En EHPAD, le confort thermique et la qualité de l’air intérieur ne sont pas un luxe mais une nécessité réglementaire et sanitaire. Mal gérés, les systèmes de climatisation et de ventilation entraînent une surconsommation énergétique, des pannes récurrentes et des plaintes de résidents fragiles. Pourtant, avec une maintenance préventive structurée et une connaissance fine de la réglementation applicable aux ERP, il est possible d’optimiser les coûts tout en garantissant un environnement sain et confortable.
Sommaire
- Réglementation et obligations en matière de ventilation et climatisation en EHPAD
- Maintenance préventive : structurer un plan efficace pour éviter les pannes
- Optimiser les consommations d’énergie sans sacrifier le confort des résidents
- Garantir la qualité de l’air intérieur et le confort thermique au quotidien
- Piloter au quotidien : outils et organisation pour un confort durable
- Vers une gestion sereine et performante de vos installations CVC
- FAQ – Questions fréquentes
Réglementation et obligations en matière de ventilation et climatisation en EHPAD
Les EHPAD sont classés en tant qu’établissements recevant du public (ERP) de type J. À ce titre, ils doivent respecter des exigences strictes en matière de ventilation, définies par le Code de la construction et de l’habitation, le règlement sanitaire départemental et les arrêtés relatifs aux ERP.
Les textes de référence applicables
Le cadre normatif repose sur plusieurs textes :
- Arrêté du 24 mars 1982 modifié, relatif à l’aération des locaux d’hébergement
- Circulaire du 9 août 1978 sur la ventilation des bâtiments d’habitation et assimilés
- Décret n°2015-1926 du 30 décembre 2015 sur la qualité de l’air intérieur dans les ERP
Depuis janvier 2023, les EHPAD sont tenus de réaliser une évaluation annuelle des moyens d’aération et un contrôle de la qualité de l’air intérieur, notamment en mesurant le dioxyde de carbone, les particules fines et les composés organiques volatils (COV).
À retenir : Un non-respect de ces obligations peut entraîner une mise en demeure de l’ARS et engager la responsabilité du directeur en cas d’incident sanitaire lié à une mauvaise qualité de l’air.
Débits d’air neuf et extraction : ce que dit la loi
La réglementation impose des débits minimaux d’air neuf par occupant :
| Type de local | Débit minimal (en m³/h par occupant) |
|---|---|
| Chambres | 15 à 18 m³/h |
| Salles d’activités | 18 à 25 m³/h |
| Salles de restauration | 22 à 30 m³/h |
| Sanitaires collectifs | 30 m³/h (extraction mécanique obligatoire) |
Ces débits doivent être garantis en permanence, y compris en période hivernale ou caniculaire, ce qui impose un dimensionnement adapté des centrales de traitement d’air (CTA) et des extracteurs.
Conseil opérationnel : Réalisez une cartographie des débits actuels par type de local, puis comparez avec les seuils réglementaires. Un écart de plus de 20 % justifie un diagnostic complet par un bureau d’études spécialisé.
IDEC : Arrêtez de créer vos supports de formation.
Pourquoi réinventer la roue ? Accédez à +200 PowerPoints, Procédures et Vidéos prêts à l’emploi. Téléchargez en 1 clic, projetez, et formez vos équipes sans effort.
J’accède au stock illimitéMaintenance préventive : structurer un plan efficace pour éviter les pannes
La maintenance préventive des systèmes CVC (chauffage, ventilation, climatisation) permet de limiter les interventions coûteuses en urgence, de prolonger la durée de vie des équipements et de sécuriser la conformité réglementaire.
Les éléments clés d’un plan de maintenance climatisation
Un plan de maintenance structuré doit couvrir :
- Centrales de traitement d’air (CTA) : vérification mensuelle des filtres, contrôle trimestriel des moteurs, nettoyage semestriel des batteries
- Réseaux aérauliques : inspection annuelle, nettoyage tous les 3 à 5 ans selon l’arrêté du 8 août 2008
- Groupes froids et pompes à chaleur : contrôle annuel de l’étanchéité du circuit frigorigène (obligatoire au-delà de 2 kg de fluide)
- Bouches de soufflage et d’extraction : nettoyage semestriel, mesure des débits annuelle
Exemple concret : Un EHPAD de 80 lits en région parisienne a réduit de 30 % ses interventions curatives et économisé près de 8 000 € par an en passant d’une maintenance corrective à un contrat préventif annuel incluant 4 visites programmées et un suivi à distance des CTA.
