Bien-ĂȘtre en EHPAD : 5 stratĂ©gies pilotes pour transformer durablement le quotidien

L’article prĂ©sente cinq stratĂ©gies opĂ©rationnelles pour amĂ©liorer le bien-ĂȘtre en EHPAD, en transformant les intentions en actions concrĂštes Ă  travers des projets pilotes. Ces approches incluent la co-construction, l’inclusion numĂ©rique, et des programmes intergĂ©nĂ©rationnels.

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L’amĂ©lioration du bien-ĂȘtre en EHPAD n’est plus une option. C’est un impĂ©ratif. Les directions et les Ă©quipes sont convaincues de cette nĂ©cessitĂ©. Pourtant, le passage de l’intention Ă  l’action concrĂšte reste un dĂ©fi majeur. Comment dĂ©passer les dĂ©clarations de principe ? Comment implanter des innovations durables sans paralyser le service ? La rĂ©ponse rĂ©side dans une mĂ©thode agile : le projet pilote. Cet article propose cinq stratĂ©gies opĂ©rationnelles Ă  dĂ©ployer en mode projet. L’objectif est de tester, mesurer et valider des solutions Ă  Ă©chelle rĂ©duite avant un dĂ©ploiement plus large. Une approche pragmatique pour un impact maximal.

Stratégie 1 : La co-construction du projet de vie, au-delà du CVS

Le sentiment d’utilitĂ© et de contrĂŽle est un pilier du bien-ĂȘtre. Or, les rĂ©sidents sont trop souvent des sujets de soin plutĂŽt que des acteurs de leur vie. La premiĂšre stratĂ©gie vise Ă  inverser ce paradigme. Elle transforme la participation en une vĂ©ritable co-construction active. Il ne s’agit pas simplement de consulter. Il s’agit de donner aux rĂ©sidents les outils pour façonner leur environnement direct.

Le diagnostic de départ : une participation souvent passive

Le Conseil de la Vie Sociale (CVS) est une instance lĂ©gale. Son rĂŽle est essentiel. Malheureusement, il est souvent perçu comme une chambre d’enregistrement. Les sujets y sont parfois descendants. La parole des rĂ©sidents peut y ĂȘtre limitĂ©e ou peu Ă©coutĂ©e. Une enquĂȘte interne rapide pourrait rĂ©vĂ©ler que moins de 20% des rĂ©sidents se sentent rĂ©ellement influents via le CVS. De plus, les familles peinent Ă  y trouver leur place. Ce constat est le point de dĂ©part de notre projet pilote. L’enjeu est de redonner du pouvoir d’agir.

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Le projet pilote : « Mon EHPAD, Mon Projet »

L’idĂ©e est de crĂ©er un laboratoire d’initiatives Ă  l’Ă©chelle d’une seule unitĂ© de vie. Cela permet de contenir les risques et de mesurer prĂ©cisĂ©ment les effets.

