Vous voyez ce jeune aide-soignant qui vient de rejoindre votre unité ? Celui qui hésite encore à poser des questions, qui guette du regard vos gestes et vos mots ? Il porte en lui l’avenir de votre établissement. Et vous, infirmier coordinateur, portez la responsabilité – magnifique et exigeante – de l’accompagner sans l’écraser. Car mentorer, ce n’est pas imposer son expérience comme une vérité gravée dans le marbre. C’est faire grandir l’autre en restant juste assez présent pour le rassurer, et juste assez en retrait pour le laisser oser. Voici comment incarner ce rôle avec justesse.
Sommaire
- Le mentor n’est pas un modèle, c’est un éclaireur
- L’exemplarité : ce que vous faites résonne plus fort que ce que vous dites
- L’encadrement positif : renforcer ce qui fonctionne avant de corriger ce qui cloche
- Accompagner sans s’imposer : la subtile alchimie de la distance juste
- Semer pour demain : faire grandir une culture du soin qui vous survivra
Le mentor n’est pas un modèle, c’est un éclaireur
Trop souvent, le mentorat est confondu avec une forme de duplication professionnelle : « Fais comme moi, j’ai vingt ans d’expérience. » Cette posture, aussi bien intentionnée soit-elle, enferme le jeune soignant dans un moule qui n’est pas le sien. Le risque ? Brider ses initiatives, étouffer son style propre, le faire douter de ses intuitions.
Pensez plutôt au mentor comme à un guide de montagne. Il connaît le terrain, les dangers, les raccourcis. Mais il laisse l’alpiniste progresser à son rythme, choisir parfois un chemin différent, expérimenter sa propre relation à l’altitude. Vous n’êtes pas là pour tracer la route à leur place, mais pour leur donner la boussole et les points de repère.
Concrètement, cela signifie :
- Partager vos expériences plutôt que vos certitudes : « Voici ce que j’ai vécu dans cette situation, voici comment j’ai réagi, mais il existe d’autres manières de faire. »
- Poser plus de questions que vous n’apportez de réponses : « Qu’est-ce qui te semble le plus juste dans cette situation ? », « Comment te sens-tu face à ce résident ? »
- Valoriser les approches différentes des vôtres, dès lors qu’elles respectent les fondamentaux du soin et la dignité du résident.
« Un bon mentor ne forme pas des copies de lui-même, il révèle des versions originales. »
En EHPAD, où chaque résident a son histoire, ses fragilités, ses attentes, cette diversité d’approches dans l’équipe est une richesse. Un jeune soignant qui ose apporter sa sensibilité propre enrichit la qualité du soin collectif. À condition qu’on lui ait donné l’espace pour oser.
L’exemplarité : ce que vous faites résonne plus fort que ce que vous dites
Les jeunes soignants observent tout. Votre manière de parler à un résident désorienté. Votre réaction face à un conflit en équipe. Votre capacité à reconnaître une erreur. Votre façon de gérer la charge de travail sans perdre votre humanité. Ils apprennent autant – sinon plus – de ce qu’ils voient que de ce qu’ils entendent lors des transmissions ou des réunions.
IDEC : Arrêtez de créer vos supports de formation.
Pourquoi réinventer la roue ? Accédez à +200 PowerPoints, Procédures et Vidéos prêts à l’emploi. Téléchargez en 1 clic, projetez, et formez vos équipes sans effort.
J’accède au stock illimitéL’exemplarité, c’est cette cohérence entre vos discours et vos actes. C’est incarner les valeurs que vous défendez. Si vous prônez la bientraitance mais que vous expédiez un soin en trois minutes chrono parce que « vous n’avez pas le temps », le message capté sera celui de l’urgence permanente, pas celui du respect de la personne.
Voici quelques leviers d’exemplarité au quotidien :
- Ralentir visiblement lors d’un soin, même sous pression, pour montrer qu’on peut concilier efficacité et présence.
- Verbaliser vos décisions : « Je prends cinq minutes pour écouter Mme Dupont, parce que je vois qu’elle en a besoin aujourd’hui. »
- Reconnaître vos limites : « Je ne sais pas, je vais me renseigner » est une phrase puissante qui autorise l’autre à ne pas tout savoir non plus.
- Célébrer les réussites collectives et valoriser publiquement les bonnes pratiques observées chez les jeunes soignants.
L’exemplarité, c’est aussi montrer que l’on prend soin de soi. Un IDEC épuisé, qui ne pose jamais de congés et répond aux mails à 23 heures, envoie un message toxique : « Pour être un bon professionnel, il faut se sacrifier. » Or, vous le savez, un soignant qui s’oublie finit par perdre son empathie et son discernement.
En incarnant un équilibre entre engagement professionnel et préservation de soi, vous offrez un modèle durable et désirable.
L’encadrement positif : renforcer ce qui fonctionne avant de corriger ce qui cloche
Dans l’urgence du quotidien en EHPAD, on a souvent le réflexe de pointer ce qui ne va pas : « Attention, tu n’as pas vérifié la date de péremption », « Il faut toujours tracer cette information ». Ces remarques sont nécessaires, mais si elles sont les seules que reçoit un jeune soignant, elles créent un climat de vigilance anxieuse plutôt que de confiance.
L’encadrement positif consiste à renforcer d’abord les comportements souhaités avant de corriger les écarts. C’est une posture qui s’appuie sur les neurosciences : notre cerveau apprend mieux et plus durablement dans un contexte de reconnaissance et de sécurité psychologique.
