Diabète en EHPAD : comment adapter l’alimentation et surveiller la glycémie des résidents ?

Découvrez les protocoles nutritionnels et la surveillance glycémique adaptés pour une prise en charge optimale des résidents diabétiques en EHPAD.

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Le diabète touche aujourd’hui plus d’un tiers des résidents en EHPAD, avec une prévalence qui ne cesse de croître. Cette réalité impose une vigilance quotidienne autour de l’alimentation et de la surveillance glycémique. Pourtant, concilier équilibre nutritionnel, plaisir gustatif et impératifs médicaux représente un défi opérationnel majeur. Cet article détaille les protocoles nutritionnels adaptés, les modalités de coordination entre soignants et cuisines, ainsi que les outils pratiques pour sécuriser la prise en charge des résidents diabétiques dans votre établissement.

Comprendre les enjeux du diabète en EHPAD : prévalence et risques associés

La prévalence du diabète en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes atteint désormais 35 à 40 % selon les données de la Haute Autorité de Santé. Ce chiffre s’explique par le vieillissement de la population et l’augmentation des comorbidités associées au diabète de type 2.

Les résidents diabétiques présentent des risques accrus d’hypoglycémie et d’hyperglycémie, notamment en raison des traitements médicamenteux, de la polymédication et des variations d’appétit liées à l’âge. Les conséquences peuvent être graves : malaises, chutes, troubles cognitifs, déshydratation ou encore complications cardiovasculaires.

En EHPAD, le diabète n’est jamais isolé : il s’accompagne fréquemment d’hypertension, de dénutrition, de troubles rénaux ou de démences.

Face à cette complexité, la coordination entre l’infirmier coordinateur (IDEC), l’infirmier référent, le responsable hébergement et les équipes de cuisine devient indispensable. Chacun doit comprendre les spécificités du régime diabétique et les signes d’alerte à surveiller.

Les recommandations HAS : cadre de référence pour la prise en charge

La HAS rappelle dans ses dernières recommandations l’importance d’individualiser les objectifs glycémiques chez la personne âgée. Contrairement aux adultes plus jeunes, les cibles HbA1c doivent être assouplies : entre 7 et 8 % pour les résidents autonomes, et jusqu’à 9 % pour les personnes fragiles ou en fin de vie.

L’objectif est d’éviter les hypoglycémies sévères, plus dangereuses que des glycémies légèrement élevées. Cette approche pragmatique doit être partagée avec toute l’équipe soignante.

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Conseil opérationnel : Organisez une réunion trimestrielle associant IDEC, médecin coordonnateur, diététicien et responsable de cuisine pour réviser les objectifs glycémiques et adapter les menus en conséquence.


Protocoles nutritionnels adaptés : de la théorie à la pratique

Un protocole nutritionnel pour résidents diabétiques repose sur trois piliers : la régularité des apports, l’équilibre glucidique et la personnalisation des menus. Il ne s’agit pas d’imposer un régime restrictif, mais de structurer l’alimentation pour limiter les variations glycémiques.

Principes de base du régime diabétique en EHPAD

  • Répartition des glucides : privilégier les glucides complexes (pain complet, légumineuses, féculents semi-complets) et limiter les sucres rapides.
  • Trois repas principaux + une à deux collations : éviter les jeûnes prolongés sources d’hypoglycémie.
  • Fibres alimentaires : favoriser légumes, fruits entiers et céréales complètes pour ralentir l’absorption du glucose.
  • Limitation des graisses saturées : réduire charcuteries, fritures, viennoiseries au profit d’huiles végétales et poissons gras.
  • Hydratation régulière : au moins 1,5 litre par jour, en tenant compte des capacités de chaque résident.

Exemple de menu diabétique type sur une journée

Repas Composition Apport glucidique estimé
Petit-déjeuner Pain complet (40 g) + beurre léger + 1 yaourt nature + 1 fruit frais 40 g
Collation matinale 5 amandes + 1 compote sans sucre ajouté 15 g
Déjeuner Crudités vinaigrette + blanc de poulet + haricots verts + riz basmati (80 g cuit) + fromage blanc + poire 50 g
Collation après-midi Thé + 2 petits-beurre 15 g
Dîner Velouté de légumes + poisson vapeur + purée de patate douce + salade verte + compote maison 45 g

Un menu diabétique ne signifie pas « sans saveur » : misez sur les aromates, épices et cuissons douces pour préserver le plaisir gustatif.

Adapter les textures sans compromettre l’équilibre

De nombreux résidents diabétiques nécessitent des textures modifiées (mixé, haché). Veillez à maintenir l’équilibre glucidique en pesant les portions et en privilégiant les épaississants naturels (purée de légumes) plutôt que des gélifiants sucrés.

Conseil opérationnel : Créez une fiche de liaison entre la cuisine et le service de soins indiquant pour chaque résident diabétique : texture, allergies, objectif glycémique et traitement antidiabétique. Mettez-la à jour mensuellement.


