Figure AI vient d’annoncer son robot humanoid de troisième génération. Au-delà du progrès technologique, cette annonce interroge directement les établissements confrontés à une pénurie de personnel sans précédent. Que peuvent attendre concrètement les EHPAD de ces avancées ?
Sommaire
- Un secteur au bord du gouffre qui cherche des solutions
- Ecoutez notre podcast : Figure AI : la robotique peut-elle vraiment sauver les EHPAD ?
- Les spécificités techniques du Figure 03
- Ce que les EHPAD peuvent raisonnablement attendre
- Les contraintes économiques et organisationnelles
- Les leçons des expérimentations françaises
- Scénarios d’adoption réalistes
- Les limites structurelles à ne pas ignorer
- Recommandations pour les professionnels
- Conclusion : un outil parmi d’autres, pas une solution miracle
Un secteur au bord du gouffre qui cherche des solutions
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon l’enquête FHF de mai 2025, sept EHPAD publics sur dix présentent un résultat déficitaire. Le déficit moyen atteint 3 104 euros par place. Plus inquiétant encore, ces résultats intègrent déjà les aides exceptionnelles reçues en 2024, notamment les crédits du fonds d’urgence représentant environ 95 millions d’euros. Sans ces perfusions financières, la proportion d’établissements en difficulté aurait été bien plus importante.
La pénurie de personnel constitue le talon d’Achille du système. Plus de 60 000 postes restent vacants selon la FNADEPA. L’été dernier, certaines structures fonctionnaient avec 30 % d’effectifs en moins. Les dépenses d’intérim ont atteint 740 095 euros pour seulement six EHPAD en 2023, servant principalement à pourvoir des postes d’aide-soignant, d’agent de service ou d’infirmier. En février 2024, 71 postes étaient vacants dans ces établissements, dont 50 occupés par des personnels en CDD.
Le taux d’encadrement moyen stagne à 0,63 équivalent temps plein pour 100 places, un ratio significativement inférieur à l’Allemagne qui dépasse 1. Pour atteindre les besoins projetés, la DREES estime qu’il faudrait doubler les effectifs d’ici 2050. Une perspective utopique au regard des difficultés actuelles de recrutement.
Dans ce contexte, toute innovation capable d’alléger la charge de travail mérite un examen attentif. L’annonce du Figure 03 survient à un moment où les directeurs cherchent désespérément des leviers d’action.
Ecoutez notre podcast : Figure AI : la robotique peut-elle vraiment sauver les EHPAD ?
Les spécificités techniques du Figure 03
Le robot mesure environ 1,70 mètre et se déplace sur deux jambes. Figure AI a repensé l’ensemble du système avec un objectif double : l’adapter à l’intelligence artificielle embarquée et le préparer à une production de masse. Cette approche diffère fondamentalement des robots sociaux actuellement testés dans quelques EHPAD français.
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J’accède au stock illimitéUn système sensoriel repensé
La vision constitue le point fort du Figure 03. Le système intègre des caméras offrant deux fois le taux de rafraîchissement de la génération précédente, un quart de la latence, et un champ de vision élargi de 60 % par caméra. Chaque main embarque désormais une caméra palmaire grand angle à faible latence. Ces capteurs permettent au robot de maintenir une conscience visuelle même lorsque ses caméras principales sont obstruées, par exemple lors de manipulations dans un placard fermé ou un espace confiné.
Pour un établissement, cela signifie qu’un robot pourrait théoriquement ranger du linge dans une armoire, préparer un chariot de distribution ou chercher du matériel dans un local technique sans supervision constante. La profondeur de champ étendue offre une perception plus dense et stable des environnements encombrés, caractéristique commune des EHPAD où l’espace est souvent contraint.
Des mains conçues pour la manipulation délicate
Les concepteurs ont travaillé sur des embouts plus doux et adaptatifs. La surface de contact augmente, permettant des prises plus stables sur des objets de formes et tailles variées. Chaque capteur tactile détecte des forces aussi faibles que trois grammes, l’équivalent du poids d’un trombone posé sur un doigt.
Cette sensibilité permet au robot de distinguer une prise sécurisée d’un début de glissement avant même que l’objet ne tombe. Dans un EHPAD, cela pourrait s’appliquer à la manipulation de gobelets, de flacons de médicaments, de documents médicaux ou de petits objets personnels des résidents. Les actuateurs affichent des performances doublées par rapport aux modèles précédents avec une meilleure densité de couple.
