Les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes consomment en moyenne 200 kWh par mètre carré et par an, produisent près de 300 kg de déchets par lit et par an, et représentent un impact environnemental significatif. Face à l’urgence climatique et aux nouvelles obligations réglementaires, mettre en place une politique de développement durable n’est plus une option pour les EHPAD. C’est une nécessité stratégique qui engage la responsabilité des directeurs et de l’ensemble des équipes, tout en offrant des leviers d’économie et d’amélioration de la qualité de vie des résidents.
Sommaire
- Comprendre les enjeux du développement durable en EHPAD
- Élaborer et formaliser une charte environnementale
- Réduire les déchets et adopter des achats responsables
- Sensibiliser et mobiliser les équipes autour de la transition écologique
- Piloter, mesurer et ajuster la stratégie environnementale dans la durée
- L’heure de passer à l’action collective
- FAQ : Réponses rapides aux questions pratiques
Comprendre les enjeux du développement durable en EHPAD
Le secteur médico-social est confronté à une prise de conscience progressive de son empreinte environnementale. Les EHPAD cumulent des contraintes spécifiques : consommation énergétique élevée liée au chauffage et à la climatisation, production importante de déchets (alimentaires, d’incontinence, médicaux), achats massifs de produits d’hygiène et d’entretien souvent polluants.
La loi Climat et Résilience impose désormais aux établissements publics et privés de plus de 50 salariés d’intégrer une démarche RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). Le décret tertiaire oblige par ailleurs à réduire les consommations énergétiques de 40 % d’ici 2030, puis 50 % en 2040 et 60 % en 2050, par rapport à 2010.
Au-delà de la conformité réglementaire, une stratégie environnementale globale améliore l’image de l’établissement auprès des familles, facilite le recrutement du personnel sensible aux valeurs écologiques, et génère des économies substantielles. Un EHPAD qui réduit ses consommations d’eau et d’énergie peut économiser jusqu’à 15 % de ses charges d’exploitation.
Les bénéfices concrets d’une politique RSE en EHPAD
| Dimension | Bénéfices attendus |
|---|---|
| Économique | Réduction des coûts énergétiques et d’approvisionnement (5 à 20 %) |
| Réglementaire | Conformité anticipée aux obligations légales (décret tertiaire, loi AGEC) |
| Social | Amélioration de la QVT, valorisation de l’engagement collectif |
| Image | Attractivité renforcée auprès des familles et des candidats au recrutement |
| Santé | Amélioration de la qualité de l’air intérieur et réduction des polluants |
Un établissement qui s’engage dans le développement durable envoie un signal fort : il prend soin des résidents et de la planète qu’ils lèguent aux générations futures.
Conseil pratique : Commencez par réaliser un bilan carbone simplifié de votre établissement. Des outils gratuits comme Bilan Carbone ADEME ou Nos Gestes Climat permettent d’identifier rapidement les postes les plus énergivores.
Élaborer et formaliser une charte environnementale
La charte environnementale est le document fondateur de votre démarche. Elle fixe les engagements de l’établissement, les objectifs quantifiés et les moyens alloués. Elle doit être co-construite avec les équipes pour favoriser l’adhésion et portée par la direction.
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J’accède au stock illimitéÉtapes clés pour rédiger une charte efficace
- Constituer un groupe de travail pluridisciplinaire : directeur, responsable hébergement, référent qualité, représentants du personnel soignant, de la restauration, des services techniques et si possible un résident ou un représentant des familles.
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Réaliser un diagnostic environnemental : audit énergétique, analyse des déchets, état des lieux des pratiques d’achat. Identifiez les « points noirs » (gaspillage alimentaire, surconsommation d’eau chaude, utilisation de produits chimiques nocifs).
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Définir des axes prioritaires : trois à cinq axes suffisent pour démarrer (exemple : énergie, déchets, achats responsables, biodiversité, mobilité).
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Fixer des objectifs SMART : Spécifiques, Mesurables, Atteignables, Réalistes, Temporellement définis. Exemple : « Réduire de 10 % les déchets non recyclables d’ici fin 2026 ».
-
Prévoir un plan d’actions opérationnel : pour chaque objectif, listez les actions concrètes, les responsables, les échéances et les indicateurs de suivi.
-
Communiquer et afficher la charte : dans les espaces communs, lors des réunions d’équipe, sur l’intranet. La charte doit vivre et être rappelée régulièrement.
