Anticoagulants en EHPAD : comment sécuriser la surveillance et prévenir le risque hémorragique

Anticoagulants en EHPAD : surveillance biologique, formation des équipes et protocoles pour sécuriser les traitements AVK et AOD face au risque hémorragique.

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Les traitements anticoagulants concernent près d’un tiers des résidents d’EHPAD, notamment dans le cadre de la prévention des accidents vasculaires cérébraux ou des thromboses veineuses. Si ces thérapeutiques sauvent des vies, elles exposent les personnes âgées à un risque hémorragique majeur, amplifié par la polymédication, les chutes et la fragilité des résidents. Pour les équipes soignantes, l’enjeu est triple : surveiller rigoureusement les paramètres biologiques, former l’ensemble du personnel aux signes d’alerte, et coordonner efficacement avec les médecins traitants et les biologistes. Cet article propose une démarche structurée, des outils pratiques et des repères réglementaires pour sécuriser l’accompagnement des résidents sous anticoagulants au quotidien.


Comprendre les anticoagulants en EHPAD : types de traitements et niveaux de risque

Les anticoagulants se répartissent en deux grandes familles : les antivitamines K (AVK) comme la warfarine ou l’acénocoumarol, et les anticoagulants oraux directs (AOD) tels que l’apixaban, le rivaroxaban ou le dabigatran. Chaque classe présente des modalités de surveillance et des profils de risque distincts.

Antivitamines K : une surveillance biologique indispensable

Les AVK nécessitent un suivi régulier de l’INR (International Normalized Ratio), qui mesure la coagulabilité du sang. La zone thérapeutique cible varie selon l’indication : généralement entre 2 et 3 pour la fibrillation auriculaire, et entre 2,5 et 3,5 pour les porteurs de prothèses valvulaires mécaniques.

La difficulté réside dans la variabilité inter-individuelle : l’alimentation (apports en vitamine K), les interactions médicamenteuses, les épisodes infectieux ou la dénutrition peuvent faire fluctuer l’INR de façon imprévisible. Selon les données de la Haute Autorité de Santé, plus de 17 000 hospitalisations annuelles sont liées à un surdosage en AVK, dont une proportion importante concerne les plus de 75 ans.

Anticoagulants oraux directs : moins de surveillance, pas sans vigilance

Les AOD offrent l’avantage de ne pas nécessiter de suivi biologique systématique. Leur demi-vie plus courte limite le risque d’accumulation. Toutefois, ils ne sont pas dénués de risques en EHPAD : la fonction rénale doit être évaluée régulièrement (clairance de la créatinine), car une insuffisance rénale augmente le risque hémorragique. L’absence d’antidote spécifique pour certains AOD complique la gestion des hémorragies graves.

En EHPAD, le choix du traitement anticoagulant doit être réévalué régulièrement en fonction de l’évolution clinique du résident et de sa fonction rénale.

Conseil opérationnel : Établissez avec le médecin coordonnateur une liste actualisée des résidents sous anticoagulants, en précisant le type de molécule, l’indication, la posologie et la date de la dernière réévaluation. Cette fiche doit être accessible à l’IDEC et à l’infirmier de jour comme de nuit.

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Surveillance biologique et suivi clinique : protocoles et fréquences

La surveillance biologique constitue le pilier de la prévention des complications hémorragiques. Elle doit être protocolisée, tracée et partagée avec le médecin traitant et le biologiste de référence.

Fréquence de surveillance de l’INR sous AVK

Situation clinique Fréquence recommandée
Phase d’équilibration initiale Tous les 2 à 3 jours
INR stable depuis 3 mois Tous les 15 jours à 1 mois
Changement de traitement ou infection Contrôle sous 48 à 72 heures
Dénutrition, diarrhée, antibiotique Contrôle rapproché (3 à 5 jours)

La prescription de l’INR relève du médecin traitant ou du médecin coordonnateur. L’infirmier doit tracer chaque résultat dans le dossier de soins informatisé, et signaler immédiatement tout INR hors cible. Un INR supérieur à 5 impose une consultation médicale urgente et l’arrêt temporaire du traitement.

Surveillance de la fonction rénale sous AOD

Les AOD sont éliminés en partie par le rein. Une clairance de la créatinine inférieure à 30 ml/min contre-indique certains AOD ou nécessite un ajustement posologique. Il est recommandé de vérifier la fonction rénale :

  • À l’instauration du traitement
  • Tous les 6 mois chez le sujet âgé stable
  • Après chaque épisode de déshydratation, infection urinaire ou hospitalisation

Exemple concret : Dans un EHPAD de 80 lits en Normandie, l’IDEC a mis en place un tableau de bord partagé avec le biologiste local. Chaque mois, les résidents sous AOD dont la clairance n’a pas été contrôlée depuis 6 mois reçoivent automatiquement une prescription de bilan rénal. Cette anticipation a permis de détecter 4 insuffisances rénales débutantes en un an, évitant des surdosages.

