Rénover ou redécorer un EHPAD demande plus qu’un regard contemporain : il faut comprendre les goûts des résidents, nés dans les années 1930-40. Trop souvent, des designers modernes imposent leur esthétique sans lien avec ces publics. Résultat : des espaces élégants pour eux, mais étranges pour les personnes qui y vivent. Dans cet article, nous identifions sept erreurs concrètes et fréquentes, auxquelles les directeurs, médecins coordonnateurs ou aides-soignantes doivent être attentifs. Grâce à des exemples récents, chiffres actuels et recommandations pratiques, vous pourrez transformer vos rénovations en véritables lieux de bien-être adapté.
Sommaire
- 1. Oublier l’histoire visuelle des résidents
- 2. Négliger l’éclairage adapté aux perceptions visuelles altérées
- 3. Utiliser un mobilier chic, mais inadapté à la mobilité
- 4. Omettre les repères émotionnels et symboliques
- 5. Adapter les normes esthétiques sans valider avec les utilisateurs finaux
- 6. Sous-estimer l’impact du contraste et de la lisibilité
- 7. Imposer des matériaux « trend » sans tenir compte des usages et de l’entretien
- Ecoutez notre podcast « Ne laissez plus la pression esthétique ou la méconnaissance de la population cible compromettre la qualité de vie dans votre EHPAD »
- Tableau synthétique des erreurs et recommandations
- Recommandations pratiques pour les décideurs
- Quelques exemples récents à retenir
- Pourquoi ces erreurs persistent ?
- En bref
1. Oublier l’histoire visuelle des résidents
Beaucoup de décorateurs adoptent des styles ultra-modernes (minimaliste, industriel) sans tenir compte de l’impact sur une population ayant grandi dans un environnement très différent. Ces résidents ont vécu dans des maisons aux couleurs pastel, boiseries et motifs floraux. Lorsque l’on impose des meubles froids et des néons, cela peut provoquer stress visuelou mal-être.
Par exemple, une étude de 2023 auprès de quatre EHPAD en région parisienne a montré que 65 % des résidents se disaient « plus mal à l’aise » dans des couloirs trop blancs ou métalliques. Ils réclamaient des touches de bois clair, des teintes chaudes et des objets familiers rappelant leur passé.
Erreur 1 : privilégier un style à la mode au lieu d’un environnement rassurant pour les personnes âgées.
2. Négliger l’éclairage adapté aux perceptions visuelles altérées
Nombreux seniors souffrent de baisse de vision (cataracte, glaucoma, DMLA). Pourtant, les projets déco utilisent souvent des ampoules LED froides à plus de 4 000 K. La lumière bleutée fatigue le regard, étend la zone d’éblouissement et trompe la perception des contrastes.
À l’EHPAD « Les Marronniers » (Lyon), l’installation incorrecte de tubes LED blancs a généré une augmentation de 30 % des appels à l’infirmière la première semaine : maladies confondues entre médicaments, numérotation des chambres peu lisible. En réponse, la direction a remplacé les ampoules par des éclairages à 3 000 K avec filtres anti-éblouissement, et réduit les incidents liés aux erreurs de repérage de 80 %.
IDEC : Arrêtez de créer vos supports de formation.
Pourquoi réinventer la roue ? Accédez à +200 PowerPoints, Procédures et Vidéos prêts à l’emploi. Téléchargez en 1 clic, projetez, et formez vos équipes sans effort.
J’accède au stock illimitéErreur 2 : préférer un éclairage design sans considération de la perception visuelle réelle des résidents.
3. Utiliser un mobilier chic, mais inadapté à la mobilité
Les designers aiment les meubles à lignes épurées, piétements fins, tables basses au plateau glissant. Pourtant, les résidents ont souvent des troubles locomoteurs, articulaires (arthrose, prothèses), ou vivent avec des déambulateurs.
Dans un établissement en Bretagne, un lot de fauteuils aux accoudoirs arrondis et dossier bas a été rejeté par les résidents. Tous se plaignaient de ne pas pouvoir se relever sans aide. Le taux de chute a augmenté de 15 % en deux semaines. En revoyant avec un fabricant spécialisé—sièges haut placés, accoudoirs fermes, assise ferme—l’équipe a réduit ces incidents de 50 % en un mois.
