Addictions au travail en EHPAD : comment détecter et accompagner vos équipes efficacement

Prévention des addictions en EHPAD : détectez les signaux d’alerte, accompagnez vos équipes et construisez une politique efficace face à l’alcool, médicaments et cannabis au travail.

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Les addictions au travail, qu’elles concernent l’alcool, les médicaments psychotropes, le cannabis ou d’autres substances, représentent un enjeu majeur dans les EHPAD. En 2025, près de 15 % des salariés du secteur médico-social seraient concernés par une forme d’addiction impactant leur activité professionnelle. Pour les directeurs et responsables d’hébergement, détecter ces situations et accompagner les équipes relève à la fois d’une obligation légale et d’un engagement éthique. Cet article propose des pistes concrètes pour bâtir une politique de prévention efficace, repérer les signaux d’alerte et mettre en place un accompagnement thérapeutique adapté.


Comprendre les addictions professionnelles en EHPAD : enjeux et réalités du terrain

Les addictions en milieu professionnel ne se limitent pas aux substances illicites. Elles englobent l’alcool, les anxiolytiques, les antidépresseurs détournés, voire le cannabis consommé hors service mais dont les effets persistent. Dans les EHPAD, la charge émotionnelle liée à l’accompagnement de la fin de vie, les horaires décalés, la pénibilité physique et le manque d’effectifs constituent autant de facteurs de vulnérabilité.

Selon l’Observatoire français des drogues et tendances addictives (OFDT), 8 % des soignants reconnaissent avoir consommé de l’alcool ou des médicaments pour « tenir » au travail. Ce phénomène reste largement sous-estimé et caché, car la honte et la peur de sanctions freinent la parole.

Les conséquences pour l’établissement et les résidents

Une addiction non détectée expose à des risques multiples :

  • Erreurs médicamenteuses : confusion, oublis, surdosages
  • Absentéisme répété : arrêts maladie fréquents, retards
  • Dégradation du climat social : tensions dans l’équipe, défiance
  • Mise en danger des résidents : chutes, maltraitance involontaire

Un aide-soignant sous emprise peut ne pas identifier une détresse respiratoire ou administrer un traitement erroné.

Conseil opérationnel : Organisez une sensibilisation annuelle sur les addictions, en y associant la médecine du travail et un intervenant extérieur spécialisé. Cela normalise le sujet et ouvre la parole.


Le cadre juridique et réglementaire : ce que dit le Code du travail sur les addictions

Le Code du travail impose à l’employeur une obligation de sécurité (article L. 4121-1). Il doit prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des salariés, y compris face aux addictions. Le règlement intérieur peut prévoir l’interdiction de l’alcool et des substances psychoactives, et autoriser des contrôles sous conditions strictes.

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Les articles clés à connaître

Article Contenu Application en EHPAD
L. 4121-1 Obligation de sécurité de l’employeur Mise en place de prévention et détection
R. 4228-20 Interdiction de laisser entrer ou séjourner des personnes en état d’ivresse Possibilité de contrôle et d’éviction temporaire
L. 1321-3 Contenu du règlement intérieur Mention des interdictions, sanctions et accompagnement
L. 1332-4 Proportionnalité de la sanction Privilégier l’accompagnement avant la rupture

Le règlement intérieur doit explicitement interdire la consommation d’alcool et de substances psychoactives sur le lieu de travail, sauf exceptions limitées (pot de départ). Il doit aussi préciser les modalités de contrôle (dépistage salivaire, éthylotest) et garantir le respect de la dignité et de la vie privée du salarié.

Contrôles et dépistages : mode d’emploi

Les contrôles doivent être justifiés par un motif de sécurité, annoncés dans le règlement intérieur, réalisés de manière non discriminatoire et encadrés par un protocole validé par le CSE et la médecine du travail. Le dépistage doit rester exceptionnel et être réalisé par une personne habilitée.

Conseil opérationnel : Rédigez une note de service claire précisant les situations à risque (administration de médicaments, manipulation de matériel, conduite de véhicule) et les modalités de contrôle. Consultez le CSE et la médecine du travail avant toute mise en œuvre.


Détecter les signaux d’alerte : les outils et comportements à surveiller

Repérer une addiction en EHPAD nécessite de croiser plusieurs indicateurs sans stigmatiser. Les signaux peuvent être comportementaux, physiques ou organisationnels. Un seul signe ne suffit jamais à conclure ; c’est la répétition et le cumul qui doivent alerter.

