein de sens pour qui est prêt à en relever les défis, mais il ne faut pas idéaliser la fonction. C’est un engagement lourd qui transforme la vie professionnelle et personnelle. Les « plus » (rayonnement du poste, sentiment d’accomplir une mission importante, évolution de carrière, nouveau salaire, etc.) doivent être mis en regard des « moins » (stress, temps personnel sacrifié, risques et responsabilités accrues, éloignement du soin). Cette balance avantages/inconvénients peut varier selon la personnalité et la situation de chacun. L’important est d’avoir une vision réaliste pour décider en conscience.
Témoignages et Retours d’Expérience
Rien ne vaut la parole de ceux qui ont déjà vécu cette transition pour comprendre concrètement ce qu’elle implique. Voici quelques éclairages issus du terrain – études, interviews ou témoignages – de profils ayant fait ou analysé ce parcours d’IDEC à directeur, ou décrivant la réalité du métier :
- Une ancienne infirmière devenue directrice : Dans un recueil de témoignages, Victoire, 35 ans, explique : « Je suis une ancienne infirmière, mais je me suis reconvertie assez rapidement pour devenir directrice d’Ehpad. En dix ans, au moins la moitié des directeurs d’Ehpad que j’ai connus ont démissionné… » (Make.org, 2022). Bien que nous n’ayons pas tout le détail de son récit, ses propos suggèrent qu’elle a constaté un taux de turnover élevé chez les directeurs d’EHPAD autour d’elle, signe des difficultés du métier. Son témoignage met en avant la nécessité d’être préparé à ces réalités : beaucoup partent, probablement épuisés ou déçus, ce qui est un indicateur des conditions exigeantes de la fonction. Victoire évoque par ailleurs la perte de sens qu’elle a pu ressentir dans son ancien métier infirmier, qu’elle a voulu compenser en prenant des responsabilités, mais aussi les sacrifices personnels consentis depuis sa reconversion (source: Paroles de citoyens, Make.org, 2022 – contenu partiellement disponible). Ce type de témoignage montre qu’il y a des infirmières qui réussissent dans la direction, mais qu’il faut s’armer de résilience.
- Recherche sur l’identité professionnelle des directeurs : Christine Vallin, doctorante en sociologie, a étudié en 2023 le profil et le vécu des directeurs d’EHPAD. Elle dresse un portrait nuancé : d’après elle, les directeurs se voient comme des « chefs d’orchestre », des « psychologues » (pour leur capacité d’écoute) et des « gestionnaires », tout à la fois . Elle souligne qu’ils cherchent sans cesse l’équilibre entre des attentes multiples et qu’ils ont le souci de ne pas s’oublier eux-mêmes dans la fonction. Un de ses constats marquants est que « les directeurs […] ne sont jamais complètement sereins » et qu’ils vivent avec la crainte du taux d’occupation et des contrôles, se sentant comme dans un « cadre surveillé » en permanence . Vallin note aussi que le soutien entre pairs et l’ouverture sur l’extérieur (partenariats, échanges de pratiques) sont vitaux pour ces directeurs, afin de “reprendre de l’air” dans un métier par ailleurs asphyxiant s’il est exercé en vase clos . Cette étude renforce l’idée que le métier de directeur d’EHPAD, bien qu’éprouvant, peut se vivre sur le long terme à condition de s’entourer et de partager. C’est un conseil précieux pour un futur directeur : ne pas rester isolé, rejoindre des associations (comme l’AD-PA ou la FNADEPA), réseauter avec d’autres directeurs pour trouver du soutien et des conseils.
- Retour d’une directrice ayant un parcours infirmier : Véronique Steff (directrice d’un EHPAD privé des Opalines) n’était pas IDEC mais a un profil de soignante au départ (cadre de santé). Dans une interview, elle insiste sur le fait que le relationnel est au cœur du métier : « le métier de directeur est un métier de communication et de relations humaines : communication avec les résidents, les familles, les partenaires extérieurs, les administrations de tutelle… Un déficit de compétence budgétaire peut se rattraper, mais si on n’aime pas le contact, il ne faut pas être directeur d’EHPAD ! » . Elle souligne donc qu’au-delà des savoir-faire techniques (gestion budgétaire, etc.), c’est le savoir-être qui fait la différence. Elle ajoute avoir choisi ce métier pour sa finalité qui reste le « bien-être du résident », ce qui la motive au quotidien . Interrogée sur d’éventuels inconvénients, elle répond « Je n’en vois aucun ! », précisant qu’elle a connu des aspects négatifs lorsqu’elle travaillait pour un très grand groupe, mais qu’au sein d’une structure à taille humaine et avec le soutien d’un siège accessible, elle s’épanouit totalement . Ce témoignage montre qu’il est possible d’aimer ce métier au point de ne pas lui trouver de défaut, surtout si l’on est dans un environnement adapté. Cela dépend donc aussi du contexte : un directeur bien entouré, avec des moyens, dans un groupe à l’écoute, vivra son rôle de manière bien plus positive qu’un directeur isolé dans un contexte tendu. Pour une IDEC qui se projette, il peut être utile de discuter avec des directeurs en exercice pour recueillir différents échos : certains en parlent avec passion, d’autres avec amertume. La réalité peut varier énormément.