Surveillance glycémique renforcée : rôle des infirmiers et organisation pratique

La surveillance glycémique constitue le deuxième pilier de la prise en charge. Elle permet d’ajuster les traitements, de prévenir les complications et d’évaluer l’efficacité du protocole nutritionnel.

Fréquence et modalités de contrôle

Selon les recommandations HAS, la fréquence des contrôles glycémiques dépend du profil du résident :

  1. Diabète équilibré sous antidiabétiques oraux : 1 à 2 contrôles par semaine, à jeun ou en postprandial.
  2. Diabète sous insuline : 2 à 4 contrôles par jour, avant les repas principaux et au coucher.
  3. Diabète instable ou en phase d’ajustement : jusqu’à 6 contrôles par jour pendant quelques jours.

Les horaires doivent être standardisés pour faciliter le suivi et permettre des comparaisons fiables. Privilégiez les glycémies préprandiales (avant les repas) pour ajuster les doses d’insuline rapide, et les contrôles à 14h ou au coucher pour dépister les hypoglycémies différées.

Traçabilité et communication interprofessionnelle

Chaque contrôle glycémique doit être tracé dans le dossier de soins informatisé avec :

  • La valeur mesurée
  • L’heure exacte
  • Le contexte (à jeun, postprandial, symptômes associés)
  • L’action entreprise (resucrage, adaptation insuline, appel médecin)

Outil pratique : Utilisez un carnet de suivi glycémique papier en complément du dossier informatisé, consultable par l’équipe de nuit et les remplaçants. Affichez une copie hebdomadaire dans le bureau de soins.

Gestion des hypoglycémies et hyperglycémies : protocoles d’urgence

Hypoglycémie (< 0,60 g/L) :

  1. Resucrage immédiat : 3 morceaux de sucre ou 15 cl de jus de fruit.
  2. Recontrôle à 15 minutes.
  3. Si persistance : renouveler le resucrage et appeler le médecin.
  4. Proposer une collation glucido-protéique (pain + fromage) pour éviter la rechute.

Hyperglycémie (> 2,50 g/L à jeun ou > 3 g/L en postprandial) :

  1. Vérifier l’hydratation et proposer de l’eau.
  2. Contrôler la cétonurie si glycémie > 3 g/L.
  3. Appliquer le protocole insuline rapide si prescrit.
  4. Contacter le médecin si hyperglycémie persistante ou symptômes (soif, polyurie, confusion).

Formez l’ensemble des aides-soignants à reconnaître les signes d’hypoglycémie : sueurs, tremblements, pâleur, confusion, agressivité inhabituelle.

Conseil opérationnel : Organisez deux fois par an une session de simulation pratique sur la gestion d’une hypoglycémie sévère. Impliquez les équipes de nuit, souvent moins nombreuses et confrontées à ces situations.


Coordination avec les diététiciens et formation des équipes de cuisine

La réussite du protocole nutritionnel repose sur une coordination fluide entre le diététicien (interne ou externe), l’IDEC, le responsable hébergement et les équipes de cuisine. Cette collaboration doit être formalisée et régulière.

Rôle du diététicien : de l’évaluation à l’ajustement des menus

Le diététicien intervient à plusieurs niveaux :

  • Évaluation nutritionnelle initiale : calcul des besoins caloriques, appréciation des habitudes alimentaires, dépistage de la dénutrition associée.
  • Élaboration de menus adaptés : menus diabétiques, menus enrichis pour les résidents diabétiques dénutris, adaptation des textures.
  • Validation des fiches techniques de cuisine : vérification des grammages glucidiques, substitutions possibles.
  • Formation du personnel : sensibilisation aux principes du régime diabétique, lecture des étiquettes, gestion des équivalences.
  • Suivi individuel : ajustement des menus selon l’évolution du poids, de l’HbA1c, de l’appétit.

Formation des cuisiniers : un maillon essentiel trop souvent négligé

Les équipes de cuisine doivent comprendre les enjeux du diabète pour respecter scrupuleusement les protocoles. Une formation annuelle de 3 heures minimum est recommandée, couvrant :

  • Les bases du diabète et de la glycémie
  • Les familles d’aliments et leur index glycémique
  • Les grammages et équivalences glucidiques
  • Les techniques de cuisson préservant la qualité nutritionnelle
  • La gestion des imprévus (absence d’un ingrédient, erreur de commande)

Exemple concret : Dans un EHPAD de Loire-Atlantique, le diététicien a instauré un code couleur sur les fiches menus : vert pour les menus standard, orange pour les menus diabétiques, rouge pour les menus mixés diabétiques. Cette simple visualisation a réduit de 80 % les erreurs de distribution.

