L’accompagnement des résidents diabétiques insulino-dépendants représente un défi quotidien pour les EHPAD. Avec près de 25 % des résidents concernés par le diabète, dont une part croissante sous insulinothérapie, la maîtrise de la gestion glycémique devient un enjeu majeur de sécurité sanitaire. Entre protocoles complexes, risques d’hypoglycémies sévères et coordination des équipes soignantes, les établissements doivent structurer une prise en charge rigoureuse tout en restant conformes aux recommandations HAS. Cet article vous propose un cadre opérationnel complet pour sécuriser et optimiser l’accompagnement de ces résidents fragiles.
Sommaire
- Structurer l’insulinothérapie en EHPAD : protocoles et responsabilités
- Surveillance glycémique renforcée : outils et fréquences adaptées
- Formation aux injections et prévention des complications
- Coordination pluriprofessionnelle et implication des familles
- Vers une excellence opérationnelle de l’accompagnement diabétique
- FAQ complémentaire
Structurer l’insulinothérapie en EHPAD : protocoles et responsabilités
La mise en place d’une insulinothérapie sécurisée nécessite un cadre organisationnel précis, défini dans le projet de soins de l’établissement. Selon les recommandations HAS actualisées, chaque EHPAD doit disposer d’un protocole institutionnel validé par le médecin coordonnateur et accessible à l’ensemble des équipes soignantes.
Définir les rôles de chaque professionnel
L’infirmier coordinateur (IDEC) supervise la cohérence du protocole insuline. Il s’assure de la formation continue des équipes, de la traçabilité des actes et de l’actualisation des prescriptions médicales. L’infirmier réalise les injections d’insuline, ajuste les doses selon les protocoles conditionnels validés par le médecin traitant et surveille les signes d’alerte.
Les aides-soignants jouent un rôle essentiel dans la détection précoce des signes d’hypoglycémie ou d’hyperglycémie. Leur vigilance lors des repas, des changes ou des toilettes permet d’identifier rapidement sueurs froides, tremblements, confusion ou malaises.
Selon l’ARS, 40 % des événements indésirables liés au diabète en EHPAD résultent d’une coordination insuffisante entre professionnels.
Conseil opérationnel : Organisez une réunion mensuelle dédiée au diabète, réunissant IDEC, infirmiers, médecin coordonnateur et référents diététique, pour réviser les protocoles et partager les situations complexes.
Établir un protocole insuline personnalisé
Chaque résident diabétique insulino-dépendant doit bénéficier d’un protocole personnalisé intégrant :
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- Horaires précis d’injection
- Zones d’injection en rotation
- Adaptation selon glycémie capillaire
- Conduite à tenir en cas d’hypoglycémie
- Coordonnées médicales d’urgence
Le protocole doit être co-signé par le médecin traitant et le médecin coordonnateur. Il figure dans le dossier de soins informatisé et dans un classeur papier accessible 24h/24 au poste de soins.
Exemple concret : À l’EHPAD Les Jardins de Céline (Rhône-Alpes), le protocole insuline est affiché sous forme de fiche synthétique plastifiée au-dessus de chaque chariot de soins, incluant photo du résident, dose habituelle et seuils d’alerte glycémique.
| Type d’insuline | Délai d’action | Pic d’efficacité | Durée d’action |
|---|---|---|---|
| Rapide (analogues) | 10-15 min | 1-2 h | 3-5 h |
| Lente (analogues) | 1-2 h | Pas de pic net | 20-24 h |
| NPH | 1-2 h | 4-8 h | 12-18 h |
Sécuriser le stockage et la traçabilité
Les stylos et flacons d’insuline doivent être conservés entre +2°C et +8°C au réfrigérateur dédié aux médicaments, avec traçabilité quotidienne de la température. Les stylos en cours d’utilisation peuvent être conservés à température ambiante (<25°C) pendant 28 jours maximum.
La traçabilité informatique des injections, via le logiciel de soins, doit inclure : heure, dose administrée, zone d’injection, glycémie avant injection et identification de l’infirmier. Cette documentation est essentielle en cas d’audit ou d’événement indésirable.
Action immédiate : Vérifiez que votre réfrigérateur médicaments dispose d’un enregistreur de température avec alarme et que la procédure de rupture de chaîne du froid est affichée.