Exemple terrain : L’EHPAD Les Jardins de la Loire (120 lits) a co-construit sa charte en 6 mois avec l’appui d’un consultant RSE. Ils ont défini 4 axes prioritaires : énergie (réduction de 15 % en 3 ans), alimentation durable (50 % de produits locaux et bio), gestion des déchets (tri sélectif généralisé), bien-être au travail (formation continue aux gestes écoresponsables). Résultat : une adhésion collective et une réduction de 12 % des coûts énergétiques dès la première année.
Les piliers d’une charte réussie
- Engagement de la direction : signature officielle, allocation d’un budget dédié.
- Implication des équipes : chaque service nomme un référent développement durable.
- Suivi rigoureux : tableau de bord mensuel présenté en CODIR.
- Révision régulière : bilan annuel et ajustement des objectifs.
Une charte sans plan d’actions et sans indicateurs reste lettre morte. C’est la rigueur du suivi qui fait la différence.
Conseil pratique : Intégrez la charte environnementale dans le projet d’établissement et dans le règlement de fonctionnement. Cela renforce son caractère officiel et facilite son appropriation par tous.
Réduire les déchets et adopter des achats responsables
La gestion des déchets est un levier majeur et visible de votre politique durable. En EHPAD, les déchets sont multiples : emballages alimentaires, protections d’incontinence, déchets médicaux (DASRI), textiles, cartons, biodéchets. Une meilleure gestion réduit les coûts d’enlèvement et valorise l’image de l’établissement.
Actions concrètes pour réduire les déchets
- Mettre en place le tri sélectif généralisé : poubelles de couleur dans toutes les zones (cuisine, soins, bureaux). Former le personnel au bon geste de tri.
-
Composter les biodéchets : depuis le 1er janvier 2024, la loi AGEC impose le tri à la source des biodéchets. Un composteur collectif ou un contrat avec une plateforme de compostage local permet de valoriser 30 à 40 % du poids total des déchets.
-
Réduire les emballages : privilégier les achats en vrac ou en conditionnements grands formats. Négocier avec les fournisseurs la reprise des emballages.
-
Limiter le gaspillage alimentaire : peser les restes, ajuster les portions, proposer des menus adaptés aux goûts des résidents, valoriser les invendus (don à des associations).
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Passer aux produits réutilisables : serviettes en tissu, contenants réutilisables pour les collations, gourdes pour les sorties, linge lavable plutôt que jetable quand c’est possible.
Chiffre clé : Un EHPAD moyen produit entre 250 et 350 kg de déchets par lit et par an. Avec une politique volontariste, cette production peut être réduite de 20 à 30 % en deux ans.
Comment structurer une politique d’achats responsables
Les achats représentent 20 à 30 % du budget de fonctionnement d’un EHPAD. Orienter ces dépenses vers des produits durables, locaux et éthiques est un puissant levier RSE.
Critères d’achats responsables à intégrer :
- Qualité environnementale : labels (Écolabel européen, NF Environnement, Agriculture Biologique), absence de substances nocives.
- Circuit court : fournisseurs locaux (moins de 150 km), producteurs régionaux, AMAP.
- Éthique sociale : respect des normes de travail, insertion professionnelle (ESAT, entreprises adaptées).
- Durabilité : produits réparables, longue durée de vie, consommables recyclables.
Exemple terrain : L’EHPAD Soleil d’Automne (90 lits) a intégré un critère environnemental dans 100 % de ses appels d’offres. Ils ont remplacé les produits d’entretien chimiques par des écoproduits certifiés (Ecocert, Ecolabel). Coût légèrement supérieur (+5 %) mais diminution des troubles respiratoires du personnel de 20 % et amélioration de la qualité de l’air intérieur mesurée par capteurs.
Checklist pratique pour démarrer
- [ ] Réaliser un audit des déchets sur une semaine type (pesée par catégorie).
- [ ] Installer des points de tri sélectif dans toutes les zones.
- [ ] Former chaque agent au tri et à la réduction des déchets (formation de 30 minutes).
- [ ] Identifier 3 à 5 produits à remplacer par des alternatives durables.
- [ ] Contacter des fournisseurs locaux (maraîchers, boulangeries, blanchisseries écoresponsables).
- [ ] Négocier avec les fournisseurs actuels l’intégration de critères RSE dans les contrats.
Conseil pratique : Créez un référent achats responsables au sein de votre établissement, qui sera en lien direct avec le service logistique et le responsable hébergement. Ce rôle peut être cumulé avec celui de référent qualité ou développement durable.