Mise en place d’un cycle de menus diabétiques

Un cycle de menus de 4 à 6 semaines spécifiquement conçu pour les résidents diabétiques facilite l’organisation et garantit la variété. Chaque menu doit préciser :

  • Les grammages de féculents et de pain
  • Les alternatives possibles (ex : riz basmati ou quinoa)
  • Les desserts autorisés (fruits frais, laitages nature, compotes sans sucre ajouté)

Checklist pratique pour valider un menu diabétique :

  • [ ] Apport glucidique total compris entre 150 et 200 g/jour
  • [ ] Fibres : minimum 25 g/jour
  • [ ] Répartition équilibrée sur 3 repas + 2 collations
  • [ ] Limitation des sucres rapides (< 10 % de l’apport énergétique total)
  • [ ] Présence d’une source de protéines à chaque repas
  • [ ] Variété des féculents sur la semaine
  • [ ] Utilisation d’huiles végétales pour l’assaisonnement
  • [ ] Absence de boissons sucrées, sauf protocole hypoglycémie

Communication quotidienne : le lien cuisine-soins

Instaurez une transmission quotidienne entre la cuisine et le service de soins, idéalement lors de la relève du midi :

  • Signalement des résidents ayant mal mangé
  • Adaptation des portions si besoin
  • Vérification de la cohérence entre les plateaux servis et les prescriptions diététiques
  • Remontée des préférences alimentaires

Conseil opérationnel : Nommez un référent diabète parmi les aides-soignants et un référent en cuisine. Ils se rencontrent 15 minutes chaque semaine pour ajuster les pratiques et résoudre les problèmes rencontrés.


Vers une approche globale et personnalisée du résident diabétique

La prise en charge du résident diabétique ne se limite pas à la surveillance glycémique et aux menus adaptés. Elle s’inscrit dans une démarche globale intégrant plaisir, maintien de l’autonomie et qualité de vie.

L’importance du plaisir alimentaire

Le régime diabétique ne doit jamais devenir une source de frustration. Autorisez ponctuellement des écarts contrôlés (anniversaire, fête), en ajustant si besoin l’insuline rapide. Proposez des desserts « plaisir » adaptés : mousses au chocolat noir avec édulcorant, clafoutis aux fruits sans sucre ajouté, crèmes dessert allégées.

Un résident heureux à table accepte mieux son traitement et respecte davantage les consignes nutritionnelles.

Personnalisation et projet de soins individualisé

Chaque résident diabétique doit bénéficier d’un projet de soins individualisé incluant :

  • Ses objectifs glycémiques personnalisés
  • Ses préférences et aversions alimentaires
  • Ses capacités à s’alimenter seul ou avec aide
  • Ses habitudes culturelles ou religieuses
  • Son risque de dénutrition et les stratégies d’enrichissement

Exemple concret : Madame L., diabétique de type 2, refuse systématiquement le poisson. Plutôt que de forcer, l’équipe a substitué par des œufs ou du tofu, en veillant à l’équilibre protéique. Sa glycémie s’est stabilisée et elle mange désormais avec plaisir.

Formation continue et sensibilisation des familles

Les familles jouent un rôle clé, notamment lorsqu’elles apportent des denrées extérieures. Sensibilisez-les lors de l’admission et lors des réunions de famille :

  • Expliquez les risques des sucreries et gâteaux apportés en excès
  • Proposez des alternatives : fruits frais, chocolat noir, biscuits sans sucre ajouté
  • Invitez-les à signaler tout apport extérieur pour ajuster la surveillance

Outil pratique : Rédigez une fiche d’information famille « Mon proche est diabétique en EHPAD : comment l’accompagner ? », distribuée dès l’entrée et affichée en salle de vie.

Évaluation régulière et amélioration continue

Instaurez une évaluation semestrielle de la prise en charge du diabète dans votre établissement :

  • Taux d’HbA1c moyen des résidents diabétiques
  • Nombre d’hypoglycémies sévères
  • Taux de satisfaction des résidents concernant les repas
  • Conformité des menus au protocole nutritionnel
  • Taux de participation du personnel aux formations

Ces indicateurs, présentés en comité de direction, permettent d’ajuster les pratiques et de valoriser les progrès réalisés.

Conseil opérationnel : Créez un tableau de bord mensuel « Suivi diabète » accessible à l’IDEC, au médecin coordonnateur et au directeur. Intégrez-y les indicateurs clés et les actions correctives prévues.


Mini-FAQ : Réponses aux questions fréquentes sur l’alimentation des résidents diabétiques

Peut-on proposer des fruits à tous les repas à un résident diabétique ?

Oui, à condition de privilégier les fruits entiers plutôt que les jus, et de respecter une portion raisonnable (150 g par prise). Les fruits apportent fibres, vitamines et minéraux essentiels. Privilégiez les fruits à index glycémique modéré : pomme, poire, agrumes, fruits rouges.

Comment gérer un résident diabétique en fin de vie ?

Assouplissez les contraintes alimentaires pour privilégier le confort et le plaisir. L’objectif n’est plus l’équilibre glycémique strict mais la qualité de vie. Proposez les aliments préférés, limitez les contrôles glycémiques douloureux et adaptez le traitement pour éviter les hypoglycémies inconfortables.

Que faire si un résident diabétique refuse systématiquement le régime adapté ?

Respectez son choix après l’avoir informé des risques. Documentez le refus dans le dossier de soins et proposez un compromis : maintien d’une structure de repas réguliers, limitation des excès sucrés, surveillance glycémique renforcée. Impliquez la famille et le médecin coordonnateur pour trouver un équilibre acceptable.

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