L’isolement social des résidents en EHPAD constitue un enjeu majeur de santé publique. Selon Santé Publique France, plus de 40 % des personnes âgées hébergées présentent des signes de solitude chronique. Face à ce constat, les activités intergénérationnelles émergent comme une réponse innovante et probante. En tissant des liens entre résidents, enfants et jeunes adultes, ces programmes redonnent du sens au quotidien tout en répondant aux obligations réglementaires d’ouverture sur l’environnement. Pour les directeurs et professionnels d’EHPAD, structurer ces partenariats représente à la fois une opportunité de valorisation de l’établissement et un levier d’amélioration de la qualité de vie.
Sommaire
- Comprendre les bénéfices démontrés de l’intergénérationnel
- Structurer juridiquement et administrativement les partenariats
- Concevoir un programme intergénérationnel attractif et pérenne
- Impliquer les professionnels et lever les résistances
- Transformer les partenariats en levier de reconnaissance territoriale
- Bâtir des ponts durables entre les générations
- FAQ : Vos questions pratiques sur l’intergénérationnel
Comprendre les bénéfices démontrés de l’intergénérationnel
Les projets intergénérationnels ne relèvent plus de l’animation optionnelle : ils constituent désormais une dimension reconnue du soin et de l’accompagnement. Les études internationales, notamment celles publiées par le Journal of Intergenerational Relationships, confirment des effets mesurables sur la santé mentale et physique des résidents.
Des impacts cliniques avérés
Les interactions régulières avec des jeunes générations stimulent les fonctions cognitives et réduisent significativement les symptômes dépressifs. Une étude menée en 2024 sur 15 EHPAD français a montré que les résidents participant à des ateliers hebdomadaires avec des scolaires présentaient :
- Une diminution de 32 % des prescriptions d’anxiolytiques sur 6 mois
- Une amélioration du score MMSE de 2,4 points en moyenne
- Une augmentation de 25 % de la participation aux activités collectives
- Une réduction des appels d’urgence nocturnes liés à l’anxiété
Ces données objectives constituent des arguments solides pour convaincre vos instances de gouvernance et sécuriser un budget dédié.
« L’intergénérationnel n’est pas une option ludique, c’est un soin relationnel à part entière qui impacte directement les indicateurs de qualité. » – Recommandations HAS 2024
Du côté des enfants et adolescents, les bénéfices sont tout aussi significatifs. Les enseignants partenaires rapportent une amélioration des compétences sociales, une meilleure empathie et une déconstruction des stéréotypes liés au vieillissement. Ces éléments constituent des leviers de négociation précieux lors de la construction de partenariats éducatifs.
Conseil opérationnel : Constituez un dossier de preuves scientifiques adapté à votre contexte. Intégrez-y des témoignages de résidents et des données chiffrées issues de vos propres expérimentations. Ce dossier facilitera vos démarches auprès des partenaires institutionnels et des financeurs potentiels.
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J’accède au stock illimitéStructurer juridiquement et administrativement les partenariats
La mise en place d’activités intergénérationnelles pérennes nécessite un cadre administratif solide. Trop d’initiatives échouent faute d’avoir anticipé les aspects contractuels et assurantiels. Voici la méthodologie pour sécuriser vos projets.
La convention de partenariat éducatif : document clé
Chaque collaboration avec une école, un collège, un lycée ou un centre de loisirs doit être formalisée par une convention de partenariat. Ce document protège juridiquement les deux parties et clarifie les responsabilités.
Éléments indispensables à intégrer :
| Rubrique | Contenu obligatoire |
|---|---|
| Identité des parties | Noms, adresses, représentants légaux, SIRET |
| Objet du partenariat | Nature précise des activités prévues |
| Durée et renouvellement | Date de début, fin, modalités de tacite reconduction |
| Modalités pratiques | Fréquence, horaires, lieux, encadrement |
| Responsabilité civile | Attestations d’assurance, couvertures spécifiques |
| Protection des données | Respect RGPD, autorisation images et vidéos |
| Clause d’interruption | Conditions de suspension ou résiliation |
N’oubliez pas de faire valider votre convention par votre direction juridique ou votre assureur. L’ARS peut également être consultée en amont pour garantir la conformité avec le projet d’établissement.