- Parcours croisé IDEC/Médecin coordonnateur : Un point de vue intéressant est celui du binôme IDEC – médecin coordonnateur, souvent les deux référents techniques sous l’autorité du directeur. Certains directeurs actuels étaient auparavant soit IDEC, soit médecins coordonnateurs. Ces professionnels soulignent l’importance, une fois directeur, de bien définir le périmètre de chacun et de faire confiance aux IDEC en poste. Un directeur confiait qu’il voyait son IDEC comme le « chef d’équipe » du soin, en première ligne pour garantir les bonnes pratiques, et qu’en tant que directeur il devait lui donner les moyens et ne pas empiéter sur son domaine (source : Cairn.info, La dégradation du bien-être au travail en EHPAD, 2021 ). Cette vision partagée par d’anciens IDEC devenus directeurs permet d’assurer une continuité : on reste proche de son ancienne fonction en valorisant l’IDEC qu’on supervise, tout en ayant pris de la hauteur.
En conclusion de ces témoignages, on retient que la transition d’IDEC à directeur est réalisable – plusieurs l’ont fait avec succès – mais elle doit s’accompagner d’une prise de conscience des réalités du terrain de directeur. Écouter ceux qui ont fait ce chemin permet d’anticiper les écueils et de se préparer mentalement : oui, ce sera dur, oui, ce sera différent de ce qu’on a connu, mais cela peut aussi être une aventure humaine et professionnelle extrêmement riche.
En bref
Devenir directeur ou directrice d’EHPAD lorsque l’on est IDEC constitue une évolution de carrière majeure qui transforme la nature de son travail. En France, le cadre réglementaire impose de se doter des diplômes adéquats (Master, CAFDES…) et de capitaliser sur son expérience soignante pour accéder à ces fonctions de direction. Au-delà de la formation, il faut bien peser les nouvelles responsabilités que l’on endosse : un directeur est à la fois gestionnaire, leader, garant de la qualité des soins, communicant et stratège, là où l’IDEC était avant tout un expert du soin et un coordinateur d’équipe. Les implications personnelles sont tout aussi importantes : davantage de stress, une charge temporelle accrue, mais aussi la satisfaction d’un accomplissement personnel et la fierté de piloter un établissement au service des aînés.
Pour éclairer le choix d’une IDEC tentée par cette voie, on peut résumer ainsi les tenants et aboutissants :
- Se préparer : acquérir le diplôme requis, éventuellement via une reprise d’études en cours d’emploi, et accumuler des connaissances en gestion. Rien que ce parcours préparatoire est un test de motivation en soi.
- Accepter de changer de posture : passer du « faire » au « faire-faire », du soin à la gestion, du terrain à la vision d’ensemble. C’est un deuil partiel de son identité infirmière d’origine, compensé par une nouvelle identité de manager du médico-social.
- Être conscient des sacrifices : moins de temps libre, plus de soucis, un rôle parfois solitaire. Le soutien de la famille et l’équilibre personnel devront être travaillés pour ne pas s’épuiser.
- Savoir pourquoi on le fait : que ce soit par ambition légitime, par désir de peser sur les décisions pour améliorer les choses, par goût du défi ou pour évoluer financièrement, il est important d’identifier sa motivation profonde. Elle servira de boussole dans les moments difficiles.
- Ne pas idéaliser, ni diaboliser : le métier de directeur d’EHPAD a ses nobles missions et ses aspects gratifiants (projet humain, rencontres riches, sentiment d’utilité sociale) , mais aussi ses dures réalités (pressions multiples, cadre réglementaire strict, risques juridiques) . En avoir une vision équilibrée aide à s’y engager de façon lucide.
- S’appuyer sur l’expérience des autres : rencontrer des directeurs en poste, recueillir des témoignages, éventuellement trouver un mentor, permet de bénéficier de conseils avisés et de vérifier si l’on se projette vraiment dans ce rôle.
En définitive, devenir directeur d’EHPAD est un projet ambitieux et exigeant, qui peut s’avérer extrêmement enrichissant sur le plan professionnel et personnel à condition d’y être bien préparé et soutenu. Pour une IDEC, c’est l’opportunité de porter plus loin les valeurs de soins et d’accompagnement qu’elle défend, en ayant les moyens d’action au niveau d’un établissement entier. Le chemin comporte des obstacles, mais il n’est pas insurmontable : avec la bonne formation, de l’expérience, et une réelle motivation, de nombreux infirmier(e)s coordonnateurs(trices) ont déjà franchi le pas et trouvé dans la direction une nouvelle vocation au service de nos aînés.
Les éléments rassemblés dans cette note permettront, espérons-le, à chacun(e) de mesurer le pour et le contre et de faire un choix éclairé quant à cette évolution de carrière. Quel que soit le choix final – rester IDEC expert du soin ou devenir directeur(trice) aux commandes – il doit se faire en cohérence avec vos aspirations profondes, vos capacités et vos attentes vis-à-vis de ce métier pas comme les autres qu’est la direction d’EHPAD. Bonne réflexion dans votre parcours professionnel !

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