  • Phase 1 : Cadrage (1 mois).
    • L’Ă©quipe projet est fondamentale. Elle doit inclure : le directeur d’Ă©tablissement (sponsor), l’IDEC ou le cadre de santĂ© de l’unitĂ©, un soignant volontaire, un animateur, et surtout, deux ou trois rĂ©sidents ambassadeurs. Ces derniers doivent ĂȘtre volontaires et capables de relayer les avis de leurs pairs.
    • Le pĂ©rimĂštre doit ĂȘtre clair. On ne peut pas tout changer d’un coup. Le pilote se concentrera sur trois domaines concrets. Par exemple : 1. L’Ă©laboration des menus de la semaine suivante. 2. Le choix et l’organisation d’une nouvelle activitĂ© hebdomadaire. 3. L’amĂ©nagement d’un espace commun (le petit salon de l’Ă©tage).
  • Phase 2 : Ateliers de co-conception (2 mois).
    • Des ateliers hebdomadaires sont organisĂ©s. Ils sont courts (45 minutes maximum) et trĂšs structurĂ©s.
    • Pour les menus, l’atelier peut se faire avec le chef de cuisine. On utilise des supports visuels. On goĂ»te des Ă©chantillons. On vote pour les plats de la semaine Ă  venir. Le menu affichĂ© portera la mention « Menu co-construit par les rĂ©sidents de l’unitĂ© Les Tilleuls ».
    • Pour l’activitĂ©, les rĂ©sidents proposent des idĂ©es. L’animateur aide Ă  Ă©valuer la faisabilitĂ©. Un vote dĂ©signe l’activitĂ© Ă  tester pendant un mois.
    • Pour l’amĂ©nagement, des plans simples et des catalogues de mobilier sont utilisĂ©s. Les rĂ©sidents dĂ©cident de la disposition des fauteuils, du choix des nouvelles plantes ou des cadres.
  • Phase 3 : Mise en Ɠuvre et mesure (3 mois).
    • Les dĂ©cisions prises sont immĂ©diatement appliquĂ©es. C’est la clĂ© de la crĂ©dibilitĂ© du projet.
    • Les indicateurs de succĂšs (KPIs) sont suivis de prĂšs. Il ne s’agit pas que de satisfaction. On mesure des donnĂ©es objectives.
      • KPI 1 (Menus) : Taux de restes alimentaires dans l’unitĂ© pilote comparĂ© aux autres unitĂ©s. Une baisse de 15% serait un succĂšs notable.
      • KPI 2 (ActivitĂ©) : Taux de participation Ă  la nouvelle activitĂ©. On vise un taux supĂ©rieur de 30% aux activitĂ©s classiques. On mesure aussi les interactions sociales spontanĂ©es aprĂšs l’activitĂ©.
      • KPI 3 (AmĂ©nagement) : Taux d’occupation du salon rĂ©amĂ©nagĂ©. On peut le mesurer via des pointages discrets effectuĂ©s par les Ă©quipes Ă  heures fixes.
      • KPI 4 (Qualitatif) : Mini-entretiens avec 10 rĂ©sidents de l’unitĂ© pour Ă©valuer leur sentiment de contrĂŽle et d’Ă©coute, avec une note de 1 Ă  5.

Les défis et comment les surmonter

Le principal obstacle est souvent le scepticisme des Ă©quipes. « Nous n’avons pas le temps ». « Ils vont demander l’impossible ». Pour contrer cela, l’implication d’un soignant dans l’Ă©quipe projet est cruciale. Il deviendra un ambassadeur auprĂšs de ses collĂšgues. De plus, le cadrage strict du pilote sur des sujets maĂźtrisables rassure. Il ne s’agit pas de donner les clĂ©s de l’EHPAD, mais de co-dĂ©cider sur des Ă©lĂ©ments du quotidien. Le budget est un autre frein potentiel. Le pilote doit donc s’appuyer sur des ressources existantes ou des investissements minimes. Le rĂ©amĂ©nagement du salon peut se faire en dĂ©plaçant simplement des meubles existants dans un premier temps.

En conclusion de cette premiĂšre stratĂ©gie, le projet pilote de co-construction montre aux Ă©quipes et aux rĂ©sidents que le changement est possible. Il apporte la preuve par l’exemple. Un pilote rĂ©ussi dans une unitĂ© crĂ©e un appel d’air. Les autres unitĂ©s voudront suivre. La culture de la participation s’installe alors durablement.

StratĂ©gie 2 : Le dĂ©ploiement ciblĂ© de l’inclusion numĂ©rique

Le lien social est vital. Or, la fracture numĂ©rique isole de nombreux rĂ©sidents de leurs familles et du monde extĂ©rieur. Selon une Ă©tude de l’association Petits FrĂšres des Pauvres, prĂšs de la moitiĂ© des plus de 60 ans ne se sentent pas Ă  l’aise avec le numĂ©rique. L’enjeu n’est pas de distribuer des tablettes. L’enjeu est de crĂ©er un usage accompagnĂ©, personnalisĂ© et gĂ©nĂ©rateur de bien-ĂȘtre.

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Le constat : des outils souvent sous-utilisés

De nombreux EHPAD ont dĂ©jĂ  investi dans du matĂ©riel numĂ©rique. Des tablettes, des portails familiaux, des solutions de visioconfĂ©rence. Pourtant, le taux d’utilisation reste souvent faible. Le matĂ©riel prend la poussiĂšre dans un placard. Les soignants manquent de temps pour la formation. Les rĂ©sidents sont intimidĂ©s par la technologie. Un projet pilote permet de construire un vĂ©ritable programme d’inclusion numĂ©rique, plutĂŽt que de simplement fournir un outil.

Le projet pilote : « La Connexion qui fait du bien »

Ce pilote vise Ă  tester un protocole d’accompagnement sur un petit groupe de rĂ©sidents. Il se concentre sur les bĂ©nĂ©fices directs et mesurables.