Signes cliniques à surveiller quotidiennement

Au-delà des bilans, la surveillance clinique repose sur l’ensemble de l’équipe soignante. Aides-soignants, infirmiers et agents hôteliers doivent être formés à repérer :

  • Hématomes spontanés ou étendus après un choc mineur
  • Saignements gingivaux, épistaxis répétés
  • Urines rosées ou rouges (hématurie)
  • Selles noires ou sang dans les selles (méléna, rectorragies)
  • Céphalées intenses, vertiges, confusion (hémorragie cérébrale)
  • Pâleur, fatigue intense, tachycardie (anémie)

Toute suspicion d’hémorragie doit déclencher un protocole d’alerte immédiat : appel du médecin coordonnateur, vérification de l’INR si AVK, surveillance des constantes, traçabilité.

Conseil opérationnel : Créez une fiche de surveillance anticoagulant à coller dans le dossier de soins papier ou à intégrer dans le logiciel métier. Elle comprend : date du dernier INR, zone cible, date du dernier bilan rénal, et une checklist des signes d’alerte à surveiller. Formez les aides-soignants à la remplir chaque semaine lors de la toilette ou des soins d’hygiène.


Former et sensibiliser les équipes : de l’aide-soignant au médecin coordonnateur

La formation est un levier majeur de prévention. Elle doit être régulière, pluriprofessionnelle et contextualisée aux situations rencontrées en EHPAD.

Structurer un programme de formation interne

Un programme efficace doit couvrir trois niveaux :

  1. Connaissances de base : différencier AVK et AOD, connaître les zones thérapeutiques, comprendre les mécanismes d’action.
  2. Reconnaissance des signes d’alerte : savoir identifier un hématome suspect, un saignement anormal, une chute à risque.
  3. Procédures d’urgence : qui appeler, quoi tracer, quelles mesures immédiates prendre (arrêt du traitement, surveillance rapprochée).

L’IDEC peut organiser des ateliers pratiques trimestriels : analyse de cas cliniques, jeux de rôle sur la gestion d’une hémorragie, quiz interactifs. L’implication du médecin coordonnateur renforce la crédibilité et la cohérence des messages.

Outils pédagogiques à déployer

  • Fiches réflexes plastifiées, affichées dans la salle de soins et le bureau infirmier
  • Vidéos courtes (3 à 5 minutes) sur la surveillance de l’INR, diffusées lors des transmissions
  • Check-lists de repérage des signes hémorragiques, intégrées aux protocoles de soins
  • Simulateurs de cas sur tablette ou ordinateur, permettant aux aides-soignants de tester leurs réflexes

Exemple concret : Un EHPAD en Île-de-France a mis en place un compagnonnage entre infirmiers expérimentés et aides-soignants nouvellement arrivés. Pendant 3 semaines, chaque aide-soignant accompagne un infirmier lors des contrôles d’INR, observe la lecture des résultats, et participe aux appels au médecin. Ce dispositif a réduit de 30 % les signalements tardifs d’anomalies.

Comment impliquer les aides-soignants ?

Les aides-soignants sont en première ligne lors des toilettes, des changes et de l’accompagnement aux repas. Ils doivent être sensibilisés au fait qu’un hématome au niveau des bras, une plaie qui saigne plus longtemps que d’habitude, ou une fatigue inhabituelle peuvent signaler un problème.

Question fréquente : Un aide-soignant peut-il alerter directement le médecin coordonnateur ?

Oui, si l’infirmier n’est pas immédiatement disponible et que la situation le justifie (confusion brutale, saignement abondant). Le circuit d’alerte doit être formalisé dans le projet de soins et affiché clairement. L’aide-soignant doit ensuite informer l’infirmier dès que possible pour assurer la traçabilité.

Conseil opérationnel : Intégrez dans chaque formation un module sur la communication interprofessionnelle : comment transmettre une information urgente, à qui, par quel canal (téléphone, logiciel, cahier de transmissions). Simulez des situations réelles pour ancrer les réflexes.


Coordination médicale et organisation des circuits d’alerte

La coordination médicale est un facteur clé de sécurité. Elle repose sur des protocoles partagés, des outils de traçabilité et une collaboration étroite entre l’IDEC, le médecin coordonnateur, les médecins traitants et le laboratoire d’analyses.