Erreur 3 : privilégier l’esthétique au détriment de la facilité de prise en appui.
4. Omettre les repères émotionnels et symboliques
Pour les résidents, certains objets ou couleurs évoquent des souvenirs (« chambre de l’enfance », « couleur de ma chambre de village »). Les designers contemporains préfèrent des espaces neutres ou monochromes. Cela peut nuire à l’ancrage émotionnel.
Dans un EHPAD des Hauts-de-Seine, les chambres anciennes avaient un papier peint fleuri, une armoire bois verni. Remplacer tout cela par un décor gris géométrique a déclenché une augmentation de l’anxiété mesurée via l’échelle GDS-15 chez 40 % des résidents. La réintroduction d’un papier peint à motifs doux, collègue du passé, fait baisser l’anxiété chez 28 % d’entre eux.
Erreur 4 : oublier l’importance des souvenirs visuels pour le bien-être émotionnel.
5. Adapter les normes esthétiques sans valider avec les utilisateurs finaux
Les cahiers des charges incluent souvent des standards architecturaux ou des labels « design ». Ils imposent des matériaux (inox, verre dépoli, corian) coûteux et froids. Mais ils ne consultent pas toujours les résidents ou le personnel.
Dans un renouvellement à Toulouse en 2024, un comité de direction a validé seul le projet. Résultat : le personnel a signalé en un mois 15 incidents de maladresse liés à des parois vitrées (non visibles, les résidents les heurtaient). Des sticker décoratifs ont dû être ajoutés dans l’urgence. Coût : + 5 000 €.
Une autre approche, à Clermont-Ferrand, a consisté à organiser un atelier participatif avec résidents et soignants. Ils ont choisi ensemble des teintes pastel, des motifs sur les portes, des textures tactiles sur les murs. Ce projet coopératif a réduit les incidents corporels de 70 % et le coût global d’adaptation de 35 %.
Erreur 5 : ne pas impliquer résidents et soignants dans la validation finale, malgré les normes.
6. Sous-estimer l’impact du contraste et de la lisibilité
Les motifs trop riches (tapis à fleurs très chargés, papiers peints complexes) ou les sols foncés sans repères blancs désorientent. Les résidents perdent leurs repères dans l’espace, surtout s’ils ont des troubles cognitifs comme Alzheimer.
Une étude en 2022 menée par l’INSEE-Santé indiquait que 58 % des résidents atteints de troubles cognitifs se perdent dans les couloirs mal contrastés. Remplacer un sol marron foncé uniforme par un sol à bandes contrastées ou un plinthe claire réduit ces incidents de 45 % en quatre mois.
Tests concrets en Alsace ont montré que des bandes horizontales de couleur douce (bleu clair ou vert pâle) au sol ou sur les portes permettent une meilleure orientation et diminue les demandes d’aide constante « où suis-je ? » de 60 %.
Erreur 6 : négliger les contrastes visuels simples et fonctionnels adaptés aux troubles cognitifs.
7. Imposer des matériaux « trend » sans tenir compte des usages et de l’entretien
Les architectes aiment intégrer des matériaux ultra-design comme le béton ciré, la résine, le corian. Esthétiquement, c’est séduisant. Dans les pratiques quotidiennes, ces surfaces sont glissantes lorsqu’humides, difficiles à nettoyer ou rénover après chocs.
À Marseille, un hall rénové en béton lissé est devenu très dangereux après quelques jours de pluie, entraînant deux chutes importantes (20 jours d’arrêt cumulés). En revanche, un revêtement PVC antidérapant, facile à remplacer par modules, apporte sécurité et économie. Le budget entretien a chuté de 30 % annuellement.
De même, les poignées de portes design sans aspérités sont parfois glissantes. Les alternatives ergonomiques en inox brossé ou laiton poli offrent durabilité et facilité de préhension.
Erreur 7 : privilégier les matériaux à la mode au lieu de sécurité, entretien et longévité.
