Dans de nombreux EHPAD, les équipes soignantes et le personnel d’hébergement travaillent en parallèle, sans toujours se croiser ni échanger. Résultat ? Des informations qui se perdent, des tensions qui s’accumulent, et surtout, une qualité d’accompagnement qui s’en ressent. Pourtant, ces deux pôles sont indissociables : sans collaboration étroite, impossible de garantir un projet de soins cohérent et un cadre de vie rassurant pour les résidents. Cet article vous présente 4 stratégies concrètes pour renforcer cette collaboration et transformer le quotidien de votre établissement.
Sommaire
Pourquoi la collaboration soins-hébergement est-elle un enjeu majeur en EHPAD ?
Le cloisonnement entre les équipes soignantes (infirmiers, aides-soignants, médecin coordonnateur) et les équipes d’hébergement (agents hôteliers, responsables de l’animation, service restauration) n’est pas une fatalité, mais il demeure fréquent. Ce phénomène s’explique par des organisations historiques en silo, des rythmes de travail différents, et parfois un manque de reconnaissance mutuelle des compétences.
Or, cette séparation a des conséquences directes :
- Des informations essentielles ne circulent pas : un résident qui mange mal à table, une chute constatée par un agent hôtelier, un comportement inhabituel signalé trop tard.
- Des tensions naissent entre collègues, alimentées par des malentendus ou un sentiment de ne pas être entendu.
- Le projet personnalisé du résident perd en cohérence, car chacun agit selon sa vision partielle de la situation.
La HAS et les recommandations récentes insistent sur l’importance d’une approche globale, centrée sur la personne. Cela implique nécessairement une articulation fluide entre toutes les dimensions de l’accompagnement : santé, vie quotidienne, relations sociales et bien-être.
Quatre leviers pour décloisonner et renforcer la synergie
Pour dépasser ce fonctionnement en silo, il est nécessaire d’agir sur plusieurs plans : organisationnel, communicationnel, culturel et managérial. Les quatre stratégies présentées ci-après visent à créer des ponts durables entre soins et hébergement, en s’appuyant sur des outils simples et des habitudes nouvelles, facilement transposables dans votre établissement.
Chacune de ces stratégies a été testée avec succès dans des EHPAD de tailles et de contextes variés. Elles ne demandent pas de moyens supplémentaires importants, mais une volonté collective et un pilotage attentif.
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1. Mettre en place des temps d’échange structurés et réguliers
La première barrière à la collaboration est souvent l’absence de moments dédiés pour se parler. Organiser des réunions de coordination hebdomadaires ou bimensuelles entre soins et hébergement permet de créer un rituel de dialogue.
Comment procéder ?
- Fixez un créneau récurrent, même court (30 à 45 minutes), en impliquant un représentant de chaque pôle : IDEC, responsable d’hébergement, chef de service hôtelier, voire un animateur.
- Préparez un ordre du jour structuré : point sur les résidents fragiles, événements à venir (animations, interventions extérieures), difficultés rencontrées dans la semaine.
- Utilisez un support écrit partagé (Google Doc, classeur commun, logiciel de gestion) pour tracer les décisions et assurer un suivi.
Exemple concret :
Dans un EHPAD de 80 lits en région Centre, l’IDEC et la responsable d’hébergement organisent chaque lundi matin une réunion de 30 minutes. Elles y passent en revue les résidents ayant eu des hospitalisations, des troubles du comportement ou des besoins spécifiques (anniversaire, visite familiale importante). Ce temps a permis de réduire de 40 % les situations de non-transmission d’information en six mois.
Conseil d’application immédiate :
Commencez par un test sur un mois. Si la réunion semble trop longue, fractionnez-la en deux temps : un flash info de 15 minutes et un point approfondi mensuel.
2. Créer des binômes soins-hébergement autour de résidents spécifiques
Plutôt que de fonctionner par équipes séparées, l’idée est d’associer un soignant et un membre de l’hébergement autour d’un ou plusieurs résidents. Ce binôme devient référent, assurant une vision à 360° et facilitant la coordination.
Comment procéder ?
- Désignez pour chaque résident un binôme composé d’un aide-soignant (ou infirmier) et d’un agent de service hôtelier ou d’animation.
- Fixez une mission claire : assurer la cohérence du projet personnalisé, faire circuler l’information, être l’interlocuteur privilégié de la famille.
- Organisez un point informel mensuel entre les deux référents pour ajuster l’accompagnement.
Exemple concret :
Dans un EHPAD près de Lyon, chaque résident a un binôme « santé-vie quotidienne ». Lorsqu’une résidente atteinte d’Alzheimer refuse systématiquement de participer aux repas en salle, son aide-soignante référente et l’agent hôtelier en charge de l’étage décident ensemble de tester un plateau-repas personnalisé en chambre, avec une visite de l’animatrice après le déjeuner. Le résultat : la résidente retrouve un rythme alimentaire stable en trois semaines.