  • Phase 1 : SĂ©lection et prĂ©paration (1 mois).
    • L’Ă©quipe projet comprend l’animateur, un psychologue ou une aide-soignante ayant une appĂ©tence pour le numĂ©rique, et le responsable d’hĂ©bergement.
    • Le groupe cible est composĂ© de 10 rĂ©sidents volontaires. Il est important de panacher les profils. Certains auront des familles Ă©loignĂ©es. D’autres seront curieux de dĂ©couvrir de nouveaux loisirs (musĂ©es virtuels, musique).
    • Le matĂ©riel est prĂ©parĂ©. Les tablettes sont configurĂ©es avec de grosses icĂŽnes. Les applications pertinentes sont prĂ©-installĂ©es (Skype, WhatsApp, YouTube, une application de presse simplifiĂ©e, le portail famille). Les identifiants sont créés et simplifiĂ©s.
  • Phase 2 : Formation et accompagnement personnalisĂ© (3 mois).
    • Ce n’est pas une formation de groupe. Chaque rĂ©sident bĂ©nĂ©ficie de sessions individuelles de 20 minutes, deux fois par semaine. L’accompagnateur est toujours la mĂȘme personne pour crĂ©er un lien de confiance.
    • La premiĂšre session est dĂ©diĂ©e Ă  l’appel vidĂ©o avec un proche. C’est l’usage le plus gratifiant. La famille est prĂ©venue en amont pour garantir une expĂ©rience positive.
    • Les sessions suivantes sont adaptĂ©es aux centres d’intĂ©rĂȘt du rĂ©sident. Pour Madame Dubois, passionnĂ©e d’opĂ©ra, on lui montre comment trouver des arias sur YouTube. Pour Monsieur Martin, ancien mĂ©canicien, on recherche des documentaires sur les voitures anciennes.
    • Un « cafĂ© numĂ©rique » hebdomadaire est organisĂ©. Les 10 rĂ©sidents du pilote peuvent s’y retrouver pour partager leurs dĂ©couvertes et s’entraider, sous la supervision de l’animateur.
  • Phase 3 : Évaluation de l’impact (1 mois).
    • Les KPIs sont essentiels pour justifier un dĂ©ploiement plus large.
      • KPI 1 (Usage) : Nombre moyen d’utilisations de la tablette par semaine et par rĂ©sident. On peut suivre le nombre d’appels vidĂ©o passĂ©s via un simple carnet de suivi.
      • KPI 2 (Isolement) : Utilisation de l’Ă©chelle d’isolement social de Jong-Gierveld (version courte) avant et aprĂšs le pilote. Une baisse significative du score est un objectif majeur.
      • KPI 3 (Bien-ĂȘtre) : Évaluation du moral des rĂ©sidents par les soignants (Ă©chelle simple sur 5 points) avant et aprĂšs le projet.
      • KPI 4 (Satisfaction Familles) : EnquĂȘte de satisfaction envoyĂ©e aux familles concernĂ©es sur la qualitĂ© et la frĂ©quence des liens.

Les dĂ©fis de l’inclusion numĂ©rique

La maintenance technique est un point de vigilance. Les tablettes doivent ĂȘtre rechargĂ©es. Les mises Ă  jour doivent ĂȘtre faites. Il faut dĂ©signer un rĂ©fĂ©rent technique clair (souvent l’animateur ou une personne de l’administratif). La confidentialitĂ© des donnĂ©es est Ă©galement un enjeu. Une charte d’utilisation simple doit ĂȘtre expliquĂ©e aux rĂ©sidents et Ă  leurs familles. Enfin, la pĂ©rennisation du temps d’accompagnement est le dĂ©fi principal. Le pilote doit permettre de calculer le temps humain nĂ©cessaire par rĂ©sident. Ce chiffre (par exemple, 40 minutes par semaine) sera la base pour argumenter une demande de ressources supplĂ©mentaires ou une rĂ©organisation des plannings si le pilote est un succĂšs.

Ce projet pilote transforme l’outil numĂ©rique en un vĂ©ritable instrument de soin relationnel. Il prouve que l’investissement n’est pas dans le matĂ©riel, mais dans l’accompagnement humain qui l’entoure.