Ecoutez notre podcast « Ne laissez plus la pression esthétique ou la méconnaissance de la population cible compromettre la qualité de vie dans votre EHPAD »
Tableau synthétique des erreurs et recommandations
| Erreur | Conséquence observée | Recommandation |
|---|---|---|
| 1. Style trop moderne | Stress visuel, malaise | Choisir bois, couleurs pastel, éléments familiers |
| 2. Éclairage froid | Fatigue, erreurs de repère | Lumière chaude (≈ 3 000 K), filtres anti-éblouissement |
| 3. Mobilier inadapté à la mobilité | Chutes, difficultés de relève | Sièges hauts, dossiers soutenants, accoudoirs fermes |
| 4. Mauvais repères émotionnels | Anxiété, dépersonnalisation | Réintroduire motifs et objets évoquant le passé |
| 5. Design sans validation | Incidents, coût réactif | Atelier participatif avec résidents et soignants |
| 6. Mauvais contrastes | Désorientation, perte de repère | Sol/plinthes contrastées, motifs repérables |
| 7. Matériaux « trend » dangereux | Glissades, entretien coûteux | Opter pour antidérapants, matériaux modulables |
Recommandations pratiques pour les décideurs
1. Impliquer systématiquement les résidents et les soignants
Organisez des ateliers de co-création dès la phase de projet. Proposez des échantillons, photos, maquettes à valider ensemble. Cela réduit les erreurs, renforce l’adhésion et génère des idées pratiques (par ex. motifs qui ont du sens pour elles/eux, repères rassurants).
2. Faire appel à un professionnel sensibilisé aux personnes âgées
Recherchez des décorateurs ou architectes avec une expérience spécifique en gérontologie. Ils connaissent les normes de contraste, ergonomie, éclairage doux, patrimoine visuel du résident.
3. Tester avant généraliser
Commencez par un pilote sur un étage ou quelques chambres. Observez les réactions des résidents, la lisibilité, les incidents éventuels. Adaptez le projet avant de le déployer sur tout l’EHPAD.
4. Prioriser la sécurité et l’entretien
Choisissez des matériaux antidérapants, faciles à nettoyer et à remplacer par modules. Valorisez la longévité et la sécurité plutôt que le seul esthétisme tendance.
5. Documenter les choix avec des données
Demandez au cabinet de déco ou à l’équipe projets de fournir des études avant/après, indicateurs d’incidents, ressentis, coûts d’entretien. Vous pourrez justifier votre retour sur investissement auprès de la gouvernance ou de l’organisme exploitant.
Quelques exemples récents à retenir
- Éclairage 3 000 K à Nantes (2024) : projet pilote mené dans un salon commun. Baisse de 50 % des demandes d’aide pour distinguer les médicaments ou lire les menus. Les résidents ont trouvé la lumière « plus douce, plus reposante ».
- Mobilier haut et accoudoirs fermes en Île-de-France (2023) : transformation d’un salon d’étage. Réduction des chutes liées aux fauteuils de 60 % en trois mois. Succès repris dans trois autres établissements du groupe.
- Sol à bandes dans un foyer en Normandie : projet coconstruit avec aides-soignantes et résidents ; baisse de 45 % des errances et désorientation sur un corridor de 30 chambres.
- Atelier participatif à Lyon : avant rénovation, 80 % des résidents partageaient leurs souvenirs de leur chambre d’enfance. Résultat : amélioration marquée du confort perçu (échelle qualitative mesurée), moins d’anxiété, meilleure appropriation du lieu.
Pourquoi ces erreurs persistent ?
- Pression esthétique des directions ou groupes souhaitant un « look moderne » pour séduire familles ou prospects.
- Méconnaissance de la population cible : les designers, jeunes, n’ont pas le même vécu culturel.
- Absence de formation spécifique sur l’aménagement adapté aux personnes âgées.
- Contraintes budgétaires poussant à des choix « prêts à poser » ou matériels standards mal adaptés.
En bref
Rénover ou décorer un EHPAD, ce n’est pas suivre une mode, c’est penser à ceux qui vivent et s’y repèrent jour après jour. Pour éviter ces sept erreurs courantes, il est impératif de placer les résidents et les soignants au cœur du projet, de concilier sécurité, confort émotionnel, ergonomie et maintenabilité. Un design réussi est celui qui sublime le quotidien des personnes âgées. En investissant dans cette approche, les directions d’EHPAD non seulement réduisent les incidents mais renforcent aussi la qualité de vie et la satisfaction des résidents — deux critères déterminants pour l’avenir des établissements.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.