Contrat de maintenance CVC : ce qu’il doit contenir
Un bon contrat de maintenance CVC doit préciser :
- La périodicité des interventions (mensuelle, trimestrielle, annuelle)
- Le périmètre exact des équipements couverts
- Les délais d’intervention en cas de panne (idéalement < 24 h pour les urgences)
- L’inclusion ou non des pièces détachées et consommables
- Les rapports de visite avec relevés de mesures (température, débit, CO₂)
Point de vigilance : Privilégiez un prestataire certifié QualiClimat ou RGE, gage de compétence et de traçabilité.
Action immédiate : Si votre contrat de maintenance date de plus de 3 ans, demandez un audit comparatif à deux autres prestataires pour évaluer la pertinence technique et financière de votre dispositif actuel.
Optimiser les consommations d’énergie sans sacrifier le confort des résidents
L’optimisation énergétique des systèmes de climatisation et ventilation représente un levier majeur pour contenir les charges d’exploitation. En 2024, les EHPAD ont vu leurs factures énergétiques augmenter de 18 % en moyenne, rendant la sobriété indispensable.
Identifier les sources de gaspillage
Les principales causes de surconsommation en EHPAD :
- Températures de consigne mal réglées : chaque degré supplémentaire en chauffage augmente la consommation de 7 %
- Systèmes fonctionnant à débit constant, sans modulation selon l’occupation réelle
- Absence de programmation horaire : les systèmes tournent inutilement la nuit dans les espaces communs
- Défauts d’isolation ou infiltrations parasites réduisant l’efficacité du traitement d’air
Question fréquente : Quelle température de consigne adopter en chambre ?
La température recommandée est de 21 à 23 °C en hiver et 24 à 26 °C en été. Ces valeurs concilient confort des résidents âgés et maîtrise des dépenses énergétiques.
Solutions techniques pour réduire les consommations
Plusieurs leviers permettent de concilier confort et sobriété :
- Installer des sondes de CO₂ pour piloter la ventilation en fonction de l’occupation réelle (ventilation modulante)
- Mettre en place des horloges de programmation sur les CTA des espaces communs (arrêt nocturne, réduit le week-end)
- Optimiser la récupération de chaleur sur les CTA double flux (rendement minimal de 70 %)
- Remplacer les vieux groupes froids par des PAC réversibles à haut rendement (SCOP > 4)
Exemple concret : Un EHPAD de 120 lits dans les Hauts-de-France a divisé par deux sa consommation estivale de climatisation en installant des films solaires sur les baies vitrées exposées sud et en remplaçant ses anciennes CTA par des modèles à débit variable pilotés par sonde CO₂.
| Action | Économie attendue | Coût moyen | Temps de retour |
|---|---|---|---|
| Sonde CO₂ + régulation | 15 à 25 % | 3 000 à 6 000 € | 2 à 3 ans |
| Récupération chaleur CTA | 20 à 30 % | 15 000 à 40 000 € | 5 à 7 ans |
| Isolation toiture + combles | 25 à 35 % | 30 à 80 €/m² | 7 à 10 ans |
Conseil opérationnel : Sollicitez les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) et les aides de l’ADEME pour financer une partie de ces travaux. Certains investissements peuvent être couverts à hauteur de 30 à 50 %.
Garantir la qualité de l’air intérieur et le confort thermique au quotidien
La qualité de l’air intérieur (QAI) en EHPAD conditionne directement la santé respiratoire et le bien-être des résidents. Un air confiné favorise la propagation des infections respiratoires, les allergies et les troubles du sommeil.
Les indicateurs à surveiller
Les paramètres essentiels de la QAI sont :
- Le taux de CO₂ : seuil de confort < 1 000 ppm, alerte au-delà de 1 500 ppm
- Le taux d’humidité relative : idéalement entre 40 et 60 %
- La température : selon les saisons (cf. consignes précédentes)
- Les particules fines (PM2,5 et PM10) : limiter les sources intérieures (produits d’entretien, cuisine, matériaux)
Question fréquente : Comment détecter un problème de ventilation ?
Signes d’alerte : odeurs persistantes, buée sur les vitres en hiver, moisissures sur les joints, plaintes répétées d’inconfort thermique, augmentation des infections respiratoires.
Mettre en place une routine de contrôle
Pour garantir une QAI optimale, adoptez une check-list mensuelle :
- Vérifier visuellement l’état des bouches d’extraction et de soufflage (encrassement, obstruction)
- Mesurer le CO₂ dans 5 chambres représentatives et 2 espaces collectifs
- Contrôler les filtres des CTA (remplacement tous les 3 à 6 mois selon le type)
- Enregistrer les températures et l’hygrométrie dans les zones sensibles (salles de bain, cuisines, chambres exposées)
- Recueillir les retours résidents et soignants via un registre dédié
Exemple concret : Un EHPAD de 60 lits en région PACA a instauré un système de signalement simplifié : chaque aide-soignant peut, via une application mobile, remonter un inconfort thermique ou une odeur anormale. Le responsable hébergement traite les alertes sous 48 h, permettant d’anticiper 80 % des dysfonctionnements avant qu’ils ne dégénèrent.