StratĂ©gie 3 : L’expĂ©rimentation du modĂšle « Soignant-RĂ©fĂ©rent »

La continuitĂ© et la personnalisation des soins sont au cƓur de la relation de confiance. Le modĂšle du « soignant-rĂ©fĂ©rent » est une rĂ©ponse organisationnelle puissante Ă  ce besoin. Un soignant (AS ou AMP) devient l’interlocuteur privilĂ©giĂ© pour un petit groupe de rĂ©sidents (5 Ă  7 personnes). Il ne rĂ©alise pas tous les soins, mais il est le garant de la cohĂ©rence du projet de vie et de soin de « ses » rĂ©sidents.

Le point de départ : une dilution de la référence

Dans de nombreuses organisations, le rĂ©sident voit dĂ©filer de multiples visages. L’information se perd. Les familles ne savent pas Ă  qui s’adresser. Le soignant lui-mĂȘme peut ressentir une frustration. Il peine Ă  construire un lien durable et Ă  avoir une vision globale de la personne qu’il accompagne. Le modĂšle du soignant-rĂ©fĂ©rent vise Ă  corriger cette fragmentation.

Le projet pilote : « Mon Soignant, Ma Référence »

L’expĂ©rimentation de ce modĂšle doit se faire sur une unitĂ© pilote pour en mesurer les impacts organisationnels, humains et qualitatifs.

  • Phase 1 : Conception et volontariat (2 mois).
    • L’Ă©quipe projet est menĂ©e par l’IDEC. Elle inclut le mĂ©decin coordonnateur, le psychologue et des soignants volontaires de l’unitĂ© choisie.
    • Le modĂšle est co-construit avec les soignants. Qu’est-ce qu’ĂȘtre rĂ©fĂ©rent ? Quelles sont ses missions prĂ©cises ? Il s’agit de formaliser le rĂŽle. Missions typiques : participation aux synthĂšses, contact privilĂ©giĂ© avec la famille, vigilance sur les « petits riens » (un vĂȘtement prĂ©fĂ©rĂ©, une habitude alimentaire), coordination des rendez-vous paramĂ©dicaux.
    • L’attribution des rĂ©fĂ©rences se fait sur la base du volontariat et des affinitĂ©s. On demande aux soignants de l’unitĂ© pilote quels rĂ©sidents ils souhaiteraient suivre plus particuliĂšrement. Ce processus de « matching » est essentiel.
  • Phase 2 : DĂ©ploiement dans l’unitĂ© pilote (4 mois).
    • Le lancement est officialisĂ©. Un courrier est envoyĂ© aux familles pour leur prĂ©senter le soignant-rĂ©fĂ©rent de leur proche, avec sa photo et ses coordonnĂ©es professionnelles.
    • Des temps de coordination dĂ©diĂ©s sont inscrits dans les plannings. Par exemple, 30 minutes par semaine pour chaque soignant-rĂ©fĂ©rent. Ce temps est utilisĂ© pour mettre Ă  jour les dossiers, passer les appels importants, et Ă©changer avec les collĂšgues. C’est un investissement en temps, pas une charge supplĂ©mentaire.
    • Le management de l’IDEC Ă©volue. Il s’appuie sur ses soignants-rĂ©fĂ©rents comme des relais d’information et de management de la qualitĂ©.
  • Phase 3 : Évaluation multifactorielle (2 mois).
    • Les KPIs doivent reflĂ©ter les bĂ©nĂ©fices pour toutes les parties prenantes.
      • KPI 1 (RĂ©sidents) : Nombre de plaintes ou de rĂ©clamations liĂ©es Ă  la communication ou Ă  la coordination dans l’unitĂ© pilote. Comparaison avec la pĂ©riode N-1 et avec les autres unitĂ©s.
      • KPI 2 (Familles) : Taux de satisfaction des familles sur la qualitĂ© de l’information et de l’Ă©coute (enquĂȘte spĂ©cifique). Objectif : +25%.
      • KPI 3 (Personnel) : Taux d’absentĂ©isme et de turnover dans l’unitĂ© pilote. Le modĂšle est censĂ© redonner du sens et de l’autonomie, facteurs de fidĂ©lisation. Une Ă©tude de l’ANAP a montrĂ© des liens forts entre autonomie des Ă©quipes et baisse du turnover.
      • KPI 4 (QualitĂ© des soins) : Suivi d’indicateurs sentinelles : chutes, dĂ©nutritions, troubles du comportement. Une meilleure connaissance du rĂ©sident permet une meilleure anticipation.

