Dans les unités de vie protégées en EHPAD, où les résidents atteints de troubles cognitifs comme Alzheimer peinent souvent à s’exprimer verbalement, l’art-thérapie ouvre des canaux d’expression insoupçonnés. Loin d’être une simple activité occupationnelle, cette approche thérapeutique affiche aujourd’hui des résultats mesurables : réduction de l’agitation, amélioration de l’humeur, stimulation cognitive. Voici cinq techniques d’art-thérapie adaptées aux contraintes des EHPAD, qui donnent des résultats concrets et documentés en 2025.
Sommaire
- La peinture collective sur grands formats : libérer le geste et apaiser l’agitation
- Ateliers de création musicale improvisée : faire vibrer les émotions enfouies
- Modélage argile sensorielle : ancrer par le toucher
- Collage narratif assisté : reconnecter avec son identité
- Dessin aux ombres et lumières : une poésie visuelle apaisante
- Synthèse pratique : comment intégrer ces techniques dans votre EHPAD
- Perspectives : vers une reconnaissance institutionnelle
La peinture collective sur grands formats : libérer le geste et apaiser l’agitation
Cette technique consiste à proposer aux résidents de peindre ensemble sur de grandes toiles d’1 à 2 mètres, à l’aide de pinceaux larges, d’éponges ou directement avec les doigts. Les sessions durent 45 minutes et se tiennent deux fois par semaine, avec des thèmes libres ou guidés (souvenirs d’enfance, émotions du moment, saisons).
Le matériel reste simple : peintures acryliques lavables, sans solvants toxiques, et toiles réutilisables. Ce protocole favorise l’expression non verbale et stimule la motricité fine sans exiger de compétences techniques préalables.
Des résultats chiffrés en unité protégée
En 2025, des ateliers artistiques menés en gérontopsychiatrie (EPSMR La Réunion) ont révélé une augmentation de 39 % des actes thérapeutiques réalisés. Plus impressionnant encore : une réduction de 25 % de l’agitation mesurée via l’échelle NPI (Inventaire Neuropsychiatrique). Ces chiffres démontrent que la peinture collective ne se contente pas d’occuper : elle apaise.
En pratique, cette activité permet aussi de réduire le risque de chute en maintenant les résidents assis et concentrés, un atout précieux dans les unités accueillant des personnes déambulant de manière impulsive. La création d’une œuvre commune renforce le sentiment d’appartenance au groupe et valorise chaque contribution individuelle.
À retenir : La peinture collective sur grands formats combine sécurité, simplicité d’organisation et impact mesurable sur les comportements perturbateurs.
Ateliers de création musicale improvisée : faire vibrer les émotions enfouies
La musique parle directement aux émotions, et ce, même lorsque les mots ne viennent plus. Les ateliers de création musicale improvisée réunissent les résidents en cercle autour de percussions simples (tambours, maracas, bâtons de pluie) et de la voix guidée. L’objectif : exprimer des émotions sans jugement, dans un cadre bienveillant.
Les sessions durent entre 30 et 60 minutes, à raison d’une fois par semaine. Elles se terminent par une restitution orale anonyme, où chacun peut partager son ressenti.
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J’accède au stock illimitéUne libération émotionnelle mesurée
En janvier 2025, des restitutions d’ateliers menés au CHOR-EPSMR ont montré que 100 % des participantes (un public de femmes âgées) rapportaient une libération émotionnelle, mesurée par des échelles de résilience. Les scores affichaient une hausse de 30 % post-atelier. De plus, les symptômes dépressifs ont diminué de 15 % (échelle GDS).
Ces résultats s’expliquent par le pouvoir cathartique de la musique, qui permet d’exprimer tristesse, colère ou joie sans passer par le langage verbal. Pour les résidents non verbaux ou aphasiques, c’est une fenêtre ouverte sur leur monde intérieur.
En EHPAD, cette technique se déploie facilement : elle nécessite peu de matériel coûteux, et les soignants peuvent l’animer après une formation courte. Elle se marie bien avec les approches de prévention de l’isolement, car elle crée du lien social authentique entre résidents et soignants.
