Les établissements sanitaires et médico-sociaux, qu’ils soient publics ou privés, font face à des évolutions contrastées concernant l’absentéisme des professionnels. D’après le dernier bilan de Relyens, principal assureur des risques professionnels pour ces structures, on observe une baisse significative des accidents de travail, mais une augmentation préoccupante des arrêts longs, avec des impacts multiples sur la qualité des soins et l’organisation des équipes.
Cette analyse, issue des données détaillées de l’assureur entre 2018 et 2023, met en évidence une nette amélioration en matière de prévention des accidents. Toutefois, cette dynamique positive est contrebalancée par des arrêts maladie de plus en plus fréquents et longs, particulièrement préoccupants dans un contexte où les ressources humaines sont déjà sous tension dans ces secteurs critiques.
Sommaire
- Les accidents de travail en baisse : entre prévention et sensibilisation
- Les arrêts longs explosent : une tendance inquiétante pour les professionnels
- Une prévention qui progresse mais reste incomplète
- Des impacts multiples sur la qualité des soins et les coûts indirects
- Une mobilisation nécessaire pour concilier bien-être et performance
Les accidents de travail en baisse : entre prévention et sensibilisation
Entre 2018 et 2023, les efforts significatifs pour réduire les accidents de travail ont porté leurs fruits, à la fois dans le public et le privé. Ainsi, dans les établissements publics, la fréquence des accidents de travail a diminué de 17 % sur cette période. Dans le secteur privé, les chiffres indiquent une baisse encore plus importante, de 32 %. Ces résultats traduisent un meilleur engagement des employeurs en matière de sécurité : aménagement des postes, formation sur les risques ou encore achat de matériels adaptés.
Les principales causes des accidents de travail demeurent cependant inchangées depuis six ans. La manutention de charges humaines, comme les transferts ou le déplacement des patients, reste la première cause dans les établissements médico-sociaux, représentant 35 % des cas dans le secteur public et jusqu’à 42 % dans le social et médico-social. Les chutes ou glissades, qui comptaient pour 17 % des accidents, occupent la deuxième place, suivies par les violences ou agressions, en progression. Ces dernières, qui concernaient moins de 11 % des accidents en 2020, représentent désormais plus de 12,6 % en 2023.
Cependant, malgré ces améliorations en termes de fréquence, la gravité des accidents, mesurée par la durée moyenne des arrêts de travail, ne cesse de croître. Dans le public, la durée des arrêts pour accidents a augmenté de 23 % depuis 2018, tandis que dans le secteur privé, cette hausse atteint 31 %. Cela reflète l’apparition d’accidents aux conséquences plus lourdes, parfois liés à des maladies professionnelles ou à des blessures complexes.
Les arrêts longs explosent : une tendance inquiétante pour les professionnels
Alors que les accidents de travail tendent à devenir moins fréquents, les arrêts maladie dus à des affections longues durées explosent. Dans le public, les arrêts de 181 jours ou plus, souvent liés à des maladies chroniques ou à de l’usure professionnelle, ont augmenté de 37 % entre 2021 et 2023. Cette tendance touche plus particulièrement les personnels âgés de 45 ans et plus, qui représentent 61 % des absences supérieures à 30 jours et jusqu’à 84 % des arrêts longs. Il s’agit ici d’un phénomène qui pose de sérieux problèmes de remplacement et de répartition des tâches.
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J’accède au stock illimitéDans le secteur privé, la tendance est similaire : malgré une diminution globale des arrêts maladie entre 2018 et 2022, les données récentes montrent une légère augmentation de leur gravité et un impact stable sur le taux d’absentéisme. En moyenne, les salariés du privé se sont absentés 44 jours pour maladie en 2023, une durée légèrement inférieure à celle de 2018, mais qui cache des disparités selon la durée et la fréquence des arrêts.