Les freins et les leviers

La principale crainte est la surcharge de travail pour le rĂ©fĂ©rent et la jalousie entre collĂšgues. La solution passe par une dĂ©finition trĂšs claire du rĂŽle. Le rĂ©fĂ©rent n’est pas un « super-soignant ». Il est un coordinateur. Le temps dĂ©diĂ© est non nĂ©gociable. Pour Ă©viter les jalousies, la valorisation doit ĂȘtre pour toute l’Ă©quipe qui rĂ©ussit Ă  mettre en place ce modĂšle. Il faut aussi prĂ©voir une solution en cas d’absence du rĂ©fĂ©rent (un binĂŽme clairement dĂ©signĂ©). Le succĂšs de ce pilote repose sur un leadership fort de l’IDEC. Elle doit accompagner, soutenir et valoriser ses Ă©quipes dans cette nouvelle organisation.

Ce pilote organisationnel est plus complexe, mais ses bénéfices potentiels sont immenses. Il touche directement à la qualité du soin, au sens du travail et à la relation avec les familles.

Stratégie 4 : Des programmes intergénérationnels structurés et suivis

Les rencontres intergĂ©nĂ©rationnelles sont une source de joie immense. Elles combattent l’isolement et la dĂ©pression. Elles stimulent les fonctions cognitives. Toutefois, elles sont souvent organisĂ©es de maniĂšre ponctuelle. Un spectacle de NoĂ«l, une visite de classe. Pour un impact durable sur le bien-ĂȘtre, ces rencontres doivent devenir de vĂ©ritables programmes structurĂ©s, rĂ©guliers et Ă©valuĂ©s.

Le point de départ : des initiatives sympathiques mais sans suivi

L’intention est toujours bonne. Mais une rencontre unique peut parfois crĂ©er plus de frustration qu de bienfait. Le « one-shot » ne crĂ©e pas de lien. Le projet pilote vise Ă  transformer l’Ă©vĂ©nementiel en un programme relationnel.

Le projet pilote : « Tisser les liens d’hier et de demain »

Ce projet se construit en partenariat étroit avec une structure locale : une crÚche, une école maternelle ou un centre de loisirs.

  • Phase 1 : Co-design du programme (2 mois).
    • L’Ă©quipe projet est mixte : l’animateur de l’EHPAD, le directeur/la directrice de la structure partenaire, deux ou trois rĂ©sidents volontaires et des reprĂ©sentants des parents d’Ă©lĂšves.
    • Le programme est dĂ©fini sur un cycle long, par exemple un trimestre scolaire. Il doit comporter un fil rouge. Ce ne sont pas des activitĂ©s sans lien entre elles.
    • Exemple de fil rouge : « Les jardins partagĂ©s ». Chaque semaine, un petit groupe de 8 rĂ©sidents et 8 enfants se retrouve.
      • Semaine 1 : DĂ©coration de pots en terre cuite.
      • Semaine 2 : Plantation de graines (fleurs, herbes aromatiques).
      • Semaine 3 Ă  10 : Entretien des plantations, arrosage, observation. Chaque rencontre est l’occasion de chanter, de raconter des histoires sur le jardinage.
      • Semaine 11 : RĂ©colte des herbes et prĂ©paration d’une citronnade Ă  la menthe.
      • Semaine 12 : FĂȘte de clĂŽture avec les familles.
  • Phase 2 : DĂ©roulement et observation (3 mois).
    • Les rencontres ont lieu Ă  jour et heure fixes. La rĂ©gularitĂ© est la clĂ© du succĂšs.
    • Les groupes sont stables. Les mĂȘmes rĂ©sidents retrouvent les mĂȘmes enfants. Cela permet aux liens de se tisser.
    • Un carnet de bord est tenu par l’animateur. Il y note les interactions marquantes, les verbatim des rĂ©sidents et des enfants. Il prend des photos (avec autorisation).
  • Phase 3 : Évaluation de l’impact psychosocial (1 mois).
    • L’Ă©valuation doit aller au-delĂ  du « c’Ă©tait bien ».
      • KPI 1 (Moral) : Utilisation de l’Ă©chelle d’Ă©valuation de l’humeur de l’UniversitĂ© de Cornell (Cornell Scale for Depression in Dementia) pour les rĂ©sidents participants, avant et aprĂšs le programme.
      • KPI 2 (Comportement) : Observation et quantification des comportements d’apathie ou de retrait social par les Ă©quipes soignantes les jours de rencontre et les jours suivants.
      • KPI 3 (Cognitif) : Mini-entretiens qualitatifs avec les rĂ©sidents pour Ă©valuer la rĂ©miniscence (souvenirs Ă©voquĂ©s) et la stimulation conversationnelle.
      • KPI 4 (Partenaires) : Questionnaire de satisfaction pour les enseignants/Ă©ducateurs et les parents sur les bĂ©nĂ©fices observĂ©s chez les enfants (empathie, dĂ©-stigmatisation de la vieillesse).