Mettre en place un protocole anticoagulant institutionnel

Ce protocole doit définir :

  • Les indications et contre-indications des anticoagulants en EHPAD
  • Les modalités de surveillance : fréquence, prescripteur, circuit de transmission des résultats
  • Les conduites à tenir en cas d’INR hors zone, de saignement, de chute ou de besoin de geste invasif (extraction dentaire, ponction…)
  • Les acteurs et leurs rôles : qui prescrit, qui surveille, qui alerte, qui décide de l’ajustement
  • Les outils de traçabilité : fiche de suivi, tableau de bord, alerte informatisée

Le protocole doit être validé par le médecin coordonnateur, présenté en commission de soins (si elle existe) et diffusé à l’ensemble de l’équipe.

Organiser les circuits de transmission des résultats biologiques

Le laboratoire doit transmettre les résultats d’INR dans un délai maximal de 24 heures. Plusieurs modalités existent :

  • Transmission électronique sécurisée (messagerie de santé, intégration dans le logiciel de soins)
  • Fax ou mail crypté directement à l’infirmier de référence
  • Appel téléphonique en cas de résultat critique (INR > 5 ou < 1,5)

L’infirmier doit accuser réception, enregistrer le résultat dans le dossier du résident, et le transmettre au médecin prescripteur dans les 2 heures si le résultat est hors cible.

Question fréquente : Que faire si le médecin traitant ne rappelle pas après transmission d’un INR hors zone ?

Si aucune réponse n’est obtenue dans les 4 heures, l’IDEC ou l’infirmier doit contacter le médecin coordonnateur, qui prendra le relais. En cas d’urgence vitale (INR > 6, signes hémorragiques), le SAMU doit être alerté. Ces étapes doivent figurer dans le protocole institutionnel.

Gérer les situations à risque : chutes, interventions chirurgicales, infections

Les chutes sont fréquentes en EHPAD et constituent un facteur de risque hémorragique majeur chez les résidents sous anticoagulants. Après toute chute avec traumatisme crânien, même minime, un contrôle de l’INR et une surveillance neurologique rapprochée sont indispensables pendant 48 heures.

En cas d’intervention chirurgicale ou de geste invasif programmé (coloscopie, extraction dentaire), le traitement anticoagulant doit être adapté. Pour les AVK, un relais par héparine peut être nécessaire. Pour les AOD, un arrêt de 24 à 48 heures avant l’intervention suffit généralement, selon la fonction rénale et le type de geste.

Les infections, notamment respiratoires ou urinaires, peuvent déséquilibrer l’INR. Elles nécessitent un contrôle rapproché et une vigilance accrue.

Exemple concret : Un EHPAD en Auvergne-Rhône-Alpes a développé une fiche de liaison pour les sorties en consultation ou à l’hôpital. Elle mentionne le traitement anticoagulant, le dernier INR, la fonction rénale, les allergies et les antécédents hémorragiques. Cette fiche est remise au résident et au médecin consultant, facilitant la coordination et réduisant les erreurs médicamenteuses.

La coordination médicale repose sur l’anticipation, la communication et la traçabilité. Un protocole bien construit protège les résidents et sécurise les professionnels.

Conseil opérationnel : Organisez une réunion de coordination trimestrielle avec le laboratoire partenaire, le médecin coordonnateur et l’IDEC. Bilan des incidents, retours d’expérience, ajustements du protocole : ce temps d’échange est essentiel pour améliorer en continu la qualité de la surveillance.


Anticiper, tracer et sécuriser : les clés d’un accompagnement serein

La prise en charge des résidents sous anticoagulants ne se résume pas à des contrôles biologiques. Elle repose sur une culture de la vigilance partagée, de la formation continue et de la coordination interprofessionnelle. Dans un contexte de vieillissement de la population et de poly-pathologies croissantes, les EHPAD doivent structurer des dispositifs robustes, évolutifs et adaptés à leurs moyens.

Mettre en œuvre une démarche d’amélioration continue

L’analyse des événements indésirables (hémorragies, surdosages, hospitalisations évitables) doit alimenter une démarche qualité. Identifiez les causes racines : défaut de transmission, retard de contrôle, absence de formation, protocole non appliqué. Mettez en place des actions correctives ciblées et évaluez leur impact à 3 et 6 mois.