Méthode en 3 temps pour un feedback constructif :
- Commencer par ce qui a été bien fait : « J’ai remarqué que tu as pris le temps de rassurer M. Leblanc avant le soin, c’était vraiment adapté. »
- Apporter la correction ou l’ajustement : « Par contre, il aurait été utile de noter cet épisode d’angoisse dans le dossier pour que l’équipe de nuit soit informée. »
- Terminer par une projection positive : « Je sais que tu es attentif à ces aspects, continue comme ça. »
Cette structure simple mais efficace permet de corriger sans dévaloriser, et de construire progressivement un professionnel confiant et autonome.
L’encadrement positif, c’est aussi :
- Créer des rituels de reconnaissance : un mot glissé après une situation difficile bien gérée, un remerciement lors des transmissions.
- Confier des missions valorisantes aux jeunes soignants dès qu’ils sont prêts : référent d’un projet, animation d’une réunion, tutorat d’un stagiaire.
- Organiser des temps de débriefing après une situation complexe, en mettant l’accent sur ce qui a fonctionné collectivement.
« Ce que vous célébrez se multiplie. Ce que vous critiquez seul diminue rarement. »
En EHPAD, où la charge émotionnelle est forte et où les équipes sont souvent sous tension, l’encadrement positif est un facteur de résilience et de fidélisation des talents.
Accompagner sans s’imposer : la subtile alchimie de la distance juste
C’est peut-être l’exercice le plus délicat du mentorat : trouver la bonne distance. Trop proche, vous risquez d’infantiliser ou de créer une dépendance. Trop distant, vous laissez le jeune soignant seul face à ses doutes et ses erreurs.
La distance juste, c’est celle qui permet à l’autre de grandir en sécurité. Elle se construit dans une alternance de présence active et de retrait bienveillant.
Présence active : être disponible aux moments clés
- Lors des premières semaines : accompagnement rapproché, disponibilité immédiate pour répondre aux questions.
- Lors des situations inédites ou complexes : « Je t’accompagne sur ce premier change avec M. Martin, il a des besoins spécifiques. »
- Lors des moments de doute ou de fatigue : « Je vois que cette semaine a été difficile, viens, on en parle. »
Retrait bienveillant : laisser expérimenter et se tromper
- Proposer des missions en autonomie progressive : « Cette semaine, tu gères les transmissions du matin, je reste en soutien si besoin. »
- Accepter les petites erreurs formatrices, celles qui n’impactent pas la sécurité mais permettent d’apprendre.
- Résister à l’envie de « faire à la place de » dès qu’un obstacle apparaît.
Cette distance juste se négocie aussi dans le dialogue. Demandez régulièrement au jeune soignant : « Comment te sens-tu dans ton autonomie ? As-tu besoin de plus d’accompagnement sur certains aspects ? » Certains ont besoin de plus de temps avant de se lancer seuls, d’autres brûlent d’impatience.
L’art du mentorat, c’est aussi savoir lâcher prise au bon moment. Ce jeune aide-soignant qui hésitait il y a trois mois gère désormais un soin complexe avec aisance ? Verbalisez ce passage de cap : « Je vois que tu es à l’aise maintenant, tu n’as plus besoin de moi sur cet aspect. » Ce petit rituel de reconnaissance de l’autonomie acquise est un puissant moteur de confiance.
Semer pour demain : faire grandir une culture du soin qui vous survivra
Vous ne serez pas éternellement l’IDEC de cet établissement. Un jour, vous prendrez d’autres fonctions, vous partirez à la retraite, ou simplement vous aurez envie de nouveaux défis. Mais ce que vous aurez transmis, cette manière d’accompagner sans écraser, cette exigence bienveillante, continuera de vivre dans les gestes et les postures de ceux que vous avez mentorés.
C’est peut-être là la plus belle récompense du mentorat : créer une culture du soin qui se transmet de génération en génération. Ces jeunes soignants que vous accompagnez aujourd’hui deviendront à leur tour des référents, des tuteurs, des coordinateurs. Ils reproduiront – consciemment ou non – la qualité de l’accompagnement qu’ils auront reçu.
Imaginez un instant votre établissement dans cinq ans. Ces professionnels que vous formez aujourd’hui portent des projets innovants, accompagnent de nouveaux arrivants avec la même justesse, défendent une vision du soin respectueuse des résidents et des équipes. Tout cela a commencé par votre posture de mentor, par ces petits gestes du quotidien qui ont semé la graine de l’exemplarité.
Pour faire vivre cette dynamique :
- Formalisez des temps de transmission intergénérationnels : binômes jeunes/expérimentés sur des projets, ateliers de partage de pratiques.
- Valorisez les réussites collectives et individuelles lors des réunions d’équipe, pour créer une culture de la reconnaissance.
- Documentez vos bonnes pratiques : fiches réflexes, retours d’expérience, pour que votre savoir ne repose pas uniquement sur l’oral.
Vous n’êtes pas seulement en train de former un professionnel compétent. Vous êtes en train de former un futur mentor, qui transmettra à son tour cette même exigence bienveillante. C’est un héritage invisible mais puissant.
« Le vrai mentor ne se demande pas ce qu’il peut transmettre, mais ce que l’autre peut devenir. »
Alors continuez. Continuez d’accompagner ces jeunes soignants avec cette justesse, cette présence discrète mais solide. Continuez de montrer par l’exemple que l’excellence du soin ne se construit pas dans l’autorité imposée, mais dans l’accompagnement respectueux. Vous façonnez, jour après jour, l’EHPAD de demain. Et cette responsabilité, aussi exigeante soit-elle, est un privilège magnifique.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.