Une autonomie pensée pour un usage continu
Le robot recharge par induction sans fil. Des bobines placées dans les pieds lui permettent de simplement se positionner sur une station pour recevoir 2 kilowatts. Aucun branchement manuel n’est nécessaire. Dans un établissement, le robot pourrait ainsi se recharger automatiquement pendant les temps morts, par exemple la nuit ou pendant les pauses entre les services.
La capacité de transfert de données atteint 10 gigabits par seconde en mmWave, permettant l’envoi de téraoctets d’informations pour l’apprentissage continu. La batterie intègre plusieurs couches de protection et répond à la norme UN38.3. L’appareil pèse 9 % de moins que son prédécesseur avec un volume significativement réduit, facilitant la circulation dans des couloirs parfois étroits.
Sécurité et intégration dans l’environnement
Figure AI a placé des mousses multi-densité stratégiquement pour protéger contre les points de pincement. Les surfaces dures ont laissé place à des textiles souples, entièrement lavables et remplaçables sans outils. Un critère essentiel dans un contexte médico-social où l’hygiène reste primordiale.
Le système audio a été amélioré avec un haut-parleur deux fois plus grand et près de quatre fois plus puissant. Le microphone a été repositionné pour optimiser la clarté des échanges vocaux. Ces améliorations visent à faciliter les interactions naturelles, un point sensible pour des résidents dont certains présentent des troubles auditifs.
Ce que les EHPAD peuvent raisonnablement attendre
Les applications concrètes méritent d’être examinées sans fantasme ni scepticisme excessif. L’expérience des robots sociaux déjà testés en France offre un point de référence utile.
Assistance logistique et manutention
Les établissements consacrent un temps considérable aux tâches de transport. Distribution de linge propre, acheminement des chariots de repas, récupération des plateaux, livraison de matériel médical d’un étage à l’autre. Ces missions répétitives mobilisent du personnel soignant qui pourrait consacrer ce temps à l’accompagnement direct.
Un robot capable de transporter des charges jusqu’à plusieurs dizaines de kilos en naviguant de manière autonome libérerait mécaniquement des heures de travail. Les capteurs anti-collision et la navigation intelligente permettent d’évoluer dans des espaces occupés sans danger pour les résidents. L’EHPAD « Les Jardins de Provence » qui a implanté des robots de service a observé une amélioration de 30 % de la satisfaction des résidents selon un sondage interne de juin 2024.
Surveillance et détection des situations à risque
Les chutes constituent un problème majeur en EHPAD. Plusieurs établissements testent déjà des sols connectés pour détecter les impacts. Un robot circulant de manière autonome pourrait compléter ces dispositifs en effectuant des rondes programmées, particulièrement la nuit où les effectifs sont les plus faibles. Rappel important : seulement 17,8 % des EHPAD disposent d’infirmiers de nuit selon les données Synerpa 2024.
Le robot pourrait repérer un résident en difficulté, alerter l’équipe et maintenir un contact visuel le temps de l’intervention. Les caméras offrent également la possibilité de réaliser des visioconférences, permettant par exemple à un médecin de garde d’évaluer une situation à distance avant de se déplacer.
Aide à la distribution et aux soins de base
La préhension délicate ouvre des perspectives pour certains gestes simples. Distribution de gobelets d’eau pendant les fortes chaleurs, rappel de prise de médicaments avec remise du pilulier, apport d’objets personnels laissés dans les espaces communs. Ces micro-services, additionnés sur une journée, représentent un volume de travail non négligeable.
Un robot pourrait également assister lors des levers ou des couchers, en servant de point d’appui stable ou en soutenant une partie du poids. La modulation de force des actuateurs et la détection tactile fine permettent théoriquement d’adapter l’assistance au profil de chaque résident. Cependant, ces applications nécessiteront des protocoles stricts et une phase de test approfondie avant déploiement.
Stimulation cognitive et compagnie
Les robots sociaux existants comme Paro ou Nao ont montré des résultats encourageants. L’EHPAD Maison Ferrari à Clamart expérimente depuis 2018 deux robots avec ses résidents. Patricia, psychologue au sein de l’établissement, rapporte que certains résidents ayant du mal à verbaliser parlent aux robots en extériorisant leurs émotions. D’autres, nerveux et agressifs, se calment en présence du robot.
