Comment sécuriser les sorties en EHPAD sans restreindre la liberté des résidents désorientés

Découvrez comment sécuriser les sorties des résidents désorientés en EHPAD : cadre légal, technologies de géolocalisation, protocoles et aménagements adaptés.

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En EHPAD, la sécurisation des sorties et déplacements des résidents désorientés constitue un défi quotidien pour les équipes soignantes. Entre la nécessité de prévenir les fugues et chutes à l’extérieur, et l’obligation légale de respecter la liberté d’aller et venir, les professionnels doivent naviguer dans un cadre complexe. Les technologies de géolocalisation et les protocoles de surveillance se développent, mais leur mise en œuvre soulève des questions éthiques et juridiques essentielles. Comment garantir la sécurité sans entraver les droits fondamentaux ? Quels dispositifs déployer concrètement ?

Cadre légal et éthique : concilier protection et liberté de circulation

Le droit français impose un équilibre délicat entre la protection des personnes vulnérables et le respect de leurs libertés fondamentales. L’article L311-3 du Code de l’action sociale et des familles garantit à chaque résident le droit d’aller et venir librement. Toute restriction doit répondre à des conditions strictes.

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) encadre spécifiquement l’usage des dispositifs de géolocalisation en établissement. Selon les recommandations actualisées, tout système de surveillance électronique nécessite le consentement éclairé du résident ou, en cas d’impossibilité, celui de son représentant légal. Cette autorisation doit figurer dans le projet de soins personnalisé et faire l’objet d’une réévaluation régulière.

Le consentement pour un dispositif de géolocalisation doit être libre, spécifique, éclairé et univoque, avec possibilité de retrait à tout moment.

Les établissements doivent également déclarer ces traitements de données dans leur registre des activités de traitement, conformément au RGPD. La conservation des données de localisation ne peut excéder la durée strictement nécessaire, généralement limitée à quelques semaines.

Les obligations documentaires à respecter

Pour sécuriser juridiquement vos pratiques, plusieurs documents sont indispensables :

  • Fiche d’information détaillée remise à la famille expliquant le fonctionnement du dispositif
  • Formulaire de consentement signé et daté, conservé au dossier du résident
  • Mention dans le contrat de séjour et le livret d’accueil
  • Procédure interne validée par le médecin coordonnateur
  • Information du personnel sur les modalités d’utilisation et les limites légales

Conseil pratique : Organisez tous les six mois une réunion pluridisciplinaire incluant médecin coordonnateur, IDEC, psychologue et direction pour réévaluer la pertinence des dispositifs installés et leur conformité éthique. Documentez systématiquement ces évaluations.

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Technologies de géolocalisation : panorama des solutions disponibles

Le marché propose aujourd’hui une diversité de dispositifs de géolocalisation adaptés aux différents profils de résidents et aux configurations architecturales des établissements. Leur efficacité varie selon les contextes d’usage.

Bracelets et badges connectés

Les bracelets GPS-GSM constituent la solution la plus répandue. Portés au poignet ou à la cheville, ils permettent une localisation en temps réel avec alertes envoyées au personnel soignant. Leur autonomie varie de 3 à 7 jours selon les modèles.

Avantages : périmètre de surveillance étendu, géolocalisation extérieure précise, alarme automatique en cas de sortie du périmètre défini.

Limites : acceptation variable par les résidents, risque de retrait volontaire, nécessité de recharge régulière, coût d’abonnement (20 à 40€/mois par dispositif).

Systèmes à radiofréquence RFID

Les badges RFID fonctionnent par détection de proximité avec des bornes installées aux issues de l’établissement. Dès qu’un résident équipé approche d’une sortie non autorisée, une alerte visuelle et sonore se déclenche.

Critère RFID GPS-GSM
Portée 10-50 mètres Illimitée (réseau GSM)
Précision localisation Faible (détection de zone) Élevée (5-10 mètres)
Coût installation 3000-8000€ Minime
Coût mensuel/résident Nul après installation 20-40€
Autonomie batterie 6-12 mois 3-7 jours

Exemple concret : L’EHPAD Les Jardins de Provence a équipé ses 8 portes d’accès de bornes RFID pour 6 500€. Quinze résidents présentant des troubles du comportement portent des badges discrets intégrés dans des montres. Depuis l’installation, le nombre de tentatives de sorties non accompagnées a diminué de 78%, sans aucune fugue aboutie.

Solutions textiles innovantes

Des semelles connectées ou vêtements équipés de puces se développent pour améliorer l’acceptabilité. Ces dispositifs intégrés au quotidien des résidents passent plus inaperçus et réduisent le risque de retrait volontaire.

Question fréquente : Un résident peut-il refuser le port d’un dispositif de géolocalisation ?

Oui, absolument. Le refus d’un résident disposant de ses capacités de discernement doit être respecté, même s’il présente des troubles cognitifs. Seule une décision de justice (mesure de protection avec mention explicite) pourrait autoriser son installation contre son gré, dans des cas exceptionnels.