Autorisations et protection des personnes vulnérables
Deux aspects réglementaires requièrent une vigilance particulière :
- Les autorisations parentales pour les mineurs : demandez systématiquement une autorisation écrite incluant le droit à l’image et la participation aux activités spécifiques.
-
Le consentement éclairé des résidents : même en cas de troubles cognitifs légers, recueillez l’accord de la personne et de sa famille. Documentez ce consentement dans le dossier de soins.
-
Les obligations d’honorabilité : tout intervenant extérieur mineur ou majeur doit être couvert par l’assurance de son établissement d’origine. Pour les bénévoles réguliers, vérifiez l’extrait de casier judiciaire (bulletin n°3).
Question fréquente : Faut-il une autorisation de l’ARS pour chaque projet ?
Non, sauf si le projet implique une modification substantielle de votre projet d’établissement ou une intervention thérapeutique spécifique. En revanche, informez systématiquement l’ARS de vos initiatives lors des bilans annuels : cela valorise votre démarche qualité.
Conseil opérationnel : Créez un kit de démarrage partenarial contenant convention-type, formulaires d’autorisation, attestations d’assurance et fiche pratique RGPD. Partagez-le avec votre animateur coordinateur et votre cadre de santé pour homogénéiser les pratiques.
Concevoir un programme intergénérationnel attractif et pérenne
La réussite d’un projet intergénérationnel repose sur une programmation équilibrée entre spontanéité et structure. Les meilleurs programmes alternent activités récurrentes et événements ponctuels tout en laissant place à l’improvisation relationnelle.
Types d’activités éprouvées sur le terrain
Ateliers créatifs et culturels :
– Jardinage partagé : création d’un potager commun école-EHPAD
– Arts plastiques : fresques murales, expositions communes
– Musique : chorales mixtes, découverte d’instruments
– Lecture croisée : écoliers lisant aux résidents et inversement
– Cuisine intergénérationnelle : préparation de recettes traditionnelles
Projets mémoriels et citoyens :
– Recueil de témoignages historiques pour projets scolaires
– Participation à des commémorations locales
– Création de capsules temporelles
– Échanges sur l’évolution des métiers et du territoire
Activités physiques adaptées :
– Parcours motricité partagée
– Jeux de société géants en extérieur
– Danses traditionnelles
– Yoga doux ou relaxation commune
Un EHPAD de Loire-Atlantique a mis en place un programme « Mémoire vive » avec le collège voisin : chaque trimestre, les résidents témoignent sur un thème historique (Seconde Guerre mondiale, évolution du village, métiers disparus) que les collégiens exploitent en cours d’histoire. Le projet génère 18 séances annuelles et a été financé par la Conférence des financeurs.
Construire un planning réaliste
La fréquence optimale se situe entre une et deux rencontres mensuelles pour maintenir l’engagement sans générer de lassitude. Privilégiez les créneaux suivants :
- Matin (9h30-11h00) : meilleur état de vigilance des résidents
- Après-midi (14h30-16h00) : timing adapté aux rythmes scolaires
- Mercredis et vendredis : jours souvent disponibles dans les emplois du temps éducatifs
Créez un planning annuel anticipé présenté en septembre aux établissements partenaires. Intégrez-y :
– Les périodes scolaires et vacances
– Les temps forts de l’EHPAD (fête, Semaine Bleue, Noël)
– Les contraintes de l’établissement scolaire (examens, sorties)
– Des plages de rattrapage en cas d’annulation
Question fréquente : Comment maintenir la motivation dans la durée ?
Variez les formats, célébrez les réussites par des expositions ou restitutions publiques, et impliquez les résidents dans la conception des activités. Créez un carnet de liaison intergénérationnel circulant entre l’école et l’EHPAD, où chacun peut déposer dessins, photos et messages.
Conseil opérationnel : Nommez un référent intergénérationnel côté EHPAD (animateur ou aide-soignant volontaire) et un homologue côté éducatif. Ces deux personnes assurent la coordination opérationnelle et ajustent le programme en continu selon les retours terrain.
Impliquer les professionnels et lever les résistances
Le succès de vos activités intergénérationnelles dépend largement de l’adhésion de vos équipes soignantes et d’hébergement. Or, ces projets génèrent parfois des réticences liées à la charge de travail perçue, aux contraintes organisationnelles ou aux appréhensions relationnelles.