Surveillance glycémique renforcée : outils et fréquences adaptées
La surveillance glycémique constitue le pilier de la sécurité en insulinothérapie. Elle permet d’ajuster les doses, de détecter précocement les déséquilibres et de prévenir les complications aiguës.
Déterminer la fréquence de contrôle
Pour les résidents sous insulinothérapie basale-bolus, la HAS recommande au minimum quatre contrôles glycémiques quotidiens : avant chaque repas principal et au coucher. Pour les schémas plus simples (insuline lente seule), deux contrôles peuvent suffire, selon prescription médicale.
En cas de déséquilibre aigu (infection, modification thérapeutique, refus alimentaire), la fréquence doit être intensifiée à 6-8 contrôles par 24 heures jusqu’à stabilisation.
Question fréquente : Peut-on déléguer la glycémie capillaire à un aide-soignant ?
Non, la réalisation et l’interprétation de la glycémie capillaire relèvent exclusivement du rôle propre infirmier. L’aide-soignant peut assister l’infirmier (préparation du matériel, réconfort du résident) mais ne réalise pas le geste.
Utiliser les technologies de surveillance continue
Les capteurs de glucose en continu (type FreeStyle Libre) se développent en EHPAD. Ils offrent plusieurs avantages :
- Lecture instantanée sans piqûre (scan du capteur)
- Historique glycémique sur 8 heures
- Alertes configurables (hypo/hyperglycémie)
- Réduction du nombre de glycémies capillaires
Ces dispositifs nécessitent une prescription médicale et une formation spécifique des équipes. Le capteur, posé sur le bras, doit être changé tous les 14 jours.
L’étude EHPAD-CGM (2024) montre une réduction de 35 % des hypoglycémies sévères dans les établissements utilisant la surveillance continue du glucose.
Exemple de terrain : L’EHPAD Sainte-Marie (Bretagne) a équipé 12 résidents diabétiques instables de capteurs FreeStyle. Résultat : baisse de 60 % des appels médicaux nocturnes pour déséquilibre glycémique et meilleure traçabilité pour les familles via application.
Tenir un carnet de surveillance glycémique
Chaque résident doit disposer d’un carnet de surveillance glycémique actualisé quotidiennement, comportant :
- Date et heure de chaque contrôle
- Résultat glycémique (en g/L ou mmol/L)
- Dose d’insuline administrée
- Remarques (repas incomplet, activité inhabituelle, infection)
- Signature de l’infirmier
Ce carnet, format papier ou numérique, facilite la communication avec le médecin traitant lors des consultations et permet d’identifier rapidement les tendances (hypoglycémies récurrentes, hyperglycémies matinales).
Checklist carnet glycémique :
- [ ] Accessible au poste de soins 24h/24
- [ ] Actualisé en temps réel après chaque contrôle
- [ ] Relu hebdomadairement par l’IDEC
- [ ] Présenté au médecin traitant à chaque visite
- [ ] Archivé dans le dossier médical annuellement
Conseil pratique : Paramétrez une alerte automatique dans votre logiciel de soins lorsqu’une glycémie sort des valeurs cibles (0,70-1,80 g/L), déclenchant une notification vers l’IDEC et le médecin coordonnateur.
Formation aux injections et prévention des complications
La maîtrise technique des injections d’insuline et la prévention active des complications nécessitent une formation initiale et continue de toutes les équipes soignantes.
Former à la technique d’injection optimale
L’injection d’insuline sous-cutanée requiert rigueur et précision. Les zones recommandées sont : abdomen (absorption plus rapide), cuisse, bras et fesse. La rotation systématique des sites d’injection prévient les lipodystrophies, source de variabilité d’absorption.
Protocole d’injection en 7 étapes :
- Vérifier prescription, identité résident, type d’insuline
- Contrôler glycémie capillaire pré-injection
- Se laver les mains et désinfecter (ou non selon nouveau consensus HAS)
- Vérifier visuellement l’insuline (limpide si rapide, homogène si lente)
- Former un pli cutané et insérer l’aiguille à 90°
- Injecter lentement et maintenir 10 secondes
- Tracer immédiatement l’acte et la zone utilisée
L’utilisation de stylos injecteurs simplifie la procédure et améliore la précision du dosage par rapport aux seringues traditionnelles. Les aiguilles de 4 ou 5 mm sont désormais privilégiées, réduisant le risque d’injection intramusculaire.
Question fréquente : Faut-il désinfecter la peau avant injection ?