Action immédiate : Avant tout investissement, constituez un groupe de travail pluridisciplinaire pour tester plusieurs dispositifs pendant un mois. Impliquez résidents volontaires et familles dans cette phase pilote pour recueillir leurs retours d’expérience.


Protocoles de surveillance et aménagements : construire un dispositif global

La technologie seule ne suffit pas. Un protocole de surveillance structuré associé à des aménagements environnementaux renforce significativement la sécurité sans recourir systématiquement à la contention électronique.

Organisation des rondes et vigilance collective

L’observation clinique régulière reste le socle de toute stratégie de prévention. Les études montrent que 65% des fugues surviennent lors de moments charnières : changements d’équipe, heures de repas, animations.

Planification optimale des rondes :

  1. Renforcer la présence aux horaires critiques (7h-9h, 12h-14h, 17h-19h)
  2. Tracer systématiquement chaque passage dans les espaces à risque
  3. Former l’ensemble du personnel (dont agents hôteliers et techniques) à repérer les signes précurseurs
  4. Organiser des transmissions ciblées sur les résidents à risque lors de chaque relève

Les indicateurs de risque de fugue incluent : déambulation accrue, demandes répétées de sortie, recherche de clés ou portes, habillage inhabituel, expressions verbales évoquant un départ.

Aménagement sécurisé des espaces

L’architecture et l’aménagement jouent un rôle déterminant dans la prévention passive des fugues :

  • Sécurisation discrète des issues : digicodes à code variable, poignées spécifiques nécessitant un geste complexe, portes à ouverture retardée avec alarme sonore
  • Aménagement d’espaces extérieurs sécurisés : jardins clos de plain-pied accessibles librement, allées déambulatoires circulaires, mobilier attractif incitant à s’arrêter
  • Gestion de l’éclairage : éviter les contrastes lumineux importants aux portes (perçus comme infranchissables par certains résidents)
  • Camouflage visuel des sorties : rideaux, affiches, faux éléments de décor masquant partiellement les issues secondaires

Question fréquente : Comment gérer les visiteurs qui laissent les portes ouvertes ?

Installez une signalétique claire rappelant de refermer les portes, organisez un message de sensibilisation lors de la signature du registre d’accueil, et formez l’équipe d’accueil à interpeller poliment mais fermement tout visiteur négligent. Un sas d’entrée à double porte limite également ce risque.

Exemple terrain : L’EHPAD Saint-Joseph a transformé une cour intérieure inutilisée en jardin thérapeutique de 200m² avec quatre accès directs depuis les unités de vie. Depuis cette création, les tentatives de sortie par l’entrée principale ont chuté de 60%. Les résidents désorientés trouvent un espace de déambulation sécurisé répondant à leur besoin de mouvement.

Rôle spécifique de l’aide-soignant et de l’IDEC

L’aide-soignant constitue le premier observateur et acteur de prévention au quotidien :

  • Repérer les modifications comportementales lors des soins d’hygiène et des repas
  • Proposer des activités substitutives quand un résident manifeste l’envie de sortir
  • Accompagner les sorties sécurisées pour maintenir le lien social extérieur
  • Signaler immédiatement toute situation préoccupante

L’infirmier coordinateur (IDEC) pilote la dimension organisationnelle et réglementaire :

  • Coordonner l’évaluation pluridisciplinaire des résidents à risque
  • Élaborer et actualiser les protocoles de surveillance
  • Superviser la traçabilité des dispositifs mis en œuvre
  • Former et sensibiliser les équipes aux bonnes pratiques
  • Assurer l’interface avec les familles et le médecin coordonnateur

Action immédiate : Mettez en place un cahier de liaison dédié aux résidents à risque de fugue, consultable par toutes les équipes, avec notation quotidienne des observations comportementales et interventions réalisées. Analysez-le hebdomadairement en réunion de coordination.


Procédure en cas de fugue : réagir efficacement et prévenir la récidive

Malgré tous les dispositifs préventifs, une fugue peut survenir. La réactivité et l’organisation des premières heures sont déterminantes pour la sécurité du résident.

Les premières minutes : protocole d’alerte

Dès la constatation d’une disparition, un protocole d’urgence standardisé doit s’enclencher :

0-5 minutes :
– Alerter immédiatement l’IDE ou cadre de santé présent
– Vérifier tous les espaces intérieurs (chambres, sanitaires, locaux techniques)
– Consulter le dossier pour connaître les habitudes de vie et lieux significatifs

5-15 minutes :
– Fouiller méthodiquement les abords immédiats (jardins, parkings, commerces proches)
– Contacter la famille pour vérifier une absence autorisée oubliée
– Préparer une photo récente et description détaillée (vêtements, signes distinctifs)

15-30 minutes :
– Appeler le 17 (Police/Gendarmerie) pour déclarer la disparition inquiétante
– Activer si équipé le dispositif de géolocalisation
– Informer la direction et le médecin coordonnateur

Statistique clé : 85% des résidents fugués sont retrouvés dans un rayon de 2 kilomètres autour de l’établissement dans les 6 premières heures.

