Les temps d’échange entre infirmières diplômées d’État et aides-soignantes sont souvent réduits à leur strict minimum en EHPAD. Pourtant, la qualité des transmissions conditionne directement la sécurité des résidents et la cohésion des équipes. Lorsque l’information circule mal, les erreurs se multiplient, le stress grimpe et les professionnels perdent confiance. Voici 4 astuces concrètes pour transformer ces moments clés en leviers d’efficacité et de collaboration.
Sommaire
Pourquoi les transmissions IDE-AS sont-elles si cruciales en EHPAD ?
Les transmissions entre infirmières et aides-soignantes constituent le fil conducteur de la prise en charge. Sans elles, impossible d’assurer une continuité des soins cohérente. Les aides-soignantes passent le plus de temps auprès des résidents : elles détectent les changements d’état, les douleurs, les refus alimentaires ou les troubles du comportement. Les IDE, de leur côté, posent les diagnostics infirmiers, ajustent les traitements et coordonnent avec les médecins.
Quand ces deux métiers ne communiquent pas efficacement, les conséquences sont immédiates : retard dans la prise en charge d’une chute, oubli d’une consigne médicale, sentiment de dévalorisation chez les AS, surcharge mentale côté IDE. Dans certains établissements, on observe même des tensions relationnelles qui nuisent à l’ambiance générale et à la qualité de vie au travail.
Fluidifier ces transmissions, ce n’est pas seulement gagner du temps : c’est renforcer la sécurité des soins, valoriser chaque compétence et créer une culture de collaboration. C’est aussi répondre aux exigences de traçabilité imposées par la Haute Autorité de Santé et aux attentes des familles, de plus en plus vigilantes.
Les 4 astuces pour des transmissions fluides et efficaces
Pour améliorer concrètement la qualité des échanges entre IDE et AS, il est essentiel de structurer les pratiques, de clarifier les rôles et d’utiliser des outils adaptés. Voici quatre leviers d’action testés sur le terrain, applicables immédiatement dans votre établissement.
1. Instaurer un temps de transmission dédié et ritualisé
La première erreur consiste à laisser les transmissions se faire « au vol », entre deux portes ou pendant une pause café. Cette improvisation génère des oublis, des malentendus et une perte de crédibilité professionnelle.
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J’accède au stock illimitéL’astuce : Bloquez chaque jour un créneau horaire fixe, non négociable, pour les transmissions IDE-AS. Idéalement, prévoyez 15 à 20 minutes en début de journée et autant en fin d’après-midi. Ce temps doit être inscrit dans les plannings comme n’importe quelle autre tâche de soin.
Exemple concret : Dans un EHPAD de 80 lits en Bretagne, l’équipe a instauré une transmission à 7h30 et une autre à 14h30. Les AS qui terminent la nuit remontent les événements nocturnes, et les IDE du matin partagent les consignes médicales prioritaires. Résultat : moins d’appels téléphoniques en cours de journée et une meilleure anticipation des situations à risque.
Conseil d’application : Affichez ces horaires dans la salle de soins et dans le bureau infirmier. Formez les nouvelles recrues à ce rituel dès leur arrivée. Si certaines AS sont en soins pendant ce créneau, organisez un relais avec un binôme qui transmettra l’information ensuite.
2. Utiliser un support de transmission structuré et partagé
Trop souvent, les transmissions orales ne laissent aucune trace écrite exploitable. Or, la mémoire est faillible, surtout en période de forte charge de travail. Un support structuré permet de centraliser l’information, de la retrouver facilement et de garantir sa traçabilité.
L’astuce : Adoptez un outil commun, qu’il soit numérique (logiciel de soins) ou papier (cahier de transmissions ciblées). L’essentiel est qu’il soit accessible à tous et organisé par résident, avec des rubriques claires : état général, alimentation, hydratation, élimination, comportement, douleur, observations particulières.
Exemple concret : Un EHPAD parisien a mis en place un classeur de transmissions ciblées dans chaque unité. Chaque résident dispose d’une fiche A4 mise à jour quotidiennement par les AS et consultée par les IDE. Les informations importantes sont surlignées en jaune pour attirer l’œil. Ce système simple a réduit de 30 % les oublis de transmission en six mois.
Conseil d’application : Si vous utilisez un logiciel métier, formez l’ensemble des équipes à son utilisation. Veillez à ce que les AS aient un accès en lecture et en écriture. Si vous restez sur du papier, désignez un référent par service pour vérifier chaque semaine que le support est bien complété.