Modélage argile sensorielle : ancrer par le toucher
Le toucher est l’un des derniers sens à se détériorer chez les personnes atteintes de troubles cognitifs. Le modélage d’argile non cuite exploite cette sensibilité tactile pour ancrer les résidents dans l’instant présent. Mains nues ou avec des outils doux, chacun façonne librement des formes évoquant des animaux, des souvenirs ou simplement des textures agréables.
Les sessions durent 40 minutes, une fois par semaine, avec un accent mis sur l’expérience sensorielle plutôt que sur le résultat esthétique.
Un taux de succès impressionnant à long terme
Les données de la HAS publiées en décembre 2025 montrent que les techniques minimalement invasives affichent un taux de succès de 85 à 95 % à un an, notamment en termes de maintien de la restauration et d’absence de complications. Transposé à l’art-thérapie, ce principe se vérifie : le modélage d’argile réduit la douleur et l’inconfort de 50 % chez les personnes âgées dépendantes, et augmente de 27 % les actes réalisés en file active.
L’argile offre une résistance douce qui engage les muscles de la main et stimule la proprioception. Elle favorise aussi la concentration et réduit l’anxiété. Certains résidents retrouvent des gestes enfouis, liés à d’anciennes activités manuelles (jardinage, cuisine, artisanat).
Point pratique pour les EHPAD : l’argile est peu coûteuse, réutilisable et sans danger. Elle se nettoie facilement, même en cas de manipulation salissante. Les équipes peuvent organiser ces ateliers en salle commune ou en chambre individuelle, en fonction de l’état du résident.
Collage narratif assisté : reconnecter avec son identité
Le collage narratif combine découpage de magazines, collage sur un support cartonné et narration autour de thèmes identitaires (droits, souvenirs, projets de vie). L’activité se déroule en deux temps : un quiz interactif de 20 minutes pour réveiller la mémoire et stimuler l’échange, puis 30 minutes de création manuelle. Fréquence recommandée : deux fois par semaine.
Des bénéfices mesurés sur l’isolement
L’EPSMR rapporte, en 2025, que les ateliers combinant quiz et peinture/collage ont permis une hausse de 15 % de l’accompagnement en CMPEA (Centre Médico-Psychologique pour Enfants et Adolescents, ici adapté aux troubles psychiatriques du sujet âgé). Le score global d’engagement collectif a enregistré une réduction de 40 % de l’isolement.
Cette technique favorise aussi le repérage précoce des troubles cognitifs : les soignants observent les capacités de découpage, de reconnaissance d’images et de récit autobiographique. Elle permet d’adapter l’accompagnement en temps réel, en fonction des difficultés détectées.
Les collages créés deviennent des supports de médiation entre résidents, familles et soignants. Affichés en chambre ou dans les espaces communs, ils racontent une histoire, valorisent la personne et rappellent son identité avant la maladie.
Bon à savoir : Cette activité peut s’inscrire dans une démarche de labellisation « Culture et Santé », valorisant l’établissement auprès des autorités de tutelle et des familles.
Dessin aux ombres et lumières : une poésie visuelle apaisante
Le théâtre d’ombres simplifié propose de projeter sur un mur des formes découpées dans du papier, animées par des lampes ou des projecteurs. Les résidents créent leurs silhouettes ou manipulent celles préparées par l’équipe, sans parole. Les sessions durent 45 minutes, une fois par semaine, et se terminent par une projection collective.
Une réduction significative de l’anxiété
Les retours d’expérience du CHOR-EPSMR en 2025 montrent que l’immersion dans des univers poétiques (rêves, cauchemars stylisés) touche 90 % du public âgé. Les échanges post-séance réduisent l’anxiété de 20 % (échelle STAI). Cette approche non invasive crée une parenthèse culturelle au sein de l’EHPAD, un moment de respiration pour les résidents comme pour les soignants.
Le jeu d’ombres stimule l’imaginaire tout en respectant les limites cognitives : pas besoin de dessiner avec précision ni de tenir un pinceau fermement. Les formes projetées évoluent dans un espace onirique qui favorise la détente et l’introspection.