Identifier et traiter les freins professionnels
Résistances fréquentes exprimées par les équipes :
- « On n’a déjà pas le temps de faire nos soins de base »
- « Les résidents fatigables ne pourront pas participer »
- « C’est du bruit et de l’agitation en plus »
- « Qui va gérer les problèmes si ça se passe mal ? »
- « Ce n’est pas dans nos missions de surveiller des enfants »
Ces objections légitimes nécessitent des réponses concrètes :
- Intégrer les activités dans le temps de travail : Les séances intergénérationnelles ne sont pas « en plus » mais remplacent un temps d’animation classique ou s’inscrivent dans les soins relationnels.
-
Valoriser les compétences mobilisées : Ces projets développent des savoir-faire transversaux (communication, créativité, travail en réseau) reconnus dans les certifications Qualiopi et HAS.
-
Prévoir un encadrement adapté : Minimum 1 professionnel EHPAD + 1 professionnel éducatif pour 10 participants. Les aides-soignants apportent le regard clinique sur l’état des résidents.
-
Former les équipes en amont : Organisez une demi-journée de sensibilisation sur les bénéfices thérapeutiques de l’intergénérationnel et les techniques d’animation adaptées.
Construire une démarche participative
Impliquez vos équipes dès la conception :
- Présentez le projet en réunion d’équipe avec un temps de questions-réponses
- Sollicitez des volontaires avant de désigner des référents
- Créez un groupe projet mixte (soignants, animateurs, psychologue, direction)
- Organisez un retour d’expérience après chaque séance
- Valorisez les initiatives dans les journaux d’équipe et auprès des familles
Question fréquente : Comment gérer les résidents qui refusent de participer ?
Respectez systématiquement le choix de chacun. Proposez des formats différenciés : participation active, observation depuis un fauteuil, présence en début de séance seulement. Certains résidents initialement réticents rejoignent le groupe après avoir observé le plaisir des autres.
Exemple inspirant : Un EHPAD des Hauts-de-France a mis en place un « tutorat intergénérationnel » où chaque résident volontaire devient le parrain d’un enfant. Cette personnalisation renforce l’engagement et facilite les échanges même pour les personnes les plus réservées. Les aides-soignants rapportent une amélioration significative des interactions sociales chez les résidents participants.
Conseil opérationnel : Créez une grille d’évaluation simplifiée que les professionnels remplissent après chaque séance : humeur des participants, temps d’engagement, incidents éventuels, points positifs. Ces données objectives nourrissent les réunions de synthèse et démontrent l’impact du projet auprès de vos instances.
Transformer les partenariats en levier de reconnaissance territoriale
Au-delà des bénéfices directs pour les résidents, vos projets intergénérationnels positionnent votre EHPAD comme acteur éducatif et social de référence. Cette dimension stratégique mérite d’être pleinement exploitée.
Communiquer et valoriser vos actions
Les projets intergénérationnels génèrent une image positive qui facilite le recrutement de professionnels et l’attractivité auprès des familles. Développez une stratégie de communication multi-canal :
En interne :
– Expositions photos dans les espaces communs
– Articles dans le journal de l’établissement
– Présentation lors des conseils de vie sociale
– Témoignages vidéo de résidents et familles
En externe :
– Communiqués de presse vers la presse locale
– Publications sur vos réseaux sociaux (avec autorisations images)
– Participation aux événements municipaux
– Candidature à des labels et appels à projets
Plusieurs financements spécifiques soutiennent ces démarches :
| Source de financement | Montant moyen | Critères d’éligibilité |
|---|---|---|
| Conférence des financeurs | 3 000 à 8 000 € | Prévention perte autonomie, caractère innovant |
| Fondation de France | 5 000 à 15 000 € | Projets culturels ou mémoriels |
| ARS (appels à projets) | Variable | Dimension santé publique |
| Fondations locales | 1 000 à 5 000 € | Ancrage territorial |
| Budget propre EHPAD | Selon projet | Intégré au plan d’animation |
Question fréquente : Comment mesurer concrètement l’impact de nos actions intergénérationnelles ?