Défis et solutions

La logistique est le dĂ©fi numĂ©ro un (transport, assurances, conventions). Un partenariat solide et une convention claire dĂšs le dĂ©part sont indispensables. Il faut aussi gĂ©rer les contraintes sanitaires avec des protocoles stricts. Le deuxiĂšme dĂ©fi est la fatigabilitĂ© des rĂ©sidents. Les sessions doivent ĂȘtre courtes et adaptĂ©es. Il faut toujours prĂ©voir une solution de repli pour les rĂ©sidents qui ne se sentent pas bien le jour J. Enfin, il faut s’assurer que le projet ne repose pas sur une seule personne. L’implication de plusieurs membres du personnel (soignants, animateurs) garantit sa continuitĂ©.

Ce pilote transforme une bonne idĂ©e en un vĂ©ritable programme thĂ©rapeutique non-mĂ©dicamenteux. Il prouve avec des donnĂ©es que l’investissement dans le lien social a des retours mesurables sur la santĂ© mentale des rĂ©sidents.

StratĂ©gie 5 : La crĂ©ation d’espaces de stimulation sensorielle et cognitive

L’environnement physique a un impact direct sur le bien-ĂȘtre et le comportement. ParticuliĂšrement pour les rĂ©sidents atteints de troubles neurocognitifs. Un environnement anxiogĂšne peut majorer l’agitation. Un environnement apaisant et stimulant peut rĂ©duire le recours aux traitements mĂ©dicamenteux. La crĂ©ation d’espaces dĂ©diĂ©s est une stratĂ©gie trĂšs concrĂšte.

Le constat : des environnements souvent peu adaptés

Les couloirs sont longs et impersonnels. Les salons sont bruyants. Il manque souvent des bulles, des refuges oĂč les rĂ©sidents peuvent se ressourcer ou s’engager dans une activitĂ© simple et gratifiante. L’approche Snoezelen est connue mais souvent perçue comme chĂšre et complexe Ă  mettre en place.

Le projet pilote : « Ma Bulle Bien-Être »

L’objectif est de crĂ©er un espace de stimulation Ă  moindre coĂ»t dans une zone dĂ©limitĂ©e de l’Ă©tablissement. Il ne s’agit pas forcĂ©ment de construire une salle Snoezelen complĂšte.