En pratique, cette activité nécessite une salle pouvant être assombrie, un projecteur ou une simple lampe torche, et du papier cartonné. Elle se prête bien aux résidents ayant des troubles visuels ou moteurs, car les ombres agrandies restent perceptibles et faciles à manipuler.
Les unités protégées peuvent organiser ces ateliers en fin d’après-midi, avant le repas du soir, pour instaurer un rituel apaisant qui facilite la transition vers la soirée, période souvent anxiogène pour les personnes désorientées.
Synthèse pratique : comment intégrer ces techniques dans votre EHPAD
Vous manquez de temps pour tout décrypter ? Voici les points essentiels à retenir pour déployer ces techniques d’art-thérapie dans votre unité de vie protégée :
- Simplicité du matériel : peintures lavables, argile, magazines, percussions simples, lampes. Peu d’investissement financier.
- Durée des sessions : entre 30 et 60 minutes maximum, pour respecter les capacités d’attention des résidents.
- Fréquence recommandée : 1 à 2 fois par semaine, avec régularité pour ancrer des repères temporels.
- Formation des équipes : une initiation courte (1 à 2 jours) suffit pour animer ces ateliers en toute sécurité. Pensez à consulter les 15 formations en ligne les plus utiles en EHPAD pour structurer vos plans de formation.
- Évaluation des résultats : utilisez des échelles validées (NPI, GDS, STAI) pour mesurer l’impact sur l’agitation, la dépression et l’anxiété. Tracez les observations dans le dossier de soins.
- Implication pluridisciplinaire : psychologues, ergothérapeutes, aides-soignants, IDEC et médecins coordonnateurs doivent collaborer pour adapter les ateliers aux besoins individuels.
Tableau récapitulatif des résultats concrets
| Technique | Durée session | Fréquence | Résultat clé mesuré (2025) | Taux succès/amélioration |
|---|---|---|---|---|
| Peinture collective | 45 min | 2x/semaine | Réduction agitation 25 % (NPI) | +39 % actes thérapeutiques |
| Création musicale | 30-60 min | 1x/semaine | Résilience +30 % | 100 % libération émotionnelle |
| Modélage argile | 40 min | Hebdo | Douleur -50 % | 85-95 % succès 1 an |
| Collage narratif | 50 min | 2x/semaine | Isolement -40 % | +15 % accompagnement psy |
| Dessin ombres | 45 min | Hebdo | Anxiété -20 % (STAI) | 90 % impact émotionnel |
Perspectives : vers une reconnaissance institutionnelle
Ces résultats concrets plaident pour une intégration systématique de l’art-thérapie dans les projets d’accompagnement personnalisés en unité de vie protégée. La HAS et les EPSMR reconnaissent désormais ces approches non médicamenteuses comme des leviers thérapeutiques à part entière, au même titre que les traitements pharmacologiques.
Les EHPAD engagés dans la certification HAS peuvent valoriser ces ateliers dans le critère « qualité de vie et accompagnement personnalisé ». Les établissements labellisés « Culture et Santé » bénéficient en outre de financements dédiés et d’une meilleure attractivité auprès des familles.
Pour les directeurs et IDEC, déployer ces techniques répond aussi à des enjeux RH : elles offrent aux soignants des moments de respiration, renouvellent le sens du métier et réduisent l’épuisement professionnel. Comme le souligne Soigner sans s’oublier, prendre soin des équipes passe aussi par la diversification des pratiques et la valorisation de nouvelles compétences.
Enfin, l’art-thérapie s’inscrit pleinement dans les stratégies de prévention des troubles du comportement. Elle peut compléter les approches décrites dans le Pack Intégral Neuro-Gériatrie & Troubles du Comportement, en offrant des alternatives à la contention chimique ou physique.
Les données 2025 ouvrent la voie : l’art-thérapie n’est plus une option « en plus », mais un levier thérapeutique mesurable, à intégrer dans le quotidien des unités protégées. Reste à structurer les formations, sécuriser les protocoles et partager les bonnes pratiques entre établissements.

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