Conseil d’application immédiate :
Commencez par les résidents les plus complexes ou ceux en perte d’autonomie rapide. Évaluez l’impact sur trois mois avant de généraliser.
3. Utiliser un outil de transmission unique et partagé
Trop souvent, les transmissions soignantes et les observations de l’hébergement restent dans des cahiers ou logiciels distincts. Résultat : l’information ne circule pas, ou seulement de façon orale, avec les risques d’oubli et de déformation que cela implique.
Comment procéder ?
- Adoptez un outil unique de transmission : logiciel de soins partagé, classeur commun par étage, ou tableau numérique accessible à tous.
- Formez tous les professionnels (y compris agents hôteliers et animateurs) à consigner leurs observations dans cet outil.
- Créez des catégories claires : alimentation, hydratation, mobilité, état psychologique, événements familiaux ou sociaux.
Exemple concret :
Un EHPAD de Bretagne a déployé un logiciel de soins en ligne accessible depuis les smartphones professionnels. Les agents hôteliers peuvent désormais signaler en temps réel une absence de repas, un comportement inhabituel ou une chute. L’infirmière reçoit une alerte et peut intervenir sans délai. En six mois, le nombre de situations détectées précocement a doublé.
Conseil d’application immédiate :
Si vous n’avez pas de logiciel adapté, commencez par un cahier de liaison partagé, placé dans un lieu stratégique (office, salle de soins). L’essentiel est que tout le monde puisse lire et écrire au même endroit.
4. Organiser des formations communes et des ateliers de sensibilisation croisée
La méconnaissance des métiers de l’autre est un frein majeur à la collaboration. Les soignants ne mesurent pas toujours l’impact de l’environnement hôtelier sur le bien-être, et les agents d’hébergement sous-estiment parfois la complexité des pathologies.
Comment procéder ?
- Planifiez des formations mixtes sur des thèmes transversaux : bientraitance, prévention des chutes, communication avec les familles, gestion des troubles du comportement.
- Organisez des « immersions » : une journée où un soignant accompagne un agent hôtelier, et inversement.
- Créez des groupes de travail pluridisciplinaires pour élaborer ou réviser des protocoles (hygiène, repas thérapeutiques, animations adaptées).
Exemple concret :
Dans un EHPAD du Nord, une journée de formation commune sur la maladie d’Alzheimer a été proposée à l’ensemble du personnel, soignants et non-soignants. Les agents hôteliers ont découvert les stratégies d’accompagnement non médicamenteuses, et les soignants ont pris conscience de l’importance de l’ambiance sonore et de l’organisation des espaces. Résultat : des ajustements concrets ont été décidés en équipe (musique douce à certains moments, signalétique adaptée).
Conseil d’application immédiate :
Proposez un atelier court (2 heures) tous les trimestres, en variant les thématiques. Impliquez le médecin coordonnateur et la psychologue pour enrichir les contenus.
Une astuce bonus pour pérenniser la dynamique
Au-delà de ces quatre stratégies, une clé de réussite est de valoriser publiquement les réussites de la collaboration. Organisez chaque trimestre un temps convivial (petit-déjeuner, pause café) où vous partagez les succès concrets : un résident qui va mieux grâce à une action commune, une famille qui remercie la coordination d’équipe, une amélioration mesurable dans les indicateurs.
Cette reconnaissance collective renforce le sentiment d’appartenance à un projet commun et encourage les initiatives. Elle donne aussi aux équipes le sentiment que leur travail de coopération est vu, valorisé et porteur de sens.
« Quand soins et hébergement parlent le même langage, c’est le résident qui en profite en premier. »
N’oubliez pas non plus d’impliquer les cadres intermédiaires et les responsables d’unité dans cette dynamique : ils sont les relais indispensables pour ancrer durablement les nouvelles habitudes.
Passez à l’action dès demain
Vous l’avez compris : renforcer la collaboration entre soins et hébergement ne relève pas de la réforme structurelle, mais de décisions managériales concrètes et de rituels instaurés progressivement. Commencez par choisir une seule stratégie parmi les quatre présentées, celle qui vous semble la plus facile à mettre en place dans votre contexte actuel.
Testez-la sur un mois, évaluez les effets avec vos équipes, ajustez si nécessaire, puis passez à la suivante. L’essentiel est de créer une dynamique positive, où chacun se sent légitime pour contribuer à l’accompagnement global du résident.
En tant que directeur, IDEC ou responsable d’hébergement, vous avez le pouvoir de transformer les pratiques. Et c’est dans cette alliance renforcée entre tous les métiers que se joue la qualité de vie en EHPAD. Alors, par quoi allez-vous commencer ?

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