Utilisez des indicateurs mixtes : quantitatifs (nombre de participants, fréquence, taux d’absentéisme) et qualitatifs (questionnaires de satisfaction, échelles d’humeur, témoignages). Le psychologue de l’établissement peut construire un protocole d’évaluation simple associant échelles validées (GDS pour la dépression, questionnaire de solitude UCLA) et observations cliniques.
S’inscrire dans les réseaux professionnels
Rejoignez ou créez un réseau territorial intergénérationnel réunissant EHPAD, écoles, centres sociaux et collectivités. Ces réseaux facilitent :
- Le partage de bonnes pratiques et d’outils
- La mutualisation des formations
- L’organisation d’événements fédérateurs
- Le lobbying auprès des financeurs
Participez aux journées thématiques organisées par vos fédérations (FHF, Fehap, Synerpa) qui incluent de plus en plus de contenus sur l’intergénérationnel. Ces événements constituent aussi des occasions de benchmark.
Conseil opérationnel : Documentez systématiquement vos projets dans une boîte à outils intergénérationnelle : fiches d’activités détaillées, budgets, conventions, outils d’évaluation, photos. Ce capital partageable avec d’autres établissements valorise votre expertise et peut générer des demandes d’accompagnement rémunérées.
Bâtir des ponts durables entre les générations
Les activités intergénérationnelles représentent bien plus qu’une animation parmi d’autres : elles incarnent une philosophie du soin qui replace la personne âgée dans le tissu social et lui redonne un rôle actif. Pour vous, professionnels d’EHPAD, ces projets constituent un levier puissant d’amélioration de la qualité de vie tout en répondant aux attentes sociétales et réglementaires.
La clé du succès réside dans la structuration progressive : commencez par un projet pilote avec une classe volontaire, formalisez juridiquement la collaboration, évaluez rigoureusement les résultats, puis déployez progressivement. Ne cherchez pas la perfection immédiate mais construisez une dynamique d’amélioration continue.
Vos résidents détiennent une richesse de savoirs, d’expériences et d’humanité que les jeunes générations gagneront à découvrir. Inversement, l’énergie, la curiosité et la spontanéité des enfants offrent aux aînés un formidable stimulant cognitif et affectif. En orchestrant ces rencontres, vous créez des espaces de réciprocité où chacun donne et reçoit.
Les enjeux démographiques des prochaines années renforceront l’importance de ces initiatives : avec 2,5 millions de personnes en perte d’autonomie attendues en 2030, l’isolement générationnel ne peut plus être considéré comme une fatalité. Votre EHPAD, en devenant un lieu d’échanges intergénérationnels, contribue activement à cette transformation sociale.
Votre prochain pas : Identifiez dans les 15 jours une école ou un centre de loisirs proche de votre établissement, contactez la direction pour proposer un café de rencontre exploratoire, et présentez-lui les éléments de cet article. Beaucoup de directeurs d’établissements scolaires cherchent justement des partenaires pour enrichir leurs projets éducatifs. L’opportunité est là : saisissez-la.
FAQ : Vos questions pratiques sur l’intergénérationnel
Comment gérer les aspects assurantiels lors des déplacements d’enfants vers l’EHPAD ?
Les enfants restent couverts par l’assurance de leur établissement scolaire pendant les activités pédagogiques organisées hors les murs. Assurez-vous que votre convention de partenariat mentionne explicitement cette couverture et demandez une attestation actualisée chaque année. Côté EHPAD, votre responsabilité civile professionnelle couvre les locaux et l’accueil de publics extérieurs : vérifiez ce point avec votre courtier.
Quels résidents peuvent participer aux activités intergénérationnelles malgré des troubles cognitifs avancés ?
Les personnes présentant des troubles neurocognitifs sévères peuvent bénéficier de ces activités si elles sont adaptées : privilégiez les stimulations sensorielles (musique, toucher de textures), les activités non verbales (arts plastiques), et les moments courts (20-30 minutes). L’essentiel réside dans le plaisir immédiat, pas dans la mémoire de l’événement.
Comment financer le temps de coordination et d’animation de ces projets ?
Intégrez ce temps dans les missions de votre animateur coordinateur (35 % minimum de son temps selon les recommandations ANESM). Pour les projets d’envergure, les subventions de la Conférence des financeurs incluent souvent une part de frais de personnel. Enfin, certains services civiques peuvent être dédiés à l’accompagnement de projets intergénérationnels avec un coût limité pour l’établissement.

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