Organisation de la recherche

La coordination avec les forces de l’ordre nécessite de transmettre rapidement :

  • Identité complète, photo récente, description physique et vestimentaire
  • Pathologies et traitements (notamment insuline, anticoagulants)
  • Lieux potentiellement recherchés (ancien domicile, lieu de travail, lieu de culte)
  • Coordonnées des proches à contacter

Parallèlement, mobilisez les ressources locales :

  • Informez les commerces, pharmacies et transports en commun environnants
  • Sollicitez l’aide des familles présentes pour élargir le périmètre de recherche
  • Consultez les images de vidéosurveillance extérieure si disponibles
  • Utilisez les réseaux sociaux locaux avec prudence (respect de la vie privée)

Analyse post-fugue et ajustement

Chaque fugue doit donner lieu à une analyse approfondie dans les 48 heures :

  1. Réunion pluridisciplinaire avec tous les acteurs concernés
  2. Reconstitution chronologique précise : quand, comment, contexte
  3. Identification des facteurs déclenchants : événement particulier, modification de traitement, visite perturbante
  4. Évaluation des dispositifs : défaillance technique, faille organisationnelle
  5. Ajustement du projet de soins : modification du protocole, renforcement de l’accompagnement
  6. Rédaction d’une fiche d’événement indésirable avec actions correctives

Exemple concret : Suite à la fugue de M. D., ancien agriculteur, l’analyse a révélé qu’il manifestait chaque jour vers 6h le besoin de « nourrir les bêtes ». L’équipe a institué une sortie accompagnée matinale systématique vers un espace animalier proche, éliminant totalement les tentatives de départ non accompagné.

Question fréquente : Faut-il sanctionner un agent qui n’a pas vu un résident partir ?

Non. La culture de la sanction est contre-productive. Privilégiez l’analyse systémique : organisation défaillante, effectif insuffisant, formation inadéquate. L’approche juste est d’améliorer collectivement les processus plutôt que de culpabiliser individuellement.

Communication avec les familles

La transparence avec les proches est essentielle pour maintenir la confiance :

  • Informer systématiquement la famille dès la constatation de la fugue
  • Tenir régulièrement informée pendant la recherche
  • Organiser un entretien de débriefing après le retour du résident
  • Expliquer les mesures correctives envisagées
  • Documenter tous les échanges

Action immédiate : Formalisez dès aujourd’hui votre procédure de gestion de fugue sous forme de fiche réflexe plastifiée, disponible dans chaque office de soins et poste de travail. Organisez une simulation annuelle pour tester sa bonne appropriation par les équipes.


Vers une approche centrée sur le résident et son projet de vie

La sécurisation des déplacements ne peut se résumer à un arsenal technique et réglementaire. Elle s’inscrit dans une approche globale centrée sur les besoins individuels de chaque résident et le respect de son histoire de vie.

Les établissements les plus performants combinent intelligemment technologies, vigilance humaine et accompagnement personnalisé. Ils considèrent le besoin de déambulation non comme un problème à contraindre mais comme une expression légitime à accompagner. Les espaces extérieurs sécurisés, les sorties accompagnées régulières et les activités signifiantes réduisent drastiquement les tentatives de fugue.

L’implication de l’ensemble des acteurs reste déterminante : du directeur qui porte la politique de bientraitance à l’aide-soignant qui détecte les signaux faibles, en passant par l’IDEC qui coordonne les dispositifs. La formation continue des équipes aux spécificités des troubles neurocognitifs et à la communication adaptée constitue le socle de toute stratégie efficace.

L’équilibre entre sécurité et liberté ne s’atteint pas par des solutions standardisées mais par une évaluation individualisée, régulièrement actualisée, dans un dialogue constant avec le résident et ses proches. Les dispositifs techniques ne sont que des outils au service d’un projet de soins humaniste.


FAQ : Réponses aux questions pratiques

Quel est le coût moyen d’équipement pour sécuriser un EHPAD de 80 lits ?

Le budget varie selon les solutions choisies. Comptez entre 8 000 et 15 000€ pour un système RFID complet (bornes + badges), ou 1 500 à 3 000€ annuels pour des bracelets GPS-GSM (10 à 15 résidents équipés). L’aménagement d’un jardin sécurisé représente 15 000 à 40 000€ selon la surface et les aménagements.

Un dispositif de géolocalisation peut-il être installé sans l’accord du tuteur ?

Non. L’accord explicite du représentant légal (tuteur, curateur avec mandat spécifique, ou mandataire judiciaire) est obligatoire lorsque le résident est sous mesure de protection. En son absence, l’installation constituerait une atteinte à la vie privée sanctionnable pénalement.

Comment former efficacement les équipes à la prévention des fugues ?

Privilégiez des formations-actions en situation réelle : analyses de cas vécus, mises en situation, utilisation des dispositifs techniques. Organisez au minimum deux sessions annuelles incluant tous les professionnels, y compris de nuit et le week-end. Actualisez systématiquement les protocoles suite à chaque événement indésirable.

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