Les principaux indicateurs de vigilance

Indicateurs comportementaux :

  • Changements d’humeur fréquents (irritabilité, agressivité, apathie)
  • Isolement progressif, repli sur soi
  • Discours confus, lenteur de réaction
  • Négligence vestimentaire ou hygiénique inhabituelle

Indicateurs physiques :

  • Odeur d’alcool ou haleine caractéristique
  • Yeux rouges, pupilles dilatées ou rétractées
  • Tremblements, sudation excessive
  • Somnolence ou hyperactivité anormale

Indicateurs organisationnels :

  • Absences répétées, surtout le lundi ou après les week-ends
  • Retards fréquents, départs anticipés
  • Erreurs inhabituelles dans les soins ou transmissions
  • Conflits croissants avec les collègues ou l’encadrement

Selon une étude de l’INRS, 70 % des managers ont déjà observé des signes d’addiction, mais seulement 30 % ont osé aborder le sujet.

Comment aborder la question avec le salarié concerné

L’entretien doit être préparé, conduit avec bienveillance et orienté vers la recherche de solutions, non la sanction immédiate.

Étapes recommandées :

  1. Choisir un cadre confidentiel : bureau fermé, moment calme
  2. Décrire des faits objectifs : « J’ai remarqué que tu arrives régulièrement en retard depuis trois semaines »
  3. Exprimer une préoccupation : « Je m’inquiète pour toi et pour la sécurité de l’équipe »
  4. Proposer un accompagnement : « La médecine du travail peut t’aider, sans jugement »
  5. Fixer un cadre clair : « Nous devons trouver une solution ensemble d’ici quinze jours »

Conseil opérationnel : Formez les cadres de proximité (IDEC, responsables d’hébergement) à la conduite d’entretiens sensibles et à la détection précoce. Proposez des sessions de deux jours avec mises en situation.


Construire une politique de prévention globale et des partenariats spécialisés

Une prévention efficace repose sur trois piliers : l’information, la formation et l’accès à des ressources externes. Le directeur d’EHPAD doit porter cette politique en l’ancrant dans le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) et en mobilisant les acteurs internes et externes.

Les actions de prévention à déployer

Actions primaires (avant l’addiction) :

  • Campagnes d’information sur les risques liés aux substances
  • Ateliers sur la gestion du stress et l’équilibre vie pro/vie perso
  • Aménagement des conditions de travail (rotation, pauses)
  • Renforcement du soutien managérial et des collectifs de travail

Actions secondaires (détection précoce) :

  • Formation des managers à la détection des signaux
  • Mise en place de consultations avec la médecine du travail
  • Protocole de signalement confidentiel et non punitif

Actions tertiaires (accompagnement) :

  • Orientation vers des structures spécialisées (CSAPA, addictologues)
  • Aménagements de poste temporaires
  • Suivi régulier avec le salarié et le médecin du travail

Nouer des partenariats avec des structures spécialisées

Les EHPAD ne doivent pas rester seuls face aux addictions. Plusieurs partenaires peuvent être mobilisés :

  • CSAPA (Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie) : prise en charge gratuite et confidentielle
  • Médecine du travail : évaluation, orientation, suivi
  • Associations spécialisées : Addictions France, ANPAA, Croix-Bleue
  • Réseaux de santé mentale : psychiatres, psychologues spécialisés

Exemple concret : Un EHPAD en Île-de-France a signé une convention avec un CSAPA local. Un addictologue intervient deux fois par mois pour des consultations sur site, garantissant confidentialité et accessibilité. En un an, six salariés ont été accompagnés, dont quatre ont repris leur poste dans de bonnes conditions.

« Le partenariat avec un CSAPA a changé notre regard. Nous ne sommes plus seuls, et les équipes savent vers qui se tourner. » — Directrice d’EHPAD associatif, 85 lits.

Intégrer la prévention des addictions dans le DUERP

Le DUERP doit identifier les risques psychosociaux et les situations de pénibilité favorisant les addictions. Il doit prévoir des mesures de prévention concrètes, suivies et évaluées annuellement.

Conseil opérationnel : Créez un groupe de travail pluridisciplinaire (direction, IDEC, médecin du travail, représentants du personnel) pour rédiger un « programme de prévention des addictions ». Intégrez-le au projet d’établissement et communiquez-le largement.