Les recommandations récentes HAS indiquent que la désinfection cutanée systématique n’est plus obligatoire pour les injections sous-cutanées chez les résidents en EHPAD, si la peau est visuellement propre. Privilégiez le lavage à l’eau et au savon.
Prévenir et gérer les hypoglycémies
L’hypoglycémie (glycémie < 0,60 g/L) représente la principale complication aiguë de l’insulinothérapie. Chez la personne âgée, elle peut se manifester de façon atypique : confusion, agressivité, somnolence, chute, sans les signes adrénergiques classiques.
Protocole de resucrage en 3 paliers :
Palier 1 – Hypoglycémie légère, patient conscient :
– 15 g de glucides rapides (3 sucres, 150 mL jus fruits, 1 cuillère soupe miel)
– Recontrôler à 15 minutes
– Si persistance, renouveler
Palier 2 – Hypoglycémie modérée, patient conscient mais confus :
– 20-25 g glucides rapides
– Proposer collation glucido-protidique (pain + fromage)
– Recontrôler à 15 et 30 minutes
– Alerter médecin coordonnateur
Palier 3 – Hypoglycémie sévère, patient inconscient ou convulsif :
– JAMAIS rien per os (risque fausse route)
– Glucagon 1 mg IM (cuisse, bras)
– Appel SAMU (15)
– Position latérale de sécurité
– Glycémie capillaire toutes les 10 minutes
Obligation réglementaire : chaque EHPAD accueillant des résidents diabétiques sous insuline doit disposer de kits Glucagon au poste de soins, avec formation annuelle des équipes à leur utilisation.
Exemple vécu : À l’EHPAD Les Hirondelles (Normandie), une formation semestrielle avec mise en situation sur mannequin permet aux équipes de nuit de maîtriser l’injection de Glucagon. Depuis 2 ans, 100 % des hypoglycémies sévères ont été gérées efficacement en interne, sans hospitalisation.
Adapter l’insulinothérapie aux situations à risque
Certaines situations exposent particulièrement aux déséquilibres glycémiques :
Refus alimentaire : Si le résident refuse le repas après injection d’insuline rapide, risque majeur d’hypoglycémie. Protocole : proposer équivalent glucidique (compote, yaourt sucré, boisson), surveiller glycémie horaire pendant 3 heures, contacter médecin si persistance refus.
Infection intercurrente : Augmente les besoins en insuline. Ne jamais arrêter l’insuline, renforcer surveillance (6 contrôles/jour), adapter hydratation, rechercher signes d’acidocétose (polyurie, polydipsie, haleine cétonique).
Activité physique inhabituelle : Une animation avec marche prolongée peut induire hypoglycémie. Prévoir collation glucidique avant activité et contrôle glycémique post-effort.
Action immédiate : Rédigez une procédure spécifique « refus alimentaire chez résident diabétique insulino-dépendant », validée par le médecin coordonnateur et accessible à tous les postes de soins.
Coordination pluriprofessionnelle et implication des familles
La qualité de l’accompagnement repose sur une coordination fluide entre tous les acteurs et une communication transparente avec les familles.
Organiser la transmission d’informations
Les transmissions ciblées concernant le diabète doivent figurer systématiquement dans le relais 3×8 et le dossier informatisé. Elles incluent : glycémies du jour, incidents (hypo/hyperglycémie), modifications de prescription, observations comportementales.
L’IDEC centralise mensuellement les données diabète de l’établissement : nombre de résidents sous insuline, moyenne glycémique, nombre d’hypoglycémies, incidents, hospitalisations. Cette synthèse, présentée en COMEDIMS (commission médicaments), permet d’ajuster les pratiques.
Tableau de bord diabète recommandé :
| Indicateur | Objectif | Fréquence mesure |
|---|---|---|
| % résidents avec protocole actualisé | 100 % | Mensuel |
| Nombre hypoglycémies < 0,60 g/L | < 2/résident/mois | Mensuel |
| Délai traitement hypoglycémie sévère | < 10 min | Par événement |
| Formation équipe (% personnel) | > 90 % | Annuel |
| Traçabilité injection | 100 % | Quotidien |
Question fréquente : Comment gérer un résident diabétique qui refuse systématiquement les contrôles glycémiques ?
Le refus de soins relève du droit du résident. Documentez chaque refus dans le dossier de soins avec témoin. Informez le médecin traitant et la famille. Proposez des alternatives (horaires différents, autre infirmier, explication pédagogique). En cas de refus persistant mettant en danger, une réunion de concertation éthique peut être nécessaire.
