La bientraitance ne se décrète pas, elle se construit au quotidien. Dans un contexte où les EHPAD font face à une pression réglementaire accrue, à des équipes parfois épuisées et à des résidents aux besoins de plus en plus complexes, maintenir une posture bientraitante relève d’un véritable défi. Pourtant, quelques pratiques simples et structurantes peuvent transformer durablement la qualité d’accompagnement. Cet article vous présente 3 leviers concrets pour ancrer la bientraitance dans votre établissement, de manière pérenne et mesurable.
Sommaire
Pourquoi la bientraitance reste un enjeu prioritaire en EHPAD
La bientraitance dépasse largement la simple absence de maltraitance. Elle constitue une culture institutionnelle qui place le résident au centre de toutes les décisions, dans le respect de sa dignité, de son autonomie et de ses préférences. Les attentes des familles, les exigences de la Haute Autorité de Santé et les contrôles renforcés des ARS placent désormais ce sujet au cœur de l’évaluation de la qualité.
Mais au-delà de la conformité réglementaire, la bientraitance impacte directement le bien-être des résidents et la satisfaction des équipes. Un environnement bientraitant réduit les troubles du comportement, améliore l’ambiance de travail et diminue l’absentéisme. À l’inverse, une culture insuffisamment structurée expose à des dérives, à des situations de crise et à une dégradation de l’image de l’établissement.
Face à ces enjeux, trois pratiques émergent comme particulièrement efficaces pour structurer une démarche de bientraitance solide et incarnée par tous les professionnels.
Trois pratiques essentielles pour une bientraitance effective
Pour renforcer durablement la bientraitance dans votre EHPAD, nous vous proposons trois axes d’action complémentaires et applicables immédiatement :
- Instaurer des temps d’échange structurés entre équipes pour libérer la parole et prévenir l’épuisement.
- Former régulièrement les professionnels aux situations relationnelles complexes pour sécuriser leurs pratiques.
- Impliquer activement les résidents dans les décisions qui les concernent pour garantir le respect de leur autonomie.
Chacune de ces pratiques repose sur des outils concrets, testés sur le terrain, et adaptables à la réalité de votre établissement.
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J’accède au stock illimitéLes trois bonnes pratiques détaillées
1. Instaurer des temps d’échange structurés entre équipes
Pourquoi c’est essentiel
Les professionnels en EHPAD sont confrontés quotidiennement à des situations émotionnellement difficiles : fin de vie, troubles cognitifs, agressivité, refus de soins. Sans espace pour verbaliser ces vécus, le risque d’épuisement professionnel et de déshumanisation des pratiques augmente. Les temps d’échange permettent de désamorcer les tensions, de partager les bonnes pratiques et de renforcer la cohésion d’équipe.
Comment le mettre en place concrètement
Organisez des réunions d’analyse de pratiques ou de régulation d’équipe, idéalement une fois par mois, d’une durée d’une heure à une heure trente. Ces temps doivent être animés par une personne formée (psychologue, cadre formé à l’animation de groupe, intervenant extérieur) et respecter un cadre sécurisant : confidentialité, bienveillance, absence de jugement.
Les thématiques peuvent porter sur des situations concrètes vécues : « Comment réagir face à un résident qui refuse systématiquement la toilette ? », « Comment accompagner une famille dans le déni de la dégradation de l’état de santé de son parent ? ».
Exemple terrain
Un EHPAD de 80 lits en Bretagne a instauré des groupes d’analyse de pratiques trimestriels animés par une psychologue clinicienne. Lors d’une séance, une aide-soignante a exprimé son sentiment d’impuissance face à une résidente atteinte d’Alzheimer qui criait toute la journée. L’échange collectif a permis d’identifier que ces cris survenaient principalement après les repas. L’équipe a alors adapté l’environnement sonore et proposé une activité de médiation animale en après-midi. Les cris ont diminué de 60% en trois semaines, et l’aide-soignante a retrouvé du sens dans son accompagnement.
Conseil pratique : Inscrivez ces temps d’échange dans le planning annuel et considérez-les comme des temps de travail à part entière, non négociables même en cas d’absence ou de surcharge.
2. Former régulièrement les professionnels aux situations relationnelles complexes
Pourquoi c’est essentiel
La formation initiale des soignants ne couvre souvent que partiellement les compétences relationnelles nécessaires en EHPAD. Communiquer avec une personne aphasique, apaiser un résident agressif, respecter le rythme de vie d’une personne désorientée : ces compétences s’acquièrent par la pratique et la formation continue. Sans cela, les professionnels peuvent adopter des attitudes défensives, voire maltraitantes par méconnaissance.