Les indicateurs de suivi peuvent inclure :

  • Taux de résidents sous anticoagulants avec INR dans la zone cible
  • Nombre de contrôles d’INR réalisés dans les délais
  • Nombre d’événements hémorragiques signalés
  • Taux de participation aux formations
  • Délai moyen de transmission des résultats biologiques

Tableau de bord de surveillance anticoagulants

Indicateur Cible Résultat actuel Actions
INR dans zone cible > 70 % 65 % Révision fréquence contrôles
Contrôles dans les délais > 90 % 85 % Alerte automatisée
Événements hémorragiques < 2/an 3/an Formation renforcée AS
Participation formation 100 % 92 % Rattrapage individuel

Utiliser les outils numériques pour automatiser la surveillance

Les logiciels de soins modernes permettent de paramétrer des alertes automatiques : rappel de contrôle d’INR, alerte si résultat hors zone, suivi de la fonction rénale. Ces outils allègent la charge mentale des infirmiers et sécurisent le parcours de soins.

Certains EHPAD utilisent des tablettes tactiles pour la saisie en temps réel des signes cliniques, reliées au dossier informatisé. Les aides-soignants peuvent cocher les items de la fiche de surveillance anticoagulant directement après la toilette, garantissant une traçabilité exhaustive.

Impliquer les familles et les résidents dans la surveillance

Les résidents autonomes et leurs proches peuvent être associés à la surveillance. Expliquer les signes d’alerte, remettre une fiche synthétique, encourager le signalement de tout symptôme inhabituel renforce la sécurité.

Question fréquente : Comment expliquer simplement le risque hémorragique à un résident ou à sa famille ?

Utilisez des images concrètes : « Le médicament fluidifie le sang pour éviter les caillots, mais cela rend les saignements plus faciles. Une petite coupure saigne plus longtemps, un coup peut faire un gros bleu. C’est pourquoi nous surveillons régulièrement votre sang et nous vous demandons de nous signaler tout saignement ou bleu anormal. »

S’appuyer sur les ressources externes et les recommandations

Les recommandations de la Haute Autorité de Santé, de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et des sociétés savantes (Société française de gériatrie et gérontologie, par exemple) fournissent des repères actualisés. L’IDEC et le médecin coordonnateur doivent se tenir informés des évolutions réglementaires et scientifiques.

Des réseaux de santé régionaux, des groupes d’échange de pratiques ou des webinaires thématiques constituent des ressources précieuses pour partager expériences et outils.

Conseil opérationnel : Créez une bibliothèque de ressources accessible en ligne (drive partagé, intranet) où l’équipe peut consulter les protocoles, fiches réflexes, supports de formation, recommandations officielles et retours d’expérience d’autres EHPAD. Actualisez ce fonds documentaire au moins deux fois par an.


FAQ : Vos questions fréquentes sur les anticoagulants en EHPAD

Peut-on administrer des injections intramusculaires à un résident sous anticoagulants ?

Non, les injections intramusculaires sont contre-indiquées chez les patients sous anticoagulants en raison du risque d’hématome. Privilégier la voie sous-cutanée ou orale. Si une injection IM est incontournable, le médecin doit réévaluer le bénéfice-risque.

Qui peut ajuster la posologie d’un AVK en fonction de l’INR ?

Seul le médecin prescripteur (médecin traitant ou médecin coordonnateur par délégation) peut ajuster la posologie. L’infirmier transmet le résultat et applique la prescription modifiée. Certains protocoles de coopération peuvent permettre à un infirmier formé d’ajuster selon un algorithme pré-établi, sous la responsabilité du médecin.

Comment gérer un oubli de dose d’anticoagulant ?

Si l’oubli est constaté dans les 6 heures : administrer la dose. Au-delà, ne pas doubler la dose suivante, mais prévenir le médecin qui pourra prescrire un contrôle d’INR rapproché si nécessaire. Tracer l’oubli et analyser la cause (erreur de préparation, refus du résident, absence de l’infirmier).


En définitive, accompagner les résidents sous traitement anticoagulant exige rigueur, formation et coordination. Les EHPAD qui investissent dans des protocoles clairs, des outils de traçabilité performants et une culture de la vigilance partagée réduisent significativement les risques hémorragiques et thrombotiques. Chaque professionnel, du directeur à l’aide-soignant, a un rôle à jouer. La sécurité des résidents repose sur cette mobilisation collective, où l’anticipation prime sur la réaction et où la communication fluidifie les parcours de soins. Prenez le temps de réviser vos pratiques, de former vos équipes et de renforcer vos partenariats avec les médecins et les biologistes : c’est un investissement essentiel pour la qualité des soins et la sérénité de tous.

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