Une étude de 2023 menée auprès de 850 établissements révèle que 58 % des EHPAD ont dû suspendre ou réduire leurs activités collectives faute de personnel suffisant. Un robot capable d’animer des séances de gymnastique douce, de proposer des jeux de mémoire ou simplement de tenir compagnie pendant les moments d’attente pourrait partiellement compenser ces manques.
Les contraintes économiques et organisationnelles
Les aspects financiers restent déterminants. Les robots actuels coûtent entre 16 900 euros pour un Nao et 20 000 euros pour un Pepper, avec des formules de location autour de 350 euros par mois sur trois ans. Figure AI n’a pas communiqué de tarif pour le Figure 03, mais l’entreprise insiste sur les économies d’échelle permises par son nouveau processus de fabrication.
La transition du fraisage CNC vers des procédés industriels comme le moulage par injection, l’estampage et la coulée sous pression représente un investissement initial en outillage, mais réduit drastiquement le coût unitaire à mesure que les volumes augmentent. L’installation BotQ, première ligne de production dédiée, vise une capacité de 12 000 unités par an avec un objectif total de 100 000 robots sur quatre ans.
Même avec une baisse significative des prix, l’investissement initial restera conséquent pour des établissements dont les deux tiers affichent déjà un déficit. Le triplement du fonds d’urgence à 300 millions d’euros pour 2025 offre une marge de manœuvre, mais ces sommes sont d’abord destinées à assurer la survie des structures les plus fragiles.
Formation et accompagnement du personnel
L’introduction d’un robot nécessite un accompagnement humain. Le personnel doit apprendre à interagir avec la machine, comprendre ses limites, identifier les situations appropriées pour son utilisation. Cette phase de formation mobilise du temps et des ressources dans des équipes déjà sous tension.
L’expérience du robot Pepper dans certains établissements a montré des difficultés d’adoption. Les solutions génériques n’ont pas été produites pour un usage spécifique en EHPAD, rendant l’adaptation complexe. Les problèmes techniques comme une connectivité limitée ou la difficulté d’évoluer dans un environnement changeant ont freiné le déploiement.
Le projet MediPep, version spécialisée de Pepper pour les EHPAD lancée en 2019 par la société Spin’R, n’a pas trouvé son public malgré un développement prometteur. Silvère Jauny, l’entrepreneur à l’origine du projet, expliquait vouloir apporter des réponses technologiques aux problématiques du médico-social. Pourtant, le secteur reste réticent face aux innovations numériques.
Questions réglementaires et éthiques
Aucun cadre juridique spécifique n’encadre actuellement l’utilisation de robots humanoïdes en EHPAD. Le rapport du Sénat de novembre 2019 sur l’impact des robots dans les métiers de service alertait déjà sur la nécessité de contrôler et encadrer cette technologie pour éviter une déshumanisation complète des établissements.
Le Comité consultatif national d’éthique invite les EHPAD à se saisir de la robotique tout en maintenant la relation humaine au centre du soin. La question de la responsabilité en cas d’incident reste floue. Si un robot cause une blessure ou ne détecte pas une situation d’urgence, qui porte la responsabilité ? L’établissement, le fabricant, l’opérateur supervisant à distance ?
La protection des données personnelles constitue un autre sujet sensible. Les caméras et capteurs collectent en permanence des informations sur les résidents et leur environnement. Le RGPD impose des règles strictes sur le stockage, le traitement et l’accès à ces données. Les 10 gigabits par seconde de transfert de données du Figure 03 posent la question de ce qui est envoyé, où et avec quelles garanties.
Les leçons des expérimentations françaises
La France compte déjà plusieurs dizaines d’établissements testant des robots sociaux. Le projet ROSIE, initié en 2017 par Gérond’if, le Gérontopôle d’Île-de-France, visait à dresser un état des lieux national des expérimentations pour analyser leur impact sur les dimensions clinique, organisationnelle, économique, sociale et éthique.
Les robots Paro et Nao ont montré des bénéfices mesurables : prévention du déclin cognitif, amélioration de la socialisation, apaisement des angoisses et de la douleur. Cependant, l’adoption reste limitée. En 2021, seulement trois autres EHPAD en France avaient acheté des robots Kompaï après les phases pilotes. Le robot Pepper a été progressivement retiré de nombreux postes, y compris dans les entreprises qui l’avaient adopté avec enthousiasme.