Sensibiliser et mobiliser les équipes autour de la transition écologique
Une politique de développement durable ne peut réussir sans l’adhésion active des équipes. Le changement de pratiques passe par la formation, la communication régulière et la valorisation des initiatives individuelles et collectives.
Stratégies de sensibilisation efficaces
1. Former régulièrement les professionnels
Organisez des sessions de formation courtes (1 à 2 heures) sur des thématiques ciblées : gestes écoresponsables au quotidien, tri des déchets, économies d’énergie, utilisation de produits d’entretien verts. Ces formations peuvent être intégrées aux réunions d’équipe ou aux journées pédagogiques.
2. Communiquer de manière visible et répétée
- Affichages dans les vestiaires et salles de pause : conseils pratiques, résultats chiffrés, challenges en cours.
- Newsletter interne mensuelle avec une rubrique « développement durable ».
- Réunions d’équipe : point mensuel sur les indicateurs environnementaux (consommations, déchets, achats).
3. Impliquer les résidents et les familles
Les résidents peuvent être acteurs de la transition : ateliers jardinage, compostage, tri, animations nature. Les familles apprécient d’être informées des engagements de l’établissement via le livret d’accueil, le site internet ou les conseils de vie sociale.
4. Valoriser les bonnes pratiques
Mettez en avant les agents qui proposent des idées ou qui adoptent spontanément des comportements vertueux. Un système de « boîte à idées » ou de récompenses symboliques (badge écoresponsable, mention dans la newsletter) renforce l’engagement.
5. Organiser des événements fédérateurs
Participation à la Semaine Européenne du Développement Durable (SEDD), Journée mondiale de l’environnement, défis internes (défi zéro déchet, challenge mobilité douce).
Les équipes sont plus motivées lorsqu’elles voient les résultats concrets de leurs efforts : baisse des factures, amélioration du cadre de vie, reconnaissance collective.
Outils et supports à disposition
| Outil | Utilité | Où le trouver |
|---|---|---|
| Guide ADEME « Établissements de santé et médico-sociaux » | Fiches pratiques par thématique | http://www.ademe.fr |
| Bilan Carbone simplifié | Estimation rapide de l’empreinte carbone | Outils en ligne gratuits |
| Plateforme INDR | Base de données RSE et bonnes pratiques | indr.fr |
| Formation en ligne « Éco-gestes en établissement » | Module e-learning gratuit | MOOC développement durable |
| Affichettes pédagogiques personnalisables | Sensibilisation visuelle | Agences régionales énergie-climat |
Exemple terrain : L’EHPAD Les Érables (75 lits) organise chaque trimestre un atelier participatif où chaque service présente une initiative écoresponsable. Le service cuisine a proposé de remplacer les barquettes plastiques par des contenants inox. Le service d’entretien a testé des microfibre réutilisables. Ces idées, validées collectivement, sont généralisées avec succès.
Conseil pratique : Nommez un ou plusieurs référents développement durable par service. Ces agents relais facilitent la transmission des informations, recueillent les retours terrain et animent les mini-formations internes. Leur mission doit être reconnue (fiche de poste, temps dédié, formation spécifique).
Piloter, mesurer et ajuster la stratégie environnementale dans la durée
Une politique de développement durable exige un pilotage rigoureux. Sans indicateurs de suivi et sans ajustements réguliers, les actions s’essoufflent et les objectifs restent lettre morte.
Mettre en place un tableau de bord environnemental
Le tableau de bord regroupe les indicateurs clés de performance (KPI) environnementaux. Il doit être simple, lisible et mis à jour mensuellement.
Indicateurs essentiels à suivre :
- Consommations énergétiques : kWh par m² et par an, évolution mensuelle, comparaison avec l’année précédente.
- Consommations d’eau : m³ par lit et par an.
- Production de déchets : poids total, taux de recyclage, coût d’enlèvement.
- Achats responsables : pourcentage d’achats locaux, bio, labellisés.
- Gaspillage alimentaire : kg jetés par repas servi.
- Mobilité : nombre de trajets en transports doux ou covoiturage.
Ces indicateurs doivent être présentés régulièrement en CODIR, en comité social et économique (CSE) et partagés avec les équipes.
Impliquer la gouvernance et sécuriser les ressources
Le directeur et le responsable hébergement sont les garants de la stratégie. Ils doivent :
- Allouer un budget annuel dédié (formation, matériel, conseil externe).