  • Phase 1 : Conception et amĂ©nagement (2 mois).
    • L’Ă©quipe projet est pluridisciplinaire : ergothĂ©rapeute, psychomotricien, psychologue, un soignant d’une unitĂ© protĂ©gĂ©e et le responsable des services techniques.
    • Le lieu : on identifie un espace sous-utilisĂ©. Un renfoncement de couloir, une petite salle de rĂ©union peu frĂ©quentĂ©e, un coin de la salle d’animation.
    • Le concept : on choisit une thĂ©matique. Par exemple, « Jardin d’intĂ©rieur » ou « Souvenirs de la mer ».
    • L’amĂ©nagement Ă  coĂ»t maĂźtrisĂ© :
      • Stimulation visuelle : un mur peint d’une couleur douce, des projecteurs de vagues ou d’Ă©toiles (coĂ»t : 50-100€), des cadres photos numĂ©riques avec des paysages qui dĂ©filent.
      • Stimulation auditive : une petite enceinte Bluetooth diffusant des sons de la nature (chants d’oiseaux, bruit des vagues). Playlist prĂ©parĂ©e par l’animateur.
      • Stimulation olfactive : un diffuseur d’huiles essentielles (lavande pour l’apaisement, agrumes pour la stimulation). À utiliser avec prudence et validation du mĂ©decin coordonnateur.
      • Stimulation tactile : un « mur tactile » avec diffĂ©rentes matiĂšres Ă  toucher (fausse fourrure, bois, velours). Un bac rempli de sable ou de graines. Des coussins de diffĂ©rentes textures.
      • Mobilier : un fauteuil trĂšs confortable, une petite table avec des objets simples Ă  manipuler (boĂźtes Ă  musique, kalĂ©idoscopes).
  • Phase 2 : Utilisation et protocole (3 mois).
    • L’espace n’est pas en libre accĂšs total pour Ă©viter la sur-stimulation.
    • Un protocole d’utilisation est rĂ©digĂ©. Qui peut y aller ? Quand ? AccompagnĂ© ou seul ?
    • Les soignants sont formĂ©s pour proposer cet espace Ă  un rĂ©sident qui commence Ă  montrer des signes d’anxiĂ©tĂ© ou d’agitation. « Monsieur Dupont, voulez-vous venir passer cinq minutes dans notre bulle de calme ? »
    • Des ateliers en petits groupes (2-3 rĂ©sidents) peuvent aussi y ĂȘtre organisĂ©s par l’ergothĂ©rapeute.
  • Phase 3 : Évaluation des bĂ©nĂ©fices (2 mois).
    • Les KPIs sont centrĂ©s sur la rĂ©duction des troubles du comportement et l’amĂ©lioration de l’apaisement.
      • KPI 1 (Comportement) : Nombre d’Ă©pisodes d’agitation ou de dĂ©ambulation problĂ©matique signalĂ©s dans les transmissions pour les rĂ©sidents utilisant l’espace. Comparaison avec la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente. Une Ă©tude de 2019 dans le « Journal of the American Geriatrics Society » a montrĂ© que les approches sensorielles pouvaient rĂ©duire l’agitation de prĂšs de 60%.
      • KPI 2 (MĂ©dication) : Suivi de la consommation de traitements anxiolytiques « si besoin » (PRN) dans l’unitĂ© oĂč se trouve l’espace.
      • KPI 3 (Utilisation) : FrĂ©quence d’utilisation de l’espace, durĂ©e moyenne des sĂ©ances.
      • KPI 4 (Qualitatif) : Observations des soignants sur l’Ă©tat du rĂ©sident avant et aprĂšs son passage dans l’espace.

Les défis et comment les gérer

Le premier dĂ©fi est de faire de cet espace autre chose qu’un gadget. Son intĂ©gration dans le projet de soin individualisĂ© est la clĂ©. Il doit ĂȘtre prescrit comme une approche non-mĂ©dicamenteuse. Le deuxiĂšme dĂ©fi est l’entretien et l’hygiĂšne de l’espace, qui doit ĂȘtre irrĂ©prochable. Enfin, il faut Ă©viter la privatisation de l’espace par quelques rĂ©sidents ou soignants. Des rĂšgles d’accĂšs claires et un planning partagĂ© sont nĂ©cessaires.

Ce pilote dĂ©montre qu’avec de la crĂ©ativitĂ© et peu de moyens, il est possible de modifier l’environnement pour amĂ©liorer significativement la qualitĂ© de vie, en particulier pour les plus vulnĂ©rables. C’est une preuve tangible de l’engagement de l’Ă©tablissement dans une dĂ©marche de bientraitance active.

Du pilote à la généralisation : Le rÎle du leadership

Ces cinq stratĂ©gies pilotes partagent une philosophie commune. Elles sont ciblĂ©es, mesurables, participatives et Ă  risque maĂźtrisĂ©. Le succĂšs de cette dĂ©marche ne repose pas uniquement sur les Ă©quipes. Il dĂ©pend fondamentalement du portage par la direction. Le directeur d’EHPAD est le sponsor en chef. Il doit allouer les ressources minimales nĂ©cessaires. Il doit protĂ©ger le temps des Ă©quipes impliquĂ©es. Il doit surtout communiquer sur les succĂšs.

Quand un pilote est concluant, avec des chiffres Ă  l’appui, la dĂ©cision de gĂ©nĂ©raliser devient une Ă©vidence. Le budget nĂ©cessaire n’est plus une dĂ©pense, c’est un investissement dont le retour a Ă©tĂ© prouvĂ©. La rĂ©sistance au changement s’effrite face Ă  la preuve par l’exemple. Le dĂ©ploiement Ă  grande Ă©chelle se fera alors sur des bases solides, avec des Ă©quipes qui ont dĂ©jĂ  vu que « ça marche ». C’est ainsi que l’innovation cesse d’ĂȘtre un mot pour devenir une rĂ©alitĂ© quotidienne, au service du bien-ĂȘtre de tous.

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