Ces échecs relatifs s’expliquent par plusieurs facteurs. Le manque de personnalisation pour les besoins spécifiques des EHPAD rend l’utilisation laborieuse. Les promesses commerciales dépassent souvent les capacités réelles. Les établissements manquent de ressources pour maintenir et faire évoluer ces outils complexes.
Miroki, développé par la startup française Enchanted Tools, représente une approche différente. Conçu spécifiquement pour les patients de services hospitaliers et les seniors en EHPAD, il présente un design expressif inspiré des films d’animation. 500 unités seront fabriquées en 2025 pour une utilisation dans les hôpitaux et EHPAD. Contrairement à Pepper ou Nao, Miroki peut manipuler des objets avec ses bras, tirer un chariot ou transporter de petites charges.
Scénarios d’adoption réalistes
Horizon 2026-2027 : tests pilotes limités
Les premiers établissements pionniers pourraient acquérir des unités dans les deux prochaines années. Ces sites pilotes serviraient de laboratoires pour identifier les cas d’usage pertinents et adapter les protocoles. L’accent serait mis sur des tâches simples : transport de matériel, rondes de surveillance, assistance logistique limitée.
Les EHPAD participants devraient disposer de moyens financiers suffisants, d’une direction ouverte à l’innovation et d’équipes volontaires. L’accompagnement par le fabricant serait intensif. Les résultats de ces expérimentations détermineraient largement l’intérêt d’un déploiement plus large.
Horizon 2028-2030 : diffusion progressive
Si les tests pilotes confirment l’intérêt opérationnel et économique, une adoption plus large pourrait débuter. Le prix unitaire baisserait grâce à l’augmentation des volumes de production. Des subventions publiques pourraient faciliter l’équipement des établissements publics et associatifs.
À ce stade, les robots ne remplaceraient aucun poste mais permettraient d’optimiser le temps des équipes existantes. Un établissement de 80 places pourrait envisager l’acquisition d’une ou deux unités pour les tâches de logistique et de surveillance. L’intégration dans les pratiques quotidiennes nécessiterait encore un accompagnement fort.
Au-delà de 2030 : intégration dans le modèle économique
Avec plusieurs années de recul et une technologie mature, les robots pourraient devenir un élément standard de l’équipement des EHPAD neufs ou rénovés. Les promoteurs immobiliers intégreraient dans leurs plans des stations de charge et des espaces de circulation adaptés.
La formation initiale des soignants inclurait un module sur l’interaction avec les assistants robotiques. Les robots de génération suivante offriraient des capacités accrues, notamment pour l’assistance aux gestes de nursing les plus physiques. Cependant, même dans ce scénario optimiste, le robot resterait un outil complémentaire et non un substitut au personnel soignant.
Les limites structurelles à ne pas ignorer
La technologie ne remplace pas l’humain
Aucun robot ne pourra apporter l’empathie, le jugement clinique ou la capacité d’adaptation d’un soignant expérimenté. La relation humaine reste au cœur du soin en EHPAD. Un résident anxieux a besoin d’une main qui se pose, d’un regard rassurant, d’une présence attentive. Ces dimensions échappent fondamentalement à la machine.
Les Petits Frères des Pauvres, interrogeant leur communauté sur l’arrivée des robots en EHPAD, ont relevé une méfiance marquée. Beaucoup y voient une aide potentielle face au manque de personnel, mais craignent qu’on utilise cette présence robotique pour justifier une réduction supplémentaire des effectifs humains. Wendy H. résume bien cette tension : « De base je suis contre mais tellement de personnes âgées sont à court de mains pour les aider alors s’il faut en venir par-là, les robots pourront au moins les satisfaire. Mais on ne doit pas non plus négliger le fait qu’elles aient des robots pour dire ‘c’est bon, elles n’ont plus besoin d’aide’ ».
Acceptabilité et dignité
L’introduction de robots soulève des questions fondamentales sur la dignité du grand âge. Accepte-t-on qu’une personne soit aidée à se lever par une machine ? Que les repas soient servis par un automate ? Ces interrogations dépassent le cadre technique pour toucher au sens même de l’accompagnement.
Les familles auront leur mot à dire. Un fils ou une fille qui place un parent en établissement s’attend à ce qu’il reçoive des soins humains. La présence de robots pourrait être perçue comme un aveu d’échec du système, une solution de facilité qui dégrade la qualité de la prise en charge.