Comment le mettre en place concrètement
Prévoyez un plan de formation pluriannuel incluant au minimum :
- Une formation sur l’approche Humanitude, Montessori adaptée, ou la méthode de validation de Naomi Feil
- Une formation sur la gestion des comportements difficiles et la gestion de l’agressivité
- Des ateliers pratiques sur la communication non-verbale et l’empathie
Privilégiez des formations en intra pour que toute l’équipe partage un référentiel commun. Complétez par des sessions courtes de rappel (1 à 2 heures) tous les trimestres, animées par un référent interne formé.
Exemple terrain
Un EHPAD en région parisienne a déployé une formation sur l’approche Montessori adaptée pour l’ensemble du personnel soignant (60 personnes en 18 mois). Concrètement, les professionnels ont appris à décomposer les activités du quotidien (toilette, repas, habillage) en séquences simples et à laisser le résident participer selon ses capacités. Résultat : les refus de soins ont chuté de 40%, et les professionnels rapportent une meilleure compréhension des comportements des résidents.
Conseil pratique : Nommez un référent bientraitance dans chaque unité, chargé de relayer les formations, de répondre aux questions et de maintenir la dynamique dans le temps.
3. Impliquer activement les résidents dans les décisions qui les concernent
Pourquoi c’est essentiel
Le respect de l’autonomie et de la capacité décisionnelle du résident est au cœur de la bientraitance. Trop souvent, par souci d’efficacité ou par habitude, les équipes décident à la place des résidents. Cette infantilisation nuit à l’estime de soi et peut générer des comportements d’opposition ou de repli. Impliquer les résidents, c’est reconnaître leur statut d’adulte et leur expertise sur leur propre vie.
Comment le mettre en place concrètement
Instaurez des pratiques systématiques de recueil du consentement éclairé pour tous les actes de soin et d’accompagnement. Cela passe par :
- Des entretiens réguliers avec chaque résident pour actualiser son projet personnalisé
- L’utilisation d’outils visuels ou simplifiés pour les personnes ayant des troubles cognitifs (pictogrammes, photos, choix binaires)
- La création d’un Conseil de Vie Sociale actif, où les résidents peuvent exprimer leurs souhaits et participer aux décisions collectives (menus, animations, aménagements)
Formez les équipes à reformuler les questions fermées en questions ouvertes : plutôt que « On va faire votre toilette maintenant ? », privilégiez « Préférez-vous votre toilette maintenant ou dans une heure ? ».
Exemple terrain
Dans un EHPAD de 70 lits en Auvergne, l’équipe a instauré un « tableau des choix » dans chaque chambre : le résident peut indiquer chaque matin l’heure préférée pour sa toilette, s’il souhaite prendre son petit-déjeuner en chambre ou en salle à manger, et quelle tenue il veut porter. Pour les résidents avec troubles cognitifs sévères, l’aide-soignante présente deux tenues et observe les réactions non-verbales. Cette pratique simple a réduit de 50% les situations de refus et amélioré significativement le climat relationnel.
Conseil pratique : Documentez systématiquement les choix exprimés par les résidents dans le dossier de soins. Cela sécurise juridiquement vos pratiques et assure une continuité dans le respect des préférences.
Une astuce bonus pour mesurer vos progrès
Au-delà de ces trois pratiques, il est essentiel de mesurer régulièrement l’impact de vos actions. Mettez en place des indicateurs simples et partagés avec les équipes :
- Nombre de situations de refus de soins par mois
- Taux de participation aux activités proposées
- Résultats des enquêtes de satisfaction résidents et familles
- Taux d’absentéisme et de turn-over des professionnels
Présentez ces indicateurs en réunion d’équipe et au Conseil de Vie Sociale. Célébrez les progrès, même modestes, et ajustez vos pratiques en fonction des résultats. La bientraitance est un processus d’amélioration continue, pas un état figé.
Exemple d’outil : Créez un tableau de bord mensuel d’une page, visuel et accessible, affiché dans la salle de pause. Il permet à chacun de visualiser les avancées et renforce le sentiment d’engagement collectif.
Passez à l’action dès cette semaine
Vous disposez maintenant de trois leviers concrets pour renforcer la bientraitance dans votre établissement. Pas besoin de tout transformer du jour au lendemain. Commencez par une seule action : planifiez dès cette semaine votre première réunion d’analyse de pratiques, inscrivez une formation au plan 2025, ou organisez une consultation des résidents sur un sujet qui les concerne directement.
La bientraitance se construit pas à pas, par des gestes simples, répétés et partagés. Chaque effort compte, chaque initiative rayonne. Vos équipes et vos résidents le ressentiront rapidement. Alors n’attendez plus : choisissez votre première bonne pratique et lancez-vous. Vous avez toutes les cartes en main pour faire la différence.

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