Bonne pratique : Formez vos équipes à repérer les signaux faibles (bruit anormal d’un ventilateur, variation de débit, consignes non respectées) et à les consigner dans un cahier de suivi technique.
Conseil opérationnel : Intégrez dans votre Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) les risques liés à la QAI et les mesures de prévention associées. Cela protège les équipes et sécurise l’établissement juridiquement.
Piloter au quotidien : outils et organisation pour un confort durable
Gérer efficacement la climatisation et la ventilation en EHPAD nécessite une organisation rigoureuse et des outils de suivi adaptés. Le responsable hébergement ou le référent technique joue ici un rôle pivot.
Créer un tableau de bord de suivi CVC
Un tableau de bord simple et visuel permet de centraliser les informations clés :
- Dates des dernières interventions préventives
- Relevés mensuels des températures, CO₂, hygrométrie
- Consommations énergétiques (kWh, m³ de gaz)
- Nombre et nature des interventions curatives
- Budget consommé vs budget prévisionnel
Outil pratique : Un fichier Excel partagé ou un logiciel de GMAO (Gestion de Maintenance Assistée par Ordinateur) léger comme Altea GMAO ou Mobility Work suffit pour un établissement de taille moyenne.
Impliquer les équipes soignantes
Les soignants sont les premiers témoins de l’inconfort thermique ou d’une mauvaise QAI. Pour les mobiliser :
- Sensibilisez-les lors de formations courtes (30 min) sur les enjeux sanitaires et énergétiques
- Désignez un référent QAI par unité, chargé de centraliser les retours et d’effectuer des mesures mensuelles
- Instaurez une routine de feedback : réunion trimestrielle pour partager les constats et ajuster les consignes
Question fréquente : Qui est responsable de la maintenance CVC en EHPAD ?
Juridiquement, c’est le directeur de l’établissement qui engage sa responsabilité. Opérationnellement, cette mission est souvent déléguée au responsable hébergement, au responsable technique ou à un prestataire externe sous contrat de maintenance.
Anticiper les périodes critiques
Les épisodes de canicule et de grand froid requièrent une vigilance accrue :
- Canicule : surveiller les températures en temps réel, fermer les volets en journée, augmenter les débits de ventilation nocturne, activer les groupes froids en anticipation
- Grand froid : vérifier les protections antigel des CTA, programmer des débits réduits la nuit pour limiter les pertes, assurer une température minimale de 19 °C
Conseil opérationnel : Élaborez une fiche réflexe pour chaque saison critique, détaillant les actions à mener par les équipes et les seuils d’alerte. Diffusez-la chaque année avant l’été et l’hiver.
Vers une gestion sereine et performante de vos installations CVC
Maîtriser la climatisation et la ventilation en EHPAD, c’est conjuguer conformité réglementaire, confort des résidents, maîtrise des coûts et préservation des équipements. Cette équation complexe repose sur trois piliers : une maintenance préventive structurée, une veille attentive sur la qualité de l’air intérieur et une organisation interne rodée.
Les outils existent, les prestataires compétents aussi. Ce qui fait souvent la différence, c’est l’engagement du responsable hébergement ou du directeur dans le pilotage quotidien et la montée en compétence des équipes. Un système CVC bien entretenu, c’est jusqu’à 30 % d’économies d’énergie, une réduction drastique des pannes et, surtout, un cadre de vie plus sain pour des résidents vulnérables.
Action prioritaire : Si vous n’avez pas encore de plan de maintenance formalisé, commencez par un audit technique complet de vos installations. C’est le point de départ indispensable pour sécuriser votre conformité et bâtir une stratégie d’optimisation sur le long terme.
FAQ – Questions fréquentes
À quelle fréquence remplacer les filtres des CTA ?
En moyenne tous les 3 à 6 mois, selon l’encrassement constaté et le type de filtre (G4, F7, HEPA). Un contrôle visuel mensuel permet d’anticiper le remplacement.
Un contrat de maintenance CVC est-il obligatoire en EHPAD ?
Aucune obligation réglementaire stricte, mais fortement recommandé pour garantir la conformité, tracer les interventions et limiter les pannes. En pratique, la majorité des EHPAD souscrivent un contrat annuel.
Comment financer des travaux d’optimisation énergétique ?
Plusieurs leviers : les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), les aides de l’ADEME, le Fonds Chaleur (pour les PAC ou chaufferies biomasse), et certaines subventions régionales ou départementales. Un bureau d’études peut vous accompagner dans le montage du dossier.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.