- Inscrire le développement durable dans le projet d’établissement et le compte qualité.
- Rendre compte annuellement des résultats aux autorités de contrôle et de tarification (ARS, Conseil départemental).
- S’appuyer sur des partenaires institutionnels (ADEME, Agences régionales de l’énergie, réseaux RSE médico-sociaux).
Anticiper les évolutions réglementaires
La réglementation environnementale se durcit. En plus du décret tertiaire et de la loi AGEC, les EHPAD doivent se préparer aux nouvelles obligations :
- Déclaration de performance extra-financière (DPEF) pour les structures de plus de 500 salariés.
- Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) collectif obligatoire d’ici 2026 pour tous les bâtiments tertiaires.
- Schéma de promotion des achats publics socialement et écologiquement responsables (SPASER) pour les établissements publics.
Conseil pratique : Constituez une veille réglementaire via les newsletters de la Fehap, de l’ADEME, du Synerpa ou des fédérations régionales. Désignez une personne référente chargée de cette veille et de la diffusion des informations clés.
Questions fréquentes intégrées
Comment convaincre la direction d’investir dans le développement durable ?
Présentez un business case concret : calculez les économies potentielles (réduction des consommations, baisse des coûts de déchets), valorisez l’amélioration de l’image et l’attractivité, rappelez les obligations légales et les risques de sanctions. Un retour sur investissement de 2 à 5 ans est généralement convaincant.
Peut-on vraiment réduire les déchets d’incontinence ?
Les protections représentent un volume important. Privilégiez les produits éco-conçus, optimisez les changes (ni trop fréquents ni trop rares), testez des protections lavables pour certains résidents autonomes. Certaines innovations (textiles absorbants, toilettes japonaises) réduisent la dépendance aux consommables jetables.
Quelle est la première action à mener pour démarrer rapidement ?
Lancez un diagnostic déchets et énergie sur un mois. Mesurez, pesez, photographiez. Ensuite, organisez une réunion de restitution avec l’équipe. Identifiez collectivement les trois actions les plus simples à mettre en œuvre immédiatement (ex : éteindre les lumières, trier les cartons, réduire les portions alimentaires). L’effet « petits pas » crée une dynamique positive.
L’heure de passer à l’action collective
Mettre en place une politique de développement durable en EHPAD n’est pas un luxe ni une contrainte, c’est une opportunité stratégique. Elle répond à des enjeux réglementaires croissants, améliore la performance financière, renforce l’image de l’établissement et contribue au bien-être des résidents comme des professionnels.
Le succès repose sur trois piliers : une gouvernance engagée, des équipes formées et mobilisées, et un pilotage rigoureux des actions et des résultats. Chaque établissement, quelle que soit sa taille ou ses moyens, peut avancer à son rythme en privilégiant les actions à impact rapide et visible.
L’essentiel est de démarrer, de fixer des objectifs réalistes, de célébrer les premiers succès et d’ajuster progressivement. Les résidents d’aujourd’hui et les générations futures méritent un engagement à la hauteur des défis climatiques. Les EHPAD, lieux de vie et de soin, ont un rôle à jouer dans cette transition écologique et sociale.
FAQ : Réponses rapides aux questions pratiques
Qui pilote concrètement la démarche développement durable en EHPAD ?
Le directeur impulse et arbitre, mais le pilotage opérationnel est souvent confié au responsable hébergement, au référent qualité ou à un référent développement durable dédié. Un comité de pilotage pluridisciplinaire (direction, services généraux, soins, restauration) se réunit trimestriellement pour suivre les indicateurs et ajuster les actions.
Combien coûte la mise en place d’une politique RSE ?
Le coût varie selon l’ampleur des actions : entre 5 000 et 30 000 € la première année (formation, conseil externe, investissements matériels type composteur, poubelles de tri, capteurs). Des aides financières existent : ADEME, Région, fonds européens FEDER, certificats d’économies d’énergie (CEE). Le retour sur investissement intervient généralement en 2 à 4 ans via les économies générées.
Comment valoriser notre démarche auprès des familles et des tutelles ?
Communiquez via le site internet, le livret d’accueil, les newsletters, les conseils de vie sociale. Intégrez un volet environnemental dans le rapport d’activité annuel et le compte qualité transmis aux autorités. Participez à des concours et labels (label Lucie, Engagé RSE, Ecocert Environnement) qui renforcent la crédibilité et la visibilité de vos engagements.

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