Collaborer avec les professionnels externes
Le médecin traitant reste le prescripteur principal. Des consultations régulières (au minimum trimestrielles) permettent d’ajuster l’insulinothérapie selon l’évolution du résident. Le médecin coordonnateur assure la cohérence entre prescriptions et protocoles institutionnels.
Le diabétologue intervient pour les situations complexes : diabète instable, passages à la pompe, éducation thérapeutique spécialisée. Certains EHPAD ont développé des téléconsultations diabétologiques facilitant l’accès à l’expertise.
Le diététicien élabore des plans alimentaires adaptés, conciliant équilibre glycémique et plaisir gustatif. La collaboration étroite entre soignants et cuisine est essentielle.
Exemple inspirant : L’EHPAD Val de Sèvre (Deux-Sèvres) organise trimestriellement une « réunion diabète » réunissant médecin coordonnateur, IDEC, infirmiers référents, diététicienne et représentant famille. Bilan : réduction de 45 % des hospitalisations pour déséquilibre glycémique en 18 mois.
Impliquer et informer les familles
Les familles sont des partenaires essentiels. Elles doivent être informées :
- Du protocole insuline appliqué à leur proche
- Des objectifs glycémiques personnalisés
- Des signes d’alerte à rapporter
- De la conduite à tenir en cas d’incident
Des supports pédagogiques (livret d’accueil diabète, vidéo explicative) rassurent les familles et favorisent leur adhésion. Proposez-leur d’assister à une séance d’éducation thérapeutique en présence de leur proche.
Checklist communication famille :
- [ ] Remise livret « diabète en EHPAD » à l’admission
- [ ] Entretien personnalisé IDEC dans le premier mois
- [ ] Information systématique en cas d’hypoglycémie sévère
- [ ] Invitation réunion annuelle thématique diabète
- [ ] Transmission trimestrielle des moyennes glycémiques
Conseil pratique : Créez un espace sécurisé sur votre extranet famille où les proches peuvent consulter les glycémies de la semaine et le carnet de surveillance, renforçant transparence et confiance.
Vers une excellence opérationnelle de l’accompagnement diabétique
L’accompagnement des résidents diabétiques insulino-dépendants requiert rigueur, coordination et formation continue. Les établissements performants partagent des caractéristiques communes : protocoles actualisés et accessibles, formation régulière des équipes, traçabilité exhaustive, coordination médicale fluide et implication des familles.
L’intégration progressive des technologies numériques (capteurs glucose continu, télémédecine, tableaux de bord) améliore significativement la sécurité et la qualité de vie des résidents. Les investissements dans la formation, particulièrement sur la gestion des hypoglycémies sévères, constituent un levier majeur de prévention des événements indésirables.
La personnalisation des objectifs glycémiques, selon l’état de santé global et l’espérance de vie du résident, traduit une approche éthique et bientraitante. Pour certains résidents en fin de vie, privilégier le confort plutôt que l’équilibre strict devient une priorité.
L’excellence opérationnelle passe par l’évaluation continue des pratiques : audits réguliers des protocoles, analyse des événements indésirables, benchmark avec d’autres établissements, participation à des groupes d’échange professionnels. L’inscription dans une démarche d’amélioration continue garantit une prise en charge optimale et sécurisée.
FAQ complémentaire
Quelle est la durée de validité d’une prescription d’insuline en EHPAD ?
La prescription médicale d’insuline est valable 1 an maximum. Elle doit être renouvelée annuellement par le médecin traitant, avec réévaluation du schéma thérapeutique et des objectifs glycémiques selon l’évolution du résident.
Comment gérer l’insulinothérapie lors d’un transfert hospitalier ?
Transmettez au service d’accueil : ordonnance complète, carnet de surveillance glycémique des 15 derniers jours, protocole personnalisé, stylos d’insuline en cours. Assurez une transmission téléphonique infirmier/infirmier pour sécuriser la continuité des soins.
Un résident diabétique peut-il bénéficier d’une pompe à insuline en EHPAD ?
Oui, si la pompe était déjà en place avant l’admission. La prise en charge nécessite formation spécifique du personnel infirmier par le centre diabétologie référent et protocole détaillé validé par le médecin coordonnateur. En pratique, cela reste rare en EHPAD compte tenu de la complexité technique.

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