3. Clarifier les rôles et valoriser les observations des aides-soignantes
Un frein majeur à la fluidité des transmissions réside dans la perception des rôles. Certaines AS hésitent à remonter une information par peur de déranger ou par manque de légitimité. À l’inverse, certaines IDE peuvent négliger les observations des AS, considérant qu’elles ne relèvent pas d’une expertise suffisante.
L’astuce : Organisez des temps d’échange réguliers (réunions mensuelles, ateliers d’analyse de pratique) pour rappeler que les observations des AS sont essentielles au diagnostic infirmier. Formalisez les attentes de chacun : les AS doivent signaler tout changement d’état, même mineur ; les IDE doivent accuser réception de l’information et expliquer les suites données.
Exemple concret : Dans un EHPAD des Hauts-de-France, l’IDEC a instauré une réunion mensuelle « Retour d’expérience ». Chaque mois, une situation clinique est analysée collectivement : qu’a observé l’AS ? Comment l’IDE a-t-elle réagi ? Qu’aurait-on pu améliorer ? Ces séances renforcent la reconnaissance mutuelle et améliorent la qualité des transmissions.
Conseil d’application : Valorisez publiquement les bonnes pratiques. Lors d’une réunion d’équipe, soulignez qu’une AS a permis de détecter précocement une infection urinaire grâce à son observation. Ce type de reconnaissance renforce la motivation et incite les autres à partager davantage.
4. Former les équipes à la communication ciblée et efficace
La qualité d’une transmission ne dépend pas seulement de l’outil ou du temps disponible, mais aussi de la manière dont l’information est formulée. Une transmission vague (« Mme Dupont ne va pas bien ») est inutile. Une transmission ciblée (« Mme Dupont a refusé son petit-déjeuner, elle se plaint de douleurs abdominales depuis 6h ») permet une réaction immédiate.
L’astuce : Formez vos équipes à la méthode SAED (Situation, Antécédents, Évaluation, Demande) ou à la transmission ciblée (Données, Actions, Résultats). Ces outils structurent la pensée et garantissent qu’aucune information essentielle n’est oubliée.
Exemple concret : Un EHPAD lyonnais a organisé une demi-journée de formation interne animée par l’IDEC. Les AS et IDE ont appris à formuler leurs observations selon la méthode SAED. Depuis, les transmissions sont plus courtes, plus précises et les IDE peuvent prioriser plus facilement les actions à mener.
Conseil d’application : Créez une fiche mémo plastifiée à afficher dans la salle de soins, rappelant les critères d’une bonne transmission : quoi (observation), quand (moment précis), qui (résident concerné), contexte (situation particulière), action attendue (si nécessaire). Distribuez-la également aux nouvelles recrues lors de leur intégration.
Une astuce bonus pour ancrer durablement ces pratiques
Au-delà des quatre astuces précédentes, une condition reste indispensable pour garantir leur efficacité dans le temps : l’implication de l’encadrement. Les directeurs, IDEC et cadres de santé doivent montrer l’exemple, participer aux transmissions et valoriser régulièrement les efforts des équipes.
Planifiez un point trimestriel avec les équipes pour faire le bilan des transmissions : qu’est-ce qui fonctionne bien ? Quelles difficultés persistent ? Quelles améliorations proposer ? Cette démarche d’amélioration continue renforce l’adhésion et permet d’ajuster les pratiques au fil du temps.
N’oubliez pas non plus d’associer les médecins coordonnateurs et les familles à cette dynamique. Lorsque les transmissions sont fluides, tout le monde en profite : les résidents bénéficient de soins plus sûrs, les familles sont mieux informées et les professionnels gagnent en sérénité.
Passez à l’action dès cette semaine
Vous avez maintenant quatre leviers concrets pour transformer vos transmissions en véritable atout organisationnel. Inutile d’attendre le prochain projet d’établissement ou la prochaine certification : commencez par une seule action cette semaine.
Choisissez l’astuce qui vous semble la plus accessible dans votre contexte, testez-la pendant quinze jours et mesurez les effets. Vous constaterez rapidement que des transmissions bien organisées libèrent du temps, réduisent le stress et renforcent la cohésion. Vos équipes méritent de travailler dans des conditions qui valorisent leurs compétences respectives. À vous de jouer.

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