Par ailleurs, dans les deux secteurs, les arrêts longs (trois mois ou plus) représentent une majorité des jours d’absence, soit 75 % des journées non travaillées dans le privé. Cette réalité pose des défis multiples, notamment sur le plan organisationnel, car les absences prolongées nécessitent souvent des réorganisations importantes. De plus, la proportion croissante de maladies chroniques et de requalifications en longue maladie ou en maladie professionnelle alourdit les charges financières des établissements.
Une prévention qui progresse mais reste incomplète
Face à ces défis, la prévention des risques professionnels s’impose comme un levier essentiel pour freiner ces tendances. Selon une enquête menée par Relyens au premier semestre 2023, 51 % des établissements interrogés ont constaté une progression significative de leurs actions de prévention au cours des cinq dernières années. Parmi les mesures les plus répandues figurent :
- L’achat de matériels adaptés, comme des aides à la manutention (94 % des établissements) ;
- L’aménagement des postes et espaces de travail (85 %) ;
- La formation à la sécurité des professionnels (80 %) ;
- L’analyse des absences pour raison de santé, permettant un suivi précis (77 %) ;
- La mise en place d’espaces de discussion entre équipes pour favoriser les échanges sur les conditions de travail (64 %).
Malgré ces initiatives, la prévention demeure encore inégalement appliquée et souvent réactive. Par exemple, certains établissements tardent à investir dans des équipements sophistiqués à cause de budgets restreints, en particulier dans le secteur privé. Par ailleurs, la prise en compte de l’usure professionnelle ou des risques psychologiques reste, selon certains experts, insuffisante dans de nombreux établissements.
Un autre constat préoccupant est l’impact de l’âge sur les absences prolongées. Avec un vieillissement global des équipes et des conditions de travail qui restent physiquement exigeantes, il devient urgent d’accélérer la prévention autour des troubles musculo-squelettiques, du stress et du burn-out.
Des impacts multiples sur la qualité des soins et les coûts indirects
L’augmentation des arrêts longs constitue un défi majeur pour les établissements sanitaires et médico-sociaux. Elle affecte directement la qualité des soins fournis aux patients, mais également l’image et la compétitivité des structures. Selon Relyens, les absences prolongées perturbent la continuité des soins, avec pour conséquence un stress accru sur les équipes en place, des ruptures dans le suivi des patients et parfois une détérioration de la relation avec les résidents ou leurs familles.
Sur le plan financier, l’impact est tout aussi significatif. Chaque absence longue durée engendre des coûts indirects élevés, qu’il s’agisse de dépenses pour embaucher ou former des remplaçants, de pertes de productivité ou encore d’une augmentation des dépenses pour prévenir l’épuisement des professionnels présents. Par exemple, dans les établissements publics, on estime qu’un quart des arrêts pour accidents de travail ou de trajet représentent à eux seuls trois quarts des jours non travaillés, traduisant un déséquilibre frappant.
Face à ces phénomènes, les directions des établissements sont contraintes de revoir leurs stratégies managériales. Certaines misent sur des dispositifs d’accompagnement pour encourager le retour au travail progressif des salariés après un arrêt longue durée. D’autres adoptent des solutions technologiques pour améliorer la gestion des plannings et réduire la surcharge des équipes.
Une mobilisation nécessaire pour concilier bien-être et performance
Le bilan 2023 de Relyens met en lumière des dynamiques contradictoires sur l’évolution des accidents de travail et des arrêts maladie dans les établissements sanitaires et médico-sociaux. Si la baisse significative des accidents témoigne d’une meilleure prise en compte des enjeux de sécurité, la progression des arrêts longs pose de nouveaux défis, d’autant plus complexes à gérer dans un secteur marqué par des contraintes budgétaires et des besoins croissants.
Au cœur de ces problématiques, c’est l’équilibre entre qualité de vie au travail et performance organisationnelle qui est en jeu. Une approche globale, combinant prévention renforcée, accompagnement ciblé des salariés et reconception des processus de travail, pourrait permettre de freiner cette dérive des arrêts longs. Mais cela nécessite une conscientisation accrue auprès de tous les acteurs, qu’ils relèvent du secteur public ou privé.

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