Risques de fracture entre établissements
Si les robots se déploient d’abord dans les structures les plus aisées ou dans certaines régions bénéficiant de financements spécifiques, une nouvelle inégalité pourrait apparaître. Les EHPAD déjà en difficulté financière ne pourraient pas investir, creusant l’écart avec les établissements mieux dotés.
Les tarifs moyens atteignent déjà 2 418 euros par mois en 2024, avec des écarts importants selon les départements et le statut juridique. L’ajout d’équipements robotiques coûteux pourrait encore augmenter ces tarifs, rendant certains établissements inaccessibles aux familles aux revenus modestes.
Recommandations pour les professionnels
Adopter une approche pragmatique
Les directeurs d’EHPAD doivent suivre les développements technologiques sans céder à l’enthousiasme excessif. Le Figure 03 représente une avancée technique notable, mais son utilité pratique dans un établissement reste à démontrer. Avant tout investissement, il convient d’attendre les retours des sites pilotes et d’évaluer précisément les besoins spécifiques de son établissement.
Impliquer les équipes en amont
Toute décision d’expérimenter une solution robotique doit associer les soignants dès le départ. Ils connaissent mieux que quiconque les tâches chronophages, les situations à risque et les besoins des résidents. Leur adhésion conditionne la réussite du projet. Une technologie imposée sans consultation préalable a peu de chances d’être adoptée.
Sécuriser les aspects juridiques et assurantiels
Avant d’introduire un robot dans un établissement, il faut clarifier les questions de responsabilité avec les assureurs et les autorités de tutelle. Un cadre contractuel précis doit définir les obligations du fabricant en matière de maintenance, de mise à jour et de support. Les aspects liés à la protection des données doivent être documentés et conformes au RGPD.
Communiquer clairement avec les résidents et les familles
La transparence reste la meilleure approche. Expliquer les raisons qui motivent l’expérimentation, les objectifs poursuivis, les garanties apportées. Recueillir l’avis des résidents et de leurs proches. Accepter que certains refusent d’interagir avec le robot et respecter ce choix.
Participer aux réseaux d’échange
Des initiatives comme le projet ROSIE ou les groupes de travail portés par Gérontopôle permettent de mutualiser les expériences. Rejoindre ces réseaux offre accès à des retours d’expérience, des recommandations pratiques et un accompagnement méthodologique. L’Espace éthique Île-de-France organise régulièrement des réflexions sur ces sujets.
Conclusion : un outil parmi d’autres, pas une solution miracle
Le Figure 03 incarne les progrès de la robotique humanoïde. Ses capacités techniques dépassent largement celles des générations précédentes. Son système sensoriel, sa préhension délicate, son autonomie énergétique et sa conception industrialisée en font un candidat crédible pour des applications en environnement médico-social.
Cependant, les EHPAD ne sortiront pas de la crise grâce à la robotique. Les défis structurels du secteur – manque d’attractivité des métiers, rémunérations insuffisantes, charge de travail excessive, modèle économique fragilisé – nécessitent des réponses politiques et financières d’ampleur. Un robot peut alléger certaines tâches, mais il ne soignera pas un résident, ne l’écoutera pas raconter sa vie, ne détectera pas une dépression débutante.
Les expérimentations menées jusqu’à présent montrent des résultats contrastés. Les bénéfices existent, particulièrement pour la stimulation cognitive et l’apaisement de certains résidents. Mais l’adoption reste limitée face aux contraintes techniques, financières et organisationnelles. Le succès commercial mitigé de Pepper, pourtant largement médiatisé à ses débuts, invite à la prudence.
Dans les cinq prochaines années, quelques établissements pionniers testeront probablement le Figure 03 ou des robots similaires. Ces expérimentations fourniront des données précieuses sur l’intérêt réel de ces outils dans le quotidien d’un EHPAD. En attendant, les professionnels doivent rester informés, participer aux débats éthiques et réglementaires, mais surtout continuer à privilégier ce qui fait la qualité du soin : la présence humaine, la compétence des équipes et l’attention portée à chaque résident.
La technologie ne sauvera pas seule le secteur médico-social. Elle peut, bien utilisée et bien encadrée, contribuer à améliorer les conditions de travail des soignants et la qualité de vie des résidents. Mais uniquement comme outil complémentaire, jamais comme substitut à l’investissement humain et financier dont les EHPAD ont cruellement besoin.

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