Accompagner le retour au travail et sécuriser la qualité de vie au travail

L’accompagnement thérapeutique ne s’arrête pas à l’orientation vers un CSAPA. Le retour au travail après une prise en charge doit être préparé, sécurisé et suivi pour éviter les rechutes et favoriser la réinsertion durable.

Les étapes du retour progressif

  1. Visite de pré-reprise avec le médecin du travail : évaluer l’aptitude, proposer des aménagements
  2. Entretien avec le responsable hiérarchique : fixer les modalités de retour (temps partiel thérapeutique, poste adapté)
  3. Information limitée de l’équipe : respecter la confidentialité, tout en facilitant l’accueil
  4. Suivi rapproché pendant trois mois : points réguliers, soutien managérial, vigilance bienveillante

Le temps partiel thérapeutique permet une reprise progressive, souvent indispensable après un sevrage. Il doit être prescrit par le médecin traitant et validé par la Sécurité sociale.

Améliorer la qualité de vie au travail pour prévenir les rechutes

Les addictions sont souvent des réponses à un mal-être professionnel. Agir sur les conditions de travail est donc essentiel :

  • Réduire la charge mentale : transmission efficace, temps de parole, supervision
  • Améliorer l’organisation : planning stable, rotation équitable, pauses respectées
  • Renforcer le collectif : réunions d’équipe, régulation, espaces d’échange
  • Valoriser le travail : reconnaissance, formations, perspectives d’évolution

Conseil opérationnel : Mettez en place des « groupes de parole » mensuels animés par un psychologue du travail. Ils permettent d’évacuer les tensions et de repérer les facteurs de risque psychosociaux avant qu’ils ne dégénèrent.


FAQ : Réponses aux questions fréquentes des professionnels d’EHPAD

Peut-on licencier un salarié pour addiction ?

Oui, mais sous conditions strictes. Le licenciement doit être justifié par des faits objectifs (absences répétées, fautes professionnelles, danger pour les résidents) et proportionné. La jurisprudence impose de privilégier l’accompagnement avant la sanction. Un licenciement pour seule addiction, sans faute associée ni refus de soins, peut être jugé discriminatoire.

Comment convaincre un salarié de consulter ?

La clé est la bienveillance et la clarté. Exprimez votre préoccupation, proposez un accompagnement confidentiel et fixez un cadre : « Je t’aide à trouver des solutions, mais la sécurité des résidents n’est pas négociable. » Proposez un premier rendez-vous accompagné avec la médecine du travail.

Quels sont les recours si un salarié refuse tout accompagnement ?

Si le refus persiste et que la situation met en danger les résidents ou l’équipe, l’employeur peut prononcer une mise à pied conservatoire, puis engager une procédure disciplinaire. La médecine du travail peut également déclarer le salarié inapte si l’état de santé est incompatible avec le poste. Dans tous les cas, documentez soigneusement chaque étape (entretiens, courriers, avis médicaux).


De la prévention à l’action : bâtir une culture de soutien durable

Prévenir et accompagner les addictions en EHPAD n’est pas une option, c’est une responsabilité collective. Pour les directeurs et responsables d’hébergement, cela implique de passer d’une logique punitive à une approche globale, humaine et structurée. Former les équipes, nouer des partenariats solides, repérer précocement les signaux d’alerte et accompagner les retours au travail sont autant de leviers pour protéger les salariés et garantir la sécurité des résidents.

La qualité de vie au travail et la prévention des addictions sont intimement liées. En agissant sur les conditions de travail, en valorisant les métiers du soin et en créant des espaces de parole, les établissements réduisent les facteurs de vulnérabilité et renforcent la cohésion des équipes.

En 2025, les EHPAD qui réussissent sont ceux qui osent parler des addictions, sans tabou ni jugement, et qui construisent des dispositifs concrets, accessibles et suivis dans la durée. C’est un investissement humain et organisationnel qui porte ses fruits : moins d’absentéisme, meilleur climat social, qualité des soins préservée.

Conseil final : Inscrivez la prévention des addictions dans votre projet d’établissement 2025-2030. Créez un référent addiction au sein de l’équipe, formé et identifié. Faites le point chaque trimestre en réunion de direction. Et surtout, rappelez à vos équipes qu’elles ne sont pas seules : demander de l’aide est un acte de courage, pas de faiblesse.

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